Clapots francophonouillards

CLAPOTS DU STYX


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Luc Richir

Amateur de free Jazz, Luc Richir a publié dans la revue Sud ainsi qu'un récit érotique, Un Amour de loin - publié aux éditions de La Part de l'Oeil. Il a également écrit deux pièces de théâtre (inédites) : l'une consacrée à Béatrice Cenci, l'autre à Marguerite Porete, géniale mystique du XIIIè siècle que l'Inquisition a fait brûler en place de Grève. Lui écrire

 

LE JARGONAUTE

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1

Que les larmes c'est un peu de sel des mers premières ça n'en est pas moins dingue de pleurer de-dans pour saler la soupe quand on a fini l'âge des remontrances à table qu'il suffit de se lever d'ouvrir la porte pour voir dans le jardin les deux petites croix arrogantes qui témoignent qu'un jour on a eu une paire de père & mère se dresser. Je vous arroserais bien d'urine originaire qu'il dit un vraiment gros chagrin si gros que soupe est froide d'y pleurer dedans que ça lui a pris ne sait com-ment pourquoi il est tout mèche il sort en trombe il tombe les bras en croix maintenant c'est moi qu'est mort reviens vie vite à moi qu'il se lève se torche les lèvres rentre chez lui vide la soupe dans l'évier ce qu'il y a de mieux à faire : trop salée.

J'irais bien dans les foins c'est ça qu'il a envie, c'est ça qu'il pleu-rait. Il court dans les foins n'est pas heu-reux pas encore il revoit sa mère lui prê-cher la pru-dence du haut d'une chair de vérithé, des pe-tites tasses en porchelaine autour du cou, des grigris - qu'est-ce que ça vient faire là elle est pourtant bien morte alors il lui vient à l'idée d'al-ler voir avec une bêche si elle est bien là, lovée lar-vée dans une fanfare muette d'asticots des fois qu'elle se serait taillée la garce comme font les fantômes ça n'existe pas... pa... pa... est là il tremble comme un tremble le cas de le dire le pen-ser vite avant qu'il se taille lui aussi dans les blés maraudeurs de la mémoire. Alors qu'il dit fe-rait mieux d'aller se cou-cher que ce n'est pas pos-sible qu'y a sa sœur à poil dans sa chambre sur le lit rire avec l'album de famille même qu'elle est au Canada Québec ça n'est donc pas possible de croire ça qu'on l'a vu de ses yeux bu on y va dans les foins en pi-quer un somme toute ça n'est plus possible de conti-nuer dans une maison aussi en-combrée je ne les ai quand même pas tués qu'ils viennent faire les ra-seurs au fait ce matin il y avait du sang dans le sa-von à barbe je ne me suis pourtant pas coupé où alors si ce n'est rien le pied seulement je boîte vite un cheval Et c'est alors qu'il vit le cheval !

Mince alors. J'assieds mon cœur entre les jambes n'en pou-vant n'en jetez plus qu'il est beau bon sage et universel le cheval je l'ai ja-mais vu avant c'est moi qu'il a vu toute la vie qu'on a pas-sée ensemble car il était bien là hier et encore avant-hier je ne l'ai jamais vu fais attention le voici galopant vers moi placi-de-ment dans une lucidité do-rée de nuage de lé-gendes il est beau bon sage et universel le Cheval singulier aussi quand on y re-garde bien il a pas deux têtes il en a pas trois il en a une tête c'est bien ça qu'étonne avec tout ce qui s'est passé sa sœur son père sa mère son père qui des-cendent la colline à vélo non ça n'est pas eux je de-vrais acheter des lunettes peut-être tout vient de là au-delà la mé-moire les al-bums les tombes du corps sim-plement cor de chasse de Malheur meute muette qu'elle vous déchire qu'on a pas le temps de le voir le sentir tout au plus c'est moins une et on est là et on brait dans la marre Agonie cerf veau brebis couvée comme ce ma-tin dans la soupe ça me prend mes pleurs pleuvant dans les ronds du bouillon comme les petits ca-nards du y-en-a-mare-de-tout-pardi ! quel canas-son l'est tout près tout chaud il est tout bon tout sage et beau comme une fu-mée dans les rêves sur les étangs où on pêche de grosses bot-tines noires, les godil-lots de l'er-rance. Je m'en souviens on les mettait tout dé-gluttant tache à tache de rouille rauque comme un cri du cra-paud qu'on sentait sur son talon quand splatch on le mettait horreur odeur de coupable pêcherie dans ce port d'en-gueulades que tel de grands navires à voile pavil-lon noir les paluches de mère son-naient sur petits crânes à nous gre-nouil-lant dans ses jupes comme des noyés dans l'écume un bateau dans la glace non ça c'était plus tard dans les draps la nuit la tristesse la lune l'en-chan-tement se levait aller voir le crapeau le man-geais de la terre les yeux surtout qui brillaient avec une tête d'épingle de reproche san-glant san-gloter que j'ai fait après ces dégueule-tons messes noires de la nu-trition iconoclaste des bi-be-ronds ce que j'ai pu en lam-per des biberons de whisky après que ma mère est raide éridée dans les draps de la mort comme ca-nard dans l'étang pris par gel un canard blanc un cygne de la main au re-voir maman lam-per le biberon éthylique de-vant sa tronche à jamais fermée au délice d'humer les fleurs elle a vécu toute sa vie dans le purin d'une préten-tion mystique à l'Exis-tence alors je prenais l'eau aux trois quarts ivre mon flingue je les descendais les bi-berons sur la clôture que les voisins ils trou-vaient ça pas drôle du tout même que je me retrouve seul dans l'exis-tence dans cette prairie où seul un cheval bon Dieu ! si c'était le bon Dieu qu'on dit de Lui c'est un bon cheval un cheval de retour vite mon chevalet que je peigne le bon dieu en Personne... personne que je me rue dans la cabane que je sors de la ca-bane tout le monde père mère père sœur sur cheval tous les quatre des mines confites d'enterrement comme s'ils avaient le vœu de me foutre en terre ma sœur à poil sur le cheval à poil pour cause il ne dit rien qu'il est beau.

Bon ça fera toujours un beau tableau de famille je prends mes peintures je m'installe plus per-sonne plus de cheval ça y est que je dis encore seul aban-donné de Dieu et de la Communauté Humaine c'est plus pos-sible de vivre dans des conditions ainsi je vais me peindre moi-même tout seul allez vous faire peindre ailleurs je leur crie ils sont pas là ré-pondent quand même mince alors âge ô voix concrètes Pas plus se-crètes Que nous ne vîmes Ô clair abîme sales poètes que je crie fi et foin des lit-tératures alors me mets à peindre c'est beaucoup plus facile que ne croyais car ne les vois pas mais voilà cheval il me dit t'en fais pas ils sont morts tout ce qu'il y a de morts t'as des vi-sions tu ferais mieux de cesser de faire tout ça c'est encore la soupe qui t'a monté à la tête Peut-être bien t'as rai-son t'es un pote je vais te faire voir mon potager Te dé-range pas qu'il dit je le connais comme ma poche et en effet il sort de sa poche une pipe et c'est mon père qui cultive maintenant un na-vet à côté de mon cheva-let je ne peux pas supporter l'allusion je me taille le plan-tant là Alors j'attends la nuit je flingue à ma fenêtre les roses les fram-boises ma damnée mère qu'est de-dans comme la fée confi-ture escortée d'un ballet de guêpes sur leurs gardes elle les gobe au pas-sage sur les gro-seilles qu'elle enfourne dans la marmite de son aha-mour Laisse mes groseilles je gueule Mais mon chou tes confitures ? pan ! dans l'œil pé-tillante roseraie son œil j'ai inversé l'œi-dipe mon œil suis sangland et car-late mon œil vois encore c'est de la confiture de la sale confiture de fraise alors je sors flinguer les fraises mais il fait nuit je me calme et je vais dans les foins où je re-trouve mon cheval.

