Introduction à mon mémoire de fin de diplôme à l'IEP de Lille
INTRODUCTION



Il y a tout compte fait deux sortes de gens : ceux qui restent chez eux et les autres. Rudyard Kipling.
Je vous invite à sortir, à aller dans un nouveau monde : l’Internet.
 

Internet, le plus grand réseau informatique au monde... et, qui dit informatique, dit information (informatique est la contraction de information électronique). C’est justement le sujet de ce mémoire : l’information électronique, le cyberjournalisme ; ses potentialités et les nombreux écueils possibles.
Mais Internet, c’est bien plus que de simples connections électriques d’ordinateurs sans âme. C’est une véritable société.

La première fois. La première fois dans un tel univers, on ne l’oublie pas.
La première réaction est de se sentir un peu perdu dans une communauté qui a ses codes, et qui peut paraître fermée au premier abord.
Et puis, peu à peu, sentir que l’on appartient à cette communauté.
Internet, on l’apprivoise petit à petit. Il ne faut pas compter le temps passé à se perdre dans les méandres de la Toile. Mais, très vite, on trouve sa place sur le World Wide Web.
C’est d’abord la découverte d’un langage : surfer, forward, download, freeware, shareware… Et puis c’est aussi la découverte de codes : la netiquette, les smileys, la chasse aux crackers et aux hackers…
Rapidement, sans que l’on s’en aperçoive, on fait partie de ce monde, on devient un netizen (contraction de Net et de citizen). Il devient alors normal de prendre la première "bécane" venue pour consulter le flot de mails qui arrive tous les jours à son adresse, de passer dire bonjour aux habitués d’une chambre de chat  ou d’aller consulter la nouvelle version d’une page Web.
Peut-on pour autant dire qu’il y a un effet d’accoutumance et de dépendance vis-à-vis d’Internet ? Je ne pense pas, ou du moins cela reste vraiment limité à ce que l’on appelle les "Otaku" . La plupart du temps, Internet est un médium supplémentaire pour communiquer (plus rapide et moins cher).
 
 

Naissance d’Internet
On distingue deux sources majeures dans la création de l’Internet.
Le démarrage de ce réseau informatique s’est fait avec ARPANET (Advanced Research Projects Agency Net) en 1969. Ce sont les techniciens militaires américains qui ont développé ce projet pour éviter les risques d’une destruction totale de leur système informatique. En délocalisant les centres nerveux de l’ARPANET et en dupliquant les informations des machines liées au réseau, les techniciens ont diminué les risques encourus et amélioré l’utilisation de l’ARPANET en cas de conflit.
D’un autre côté, Internet est l’œuvre d’informaticiens. Ce sont les scientifiques qui, ayant besoin d’accéder à des données tant textuelles que graphiques, ont développé l’idée de l’ARPANET. Au début des années 1980, ce fut le début du boom de réseau informatique, le succès a été d’autant plus rapide que les savants ont vu un aspect ludique dans ce nouveau moyen de communication (mondes virtuels, jeux de rôles, créativité littéraire).
Ainsi, en partant d’un outil militaire à connotations guerrières, les scientifiques ont créé une communauté. Le réseau des usagers de l’Internet est donc le fruit d’un mariage contre nature entre une logique strictement technicienne et une aspiration à la communication sans frontières, à la volonté d’un partage des valeurs et des connaissances.
A partir des années quatre-vingts, le nombre des hôtes sur le Net s’est accru très rapidement. La croissance reste encore aujourd’hui exponentielle. On estime actuellement le nombre d’internautes à environ 159 millions. Au cours de l’année 1993, on estime que le Web a doublé sa capacité sur une période de 3 mois. Puis on est repassé à un rythme de doublement tous les six mois. Mais ces derniers temps, avec les nouvelles offres d’accès alléchantes, nul doute que le ratio a à nouveau augmenté.
Le centre de sondages Jupiter  a relevé que le nombre de cybernautes avait à peu près triplé entre janvier 1994 et janvier 1996.
Avec une telle croissance dans une communauté d’internautes qui ne cesse de s’étendre, peut-on parler de « cyberculture » ?
 
 

La cyberculture
C’est en tout cas l’avis de tous les utilisateurs du réseau informatique. Tous ceux qui surfent dans le cyberespace, ce nouveau milieu de communication né de l’interconnexion mondiale des ordinateurs, estiment qu’il existe bien une culture propre à Internet.
Aujourd’hui, ce concept reste encore extrêmement flou. On peut d’ores et déjà en avoir une petite idée en lisant l’ouvrage de J.C. Herz « Alice au pays d’Internet ».
La cyberculture ne se trouve pas tant dans les portails (regroupement de liens vers des services divers, par exemple Yahoo !) que dans les milliers de pages personnelles et de forums.
Pour découvrir la cyberculture, il faut se plonger dans ce qu’on pourrait peut-être appeler son essence, c’est-à-dire les groupes de discussion. Il faut dialoguer, des heures durant, avec des personnes dont vous ne connaissez souvent que le pseudonyme.
Pierre Lévy définit la cyberculture comme « l’ensemble des techniques (matérielles et intellectuelles), des pratiques, des attitudes, des modes de pensée et des valeurs qui se développent conjointement à la croissance du cyberespace ».
Pour l’internaute, la cyberculture signifie bien autre chose que cette définition rigide. La cyberculture, c’est plutôt une aspiration. C’est le rêve d’une communauté égalitaire, où chacun pourrait s’exprimer à sa convenance, où tout le monde partagerait ses connaissances avec les autres.
La cyberculture pose la question cruciale du vivre-ensemble. La Cité Internet n’existe que par ses citoyens. « Se dire citoyen de l’Internet, quand il n’y a d’autres frontières de l’Internet que le monde, c’est un peu prétendre à une citoyenneté sans Cité, sans appartenance, et en somme, littéralement, sans citoyenneté »
 
