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Le règne de Louis XV L'affaiblissement de la Monarchie
J. ISAAC , manuel d'histoire classe de 3° , édition 1966 p23 sq.

LA RÉGENCE (1715-1723)

LA REACTION CONTRE LE REGNE DE LOUIS XIV

Louis XIV laissait pour successeur un enfant de cinq ans, son arrière-petit-fils, Louis XV. Par testament, il avait confié la présidence du Conseil de Régence à son neveu, le duc Philippe d'Orléans, mais sans lui donner tout le pouvoir. A l'exemple d'Anne d'Autriche, après la mort de Louis XIII, le duc demanda au parlement de Paris de casser le testament du feu roi et se fit attribuer le titre de Régent avec pleine et entière autorité. On appelle Régence la période de huit années (1715 1723) où le royaume fut gouverné par le Régent. La Régence fut marquée par une violente réaction contre tout ce qui avait caractérisé la fin du règne précédent. Versailles fut provisoirement délaissé, et la Cour s'établit à Paris où elle mena une vie de plaisirs, de fêtes et d'impiétés, le Régent donnant l'exemple. Les Jansénistes emprisonnés fu rent mis en liberté. Mais les nouveautés les plus audacieuses apparurent dans les finances.
représentation du régent : peinture anonyme musée de Versailles

LE SYSTEME DE LAW



A la mort de Louis XIV, le Trésor était vide et les revenus des deux années suivantes étaient déjà dépensés. En désespoir de cause, le Régent prêta alors l'oreille aux propositions séduisantes de l'éccossais John Law. Law avait conçu un système hardi. Un pays, disait il, est d'autant plus riche qu'il fait plus de commerce. Or le commerce dépend de l'abondance de la monnaie et de la rapidité de sa circulation. La monnaie n'étant qu'un instrument d'échange des marchandises, sa nature importe peu. Il n'est pas nécessaire de recourir à l'or et à l'argent, métaux rares dont beaucoup de pays sont dépourvus. La monnaie la plus commode est la monnaie de pa pier qui se fabrique et se transporte facilement.



L'État doit se faire banquier et émettre sous le nom de billets de banque du papier-monnaie que l'on pourra d'ailleurs échanger contre de l'or ou de l'argent. L'État doit aussi se faire commerçant; les bénéfices qu'il réalisera lui permettront de rembourser la Dette publique. Le Régent ne permit d'abord à Law que de fonder une banque privée, la Banque générale. La Banque générale reçut des dépôts d'argent, elle consentit des prêts aux commerçants et elle émit des billets remboursables en espèces métalliques. Elle fit de si bonnes affaires qu'elle fut reconnue Banque d'État (1718). Law fonda également une compagnie commerciale par actions (1717). Sous le nom de Compagnie d'Occident, puis de Compagnie des Indes (1719), elle reçut le monopole de tout le commerce colonial français; enfin, elle se substitua aux traitants pour la levée des impôts indirects. Au début de 1720, Law réunit la Banque à la Compagnie. Tout le monde voulut alors avoir des actions; on en vint à payer 20000 livres des actions de 500 livres. Mais les dividandes (c'est à-dire les bénéfices rapportés par chaque action), ayant été infimes, la confiance du public disparut.
On se mit donc à vendre les actions, et leur valeur baissa. Pris de peur, le public perdit aussi confiance dans les billets et exigea leur rembourse ment en or et en argent. Comme la valeur des billets émis dépassait de beaucoup l'encaisse de la banque, celle-ci fit faillite, et Law s'enfuit. Le système avait donc échoué. Le commerce maritime en avait reçu une vive impulsion, mais la confiance du public dans les banques fut pour longtemps détruite en France. La rue Quicampoix en 1720 B.N. EST in J. Isaac , manuel classe de 3° ed. 1966 p. 25


LE MINISTERE DE FLEURY (1726-1743)


Le cardinal Fleury , portrait de H Rigaud , Musée de Perpignan


Au début de 1723, Louis XV devenu majeur fut déclaré roi. Mais jusqu'en 1743, il se déchargea du pouvoir, d'abord sur le Régent qui mourut quelques mois plus tard, puis sur le duc de Bourbon, qui négocia le mariage du roi avec Marie Leczinska, fille de Stanislas Leczinski que Charles XII de Suède avait fait roi de Pologne, de 1704 à 1712, enfin sur son ancien précepteur, bientôt nommé cardinal, Fleury (1726). Fleury se consacra surtout à la politique étran gère. Il s'efforça de maintenir la paix afin de favoriser l'enrichissement du pays.









LE CONTROLEUR GENERAL ORRY


De 1730 à 1745, le Contrôleur général Orry s'inspira des principes de Colbert en matière de finances et d'économie. Orry augmenta le prix du bail des Fermiers généraux et le don gratuit du clergé. Il exigea des courtisans le paiement de leur capitation et il rétablit le dixième. Par une ? stricte politique d'économie, il réussit à équilibrer le budget en 1739. On fixa en 1738 la valeur de la livre, et la monnaie resta stable jusqu'en 1790. Orry créa de nouvelles manufactures, mais sur tout il fit construire des routes qui favorisèrent le commerce intérieur. Le commerce maritime quadrupla de valeur entre 1716 et 1743. La population de la France passa d'environ 19 millions d'habitants en 1715 à 23 millions en 1750.