Il lui était venu à l'idée de coucher avec un che-val c'était une drôle d'idée hideuse à Dieu faire foutre par temps d'orage par douze don-zelles dé-mones si pources que Dieu il avait plus qu'à aller se faire foutre en enfer ou ailleurs. Mais c'était un qui ne croyait à rien il vou-lait coucher avec son cheval comme on couche avec sa mère ou avec tout autre femelle ou chèvre comme font les ber-gers ou les Grecs les bar-bares les culs terreux tard lavés que de-puis 2 heures ça fait à leurs oreilles un potin de tous les coqs l'appel clai-ronnant lumi-nant de l'esprit l'Ins-truc-tion il n'a jamais aimé ça alors il couche avec un cheval une idée comme une autre pas heu-reuse qu'est-ce qui est heureux dans cette fichue existence où seul le froid soleil lunaire tient chaux au cœur qu'on descend qu'on marche dans la terre à nu pied ca-nard piégé de l'insom-nie au-dessus comme des gros têtards blêmes les étoiles un chariot de crabes blancs à pattes immobile jail-lissant du grand pis de la vache éter-nelle la voix lactée alors sa mère lui dit tu ne coucheras avec le cheval c'est ton père. Ça fait un chœur de mouches c'est comme ça dans les tragé-dies autour de son œil non une grosse fraise écrasée où plisse en-core la limace du bonheur d'être là fiston comme un crachat sur la rose de ma fraîche existence de fiancé de mon cheval même s'il est à mon père il est à moi à plus forte rai-son alors écrase ma-man elle écrase la limace tombe je l'écrase c'est bon pour le rhume je vais la manger fais pas ça pas ta mère man-ger ma mère tout ce qui la touche c'est ma mère elle a toujours été comme ça mon père elle touchait c'est ma mère ma sœur c'était ma mère les confitures c'était ma mère ô coupe amère la mère à boire jus-qu'à la lie aînée de ma mer pressang prude le vin chaud Ceci est mon sans ceux-ci est ma chaire alors quand je mangeais la terre c'était encore ma mère ma terre mère patrie père mère merde à moudre toutes ces mères dans la mouli-nette de mon cœur aborant et je baise-rai avec des mouches pour que ça soit plus ma mère et avec des rocs et avec des troncs dans l'auge aux porcs où se peut voir le ciel comme une tente sur notre misère sur les corps nus pierreux ahannés de hargne nêtre rogne cogne carne mère jusqu'en soupe à loucher dans quand j'y re-garde vouah encore les yeux de ma mère merde je me taille elle est-y core bien là et bien froide et bien raide des fois avec son œil de truite estouffée sous les fleurs elle les adorait plus mainte-nant elles lui cha-touillent le nez oh là là je parie elle va pas en-core se plaindre qu'elle va ou-vrir son œil de cabil-laud frit glauque hor-rubleu comme un jaune d'œuf qui se casse dans le blanc du lin seul ça doit drôlement frire sous terre une vraie serre j'aurais dû la brûler pour pas qu'elle cultive la malignité comme bégo-gnats en pots ce qu'elle aimait les roses la vie en rose un jour une épine et puis le pied et puis la jambe et puis le reste c'est la vie le toc-sin maintenant vite mon che-val qu'on en soit quitte et que je n'aie plus de re-mords aux dents me voilà freignant subtil comme saute-mouthon des nuages de sa croupe céleste ô Célestin je l'appelle il me ré-pond comme une amoureuse un peu moite dans les blés du prin-taon verts j'ai vu père faire ça un matin pire en-chanteur où merle mille ra-fu-taient qu'effrayés par cette grosse culotte gros bal-lon son postère des jupes de linge et pas un cri les merles se sont tu Ernestine qu'il dit rhabille-toi et dis rien à ma femme alors comme un gros taureau il remonte et ça dure un mois des fois dans une barque qu'ils tombent tous les deux qu'elle se noie même que je me demande s'il l'a pas fait exprès je ne pense pas il a mangé comme quatre des brochets des plies des requins de tout il sortait de son sac et puis il met quelque chose sur la table un gros ver sali-gaud qui avance mais c'est ta pine qu'elle dit ma mère et elle lui coupe d'un coup de hâchoir qu'elle tombe elle fait splatch que je ramasse que je la jette à l'étang qu'elle galope à toute onde et fait des bonds laiteux un ju-pon qui remonte mais c'est Ernestine le len-demain il était mort.

Alors il y a eu le cheval comme une matrone en-di-manchée brim-bal-lant la carriole au cercuœil avec oies sépulcrales le cor-tège apparat blanc ba-leine ou glacier à traîner ses moreines dans un ciel de boue un matin pluvieux il y avait personne seu-lement moi ma mère ma sœur et la basse-cour même que je me suis de-mandé s'il enculait pas les poules qu'elles suivaient comme ça sa charogne et le canard le gros qu'on mangerait à noël sous la réprimande maus-sade d'un sapin chauve et c'était tout amer de se dire au lieu de murmurer les prières qu'on s'empiffrerait de foutre de père au lieu de festoyer la bidoche au ca-nard à la broche quand je l'ai vu qui tournait crous-tillait sur les braises alors plus un doute c'est un en-culé j'ai vomi j'ai crevé l'oreil-ler ça neigeait des plumes de canard et c'était rose une infection dans le plu-mard à plumer de rage ce grand cul d'oreiller sur lequel j'avais passé ma tête toutes mes nuits de toute ma vie comme si j'avais jamais rien eu de mieux à faire que baiser des culs de canards encu-lés tous je jure par mon père que le rogne le ver comme la ter-mite la tranche de son maudit livre que je le voyais pui-ser des bêtises oppressives des maximes des adages des oui des non des mots mais maintenant j'ai mon cheval et c'est fini dans tous les mots cher-chez la femme mais maintenant je n'au-rai plus af-faire qu'à des gens qui ne savant pas parler, des che-vaux des vaches des serpents des rochers des arbres des hêtres des saules des goujoncs non pas des gou-jons je ne mangerai plus de poissons le ven-dredi je le jure quand j'en man-gerai ce sera par haine et les têtes surtout pour être aussi rusé re-nard pas piégé dans la cage à poules de mon père. Mais maintenant c'est mon cheval ça va être une autre paire de manches de s'envoyer ce gros stèque pas frit pas cuit du cru du vif et re-muant avec ça nom de Dieu si c'est une ju-ment ils m'ont bien eu je ne sais pas c'est trop grand c'est immense comme Jonas je coule cool erre brasse brise branches tiges ronciers où guêpille un cent de mouches moches moricaudes veluxurieuses à 'clater entre noeuds les poussées les avances que ruades que vrombis-sent palpitent tombent mortes mille en sor-tent de cet ô 'rifice et face à face je tremblis, je blê-maille, rustique et raide comme un bâton de maré-chal, en-chaîné à la chite comme chien à l'en-clume, monte, re-monte, repousse, un travail! une meule qui transpire sous la bordée du grain avec gouaille lu-brique de vents d'angeurs qui broient la pine de leurs cocus avec le pi-nard c'est un renouveau c'est une fête c'est Bas Cul quelque chose comme ça on s'envoie les nanas dans la lie des tonneaux de l'année derrière de l'an crotte du vin baise à cru forni-casse à caves moites comme des muqueuses des grandes mu-queuses sourd-muettes où celui qui cause on le noie dans le vin nouveau, qu'il faut bander à bite roide fla-geoler entre les cuisses à ces dames, grosses grasses Dames dignes de saucer notre orgueil, notre pré-bande, notre égarnemental dans la poisse du nitre qui pêle blême et mains lé-zardes du mur qui se colle se mouate, ventre vers tige, robe, carte, continu pelage maquerosé de phalle et la mer pastourage elle allait é broutait bêle aux mûrs d'étoiles chiures godant de la voûte où tendus on tentait un veux vite que la fi-lante avant qu'elle se taille et c'était toujours de n'avoir ni père ni mère, de n'avoir eu ni Père & Mère, de la terre dans la poignée des dents qu'on remonte sur le grand che-val comme, sur son chevalet, un peintre dresse des armées, des soli-tudes de belle haine roussâtre comme on en trouve en l'été craquillon-nant de terres, de marnes, de flaques chouettes où noyer l'azur d'un grand coup de cheval