 

La société de l’information
Aujourd’hui, c’est l’idée en vogue. Nous vivons désormais dans une société de l’information. Elle est sensée donner à chaque citoyen la possibilité d’avoir accès à une créativité intellectuelle et à une productivité de haut niveau grâce au traitement numérique de l’information et à une éducation adaptée.
En ce qui concerne Internet, il serait plus adéquat de parler de société de l’imagination ou de société du savoir. C’est une société du virtuel, où l’information, la connaissance et le savoir sont véhiculés par des bits électroniques.
Dans ce type de société, l’information est le nouveau centre de gravité du système socioéconomique.
En effet, avec Internet, l’information revêt différents aspects. C’est, à la fois, un phénomène économique (car la nouvelle devient une marchandise), un phénomène technique (le médium transforme son contenu et sa forme), un phénomène social (variant selon les destinataires), un phénomène politique (puisqu’elle implique des rapports de force), et une manifestation culturelle (l’information se réfère à une symbolique sociale déterminée).
Pour autant, il ne faut pas se figurer qu’il y a aujourd’hui une très grande circulation de l’information.
Il est vrai que la société actuelle produit et diffuse plus d’informations que toutes les autres sociétés réunies qui l’ont précédée. Mais cette croissance exponentielle de l’information pose le problème de la surcharge informationnelle. Cette surinformation a deux écueils : la désinformation d’un part, et d’autre part, on remarque que seule une petite partie des informations est finalement accessible à un public encore restreint. Surtout, une partie encore plus infime est pertinente.

Un autre mythe s’avère erroné, c’est celui du village planétaire. Le « village global » de Marshall Mc Luhan est supposé abolir les notions d’espace et de temps. En réalité, l’information ne peut à aucun moment être déspatialisée et elle rend encore plus manifeste l’importance du temps réel.
L’être humain, acteur de cette société de l’information, reste indissociable de ses relations avec l’Autre et de son environnement. Il est faux de penser que l’on puisse construire une société nouvelle sur les bases de contacts médiatisés. Le réseau Internet reste un médium parmi d’autres. A aucun moment il n’a eu vocation à se substituer à la vie réelle.

Cependant, l’information a pris une autre dimension avec l’Internet. Plutôt, le Web permet de démocratiser l’information. L’actualité n’est désormais plus le monopole des grands groupes de presse. Avec Internet, le médium devient gratuit. Quiconque possède un ordinateur et un modem a toute latitude pour concurrencer les plus grands. Matt Drudge a saisi cette formidable chance qui est offerte à chacun. Aujourd’hui, n’importe qui peut s’octroyer le titre de cyberjournaliste et faire référencer son site sur les principaux moteurs de recherche. Cette situation jusqu’à lors inédite est cependant sujette à controverse. Matt Drudge reste un cas isolé mais, à lui seul, il a déclenché une polémique dans le monde très fermée (jusqu’à présent) des journalistes.
On peut se demander quel est le but recherché par Matt Drudge dans sa "croisade" pour la liberté de l’information. Et s’il y a une volonté très déterminée de la part de cet homme, il y a aussi une manière, qui lui est bien particulière. Mais cela est-il suffisant pour qualifier le Drudge Report de travail journalistique ?
Peut-on assimiler son site Web aux autres sites d’informations, réalisés par des cyberjournalistes reconnus en tant que tels par le reste de la profession ?
L’existence du Drudge Report  pose aussi le brûlant problème de l’éthique et de la déontologie.
Si un nouveau médium suppose un nouveau message, il devient alors nécessaire d’identifier les nouvelles règles qui régissent l’information virtuelle. L’instantanéité et l’impression de vide juridique qui caractérisent Internet posent le problème du scoop et de la désinformation.

Au moment où des médias du monde entier se lancent dans le cyberespace, il devient indispensable de préciser plus avant quelles sont les caractéristiques de Matt Drudge et de son rapport (partie 1) pour ensuite pouvoir aborder la question aujourd’hui cruciale de l’éthique dans cette nouvelle forme de journalisme. En effet, on assiste actuellement à une véritable "médiamorphose" qui mérite que l’on s’y attarde (partie 2).