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Existe-t-il une "littérature gay? EN CONSTRUCTION |
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Dans son livre consacré à l'acteur porno Joey Stefano (voir PORNLAND), Charles Isherwood note : "De Cendrillon à Autant en Emporte le Vent, en passant par Le Dernier Tango à Paris ou Sur la Route de Madison, le cinéma fournit une illustration, simple, sans doute, mais vitale, de la manière dont se nouent les relations hommes / femmes, tant sur un plan sexuel que social. Mais de Cendrillon ou d'Autant en Emporte le Vent gay, il n'en existe pas." Et il en a longtemps été de même dans le domaine littéraire... après les temps bénis (des dieux) de l'Antiquité. Sans doute peut-on trouver, dans la littérature du Moyen Age des allusions à des relations homosexuelles (comme, par exemple, dans la Légende de Tristan et Iseult,) - mais, dans la plupart des cas, il s'agit de les condamner, bien entendu. Il faut attendre la Renaissance et les célèbres sonnets de Michel-Ange (1475-1564) pour que de nouveau s'exprime sans détour dans une oeuvre poétique une passion homosexuelle; puis, un peu plus tard, dans les non moins célèbres sonnets de Shakeaspeare (1564 - 1616) dédiés à un mystérieux Mr W.H., à propos duquel on s'est perdu en conjectures... |
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En fait, ce n'est qu'au XIXème siècle que l'homosexualité a commencé à réapparaître de manière à peine voilée dans la littérature - et chez les plus grands auteurs : Balzac (dans Les Illusions Perdues), Verlaine (notamment dans le poème Ses Passions, initialement intitulé L'Abîme - véritable hymne à l'homosexualité) et, bien sûr, Oscar Wilde. Avec le XXème siècle, le voile est cette fois levé, avec Thomas Mann, Marcel Proust, René Crevel, Roger Peyrefitte, Stefan Zweig, André Gide, Jean Cocteau, Umberto Saba, Jean Genet, William Burroughs, James Baldwin, parmi d'autres; mais ce n'est en définitive qu'à partir des années 70 qu'on a commencé réellement à parler de "Littérature homosexuelle" et "d'auteurs homosexuels", tandis que s'intensifiaient le mouvement revendicatifs gay. |
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En France, après Roger Peyreffite dont on a perdu de vue, aujourd'hui, qu'il fut longtemps le seul à parler ouvertement de l'homosexualité dans ses livres - et sur le petit écran (en noir et blanc, de papa) -, Yves Navarre (avec son cruel Jardin d'Acclimatation - qui fit beaucoup de bruit en son temps, un peu oublié aujourd'hui - dommage), Dominique Fernandez, Guy Hocquenghem ou encore Conrad Detrez reprirent le flambeau et donnèrent ses lettres de noblesse à l'homosexualité en littérature, bientôt suivis de pas mal d'autres avec des bonheurs divers... Cyril Collard, Hervé Guibert, Renaud Camus, Christophe Donner... sans parler des auteurs étrangers qui, via les traductions de leurs oeuvres, nous vinrent bientôt -- du Japon (Yukio Mishima), des États-unis (Gore Vidal, Edmund White, A. Maupin, S. McCauley, P. Cameron - et bientôt via des maisons d'éditions "gay", telles que H & O (ex-DLM Éditions), Robert Rodi, Peter McGehee, Peter Cashorali...), voire même du Brésil, avec Jaime Bayly (Ne le dis à personne, chez Stock). L'émergence de tant d'auteurs, qui traitent dans leurs oeuvres de l'homosexualité, a-t-elle pour autant donné lieu à un nouveau genre littéraire? On serait tenté de répondre par l'affirmative si, dans ce domaine comme dans la vie sociale, une évolution ne s'était produite ces dernières années - un glissement progressif d'une affirmation militante d'un droit à la différence à la revendication d'un droit à l'indifférence. Les romans de Stephen McCauley sont à cet égard très significatifs. L'homosexualité y est non pas revendiquée mais posée comme une donnée naturelle, pleinement acceptée qui, en elle-même, ne pose pas problème - ni au protagoniste ni à son entourage. Les difficultés que rencontrent le héros sont d'un autre ordre. Ainsi, par exemple, la relation du narrateur de L'Art de la Fugue avec son compagnon, Arthur, ne diffère guère au fond de celle qui pourrait unir deux personnes de sexe différent. Dans l'entretien qu'il a accordé au magazine Têtu, Stephen McCauley insiste d'ailleurs sur cet aspect de ses oeuvres : «Dès le premier livre, j’ai voulu parler de personnages qui acceptent cette part d’eux-mêmes comme une donnée de base ; charge au lecteur de l’accepter ou pas. (...) J’ai toujours été conscient qu’il y avait un côté subversif dans cette façon de présenter l’homosexualité comme allant de soi. Ceci dit, pour moi, ce n’est pas un engagement “politique” ou idéologique, sauf à considérer que tout traitement du thème de l’homosexualité est intrinsèquement un “acte politique”» (Entretien publié dans le Têtu n°20 - décembre 97 / janvier 98) En fait, on se donne le sentiment à regarder les choses d'un peu plus près que l'homosexualité en littérature a suivi grosso modo le même parcours que l'homosexualité dans la société : dans un premier temps, elle a surtout été l'expression (plus ou moins âpre) d'un désir de reconnaissance (par soi et par les autres) au travers de romans traîtant du débat intérieur du jeune garçon (ou de la jeune fille - plus rarement) découvrant son homosexualité, avec toutes les difficultés (psychologiques, familiales, sociales...) liées à une telle prise de conscience. Dans un second temps, la tragédie du SIDA a contaminé le domaine littéraire qui s'est alors fait porte-parole des souffrances endurées par les homosexuels atteints dans leur chair par la maladie et/ ou atteint moralement par la disparition de leurs amis. |