2

Alors la tante s'ap-proche l'air sévère a dis-paru on di-rait qu'il cède à une sorte de douceur rê-veuse on di-rait qu'elle flotte brume à la sur-face d'un lac elle dé-boucle la ceinture l'enfant voit son cœur battre dans sa gorge Déshabille-toi dit la tante voix rauque elle ose à peine le toucher elle le re-garde sans le voir les yeux dans le vague elle le frappe hale-tante elle s'ar-rête chan-celle on di-rait que le temps en per-sonne s'est im-mobilisé geste en sus-pens pro-longé par la ceinture serpent prêt à mordre à re-prendre sa hai-neuse besogne - Qu'est-ce qu'il y a tante quelque chose ne va pas ? Elle à bout de souffle une joue très pâle l'autre joue rose comme si le sang le peu de sang qui lui reste s'était réfugié là l'en-fant vou-drait s'éclip-ser la vieille maintenant lui fait peur pas le fouet pas la ceinture qui au contraire lui donne une sorte d'élan de décision le dé-sir en-fin clair de la tuer non ce qui fait peur c'est cette rou-geur est-ce de la honte la per-cée d'un bon-heur trouble la vieille bas-cule dans un mou-vement presque gra-cieux jupes ar-rondies comme si c'était un pa-rachute patatras voilà qu'elle s'est co-gné la tête Est-ce qu'elle ne bouge plus ? - Non, elle ne bou-gera plus, la ceinture s'anime d'une torsion dou-lou-reuse re-cro-quevillée sous le corps elle cherche à re-prendre sa forme l'enfant s'ap-proche re-garde l'œil de la vieille écarquillé étoilé de pe-tits vais-seaux rouges Au se-cours dit l'œil - Répète, dit l'en-fant - Je ne le ferai plus - Je ne te crois pas, l'en-fant ap-proche le doigt l'œil se rétracte une petite veine éclate le doigt touche l'œil qui se gonfle de larmes l'en-fant sort de la chambre dé-vale l'es-calier le voilà au jar-din

Dire le ciel du même bleu que l'œil il n'au-rait pu le dire tant l'éclat l'avait ébloui au sor-tir de la chambre où la vieille comme enterrée vi-vante cette pièce où il ne mettrait plus les pieds promis juré cra-ché il avan-çait dans le jardin à travers l'herbe haute où le chat avait creusé un sentier il marchait dans l'ivresse d'une li-berté jamais res-sentie elle avait l'odeur du foin où il s'était cou-ché les yeux fermés la lueur du voile rouge tendu entre lui et le soleil la présence agaçante des mouches po-sées sur sa peau il retar-dait l'instant de les chasser s'exer-çait à supporter leurs cha-touilles ouvrait les yeux quand le voile s'obs-cur-cissait les fer-mait re-gar-dait battre le sang s'écoutait vivre à travers vents bruit de source fil-trée par les branches roulé dans les flaques d'ombre où la nuit com-mençait à sta-gner la vieille lui sem-blait loin morte pour ainsi dire il voyait sa dé-pouille s'allonger re-joindre le massif des arbres s'y fondre en émerger telle une va-peur une bouffée d'inci-nération monter d'un bond jus-qu'aux nuages et là prendre la forme d'un fu-seau dé-vider sa laine s'effi-lo-cher n'être plus que petits bou-quets de fumée tirés par un ca-non d'opé-rette

La tante n'était pas morte juste une at-taque la pauvre que voulez-vous c'est la vie cha-cun son tour comme on dit toi au-jourd'hui moi de-main en atten-dant on la case dans une petite charrette faut dire qu'elle n'est pas en-com-brante à cet âge-là ça ne tient pas plus de place qu'il n'en faudra pour la cou-cher dans une boîte l'enfant évite les lieux où on l'en-trepose pour la journée tantôt le salon tantôt la vé-randa l'œil n'est plus aussi vif qu'avant la tristesse l'a ré-tréci quand il aper-çoit l'en-fant on dirait qu'il veut lui dire quelque chose qu'il appelle mais l'enfant file en cou-rant à peine un regard il ap-prend à connaître les lieux il a en-fin ses cir-cuits la vieille en est le centre son cercle s'agrandit il donne à sa joie toute neuve la ron-deur d'une onde dont les an-neaux ampli-fient de jour en jour leur rayon

L'enfant glisse dans l'ombre du parc longues allées immo-biles avenues silen-cieuses où le vent berce le sommet des arbres au bout d'une allée la voie dé-bouche sur un paysage il dé-couvre l'arc scin-tillant d'une ri-vière au loin un clocher peu-plé de miroi-te-ments il écoute saisi par la rumeur des éléments ap-pelé par la vio-lence muette de l'été les taons l'acca-blent on di-rait un jeune cheval fonçant à travers prés écu-mant d'un plaisir om-brageux le torse nu cinglé par les ronces il s'offre aux menaces de l'orage au ciel noir qui ronronne à son ap-proche aux nuages gros d'éclairs la pluie mois-sonne sau-va-ge-ment les blés l'enfant cavale à chaque coup de ton-nerre la peur le fait crier de joie

