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Guy Peeters | |||||||||||
Le Livre d'Or de Spa tel que l'ont écrit des romanciers, des poètes, des artistes, des politiques des siècles passés | |||||||||||
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A Spa, il y a un peu plus de cent ans, on recomposait le Livre dOr. On cherchait à donner ses lettres de noblesse à la ville deaux en appelant le passé à témoigner. Lhistoricisme était à la mode. Une manière daccroître le prestige du lieu et dy appeler de nouvelles générations de touristes. Une façon de commémoration, qui trahissait linsuffisance du présent. Aidé des conseils dAlbin Body, le peintre Antoine Fontaine achevait son grand-oeuvre en 1894 : un tableau regroupant pêle-mêle toutes les gloires nobiliaires, littéraires, artistiques, scientifiques et industrielles qui avaient séjourné à Spa depuis ... lAntiquité. Il ratissait large. Deux ans plus tard, dans la pierre de la Cascade monumentale cette fois, on gravait les noms des visiteurs illustres de jadis et de naguère, en laissant même quelques dalles vierges qui accueilleraient les noms de lavenir. Un patrimoine mythique Il est vrai ou plutôt cest ma convictionquun lieu sans « passé » nattache pas autant quun lieu chargé dhistoire, que certains lieux nexisteraient pas sans les fantômes qui les hantent. Retirez Victor Hugo à Guernesey, Emile Zola à Médan, Voltaire à Ferney, De Gaulle à Colombey-les-Deux-Eglises, aussitôt cette île et ces localités perdraient une grande partie de leur âme. De tels sites se sont « construits », jusquà devenir mythiques, autour de ces personnages qui y ont vécu et travaillé, et qui les ont aimés. Sans doute Albin Body, Antoine Fontaine et leurs émules rêvaient-ils dasseoir Spa sur un semblable patrimoine mythique. Saint Remacle était un peu suranné et limage de Pierre le Grand avait pâli. Spa devait trouver dautres atouts et, comme les noms de visiteurs illustres ne manquaient pas dans ses archives, ce serait chose aisée. Voire. Il y a une nette différence entre une cité où une grande personnalité sest imposéedisons-le, tant pis si cest un vieux mot par son génie, et une ville où la plupart des personnages que lon met en avantà quelques exceptions près ne se sont donné que la peine dy passer quelques jours ou quelques semaines de vacances ou de cure, sans rien en dire, et sans rien y faire, au demeurant, que des choses fort ordinaires qui nont changé ni leur destin ni le destin du monde. Lhistorien rencontre ces noms, en parcourant la Liste des Etrangers, bien souvent en peine dy associer la moindre anecdote. Qua pu faire, par exemple, à Spa, en novembre 1840, le poète Gérard de Nerval, sinon y goûter un profond ennui ? « Jai pu même aller voir Spa, à six lieues dici [Liège], écrit-il à son père, mais il ny a plus personne; ce nest pas quil fasse froid, mais la saison des pluies renvoie tous les baigneurs. » (1) Que bâtir sur un témoignage dune telle banalité ? Des noms, oui, les plus éminents, et à foison. De quoi remplir les 35 mètres carrés de la toile dAntoine Fontaine. Mais avec quel résultat tangible ? Cent ans plus tard, les Spadois nont pas une « rue Etienne Arago » ni une taverne « Au Poète assassiné »; les plaques souvenirs et les statues se comptent sur les doigts des deux mains; la stèle « Meyerbeer » à quelques pas de la source de Barisart, est entièrement enfouie sous la végétation, et linscription qui rappelle les visites de Guillaume Apollinaire à sa mère en 1899, rue de lHôtel de Ville, sefface dannée en année. Quant au Livre dOr dAntoine Fontaine, fort bien restauré pourtant, il est aujourdhui entreposé dans le Jardin dHiver du Pouhon, souvent inaccessible. Il est donc douteux que les Spadois et les Etrangers à la ville, aient été sensibles à ce patrimoine-là et aient jamais partagé lenthousiasme dAlbin Body sefforçant denrichir Spa dune sorte daura mythique. Cela constaté, le bon sens voudrait que je dépose ma plume et que je prenne congé du lecteur, puisque mon propos est de lentretenir de Montaigne, qui a parlé de Spa dans ses Essais et dans son Journal de Voyage, mais qui ny a jamais mis les pieds... On ne se refait pas : à linstar dAlbin Body, aussi futile que cela paraisse, il me plaît de retrouver la trace, si ténue soit-elle, de ces grands visiteurs. Après la famille Hugo, Alexandre Dumas, Marie Duplessis et quelques autres, pourquoi pas Montaigne ? Montaigne fait faux bond Pour quelle raison Albin Body a-t-il cru que Montaigne avait séjourné à Spa et la-t-il fait portraiturer sur le Livre dOr ? Le Fonds Body ne contient quun ouvrage de référence qui