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Or, il semblerait que nous ayons atteint depuis quelques années déjà un troisième moment où l'homosexualité est cette fois traîtée tantôt sur le mode de la passion (pleinement vécue), comme chez Christophe Donner (Quand je suis devenu fou) ou Roger Vrigny (l'admirable Garçon d'orage), tantôt sur le mode de l'exploration quasi désespérée de soi (liée ou non au Sida et / ou à la prostitution), comme chez John Rechy (Sexual Outlaw) ou Guillaume Dustan (Dans ma chambre), tantôt, enfin, sur le mode du comique et de l'ironie - les travers, les lubies et les obsessions des homosexuels étant alors volontiers moqués -, comme dans les romans de Stephen McCauley ou de Robert Rodi (Honteuse!), les nouvelles hilarantes de Michael Thomas Ford, dans Alec Baldwin Doesn't Love Me (dont on attend avec impatience la traduction française), ou encore dans Boy Culture de Matthew Rettenmund (dont H&O annonce la parution prochaine français). Bref, il semblerait que l'homosexualité n'est plus tout à fait ce qu'elle était... et on se donne l'impression qu'il en va ici comme dans d'autres domaines de la littérature où les auteurs tendent à réfuter toute forme "d'étiquetage"... |
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Cela signifie-t-il pour autant qu'il ne saurait bientôt plus être question de "littérature gay", que l'évolution des moeurs invalidera la catégorie? Et l'on en arrive au coeur du problème : Qu'est-ce qui définit une catégorie littéraire? Est-il justifié de parler ici de genre littéraire, de la même façon que l'on parle du genre littéraire fantastique, de science-fiction ou du thriller? Un genre littéraire se définit principalement par ses thèmes et par le point de vue qui est adopté pour les aborder. De manière très générale, on peut ainsi avancer que la littérature fantastique offre de la réalité une image contaminée par l'imaginaire, qui donne lieu tantôt à l'émerveillement, tantôt à la peur. Sur le plan des thèmes, il est évident qu'il existe bel et bien une littérature homosexuelle, et il ne saurait guère y avoir débat autour du sujet. Ce serait comme vouloir nier qu'un roman dans lequel il y a meurtre et enquête ne relève pas du genre policier. En revanche, la question du point de vue apparaît plus épineuse. Autrement dit : les romans dont le héros et/ou le narrateur est homosexuel, dans lesquels l'homosexualité est omniprésente, nous offrent-ils (ou non) un point de vue particulier, original, sur la réalité, sur nous-mêmes, sur la société, sur les autres...? Or, la réponse (si réponse définitive il y a) dépendra pour beaucoup du point de vue adopté par soi-même vis-à-vis de l'homosexualité. Car soit l'on privilégiera la différence en estimant que l'homosexualité ne se définit pas seulement par une attirance sexuelle donnée mais par tout un ensemble de facteurs (d'ordre psychologique, comportemental, etc...) qui donnent lieu à un mode de vie, à une appréhension du réel qui diffèrent du mode de vie et de l'appréhension du réel des hétérosexuels - et dans ce cas, on revendiquera la paternité d'un genre littéraire bien à soi (pendant culturel, en somme, du bar, du quartier, du magasin de fringues... homosexuels); ou bien on privilégiera le droit à l'indifférence («Je ne me définit pas par mon homosexualité»), en réfutant toute idée de "ghétoïsation" sociale et culturelle, et alors l'idée qu'il puisse exister un "Genre Littéraire homosexuel" semblera une absurdité. |
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A moins que le soin de déterminer s'il existe réellement ou non un genre littéraire homosexuel ne revienne en définitive aux hétérosexuels... Parce qu'il y a en somme, au-delà du principe de plaisir (comme dirait le vieux Freud), deux grands types de lectures : |
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la
lecture identificatrice qui se confond généralement avec le
plaisir immédiat de s'y retrouver et s'arrête là ; et la lecture
découverte, parfois plus laborieuse que la précédente, mais qui
marque durablement, parce qu'elle ouvre soudain de nouveaux horizons, de
nouvelles perspectives au lecteur, le thème, les personnages, le milieu
dans lequel ceux-ci évoluent lui étant étrangers. Si donc, à travers
les romans qui traitent d'une manière ou d'une autre de
l'homosexualité, les hétérosexuels découvrent un nouveau plaisir de
lecture, et si leur regard s'en trouve changé, si les livres en
question contribuent à leur ouvrir l'esprit à de nouvelles
perspectives sur la vie, l'autre, les sentiments, la sexualité...
alors, à n'en pas douter, on pourra véritablement parler d'un nouveau
genre littéraire... |
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