L'OPPOSITION PARLEMENTAIRE




Après la mort de Fleury (1743), les premiers actes du roi semblèrent montrer qu'il était disposé à gouverner lui-même. Les Autrichiens ayant envahi la Lorraine (1744), Louis XV y courut pour organiser la résistance. Brusquement, il tomba gravement malade. Dans tout le royaume, spontanément, ses sujets témoignèrent de leur affection pour celui qu'on appela Louis le Bien Aimé (à la seule cathédrale Notre-Dame de Paris il fut demandé 6 000 messes pour sa guérison): le roi guérit mais déçut leur espoir. Louis XV avait de l'esprit et du bon sens; il voyait ce qu'il devait faire, mais, à la fois indolent et timide, il manquait de volonté et de confiance en SOi. Au lieu d'exercer lui-même le métier de roi, il l'abandonna à ses ministres ou à ses favorites Pendant près de vingt ans (1745-1764), la marquise de Pompadour joua un grand rôle dans l'État, faisant renvoyer les ministres qui lui déplaisaient, donnant ou retirant les commandements aux armées. Faute d'une direction ferme, le gouvernement alla à la dérive. Les pensions, les fêtes, les constructions aggravèrent sans cesse le déficit. Quelques bons ministres tentèrent cependant de faire des réformes, mais, abandonnés par le roi, Is échouèrent.

LOUIS XV par J-M Nattier (1685-1766) , musée de l'Ermitage

L'ECHEC DE MACHAULT


Machault qui fut Contrôleur général des finances de 1745 à 1754, voulut établir l'égalité devant l'impôt en levant sur tous, privilégiés comme roturiers, une contribution du vingtième des revenus, destinée à remplacer le dixième. Les parlements, les Etats provinciaux, l'Assemblée du Clergé protestèrent, organisèrent même de véritables émeutes. Le roi, qui avait d'abord soutenu Machault, finit par le renvoyer. Cette reculade de Louis XV devant la révolte des privilégiés le rendit fort impopulaire dans le peuple. En même temps, elle eut pour contrecoup la hardiesse croissante des parlements. Ceux-ci cri tiquèrent âprement l'absolutisme monarchique et ils revendiquèrent un droit de contrôle sur le gouvernement.



Le duc de Choiseul qui, de 1758 à 1770, fut le ministre le plus influent, n'osa pas entrer en lutte ouverte avec eux. Ils en profitèrent pour forcer la main au roi ou même se rebeller ouvertement contre lui.

LA SUPPRESSION DE LA COMPAGNIE DE JÉSUS


Les parlementaires, qui étaient gallicans, s'étaient toujours montrés adversaires acharnés des Jésuites qui étaient ultramontains. En 1764 ils imposèrent à Louis XV la suppression de la Compagnie de Jésus. L'occasion en fut le procès du père La Valette. Ce Jésuite avait fait de mauvaises affaires aux Antilles. Ses créanciers se portèrent partie civile contre la Compagnie, et celle-ci fut condamnée à les rembourser. A cette occasion, le parlement de Paris examina les?Constitutions de la Compagnie, les déclara contraires aux lois du royaume et conclut que la Compagnie devait être dissoute en France: les Jésuites ne pourraient rester dans le royaume qu'à titre de simples prêtres, directement soumis aux évêques. Après deux ans de résistance, le roi céda. La Compagnie de Jésus fut abolie en France (1764). Les autres souverains de la dynastie des Bourbons ceux d'Espagne, de Parme, des Deux-Siciles suivirent son exemple. Puis ils se mirent d'accord avec Louis XV pour exiger du pape la suppression de la Compagnie dans le monde catholique tout entier (1773). La Compagnie de Jésus ne se reconstitua qu'au début du XIXe siècle.

LA RÉFORME DE MAUPEOU


Durant six années encore (1765-1771), les parlements tinrent tête au roi. Puis, brusquement, l'initiative d'un ministre énergique les brisa. Louis XV finit par renvoyer Choiseul qu'il jugeait trop faible à l'égard des parlementaires et il choisit pour chancelier un homme autoritaire, Maupeou (1770). Bien qu'ancien magistrat lui même Maupeou prit parti contre ses collègues. Le parlement de Paris s'étant mis en grève une fois de plus, Maupeou résolut d'agir. Il fit demander à chaque parlementaire s'il était décidé à repren dre son service. Presque tous refusèrent. Maupeou leur ôta leurs charges et les exila. Puis il fit une réforme devant laquelle tous ses prédécesseurs avaient reculé: la vénalité des charges judi ciaires fut abolie. Les juges seraient désormais des?fonctionnaires rétribués par l'État, et il leur serait interdit de recevoir des épices: on appelait ainsi les redevances que les plaideurs payaient à leurs juges. Pour accélérer la justice dans le ressort immense du parlement de Paris, Maupeou institua à côté du parlement six Conseils supérieurs. Chacun jugeait sans appel dans le ressort qui lui était attribué. Les parlements conservaient le droit de remontrance, mais limité. Cette réforme d'une importance capitale, fut acceptée assez facilement. Il avait suffi d'un geste énergique du gouvernement pour que la noblesse de robe fût matée


La royauté n'en était pas moins tombée dans un profond discrédit. A l'impôt du vingtième établi par Machault s'était ajouté un second vingtième (1756) toujours aussi inégalement réparti. L'abbé Terray, nommé Contrôleur général en 1770, en était réduit aux pires expédients, pour ne pas dire à la banqueroute, d'autant que la nouvelle favorite, la comtesse du Barry, dépensait sans compter. Le mécontentement augmentait, surtout à Paris. Quand Louis XV mourut (mai 1774), on n'osa pas lui faire des funérailles publiques; c'est de nuit, à travers le bois de Boulogne, que l'on conduisit son corps à la sépulture de Saint-Denis.



Extraits du cours de J. Isaac repris par Jean Michaud dans le manuel " 1715-1870 La formation du Monde Moderne " Paris Hachette, 1966, p1-30