concerne le philosophe du XVIe siècle : le « tiré à part » dun article paru dans La Gazette médicale de Paris en 1859 intitulé « Montaigne. Ses voyages aux eaux minérales en 1580 et en 1581 » signé par le Docteur Constantin James. Dans cet opuscule, lhydrologue cite, pour en contester dailleurs le bien-fondé, deux passages du Journal de voyage en Italie de Montaigne où il est question des propriétés des eaux de Spa. Jy reviendrai. Cest peut-être à partir de ce seul document que Albin Body a conclu au séjour de Montaigne. A la décharge de lhistorien, il faut reconnaître quil nétait pas évident, à la fin du XIXe siècle, de se procurer le Journal de Voyage de lauteur des Essais : les éditions de 1774 et 1775 ne couraient pas les bibliothèques. Aujourdhui, bien sûr, plusieurs collections de poche ont inscrit ce titre à leur catalogue. Or, sans ce Journal, il était difficile de trancher. A la suite dAlbin Body, bien dautres historiens spadois, trop confiants dans la sûreté des informations de leur grand devancier, ont repris lanecdote sans la vérifier. En 1981, Georges Spailier note que « le célèbre moraliste français, auteur des Essais, vint enrichir [à Spa] son expérience des hommes» (2) et Georges-Emile Jacob, dans Rues et promenades de Spa (3), republié en 1983, ne corrige pas davantage. Mieux avisé, Pierre Lafagne, en 1968, se reporte aux Essais et au Journal, et rectifie. « Le cas de Montaigne, en 1580, écrit-il, est comparable à celui de Marguerite de Valois en 1577. Il souffrait de la gravelle et cherchait des eaux capables de le soulager; dans Les Essais (Livre II, ch. 16), il écrivait notamment quen Toscane, on fait grand fête des bains de Spa . Il eut tout dabord lintention de se rendre en Ardenne, puis, renseignements pris auprès du jésuite Maldonnat, il changea davis. Il suffisait sans doute que tout le monde se rendit volontiers aux eaux de Spa pour que Montaigne, lui, se rendit à Plombières. Ce quil fit. » (4) Bravo pour la rectification, quoique je la sente un peu « offensive ». Pierre Lafagne semble éprouver quelque dépit de constater que Montaigne fasse faux bond et se dérobe à lHistoire spadoise. (Lobjectivité des historiens locaux et je me range fraternellement parmi eux dérape parfois, sans doute inconsciemment, lorsquil sagit des lieux auxquels ils sont attachés.) En effet, où Pierre Lafagne a-t-il pris que Montaigne projetait de se diriger vers lArdenne ? Et pourquoi accuse-t-il Montaigne de dédaigner Spa au profit de Plombières par une sorte danticonformisme primaire ? Quant à la phrase de Montaigne qui donne limpression que la Toscane du XVIe siècle tout entière ne jure que par les bains de Spa, Pierre Lafagne la sortie de son contexte. Montaigne, en effet, a écrit, dans le chapitre intitulé « Que nostre desir saccroit par la malaisance » : « Ceux de la Marche dAncone font plus volontiers leurs veuz à Saint-Jacques, et ceux de Galice à Nostre Dame de Lorete (5); on faict au Liege grande feste des bains de Luques, et en la Toscane de ceux dAspa; il ne se voit guiere de Romain en lecole de lescrime à Romme, qui est plaine de François. Ce grand Caton se trouva, aussi bien que nous, degousté de sa femme tant quelle fut siene, et la desira quand elle fut à un autre. » Dans cette série dexemples très disparates, Montaigne veut montrer, non pas que les bains de Spa passionnent toute lItalie ou que Caton a raison de délaisser son épouse, mais que lhomme ne se satisfait pas de ce qui est à sa portée et quil sexcite seulement sur ce qui est au loin. « Nostre appetit, conclut-il explicitement, mesprise et outrepasse ce qui luy est en main, pour courir après ce quil na pas.» (6) Convenons-en : la seule déduction que Pierre Lafagne pouvait tirer de cette citation, cest que les eaux de Spa surgissent dans limagination de Montaigne, alors quil parle de tout autre chose, en même temps que les eaux de Lucques et que donc les unes et les autres, à égalité, bénéficiaient dune très large notoriété au XVIe siècle. En soi, cest une information à souligner. Les diverses raisons du voyage de M. de Montaigne Quant à la raison de lintérêt de Montaigne pour les villes dEaux, là, Pierre Lafagne ne se trompe pas : cest bien la gravelle des calculs dans les reins qui lexplique. Cette douloureuse maladie sétait déclarée en 1578; Montaigne lattribuait à son hérédité. « Il est à croire que je dois à mon père cette qualité pierreuse, car il mourut [en 1568] merveilleusement affligé dune grosse pierre quil avait en la vessie. » (7) En 1578, Montaigne a 45 ans. Cela fait huit ans quil a vendu sa charge de Conseiller au Parlement de Bordeaux et