- Où a-t-il encore traîné ? Voyez comme il est sale crotté comme un bouc on croirait en-tendre la tante mau-gréer couver sa colère de vieille fille frémir à l'idée qu'elle pour-rait cra-va-cher le corps zébré d'égra-ti-gnures ajouter à ses plaies et bosses son pa-raphe de cinglée voilà qu'il approche roulé dans sa souplesse de petit chat l'œil s'ouvre cli-gnote à croire qu'elle l'at-ten-dait il dépose la ceinture sur ses ge-noux se désha-bille tend son der-rière aux coups - Tante je vous de-mande par-don l'œil se gorge de sang il a bien envie de le faire jaillir d'un coup de pouce de l'ar-racher de son écrin pré-sentoir de velours défraî-chi la vieille dinde aux fa-nons cramoisis im-plore l'eau du vieux corps tari af-fleure aux coins des yeux les larmes il vou-drait goû-ter pour voir si c'est du sel Saline salope qu'il mur-mure assez bas pour que per-sonne l'en-tende à part elle qui ne peut ni gémir ni se contorsionner momie gar-rot-tée bâillon-née par l'impotence condam-née au sup-plice aux délices d'une jeune inso-lence imagi-nez qu'elle mouille la vioque qu'elle souille sa cu-lotte les ser-vantes la rail-lent en lui tor-chant la motte - La vache com-ment qu'elle fait pour se branler mainte-nant qu'elle a plus même un doigt pour se cu-rer l'oreille ? cette oreille où valets filles de ferme geuzes qu'on cul-bute pour deux sous dé-ver-sent quolibets sar-casmes sifflements de vi-pères nouées par la haine

A l'heure où la lumière décline l'en-fant de-ve-nait songeur il regardait le parc sombrer les arbres dé-ployer leur voilure un souffle glacé chassait les oi-seaux seul un merle avait l'arro-gance de bro-carder la fin du jour il lui semblait que l'œil en-veloppait toute chose cou-vait d'un regard éteint l'éclat récent du monde ou-vrait sous ses pas une tombe où des bras grouillaient des bras d'une voracité mul-tipliée par la confu-sion du soir l'obscurité avait la forme d'une pieuvre com-men-çait par l'aveugler puis cette voix per-chée sur la note d'un presque cri seul dans sa chambre où la vieille l'avait battu il en-tendait psal-modier dans la pièce à côté ah comme elle cher-chait la douleur au ha-sard d'un ac-cent dans l'impatience qui ne savait comment jouir de la désolation

Quand il revint à lui les cheveux de la plus jeune sœur flot-taient sur son visage il s'en voulut il aimait qu'elle mais pas en ce moment pas comme il était sur le point de la pauvre elle ve-nait de tout gâ-cher avait rompu le charme et ra-patrié l'obscur sur une éclaircie in-espérée

Encore toute au regret de n'avoir pu par-ve-nir à ses fins elle s'ébroue à ses côtés la nu-dité ne lui sied guère sa maigreur a quelque chose de triste de vaguement déchirant il ne sait quoi les voilà bien embarrassés le désir ne semble pas faire place nette du trouble d'être ensemble la sœur parle avec vio-lence crie dans un trans-port qui frise l'enthou-siasme l'enfant vou-drait qu'elle reste jus-qu'à l'aube qu'elle le couvre d'un mou-vement d'algues caressantes une sorte de fluide l'étire lui donne un corps mou-vant elle écarte les jambes ce n'est pas moi dit-elle c'est une force à croire qu'elle n'est plus que rivière glous-sements de source rigo-lote miroi-te-ments grelot-tants de joie à l'aube profitant de la stu-peur nais-sante de l'été ils mon-tent au gre-nier on di-rait la pénombre d'une église des pans de clarté pou-dreuse se dressent en tra-vers de leurs pas dou-leur d'avoir fait ce qu'il ne fallait pas chagrin qui confine au désespoir c'est comme s'ils avaient commis un crime le seul in-digne d'être avoué A qui le confes-ser même Dieu ne pourra leur pardonner A-t-il seule-ment idée de ce que c'est demande l'enfant Pour par-don-ner il faut sa-voir ré-pond la sœur Dieu ne peut pas sa-voir ça elle appuie sur ça le mot se remplit d'une hor-reur telle qu'ils se sen-tent seuls plus orphe-lins que jamais meur-triers de leur sang le seul moyen c'est - De com-mettre un crime un vrai pour quoi on serait pu-nis, bien sûr ils pen-sent à la vieille ils ne sa-vent pas com-ment s'y prendre rappelle-toi le cochon un coup de canif au bon en-droit et elle se vide comme un la-vabo sur-tout qu'à son âge il doit pas en rester beau-coup tu en as de bonnes tu sais que j'ai ja-mais pu re-garder ça et de nouveau le mot la ma-rée silen-cieuse de l'horreur Après tout qu'est-ce qu'on fait de mal per-sonne le saura

Personne le gre-nier se met à résonner à vi-brer d'une pré-sence que personne n'arrive à évacuer que le mot appelle de toutes parts elle se frotte contre sa jambe comme elle paraît laide ça lui fait mal cette lai-deur soudaine ce voile noir ce deuil irréparable de la beauté

Après c'est la nuit le jour la nuit un autre jour on les re-trouve dans le jardin hagards les ronces s'écartent au-devant d'eux les laissent pas-ser avec une grâce de funambules on dirait qu'au-tour d'eux l'air s'épaissit qu'il résiste à leurs gestes ils font peine à voir on dirait des aveugles qui mar-chent la tête haute en parlant fort comme si personne ne pou-vait les en-tendre comme si le vide se chargeait d'un tel si-lence que seul un cri parfois un cri de bête aux abois un cri seul peut le rompre la nuit le jour c'est pareil même voyance même égarement c'est à peine s'ils sor-tent du parc comme c'est curieux cette fa-çon qu'ils ont de fer-mer tous les lieux qu'ils tra-versent d'en faire des pri-sons des châ-teaux flanqués de murs fan-tômes

Caresse-moi elle se couche contre son flanc le sexe est chaud batte-ments de cœur elle le serre en main comme elle est maigre la main le sexe est gros la main menue pourtant la chose la plus fragile c'est ce qu'elle tient là elle prend peur elle pour-rait sans y pen-ser d'une pression sou-daine il gémit on di-rait qu'une douleur sourd en lui qu'elle a trouvé sa voie qu'une sorte d'infirmité venue du fond des âges bien avant qu'il ne soit né est en mal de trouver sa voix elle bé-gaie se-couée de sanglots cherche l'issue la main lui flatte l'en-colure Mon che-val dit-elle ma mon-ture à moi elle voit les larmes dans ses yeux les pleurs avant qu'elle ne sente en elle se dé-verser De la tris-tesse ? Non mais de la joie soudaine celle des fous de celle qui fait peur une joie sans personne à qui la confier un rire qui au-rait coupé les ponts avec toute espèce de gaieté

Ils sont comme morts l'un à côté de l'autre la stu-peur les étreint le ra-vissement ne cesse pas de toute la jour-née elle jouit à plu-sieurs re-prises rien que de les sa-voir là tous deux jon-chant le sol c'est d'abord un cri le si-lence jail-lit creuse la nuit de son appel elle répond Viens le silence a la forme du sexe qui vient la remplit d'une sorte de paix transparente sans le sa-voir ils sont sortis du jardin le ciel est à por-tée de voix

Lenteur des jours à décliner somnolence des sta-tions sous le soleil d'été douleur d'attendre la nuit c'est alors qu'elle le couvre de sa mai-greur il cherche en pure perte les seins les hanches on di-rait que ses mains fa-çonnent le corps qui sera le sien son corps de mainte-nant appelle en vain ce qui ne vient que de ses gestes jamais je ne pourrai dit-elle incon-so-lée de ne pouvoir quoi au juste je suis jalouse de celle que tu rêves ja-louse de l'ombre que tu me portes en me dési-rant

