poeme
De l'abîme à l'atome
À l'origine, Dieu s'écria sur l'abîme:
"Que la lumière soit!" Et la lumière fut.
L'élément lumineux qui veillait à l'affût,
Des profondeurs des mers, s'élança vers les cimes.
 
Il déroba l'espace, il envahit le temps;
Très haut dans le zénith parurent des étoiles;
Un astre incandescent perça l'immense voile
Et de son souffle chaud fit le premier printemps.
 
Le Créateur admit que cela était bon.
 
L'homme à la fin des temps s'écria sur l'atome:
"Que la lumière soit!" Le terrible Vulcain
Accourut à l'appel du téméraire humain,
Ressuscitant enfin des cendres de Sodome.
 
Il envahit les cieux, tel un nouveau soleil
Pour dévoiler aux gens leur suprême sottise;
Et déchaîné, sans frein, contre la convoitise,
De son souffle brûlant fit le dernier sommeil.
 
L'homme avait prétendu que cela était bon.
J'ai vu le soleil du matin
Le soleil couchant est entré par ta fenêtre
Mais je n'ai point vu le soleil.
Ton regard brillait d'un tel éclat
Que les rayons de l'astre semblaient des ombres.
J'ai refusé les rayons vivifiants de l'astre
Pour m'enivrer de ton soleil à toi.
Je me suis enivré de ton regard
Comme je l'aurais fait du plus pur champagne.
Dans ma coupe, ce soir, il y a de l'amour
Et je bois tes chansons.
Tu chantais devant ta fenêtre,
Comme un oiseau du soir;
Et les oiseaux se sont approchés en silence
Pour écouter ta voix.
J'écoutais ta voix en silence
Comme les oiseaux devant ta fenêtre.
Je t'ai adoré à genoux
Et l'ivresse a pénétré mon cœur.
Quand, à l'aube, je me suis éveillé,
Tes paupières voilaient encore ton regard.
Et j'ai vu le soleil du matin
Qui entrait par la fenêtre.
Mon Horizon
Trois larges fenêtre,
Telles des écrans de télévision,
Présentent à ma vision toujours la même image:
Un champ de vision ordinaire.
 
Il n'a pas l'étendue de celui qui s'offrait à moi
Le jour où j'avais gravi la montagne.
Il n'a pas la splendeur qu'il déployait
Quand je m'étais arrêté devant la cataracte;
Ni la quiétude des soirs de contemplation,
Lorsque je me laissais bercer
Sur le sillon tracé à travers le lac tranquille
Par une lune souriante et blonde.
 
Mon champ de vision n'a pas la nostalgie
De celui que je contemple encore
Durant les longues nuits d'insomnie
Dans les recoins poussiéreux d'un lointain souvenir.
Il ne s'éclaire pas des lueurs surnaturelles,
De ces lumières diaphanes qui ravivaient ma foi
Après les soudaines éclipses de mes vingt ans,
Lors des passages du doute devant le soleil de ma croyance.
Il n'a pas l'infini perspective de mes projets d'avenir
Ni la hardiesse de mes aspirations.
 
Il m'apparaît à travers des vitres sales,
Des vitres que je maudis parfois,
Les jours où je rêve à la liberté des grands espaces.
Il m'apparaît toujours le même:
Ici, des herbes longues, quelques arbres, un pommier;
Plus loin, des maisons, des hangars, un chemin;
Encore plus loin, un sommet de montagne,
Auquel est grossièrement cousu l'extrémité du ciel.
Présentement, un long ruban de fumée blanche,
Attaché à un oiseau d'acier,
Tranche horizontalement l'azur.
Ce que je souhaiterais, moi aussi,
Tracer dans le ciel bleu,
Un long ruban de fumée blanche.
Seul
Pouvoir vivre des mois en un lieu solitaire
Plongé dans mes pensées, seul avec mon égo,
Boire le vert du sol et du ciel l'indigo
Prier le Créateur, réfléchir et me taire.
 
Me lever le matin et saluer l'écho,
Me laver au ruisseau, boire à la source claire,
Gravir des pics abrupts sous la chaleur solaire,
Siffler une chanson, danser un fadango!
 
Remonter les rivières à pas lents et posés
Ou poursuivre le lièvre en une course osée,
M'étendre au pied d'un chêne et ne faire aucun rêve!
 
À la tombée du jour, pactiser une trêve
Risquer les froids du soir et braver la rosée
Dormir sous les étoiles! Ah! c'est mon Élysée!