quil vit avec sa femme et sa fille dans le château familial dont il est devenu le propriétaire au décès de son père. Retraite active : le châtelain reçoit, lit énormément, rédige ses Essais et voyage il fait, cette année-là déjà, des cures thermales dans les stations pyrénéennes, et notamment à Bagnères-de-Bigorre et à Eaux-Chaudes. En 1580, il publie à Bordeaux les deux premiers livres des Essais (8) et, au mois de juin, il quitte le Périgord pour entreprendre un gigantesque voyage de dix-sept mois qui le conduira en Lorraine, en Alsace, en Allemagne du Sud, au Tyrol et en Italie. Et le voyage eût sans doute duré davantage encore si Montaigne navait été rappelé durgence à Bordeaux. Avant de le suivre dans ses pérégrinations, il sagit, me semble-t-il, de préciser ce que le philosophe escompte des sources thermales lointaines vers lesquelles il va se diriger et pourquoi il ne se confiait pas plutôt à la médecine ou à la chirurgie ? La deuxième question est anachronique. Dans le chapitre des Essais intitulé « De la ressemblance des enfans aux pères », Montaigne, au travers dune attaque aussi ironique et totale que celle que développera Molière au siècle suivant explique pourquoi il na que mépris pour les médecins. « Jay esté assez souvent malade; jay trouvé, sans leurs secours, mes maladies aussi douces à supporter et aussi courtes quà nulautre; et si, ny ay point meslé lamertume de leurs ordonnances. » (9) On comprend son éloignement quand il ajoute que les médecins du XVIe siècle prescrivaient aux coliqueux « des crotes de rat pulvérisées, et telles autres singeries qui ont plus le visage dun enchantement magicien que de science solide » (10). Quant à la chirurgie, Montaigne y croirait davantage, en particulier dans le cas de la gravelle, qui est « palpable », nétaient les exemples derreurs médicales quil connaît : « Dernierement, à Paris, un gentil-homme fust taillé par lordonnance des medecins, auquel on ne trouva de pierre non plus à la vessie quà la main » (11) Ignorance et impuissance quasi totales. Certains médecins en conviennent parfois et conseillent alors à leurs patients de sen remettre à la religion, aux eaux ou au changement dair. « Quand ils sont au bout de leur corde, ils ont inventé cette belle deffaite de renvoyer les malades quils ont agitez et tormentez pour neant de leurs drogues et regimes, les uns au secours des voeuz et miracles, les autres aux eaux chaudes. [...] Ils ont une tierce deffaite pour nous chasser dauprès deux, et se descharger des reproches que nous leur pouvons faire du peu damendement à nos maux [...] : cest de nous envoier cercher la bonté de lair de quelque autre contrée. » (12) Montaigne croit aussi peu aux miracles quà la médecine. Par contre, il ne nie pas demblée toute efficacité aux eaux pour soulager les maux dont il souffre. Cest la seule partie de la médecine à laquelle il se soit « laissé aller », parce quelle est la plus naturelle. Encore que, sempresse-t-il dajouter, « elle a sa bonne part de la confusion et incertitude qui se voit partout ailleurs en cet art. » (13) Ainsi, en Allemagne, on ne boit pas leau; on se baigne quasi toute la journée. En Italie, par contre, selon les lieux, on boit de leau, parfois additionnée de quelque drogue, neuf jours daffilée, puis on se baigne pendant un mois au moins. Ici, on recommande de se promener; là, de se mettre au lit. Les uns se font ventouser jusquau sang dans le bain; les autres prennent de légères douches. La plus grande fantaisie préside aux traitements. Cet intérêt pour les thermes, si important dans la civilisation romaine, sétait quasi complètement éteint pendant le moyen âge, entre autres, sous la pression de lEglise qui voyait dans ces endroits des lieux de débauche et de perdition, où lon se promenait sans pudeur et où lon risquait de mauvaises rencontres. La crainte des maladies contagieuses avait joué également. La Renaissance a renoué avec les pratiques des Anciens, et les humanistes, à linstar des Romains, privilégieront les sources chaudes et les bains, plutôt que les sources froides et les ingestions deau. Dans le Livre II des Essais, on lit un plaidoyer en faveur de cette mode antique. Plaidoyer « à la Montaigne », cest-à-dire tempéré dironie et de scepticisme : si il est sûr, dit-il, que les eaux ne font pas de mal et naggravent pas les maladies, il nest pas certain quelles produisent une nette amélioration et il est évident quelles ne font pas de miracles. Les eaux « décrassent » le corps, ouvrent lappétit et stimulent la vitalité. Cela seulement est certain. « Jay veu, par occasion de mes voyages, dit Montaigne en 