Elle dont le cœur a la vi-tesse d'un oiseau pour-chassé disparaît dans l'obscur il doit la trou-ver c'est le jeu tout est silen-cieux c'est à cela qu'il devine sa pré-sence à l'étouffement des bruits aux précautions des branches pour ne pas craquer à croire que le jardin re-tient son souffle c'est à peine si les nuages en défaisant leur voile n'en-tretien-nent pas cette épui-sante compli-cité la voilà dans un rayon de lune Ronde je de-vien-drai ronde si pleine que je t'en-ve-loppe-rai de mes filets tu ne pourras plus m'échapper vingt nuits pri-sonnier de mes cuisses enlisé dans leur bourbier tu suf-foque-ras alors la lune vien-dra te noyer sous mon sang voilà ce qu'elle di-sait corps tail-lé dans l'os s'il n'y avait la fente on croirait un garçon sur-tout les cheveux courts mas-sacrés par les ci-seaux et les seins les seins il cherche à les pétrir mains paumées par leur ab-sence la bouche a une odeur d'égoût comme si son sexe dégor-geait et de nou-veau l'hor-reur la hantise de ce qui ne peut s'avouer massif d'ombres embusquées

Maudits soyez maudits mes enfants la mère ap-pa-raît alors qu'ils se regardent ap-pa-raît éche-velée les mots se tordent sur son front Mes en-fants d'une voix brisée des mots de bête à sang froid coulés dans la haine développent leurs an-neaux les étrei-gnent non ce ne sont pas tes mains non ce n'est pas ton sexe ce sont les mots de notre mère le chant de son sang ce sang dont l'horreur n'a pas fini de nous gla-cer Maudits dit-elle d'une voix que les pleurs font glous-ser comme si un rire la secouait la joie d'une folle épouvan-tée

Rire et miroir brisés leurs poings défoncent la nuit la folle rit de plus belle poursuite à tra-vers les couloirs où la flamme de ses cheveux éclaire successivement les chambres l'orage ac-court pour les dévorer déchaîne ses ava-lanches éclate en coups si rapprochés qu'ils se croient au cœur des cris de la femme hilare

Tu n'oserais pas dit-elle à l'enfant tu n'ose-rais pas et pourtant je suis ta mère me faire comme tu fais à cette petite gue-non soyez mau-dits tous deux la voix d'une telle douceur qu'ils se sen-tent portés par un amour si grand qu'au-cun crime ne peut en souffler la lumière ils la sui-vent d'un pas som-nam-bule la lueur vaga-bonde jus-qu'au lac où elle pé-nètre l'eau a des mi-roitements Venez mes filles vous joindre au bal trans-parent des mé-duses l'enfant croit tou-cher du regard des berges si abruptes seul un rêve peut en dire l'a-plomb des pierres déva-lent dans le vide ou-vert sous leurs pas d'in-vi-sibles pa-rois de cristal se bri-sent l'obs-cu-rité li-guée contre la lune durcit les ombres érige la menace du noir le lac ruis-selle de poissons Venez ce sont vos frères venez vous mêler au sabbat des on-dins elle les ga-gne à la dou-ceur de sa voix oh elle n'a pas be-soin de mots elle s'adres-se à un loin-tain très loin-tain désir d'anéantis-sement

 

3

Un jour ce serait un jour obscur parmi tant d'autres à mar-quer d'une pierre noire un jour une nuit à quoi bon compter dé-sormais tout se défile dans sa mémoire tout revient au même le jour la nuit le soleil fallait voir l'astre décliner par-dessus la tête du soleil mieux vaut le noir le si-lence jonché de gé-mis-sements le lit à ressorts défoncé chaque fois qu'il se retourne sur l'un ou l'autre flanc l'élas-ticité rom-pue du sommier fait penser aux re-bonds de l'amour aux soubresauts aïe aïe aïe crevé qu'il était ver-moulu au bout d'une nuit blanche à écou-ter les ca-fards co-puler sur le plan-cher nappé de journaux leurs danses fé-briles et crustacées le hé-ris-saient il se rou-lait en boule attendant l'aube les lueurs d'un jour déjà moribond peu encou-ra-geant le ciel ses pâ-leurs de la-zare hébété lève-toi s'en-tend-il dire avec un fiel évangé-lique il foule le sol ta-pissé de canards d'une ac-tualité boîteuse écrase les pattes du populo cafar-naeux combien de pattes par bes-tiole mul-ti-plié par le nombre pré-sumé ça doit faire dans les ... s'ar-rêtait net le cœur soulevé par l'énormité du dé-sastre le jour en profi-tait pour flamber les rideaux vo-lait en éclats écla-boussait les murs étoi-lés d'araignées du plus bel effet la tache de ces corps canar-dés la savate assé-née avec en-train les af-freux décam-paient toutes griffes dehors aban-don-nant la victime (4 pattes anté-rieures + 4 postérieures) lui laissant à peine le temps de les compter de multi-plier par le nombre de pattes écœuré rien que d'y penser les res-capés se faufi-laient dans les encoignures où pas ques-tion de glisser la main à moins que gantée en sai-sir une à bras le corps les yeux phospho-ré-cents d'ef-froi, c'est qu'il en a mis du temps à com-prendre qu'il était au cœur d'une gigantesque toile la reigne tissait jour après jour in-sec-tueuse péné-lope son voile de ma-riée our-dissait d'atroces épousailles il voyait se faire et se défaire au fil des nuits des motifs d'une al-léchante lubricité rêvait au milieu d'un fatras de den-telles d'étreintes qu'il crut suggérées par la fièvre de n'avoir pu fermer l'œil il se leva ra-gail-lardi par on ne sait quel re-bouteux un féticheur en veine de malé-fices un sortilégionnaire en cavale écarta la chape de tulle aux motifs tramés de main d'orfèvre curieux rap-pro-che-ment les mots se téles-cou-pent s'en-chevê-trent s'em-bre-douillent sans par-ler des idées noires qui se dressent hors de son cer-veau armées de pied en cap Qu'est-ce que c'est que ça des idées grandeur na-ture à pré-sent ? des fan-tômes peu-plaient le gruyère de ses méninges des ombres troglo-dytes al-lumaient leurs feux dans ses trous de mé-moire l'une odalisque aux membres bala-deurs appli-quée à le lu-tiner à bras raccoursix deux plus deux voyons ça c'est bi-zarre il passe en revue le reste des bras pas fortiche en calcul mental il fait le décompte sur ses doigts une et une jambe écartée ça fait deux (la motte retroussée jus-qu'au gland salive d'un œil torride) sans oublier les autres : de plus en plus bizarre ! re-pliées sous la croupe on dirait un lapin prêt à jouer les saute-mou-ton à ceci près qu'un lièvre est qua-dru... go-dom ! c'est un monstre autrement dit une arach-née GÉANTE et de l'écrire sur le mur en lettres capi-tales le mur se met à suer sang & eau dégorge de toute sa viande lar-dée de vers aussi dodus qu'un lom-bric à brac de tuyau-teries dur de les voir gober des moel-lons plus rude en-core de les en-tendre sali-ver pousser des rots de lavabo cer-tains de vomir tout leur saoul des pans de crépi ava-riés pas de première fraîcheur votre do-micile lui fait remar-quer l'un des vermicu-lacées lui le bec cloué aurait bien voulu s'ex-cuser mais les mots ne sor-taient pas Oh que si jus-tement en veux-tu en voilà un long d'un mètre an-nelé de syllabes carapa-çonné de consonnes mais il man-que les voyelles res-tées dans le gosier il fut à deux doigts d'étouffer les doigts fourrés pour se faire gerber le mot n'en finis-sait pas de ruer dans les brancards de ses gencives s'il avait pu voci-férer les bords de la bouche dis-tendus tant il était veau lumi-neux Oh l'immonde s'indi-gna le ver C'est pas ce que j'ai voulu dire au-rait-il voulu dire au ver outré Certes répliqua ce dernier (un ver télé-pathant sans doute) vous ne l'avez pas dit c'est pire et il souligna vous l'avez fait dé-barras-sez-moi le plancher de cette in-sanité le mot gi-sait gros-sier in-forme obs-cène répu-gnant etc tentait de prendre appui sur des syllabes en forme de pattes mais les jambages disposés à in-tervalles irréguliers lui fau-chaient l'équilibre pata-tras le mot furax amputé de ses voyelles se vautrait dans tous les sens Insen-sée cette his-toire il faut en finir dé-crêta le ver Mais comment ? suf-focria-t-il, l'autre avec flegme suggéra, ici une pa-ren-thèse s'im-pose : très bri-tish le ver un ver an-glais man-quait plus que ça se dit-il ) suggéra flemmati-quement de lui concéder quelques voyelles qu'on sache de quoi il a l'air et puis on pourrait le pro-non-cer et pfuit le mot fini d'exister rendu à l'allègre fla-tulence de ses congé-nères Excellente idée ! il crache le morceau mais rien Peut-être un mot hébreux insinue l'an-gliche Nom de Dieu ça lui vient d'un coup dans une exaltation une brusque irré-pressible inspira-tion un ras-de-marée de joie holy-larante le mot siffle se dresse tempête tonitrue déroule des orages à la chaîne Nom de Nom reprend le ver qui venait juste de pi-ger le mot se contorsionne hurle s'em-brase co-lonne de poussière buis-son ardent tsim tsoum et autre bataclan Nom d'un Petit Bon-homme en-tonne le chœur des asticots la plus grosse injure jamais ouïe depuis le big bang c'était donc Lui ?

