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| Quand j'avais 18 ans, mes maîtres m'avaient
prêché le fixisme, Aristote, Ptolémée et Thomas
d'Aquin. L'Univers tournait autour de la Terre, astre parfait
et immuable qui trônait tout au Centre. N'était-ce pas le
royaume de l'Homme? Et tatati, et tatata... Mais le soir, dans ma
chambre de pensionnaire je me répétais sans cesse avec
Galilée: "Et pourtant, elle tourne!." Je connaissais
les grands naturalistes du 18e et du 19e siècles Buffon
Lamark, Cuvier, J'avais lu Darwin et son "Évolution des Espèces. Je
m'étais passionné pour les chercheurs du début du
20e siècle:
Marie
Curie, Max
Planck, Ernest
Rutherford, Louis
DeBroglie, James
Maxwell, Louis
Pasteur, Sigmund
Freud. Je ne sais pourquoi j'avais été
attiré par tous ces personnages si peu conformistes.
Peut-être avais-je été marqué par une
enfance empreinte de liberté où j'avais consacré
tant d'heures à explorer la forêt, à faire des
expériences de chimie dans un petit laboratoire de fortune en
haut de la remise et à tenter l'aventure. |
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| Durant les quatre années qui suivirent mes
débuts dans l'enseignement, je vécus une vie
professionnelle exemplaire, passant de la 2e année à la
6e année du primaire. Chaque jour, j'enseignais le petit
catéchisme, l'histoire sainte, la dictée, la grammaire,
la lecture, l'arithmétique, l'histoire du Canada et la
géographie, les connaissances usuelles et la bienséance.
Mais je me réservais du temps pour les Cercles des Jeunes
Naturalistes, les excursions en forêt, les collections
d'insectes, les herbiers, la taxidermie, la construction de cages
d'oiseaux et de trappes d'écrevisses, la "cueillette" de cuisses
de grenouilles. |
Et que dire des longues soirées d'hiver au
Saguenay où par des froids de moins vingt degrés je
marchais dans la nuit en contemplant les aurores boréales.
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À 22 ans, j'arrivai à un grand carrefour
de ma vie. Je quittai l'enseignement pour explorer d'autres milieux.
Quelques années dans le domaine de
l'électricité, de l'électronique et de
l'automatisation autour des hauts fournaux de la Union Carbide
(St-Laurence Alloys) de
Beauharnois. |
| Puis ce fut mon chemin de Damas. |
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| Je me retrouvai cloué durant deux ans sur un
lit d'hôpital, cumulant les importantes fonctions de malade
à plein temps et de rédacteur d'une revue mensuelle que
nous avions baptisée "ESPOIR". Un jour de caffard, je me surpris
à griffonner: |
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| Un lit tout blanc et des ans de souffrance; |
| Non pas cette souffrance qui fait mal |
| Mais celle, beaucoup plus mordante, |
| Qu'on ne sent pas dans ses chairs |
| Et qui enchaîne, durant des ans, |
| Sur un lit tout blanc. |
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| Il ne se tache pas du sang de mes blessures |
| Parce que mes blessures sont au-dedans |
| Et qu'elles saignent des larmes. |
| Des larmes de dépit, |
| D'ennui, |
| De monotonie. |
| Cette monotonie et cet ennui qui tuent |
| Plus que les plaies suppurantes du lépreux,
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| Plus que les balles ricochantes du soldat. |
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| Les larmes, en tombant, |
| Lavent le drap tout blanc |
| Et en accentuent l'hypocrisie. |
| Ah! Si du moins le lit n'était pas couleur de
joie! |
| S'il était rouge pour indiquer la souffrance,
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| S'il était vert pour rappeler
l'espérance |
| Ou jaune pour dire la peur que je ressens! |
| Il ne mentirait plus. |
| Mais alors il ferait le jeu de la souffrance |
| Qui enchaîne durant des ans |
| Sur un lit de désespérance. |
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| Je ne veux plus de l'espérance |
| Qui sous-entend une présente souffrance. |
| Je ne veux plus ressentir la peur |
| Qui anticipe quelque malheur. |
| Je serai tout à la joie |
| Comme le veulent mes draps blancs: |
| À la joie de vivre encor, |
| De vivre et de pouvoir écrire, |
| De vivre et de pouvoir penser |
| Et chanter, et lutter, et aimer. |
| Quand je pense au futur, |
| Ou j'espère ou je crains. |
| Quand je pense au présent |
| Je vis, et cela me suffit. |
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| J'y connus l'amitié, la tendresse puis l'amour.
Elle était belle, intelligente, sensible, d'une grande culture
et elle était ma secrétaire. (Elle allait plus tard me
donner quatre merveilleux enfants qui font aujourd'hui notre
fierté. Ils ont à leur tour connu l'amitié, la
tendresse puis l'amour. C'est pourquoi huit adorables petits-enfants
font aujourd'hui monter les décibels à des niveaux
records lors de nos rencontres de famille. Est-ce là le secret
de notre éternelle jeunesse?) |
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Au début de notre mariage en 1956, jeune
électronicien, j'avais contribué au lancement de la
télévision à Magog en vendant des
téléviseurs et en installant de hautes antennes sur les
toits. Un dimanche matin, un ouragan faucha toutes les antennes. Je
laissai à d'autres le soin de la reconstruction.
Je pris alors charge d'un bureau d'assurances. |
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| Comment me suis-je retrouvé en 1959, à
l'ouverture de l'école St-François, comme professeur de
physique et de chimie ? Je crois que le directeur général
Richard Bergeron était un téméraire pour
m'accueillir ainsi dans la Commission des Écoles catholiques de
Sherbrooke. |
Je me souviens avec nostalgie de ces trente
merveilleuses années passées à la CSRS, d'abord comme professeur au secondaire, comme
directeur des écoles Leblanc et Ste-Anne puis comme conseiller
pédagogique en mathématique. Ce furent des années
ennivrantes issues de la Révolution
tranquille et qui resteront dans ma mémoire comme
l'âge d'or de la pédagogie au Québec.
Que dire de
ces vingt années d'enseignement à l'Université
de Sherbrooke (1970 à 1990) à titre de chargé
de
cours en didactique de la mathématique et en informatique !
Cette période a occupé dans ma vie
professionnelle un espace privilégié, espace qui a
subitement changé en juin 1990 lorsque j'ai pris ma retraite... |
| ...et ainsi se terminait, croyais-je, ma vie active.
J'allais consacrer mes dernières années sur les
bords du lac Montjoie à goûter pleinement les plaisirs de
mon coin de pays : la pêche, le canotage, le tennis, la chasse,
les randonnées cyclistes, les longues promenades en forêt,
la natation, la lecture et le flânage systématique. |
| Mais c'était sans compter sur l'appel de
l'aventure. Cet appel me vint de l'Afrique. |
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