1588, quasi tous les bains fameux de Chrestienté, et depuis quelques années ay commencé à men servir; car, en general jestime le baigner salubre, et croy que nous encourons non legeres incommoditez en nostre santé, pour avoir perdu cette coustume, qui estoit generalement observée au temps passé quasi en toutes les nations, et est encores en plusieurs, de se laver le corps tous les jours; et ne puis pas imaginer que nous vaillions beaucoup moins de tenir ainsi nos membres encroutez et nos pores estouppés de crasse. Et, quant à leur boisson, la fortune a faict premierement quelle ne soit aucunement ennemie de mon goust; secondement elle est naturelle et simple, qui aumoins nest pas dangereuse, si elle est vaine; dequoy je pren pour repondant cette infinité de peuples de toutes sortes et complexions qui sy assemble. Et encore que je ny ay apperceu aucun effet extraordinaire et miraculeux; ains que, men informant un peu plus curieusement quil ne se faict, jaye trouvé mal fondez et faux tous les bruits de telles operations qui se sement en ces lieux là et qui sy croient (comme le monde va se pipant aiséement de ce quil desire); toutes-fois aussi nay-je veu guere de personnes que ces eaux ayent empiré, et ne leur peut-on sans malice refuser cela quelles nesveillent lappetit, facilitent la digestion et nous prestent quelque nouvelle allegresse, si on ny va par trop abbatu de forces, ce que je desconseille de faire. Elles ne sont pas pour relever une poisante ruyne ; elles peuvent appuyer une inclination legere, ou prourvoir à la menace de quelque alteration. Qui ny apporte assez dallegresse pour pouvoir jouyr le plaisir des compagnies qui sy trouvent et des promenades et exercices à quoy nous convie la beauté des lieux où sont communément assises ces eaux, il perd sans doubte la meilleure piece et plus asseurée de leur effect. A cette cause, jay choisi jusques à cette heure à marrester et à me servir de celles où il y avoit plus daménité de lieu, commodité de logis, de vivres et de compaignies, comme sont en France les bains de Banieres; en la frontière dAllemaigne et de Lorraine, ceux de Plombières; en Souysse, ceux de Bade; en la Toscane, ceux de Lucques, et notamment ceux della Villa, desquels jay usé plus souvent et à diverses saisons. » (14) Linsistance sur la beauté des lieux, les commodités de logement, le goût de la conversation et la nécessité darriver dans les lieux en bonne santé, tout cela laisse deviner que Montaigne est animé dautres motivations que daller seulement chercher un lieu où se soigner. Dautant quil fallait une forme digne dun coureur du Tour de France pour faire des centaines de kilomètres à cheval sur des routes dont létat avait tout à envier aux nôtres. Mais cette force physique, Montaigne semble la posséder : « Je me tien à cheval sans demonter, tout choliqueux que je suis, et sans my ennuyer, huit et dix heures. [...] Jayme les pluies, et les crotes, comme les canes. » (15) Outre le plaisir de voyager, Montaigne, comme tous les humanistes de son siècle, cherche évidemment dans ses déambulations européennes le contact avec dautres cultures et dautres formes de penser. « Le voyager me semble un exercice profitable. Lame y a une continuelle exercitation à remarquer les choses incogneuës et nouvelles; et je ne sçache point meilleure escolle, comme jay dict souvent, à former la vie que de luy proposer incessamment la diversité de tant dautres vies, fantaisies et usances, et luy faire gouster une si perpetuelle variété de formes de nostre nature. » (16) Aussi, en voyage, il est attentif à tout, aux moeurs et aux coutumes, à la gastronomie, à la manière de danser, aux habits et à la beauté féminine. Dernières raisons, plus particulières, de quitter son château : prendre ses distances dune France déchirée par les conflits religieux, oublier les soucis domestiques et séloigner temporairement de sa femme, Françoise de la Chassaigne, quil a épousée voilà quinze ans. Un mariage de raison, dit-on. Le couple a eu six enfants; une seule fille, Leonor, a survécu. Montaigne exprime de manière très abrupte son désir dindépendance, sans le moindre romantisme : « Lamitié maritale, cest une amitié qui se refroidit volontiers par une trop continuelle assistance, et que lassiduité blesse. [...] Nous navons pas fait marché, en nous mariant de nous tenir continuellement accoués lun à lautre [...] dune manière chiennine. Et ne doit femme avoir les yeux si gourmandement fichés sur le devant de leur mari quelle nen puisse voir le derrière, où besoin est. » (17) Ce nest que cent quatre-vingt-dix ans plus tard que les détails du voyage