 

4

Alors qu'il a son pote au bout du fil voilà qu'il tire le fil et l'autre se débobine misère qu'est-ce que j'ai fait ? Ne reste plus du pote qu'un petit bout de laine tire-moi de là peste l'autre hors d'haleine si bas qu'il doit tendre l'oreille plus fort je t'entends à peine qu'il crie vitupère implore à s'en cracher les bronches l'autre du coup vole au vent au fil des cou-rants d'air la fenêtre ouverte il passe à l'as ca-tas-trophe com-ment le récupérer ? C'est pas une vie vie vie dit le copain que de voler voler tout ça pous-sière de voix mêlée à mille autres concert de pe-luches aux doux éclats de plainte, on aurait dit un polo-chon parti en fumée mur-mourant jusqu'à n'être plus que pâle filet de soie. En un sens, ça l'ar-rangeait, plus de copain, plus de souci, l'autre lui bas-sinait les oreilles avec ses ennuis. Pouvait pas lui cla-quer le cornet au nez, alors il le lais-sait dé-goiser tout son saoul et voilà que ce jour-là, un matin radieux, l'idée lui prend d'ouvrir la fenêtre et c'est comme ça qu'il tire le fil le copain se débo-bine une pelote de laine ti-rée par un matou n'au-rait pas fait mieux.

Le pote passe encore mais voilà son épouse elle passe jus-tement le bout du nez à la télé, son émis-sion préférée, qu'est-ce qu'elle mijote elle va lui foutre en l'air le meilleur spot de la journée. Ah, l'œil de fiente de la femme du copain préféré à l'heure de l'émission pré-férée, la bouche crah moi-sie par un bâ-ton de rouge à lèvres, même qu'elle le brandit son bâ-ton le pointe dans sa di-rection et commence à lui par-ler sans plus de cé-rémonie que s'ils avaient été au plume à rouler leur bosse de bête à deux dos dans ce-lui du co-pain. C'est alors qu'il télé-phone, le bougre, à croire qu'il a vent de quelque chose, et voilà qu'il lui tient la jambe tan-dis que la femme étouffe râles et sou-pirs Non ce n'est rien qu'il dit au copain c'est la femme de mé-nage qui passe l'as-pirateur tu com-prends je n'ai pas le cœur de m'en dé-barrasser non pas de la bo-niche de l'as-pi-ra-teur un sou-venir de mes pa-rents, l'autre ah aah pouffe de plaisir sous les coups de bourre voilà qu'elle se coince le croupion et se met à couiner comme une souris dans un piège. Ça va j'ai compris dit le co-pain je te laisse à ton aspi-ratrice re-phonne-moi des fois que t'aurais des nou-velles de Carole, Carole c'est le petit nom de la moitié du pote qu'est en train de se couper en quatre pour une partie de jambes en l'air de s'en-voyager au sep-tième ciel de cavaler comme une baleine ah la rou-lure juste-ment le bas de laine on y arrive le copain dé-bobiné effiloché d'un coup de fil agacé péremp-toire dé-finitif et Carole à la télé Chéri qu'est-ce que j'ai en-vie de toi elle colle sa bouche de poisson sur l'œil de la ca-méra ça fait un pâté au milieu de l'écran il a beau frot-ter ça ne part pas le pâté en forme de cœur se ba-lade un peu partout sur les visages ca-drés rap-prochés éloi-gnés rien à faire ça colle quelle poisse cette Carole dans son bocal télévisuel me faire ça à moi mon émis-sion préférée et le co-pain qui flotte co-quille de noix sur l'océan des at-mosphères voilà qu'il aperçoit par la fe-nêtre du huitième étage sa femme à la té-louche Qu'est-ce tu fais, Caro ? Eh ben je taille une bavette qu'elle lui ba-lance avec en prime un ric-tus que le rimmel en dé-gouline on dirait du sirop le co-pain se colle à la glu sur l'écran un coup d'éponge exit le trublion mon chié ris qu'elle continue à bavas-ser l'image devient flasque li-quide les gens ont l'air de nager dans un aqua-rium plein de grenadine re-tiennent leur souffle certains déjà noyés coulent à pic ventre en l'air ça lui rappelle quand il était môme et qu'il revenait de l'école tous ses pois-sons crevés les goujats les goujons les goinfres c'est bien fait pour leur pomme disait son père ravi d'être dé-bar-rassé de la corvée poissons jusqu'à ce qu'il en-trave une nuit à la fa-veur d'une insomnie tiens ça c'est curieux les poissons bouffent toujours trop à la veille des va-cances comme ça on peut partir sans avoir à se tra-cas-ser d'autres attachent bien leur clebs au pied d'un arbre il se lève sur la pointe des pieds glisse à pas de loup jusqu'au salon il y a un mini bar en contre-pla-qué imitation chêne la bouteille de scotch une ou deux gouttes le lende-main le père sirote son ouisk... s'étrangle suffoque re-bondit sous les rafales de son es-tomac en furie s'écroule terrassé et le voilà orphe-lin volontaire il met sur la tombe du paternel quelques pen-sées dans le bocal à poissons ça sert à ça désormais à fleurir la mémoire de papa des pen-sées filiales cer-taines sauvages cueillies pour la cir-cons-tance tout le monde s'émeut quel brave petit garçon et c'est comme ça qu'il se lance dans la né-crorticul-ture fait fortune dans les pen-sées de toute espèce les bonnes les impures les as-sassines tout un lan-gage dites-le avec des fleurs il exporte dans le monde en-tier des containers pour les Amériques où on raffole de ça l'ex-pression végétative des senti-ments c'est Mon-sieur Fleur Monsieur Pensée Monsieur Regrets en tous genres Ah les jolies fleurs quelle attention touchante il a même concocté une an-tho-logie un flo-riction-naire pour être plus précis il passe à l'an-tenne une émission culturiste le bouquin se vend comme des petits pains de dynamite on pense au Nobel et c'est là qu'il rencontre Carole pom-pette au bout d'un verre de champeigne elle lui tombe dans les bras il est sur le point de la couvrir quand dring le té-lé-phone c'est le copain. Il l'avait oublié ce-lui-là. Peut quand même pas lui claquer le cornet au nez des fois qu'il serait au parfum, va fal-loir noyer le pois-son, sur-tout que Carole beur-rée comme une vache se cha-touille le gras il perd la boule la grimpe elle miaule mord à l'hameçon il la ferre elle fait des sauts de carpe diem ça lui revient le lathym de Q. I. zine la ci-boulette et les feuilles de laurier César en train de passer le ru-bis con de l'adultère ça y est c'est fait le point de non re-tour la morue se pour-lèche les ba-bines Quelle est ton émis-sion pré-férée qu'elle inter-roge ¿ Drôle de bonne femme elle en a plein la louche et elle papote télé, Moi c'est l'émis-sion de sperme ! elle se fend la pipe et c'est alors qu'il perd le fil.