seront connus par la découverte du Journal de voyage de Montaigne. Le manuscrit dormait dans une malle du château de Montaigne, alors propriété de M. de Ségur, lorsque le chanoine Prunis, qui menait des recherches pour écrire une histoire du Périgord, ly découvrit au début de 1772. Le chanoine obtint de M. de Ségur de pouvoir emporter le document pour le copier et, grâce à lappui de dAlembert, pour en préparer lédition ... lorsque M. de Ségur le déposséda du manuscrit pour le confier à Meusnier de Querlon. On imagine la déconvenue du chanoine Prunis ! Le Voyage en Italie fut publié en 1774 par Meusnier de Querlon sous le titre Journal de voyage de Michel de Montaigne en Italie par la Suisse et lAllemagne en 1580-1581 (18). Le manuscrit, aujourdhui perdu, était partiellement de la main de Montaigne, rédigé tantôt en français, tantôt en italien, et partiellement de la main dun de ses domestiques. Cela explique le passage de la première à la troisième personne pour désigner lauteur. A lévidence, il sagit de notes, très négligées dans la forme, qui nétaient pas du tout destinées à être publiées. Rien à voir avec un « journal de voyage » traditionnel. Les Encyclopédistes qui révéraient lauteur des Essais et son indépendance desprit pousseront des cris dorfraies lorsquils le parcoureront : est-ce là « leur » Montaigne ? Totalement imperméable à lItalie renaissante, voilà un homme préoccupé à chaque page de noter la couleur de ses selles et de ses urines et qui court entendre la messe et faire ses dévotions dans chaque église quil croise. Arrière, Tartuffe ! nous voilà défrisés. Depuis le XVIIIe siècle, le jugement a heureusement évolué, mais ce nest pas lobjet de notre propos. Ouvrons donc le Journal à notre tour pour y découvrir les allusions spadoises. Les Bains de Spa en 1580 Après un séjour à Paris, à La Fère et à Soissons, le voyage proprement dit commence le 5 septembre 1580. Montaigne nest pas seul : plusieurs de ses amis, son frère cadet, son beau-frère et des domestiques laccompagnent, parfois en voiture mais, surtout, à cheval. Quelques étapes, et voici Epernay, où, le 9 septembre, à la sortie de la messe quil a entendue dans léglise Notre-Dame, Montaigne rencontre le jésuite Jean Maldonnat (19), un philosophe et théologien réputé. Les deux hommes entament une longue conversation quils poursuivront à lhôtel où Montaigne est descendu. Maldonnat revient de Spa où il a accompagné le duc de Nevers (20). Lecclésiastique est assez élogieux pour les eaux de Spa et pour laccueil et le confort quil a trouvés là-bas; moins, pour les effets de la cure. Lintérêt de Montaigne pour les eaux de Spa se marque dans son souci de consigner les remarques pittoresques de labbé. « Et entre autres choses, parce quil [Maldonnat] venait des bains de Spa, qui sont au Liège où il avait été avec M. de Nevers, il lui conta que cétaient des eaux extrêmement froides, et quon tenait là que, les plus froides quon pouvait les prendre, cétait le meilleur. Elles sont si froides quaucuns qui en boivent en entrent en frisson et en horreur [chair de poule]; mais bientôt après, on en sent une grande chaleur en lestomac. Il en prenait pour sa part cent onces; car il y a des gens qui fournissent des verres qui portent leur mesure selon la volonté dun chacun. Elles se boivent non seulement à jeun, mais encore après le repas. Les opérations quil récita sont pareilles aux eaux de Gascogne. Quant à lui, il disait en avoir remarqué la force pour le mal quelles ne lui avaient pas fait, en ayant bu plusieurs fois tout suant et tout ému. Il a vu par expérience que grenouilles et autres petites bêtes quon y jette y meurent incontinent; et dit quun mouchoir quon mettra au-dessus dun verre plein de ladite eau se jaunira incontinent. On en boit quinze jours ou trois semaines pour le moins. Cest un lieu auquel on est très bien accomodé et logé, propre contre toute obstruction et gravelle. Toutefois, ni M. de Nevers ni lui nen étaient devenus plus sains. » (21) Le docteur Constantin James, je lai signalé plus haut, sest intéressé de près au Journal de Montaigne, sans aucune aménité pour lauteur. « Notre ennemi personnel », Montaigne, attaque sans cesse le thermalisme; or, ses descriptions hydrologiques sont tout à fait contestables. Voyez ici, tonne-t-il en pointant le témoignage de Maldonnat à propos du mouchoir : « Ce dernier détail est inexact. Un mouchoir ne jaunira quautant quil sera plongé dans leau minérale elle-même; il faudra, de plus, un certain temps pour que celle-ci laisse déposer une partie de son carbonate de fer. Du reste, poursuit le cuistre qui reproche à Montaigne de ne songer quà « se draper » pour la postérité, je ne puis que renvoyer à mon Guide pratique aux Eaux minérales pour tout ce qui touche aux assertions [peuh !] de Montaigne, non seulement sur Spa, mais sur les autres Bains dont il va nous entretenir. » (22) Le séjour à Spa aurait-il plu à Montaigne ? Jen doute. Quoi quen dise Maldonnat, le confort ne devait pas y être si grand Assez pour un jésuite peut-être, trop peu pour une Reine en tout cas. Marguerite de Navarre, la fameuse « Reine Margot », alors quelle était à Liège en 1577, avait renoncé à se déplacer jusquà la ville dEaux : « Les eaux de Spa nétant quà trois ou quatre lieues de là, et ny ayant qu'auprès un petit village de trois ou quatre méchantes maisons, Madame la Princesse de la Roche-sur-Yon [qui accompagnait la reine] fut conseillée par les médecins de demeurer à Liège et d'y faire apporter son eau, l'assurant qu'elle aurait autant de force et de vertu étant apportée la nuit avant que le soleil fût levé. » (23) Spa nétait encore quune bourgade de quelques dizaines de maisons, rassemblées au pied de léglise et autour de la fontaine du Pouhon (24). Laccès en était difficile, que ce soit à cheval, en voiture ou à pied et cela rebutait de nombreux voyageurs. Cent-cinquante ans plus tard, lauteur des Amusemens des Eaux de Spa insiste encore sur cette difficulté : « Soit que lon vienne du côté de Liège, soit que lon arrive du côté dAix-la-Chapelle, qui nen sont éloignés que de six ou sept lieues, il faut traverser des déserts incultes pour la plupart et presque tout pierreux. Ce ne sont que montagnes de toutes parts, qui succèdent les unes aux autres, et au travers desquelles on a tracé des routes imparfaites. » (25) Nempêche, malgré ces inconvénients et ces insuffisances, la réputation de Spa est déjà bien établie en Europe. Gilbert Fuchs, alias Lymborh, le médecin personnel du Prince-Evêque de Liège, a publié, vingt ans plus tôt, en 1559, lun des premiers traités consacrés aux eaux curatives de Spa : Des fontaines acides de la forêt dArdenne et principalement de celle qui se trouve à Spa. Louvrage a paru en latin, puis en français et en espagnol, et connaît un grand succès. Les vertus curatives des eaux y sont mises en avant : hypocondrie, manque dappétit, constipation, affections de la rate, calculs rénaux, hydropisie, maladies nerveuses et musculaires, stérilité, les eaux soulagent et guérissent tous les maux, y lit-on. Plombières, Baden et Lucques Montaigne ne se détourne pas pour la cause de la route qui le mène, avec ses compagnons fort impatients datteindre Rome, vers le sud. Premier arrêt de dix jours à Plombières, du 16 au 27 septembre. Cest une station thermale modeste où Montaigne boit de leau et se baigne, sans souci du rituel des curistes habitués, des drogues quils ingurgitent et des traitements médicaux agressifs quils sinfligent. « La façon du pays, cest seulement de se baigner et se baigner deux ou trois fois le jour. Aucuns prennent leur repas au bain, où ils se font communément ventouser et scarifier, et ne sen servent quaprès sêtre purgés. Sils boivent, cest un verre ou deux dans le bain. Ils trouvaient étrange la façon de M. de Montaigne, qui, sans médecine précédente, en buvait neuf verres, qui revenaient environ à un pot, tous les matins à sept heures, dînait à midi, et les jours quil se baignait, qui était de deux jours lun, cétait sur les quatre heures, narrêtant au bain quenviron une heure. » (26) Montaigne entend juger, de manière tout empirique, les effets de leau sur son organisme. Il ne sembarrasse pas du quen-dira-t-on. Le 2 octobre, il est à Baden où il séjourne pendant cinq jours. Lendroit le séduit et létonne par ses capacités : lhôtel où il loge peut nourrir trois cents personnes à la fois et lhôtel voisin propose cinquante lits aux voyageurs. Les locaux y sont un peu escrocs avec les étrangers, mais pas plus quailleurs. Montaigne y boit plus quil ne sy baigne et sen trouve bien. Cest là que, dans une note de son Journal, il fait une dernière allusion à Spa. Leau de Baden, dit-il « est moins nette que les autres eaux que nous avons vues ailleurs, et charrie en la puisant certaines petites filandres fort menues. Elle na point ces petites étincelures quon voit briller dans les autres eaux soufrées, quand on les reçoit dans le verre, et comme le dit le seigneur Maldonnat quont celles de Spa. » (27) Remarque qui déclenche un nouveau mouvement dhumeur de Constantin James : « Ici Montaigne fait confusion. Les petites étincelures ou bulles dont il parle, et qui sont formées par le dégagement du gaz acide carbonique, appartiennent