Faut tout reprendre à zéro. Alors qu'il a son pote au bout du fil voilà qu'il tire mais l'autre se débine mi-sère il me laisse tom-ber que faire avec la femme une vraie bombe sexplosive à ra-masser à la couil-lère chaque fois qu'elle prend son pied à terre s'installe chez lui pha-go-cyte son lit sa salle de bains où elle laisse des poignées de crin à croire qu'elle s'épluche la motte à tour de bras s'épile ou face je branle pile je baise elle le monte du soir au matin l'incube ne pense qu'à faire la noce féra-touche pipi la barbe à la fin il décide de la clouer au pieu elle écla-bousse le pa-pier peint de son sang Encore su-surre-t-elle en un râle pénul-tième en-core de ton pieu béni sois-tu de me fendre le cœur elle se perd en ruissellements nappe phréatique où il pa-tauge son lit devient la-custre il scie les pieds de table pour en faire des pilo-tis éponge écope écluse le lit de-vient radeau à la dé-rive aimanté par le chant des si-rènes le gang des murènes sa piaule devient un vivier lascif et balbu-tiant un fleuve où il se baigne sujet à d'hémo-globu-leuses mé-tana-mor-phoses Carole lui pompe le nœud reconver-tie en star du porno en train de be-sogner de ha-leter à en perdre haleine cham-pionne de mara-thon en boîte la bouche en cul de poule elle se met à caque-ter co-queriner coquelicoter cocalâner à ne plus sa-voir où donner de la tête, si c'est aux pieds, à la queue, mais quelle queue, et qui l'a plumée ? elle n'offre plus qu'un croupion picoré de trous qui font peur. Lui se sent damestiqué, un hon-nimâle de campa-gnie qu'elle pro-mène faire ses be-soins sur les terres-plain chauves de l'urbanité, un cas pour la niche, un fou-triquet de caniche au poil rasé de près, afterchèvré pour pas qu'il pue la rage ô le mi-gnon pe-tit fauve au zoo personnel de sa môman. Elle ba-lade sa petite usine portative de crottes au bout d'une laisse à ex-tension va-riable. L'usine porte le sobriquet très chou de pompon. A l'occa-sion, ça jappe, ça vous agresse la cheville oc-casion-nelle d'un badaud. Elle le gourman-de avec indul-gence, le badaud d'aller se faire foutre, d'al-ler ba-guenauder ailleurs. C'est pour bientôt, il fera partie des meubles, il sent le coup ve-nir, de loin, de plus loin que ça encore, d'une espèce de mé-moire in-ces-trale, déjà qu'elle lui a cloué le bec que c'est à peine s'il peut aboyer, il perd d'abord l'usage de la pa-role puis celui d'une patte à force de ne plus sa-voir sur quoi danser cul de jatte ré-duit à s'aider des poings pour faire rouler son tronc cul de jatte où elle jette son den-tier pour pioncer la gueule ouverte les murs le plan-cher se gondo-lent sa vie une épopée du rava-le-ment une saga de l'abjection matri mo-niale elle parle de ren-trer dans les ordres de finir en odeur d'abs-in-theté au milieu d'un bataillon de cu-rés de sœurs de cor-nettes et de corbeaux, tous gens de sac et de corde, de tonsure et de coups four-rés, et lui pen-dant ce temps à la niche bien sûr encore heu-reux qu'elle l'ait pas fait piquer par un de ces véturi-naires ai-gris par la chaude pisse bougres d'assassins de bes-tiaux de mèche avec les mêmes (ratichons sor-nettes et corbacs) pour trafi-quer des hormones, c'est elle du coup qu'elle fait piquer la vache elle rentre au cou-vent non à la couveuse où elle pond épanouie béate en veine de ravissements des cha-pe-lets d'œufs ré-pand des chiées d'home-lettes il en de-vient maboule de cette in-dus-trieuse flatulence c'est alors qu'il concocte conca-quette aïe ça va pas re-com-mencer les métamorfeintes imagy-nez qu'il tourne poule à son tour l'horreur plutôt se flinguer il con co-cote en pa-pier de la papillonner de la ré-duire en peaupiettes de veau de ville de la vaude-vider de la vi-dan-ger de la ... Danger alerte rouge une er-reur s'est glissée dans le sys-thème une hor-reur une lettre un oubli un excès que sais-je en-core va falloir tout re-prendre à zéro le copain la femme tout le trem-ble-ment où en étais-je à de sombres pensées de noirs des-seins gonflés du lait amer de la li-berté à l'idée d'en faire de la charpie et voilà que ça foire car toute harpie qu'elle soit elle manque pas d'un certain charme buco-lique il se laisse embobiner et l'enfer re-prend son train-train de plus bêle se pousse en tortil-lant sur la voie du cau-che-mare il voit passer dans un état d'hypnose l'oc-ca-sion de lui ré-gler son compte et hop à la niche cette fois elle a compris elle va le faire pi-quer c'est elle ou lui elle a décidé que c'était lui ça va c'est bon pour une fois qu'il dit de ses yeux doux de bon chien rési-gné il tend une patte à l'exécuteur diplômé qui s'ap-prête à lui in-jecter le poison quand Drrriiiinggg le té-léphone. Sauvé par le gong !? Non, pas encore. Le vé-théro, le vété-rang, le vé-tuste urineur de ré verbe être fait la sourde oreille et avance la se-ringue d'un cran. C'est alors qu'il a une idée. De ra-conter l'his-toire, toute l'histoire de-puis le début, comment ça lui est venu de se lancer dans le com-merce des fleurs. Il a pas l'air de se rendre compte se disent les gens rangés en rang d'oignon, on connaît la rengaine Regrets Eternels c'est toi qu'on va cou-ron-ner à l'heure qu'il est, t'es au péni-tencier d'Alca-troce tu vas payer ta dette à la sau-ciété, la sœuringue est de plus en plus proche, il a le temps de voir perler la première goutte de venin une sorte de travesti lui admi-nistre les sa-crements le bougre a dû manger de l'ail qu'on en fi-nisse il ferme les yeux les rouvre Drrriiiinggg et si c'était la grâce présiden... ciel ! le chauve braille de plus belle s'écroûle len-te-ment comme dans un rêve au ralenti on dirait un nuage il hésite à se poser sur le sol re-bondit en douceur chauve élastique avec un taux de cholestérol si dra-matique qu'on découvre à la prise de sang des yeux comme dans un bouillon de poule, le chauve est se-coué de spasmes c'est le coro-ner qu'a les co-ro-naires qui flan-chent le toubib sapé comme un croque-morts lui prend le pouls cet homme est ad patresses dé-crète-t-il sur un ton pom-pier tout le monde se lève visiblement soula-gés se congratu-lent d'avoir si bien tenu le choc on félicite le condamné le vétuste ahuri-nerf vide sa meringue dans le lavabo et c'est alors qu'il pense à décrocher le télé-phone. Au bout du fil la tonalité s'allonge déme-su-ré-ment résonne à travers les dé-serts du câble sou-terrain il se sent seul tout à coup il tra-verse le couloir de la mort à rebours comme en rêve au ralenti cherche à repriser le fil de sa vie ac-crochée à ce sus-pens un bourdonne-ment si obsé-dant qu'on dirait une ruche où l'essaim du si-lence fait son miel un miel amer le fiel de l'absaouli-tude.