aux eaux gazeuses, et non aux eaux soufrées. Spa en contient, parce que Spa est une eau gazeuse. » (28) Mille excuses, docteur. Dont acte. Le voyage reprend. Le 25 octobre, Montaigne franchit le col du Brenner et se retrouve en Italie pour plus dune année. Il sattarde peu dans les villes quil traverse, sauf à Rome, où il passera plus de quatre mois. Son Journal semplit là de cent faits divers : exécutions capitales, exorcismes spectaculaires, cérémonie dexcommunication, circoncision et tutti quanti. Je ne puis mempêcher de rapporter ici, dans une courte parenthèse, laudience que Grégoire XIII, à la demande de lambassadeur de France, ménage à Montaigne et à ses compagnons de route. La naïveté du descripteur y est par trop rafraîchissante. Ce qui frappe dabord lauteur du Journal, cest lallure et la robustesse du pontife octogénaire : visiblement, le pape ne souffre pas des maux dont lui-même est affligé : cest « un très beau vieillard, écrit-il, dune moyenne taille et droite, le visage plein de majesté, une longue barbe blanche, âgé alors de plus de quatre-vingts ans, le plus sain pour cet âge et vigoureux quil est possible de désirer, sans goutte, sans colique, sans mal destomac, et sans aucune sujétion. » (29). Ensuite, comme ses compagnons, Montaigne va baiser la mule du pape. « Lambassadeur qui les présentait se mit un genou en terre, et retroussa la robe du pape sur son pied droit, où il y a une pantoufle rouge, à tout une croix blanche au-dessus. Ceux qui sont à genoux se tiennent en cette assiette jusques à son pied, et se penchent à terre, pour le baiser. M. de Montaigne disait quil avait un peu haussé le bout de son pied. » (30) Imaginez comme ce détail « touchant » Grégoire XIII qui soulève gentiment ses orteils pour atténuer leffort de prosternation de Montaigne a dû attendrir les Encyclopédistes ! Tout compte fait, les séjours du philosophe dans les villes deaux noccuperont quune part relativement restreinte de son temps : dix jours à Plombières, cinq jours à Baden, et soixante-seize jours à Lucques quil rejoint à la fin de juillet 1581. A Lucques, aux Bains della Villa, regrettant de ne pas lavoir fait auparavant aussi complètement, il se met à noter, des pages durant, les effets des eaux sur son organisme, avec un luxe de détails sordides. Le soulagement quapportent les eaux nest pas évident. A Granaiola, dans les environs de Lucques, près dune autre source, il enregistre la réflexion désabusée dun vieil habitant qui le conforte dans son hostilité aux médecins.« [Ce vieillard] sapercevait avec chagrin depuis quelques années que ces bains étaient plus nuisibles que salutaires à ceux qui les prenaient. » Pourquoi donc ? interroge-t-il, inquiet. Les eaux se seraient-elles corrompues ? » Mais pas du tout, poursuit son interlocuteur. « Autrefois il ny avait pas dans le pays un seul apothicaire, et on y voyait rarement même des médecins, au lieu quà présent cest tout le contraire. Ces gens-là, plus pour leur profit que pour le bien des malades, ont répandu cette opinion que les bains ne faisaient aucun effet à ceux qui non seulement ne prenaient pas quelques médecines avant et après lusage des eaux, mais même navaient grand soin de se médicamenter en les prenant; en sorte quils [les médecins] ne consentaient pas aisément quon les prît pures et sans ce mélange; aussi leffet le plus évident qui sen suivait, selon lui, cest quà ces bains il mourait plus de monde quil nen guérissait; doù il tenait pour assuré quils ne tarderaient pas à tomber dans le plus grand discrédit et à être totalement méprisés. » (31) Inutile de décrire létat de transe qui sempare du Docteur Constantin James lorsquil découvre cette dernière énormité... Mais cest la dernière, car le 7 septembre 1581, Montaigne apprend par une lettre quon lattend durgence à Bordeaux où il a été élu maire. Un dernier arrêt à Rome, et Montaigne regagne le Périgord où il retrouve son château et sa femme le 30 novembre 1581.
Que conclure ? Sans doute, quil est dommage que Montaigne ne soit pas venu à Spa où il aurait assurément écrit un chapitre, passionnant pour nous, de son Journal ; mais, plus positivement, que les rares allusions directes à Spa dans les Essais et le Journal, jointes aux considérations générales et aux interrogations de Montaigne sur le thermalisme et la médecine à la fin du XVIe siècle, gardent toute leur force. Après tout, aujourdhui, si la médecine repose sur des bases scientifiques, lhydrologie médicale a-t-elle définitivement convaincu le grand public ? Réflexion faite, Montaigne nusurpe pas sa place sur le Livre dOr : il a infiniment plus de choses à nous dire que certains autres personnages de cette peinture. Et je sais gré à Albin Body de son erreur qui ma permis de me replonger dans loeuvre du grand humaniste. Spa, 24 juillet 2000 © G.P. Cet article a paru dans le n° 103 de la revue Histoire et Archéologie Spadoises (septembre 2000).
Notes 1 Gérard de Nerval, Oeuvres complètes, Tome I, Gallimard, La Pléiade, pp. 830-831. Lettre 72 Au Dr Labrunie, son père (Liège, ce 17 novembre 1840). 2 Georges Spailier, Histoire de Spa, 3e édition, JOse, 1981, p. 57. 3 G.-E. Jacob, Rues et promenades de Spa, Culture et Civilisation, p. 368. 4 Pierre Lafagne, Spa et les Français, Histoire de la plus importante Colonie de Bobelins, Spa, Les Cahiers Ardennais, 1968, p. 11. 5 Lorette abrite la Sancta Casa, ou la Maison de la Vierge de Nazareth, relique transportée à Lucques par les Anges... Cest un lieu de pèlerinage marial 6 Montaigne, Essais, II, XV, « Que nostre desir saccroit par la malaisance », Garnier-Flammarion, 1969, p. 277. Cette considération lui a été directement inspirée par un vieillard de Granaiola, non loin des bains della Villa, le 10 septembre 1581, à qui il a demandé si les habitants des lieux proches fréquentaient les bains de Granaiola : « Il me répondit quil leur arrivait la même chose quà ceux qui, pour être trop voisins de Notre-Dame de Lorette, y vont rarement en pèlerinage; quon ne voyait donc guère opérer les bains quen faveur des étrangers et des personnes qui venaient de loin. » (Journal de voyage, Folio, pp. 336-337) 7 Montaigne, Essais, Livre II, chap. XXXVII, « De la ressemblance des enfants aux pères », Garnier-Flammarion, 1969, p. 426. 8 Essais de Messire Michel Seigneur de Montaigne, Chevalier de lOrdre du Roy et Gentil-homme ordinaire de sa Chambre. Livre premier et second. A Bourdeaus par S. Millanges, 1580. Il reste environ cinquante exemplaires dans le monde de cette première édition. Lun deux est conservé à la Bibliothèque de Bordeaux. 9 Montaigne, Essais, Livre II, chap. XXXVII, « De la ressemblance des enfants aux pères », Garnier-Flammarion, 1969, p. 429. 10 Montaigne, Essais, p. 432. 11 Montaigne, Essais, ibidem, p. 436. 12 Montaigne, Essais, ibidem, p. 447. 13 Montaigne, Essais, ibidem, p. 440. 14 Montaigne, Essais, ibidem, p. 439. Alexandre Micha qui établit lédition des Essais, publiée par Garnier-Flammarion, signale ce passage comme étant déjà présent dans lédition de 1580, ce qui est impossible. 15 Montaigne, Essais, Livre III, chapitre IX, « De la vanité », Garnier-Flammarion, 1979, p. 187. On lira avec intérêt le Montaigne à cheval de Jean Lacouture (Seuil, 1996). 16 Montaigne, Essais, Livre III, chapitre IX, « De la vanité », Garnier-Flammarion, 1979, p. 186. 17 Montaigne, Essais, ibidem, p. 188-189. 18 Le manuscrit fut perdu au XVIIIe siècle. Lédition de Querlon est donc la « Vulgate » du texte de Montaigne. 19 Jean Maldonnat (1534-1583), après avoir enseigné la philosophie et la théologie au « Collège de Clermont » à Paris (1563) avait obtenu des controverses contre les ministres calvinistes à Poitiers et à Metz. Accusé de captation dhéritage, puis dhérésie (1574), il fut acquitté et se retira au Collège des Jésuites de Bourges où il rédigea un « Commentaire sur les quatre évangiles ». Il fut appelé à Rome par Grégoire XIII, pour participer à lédition de la Bible grecque. Au cours de son voyage, Montaigne va revoir Maldonnat à Rome, précisément. 20 M. de Nevers avait tenu des propos désobligeants à légard du duc dAnjou, frère du roi. M. de Nevers avait préféré ensuite séloigner pour éviter la colère de sa puissante victime. 21 Journal de voyage , Folio, 1983, pp. 75-76. 22 « Montaigne. Ses voyages aux eaux minérales en 1580 et en 1581 », La Gazette médicale de Paris, 1859, p. 7-8, note 3. 23 Mémoires de Marguerite de Valois, Liège, J.F. Broncart, 1713, livre II, p. 140. 24 Une illustration de Gilles Pierriers, publiée dans louvrage de Gilles Limborh, Des fontaines acides de la forêt dArdenne et principalement de celle qui se trouve à Spa , permet dimaginer ce quétait la Perle des Ardennes vers 1559. 25 Amusemens des Eaux de Spa, Tome premier, Amsterdam, 1735 (Reproduction anastaltique parue aux Editions Culture et Civilisation, 1975), p. 4 26 Journal de voyage, Folio, 1983, p. 82. 27 Journal de voyage, Folio, 1983, pp. 193-194. 28 Dr Constantin James, « Montaigne. Ses voyages aux eaux minérales en 1580 et en 1581 », La Gazette médicale de Paris, 1859, p. 13. 29 Montaigne, Journal de voyage, p. 194. 30 Montaigne, Journal de voyage, p. 193. 31 Montaigne, Journal de voyage, p. 337.
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