 

5

Un jour, une nuit, ce n'est même pas la peine de se rappeler, il en-tend frapper à sa porte, il ouvre et qu'est-ce qu'il voit un type : - Entre lui dit le type. Il entre et se re-trouve au dehors, non pas de-hors mais au milieu de quelque chose qui n'est pas comme d'-habi-tude, il cherche les mots pour le dé-crire quand il voit sa mère à cheval sur un gibet elle est en train de s'empaler sur la queue d'un pendu Approche dit-elle quand j'en au-rai fini avec lui ce sera ton tour mon bi-chon. Pas question qu'il se dit mais pas trop haut pour pas qu'elle entende il a du respect pour sa vieille mère pas si vieille que ça du reste dans les 30 ans sonnés l'âge qu'elle avait quand il fut conçu Mais alors bon sang le bon-homme à la cra-vate de chanvre en train de se faire baisogner c'est son p... pas ques-tion d'y croire il remonte le temps un peu plus ça grimpe la pente est raide c'est vite fait qu'il se dit de dé-gringau-ler de glis-ser de déraper en bas des pati-neurs s'exer-cent à tracer sur la glace des ca-naux leurs pa-raphes chacun sa si-gnature, d'en haut ce doit être fabuleux et hop à peine le temps de dire ouf le voilà en mongol fier comme un coq à dominer ce qui lui semble une basse-cour nor-mal puisqu'il est de-venu roite-let en un clin dœuil des damoi-seaux et autres dames oi-selles caquettent rivali-sent de co-quetterie bi-zarre cette insistance du mot coq dans tout ce qui lui passe par la tête à croire qu'il n'en re-vient pas d'être aussi fièrement paré empanaché avec un jabot si doré si la si do ré que le besoin lui vient à brûle-pour-poing de pous-ser la chan-son-nette de co-querillonner à toute vo-lée de cloches le voilà de-venu gi-rouette au som-met du clo-cher coq de métal étince-lant plus haut tou-jours plus ô telle est ma de-vise lance-t-il d'une voix al-terégosillée la voix se casse se rouille déraille en voie de chemin de fer il se tortille enchaîné à une ni-chée de petits wagons qu'il doit tirer de toutes ses forces remon-ter le temps comme on dit que les sau-mons remon-tent le cours ancestral des rivières quand va-t-il arri-ver à bon port pour déposer son frai justement voici mille pe-tites baies guirlandes et lam-pions pour fêter son retour sur le sol la si dos de ses an-cêtres les vieux viennent l'accueillir en fanphare lui rendre les hon-neurs dus à son rang c'est-à-dire un costume à poids jaunes très lourds les pois et quelques fricassées d'œufs pourris sur la tronche C'est rien faut pas te forma-li-ser c'est tou-jours comme ça qu'on serre cueille un nou-veau né dans nos bras l'an-cestre lui pince la joue ça fait mal il n'ose se ré-crier on le mène par le bout du nez par le bou-ton du nouveau-né par le cordon do-minical jus-qu'à sa mère au milieu d'un pré fleur parmi les fleurres lui dit le vieux Vois-tu petit on y est tous pas-sés maintenant c'est ton tour la mère est à cro-quer y a pas à dire n'empêche qu'il n'est pas chaud on s'énerve du côté troisième âge il s'aper-çoit qu'ils ont la corde au cou comme si on les avait cra-vatés c'est vrai qu'ils sont pâles pas très vaillants sur leurs quilles certains s'ai-dent de leurs moignons pour clo-piner trébucher s'é-crouler dans l'herbe émaillée des pleurs de la mère Mon fils qu'elle crie geint s'éplore les bras ten-dus dé-cou-vrant les seins à demi dressée sur sa litière d'-herbe folle elle se met à brouter la vache ! vois comme tu lui fais de la peine grommellent les vieux elle sombre dans la folie à cause de toi dans la bes-tia-lité chaque jour un peu plus tu de-vras te dévouer la prendre dans tes bras l'empê-cher de perdre la boule de se prendre pour on ne sait quoi des fois on la re-trouve sous des formes in-sensées défigu-rée par les corps qu'elle a dû traver-ser veau vache cochon ailé sphinge aux sphincters chiant d'abomi-nables gé-ni-tures grosse de nos nightma-rie-couche-toi là qu'on lui dit et chacun de la tringler de la bourrer de la faire jaz-zer jusqu'à ce que petite mort s'en-suive la nôtre bien sûr car elle pour ce qui est de l'appétit c'est une ogresse un puits sans fond on y est tous passés, à ton tour ! mais lui n'est pas chaud c'est le moins qu'on puisse dire sa tempéra-ture tombe en flèche il se re-froidit à vue d'œil roide bientôt prêt à mettre en terre Mon fils qu'elle crie elle s'élance pour le ré-chauffer dans ses bras de mureine au long cours Ma mère une ondine se dit-il un rien épaté il continue à faire le mort la lorgne entre les cils de ses peaupierres mais comme il est gelé chaque image fait bloc au fond de sa rétine l'œil en est aussitôt en-com-bré la chambre noire éclate des images en trois D jail-lis-sent à la ma-nière de bombes volcaniques mais froides ô com-bien des bombes glacées on se presse pour en faire étalage statues im-pro-visées ins-tanta-nées de la mère dans tous ses états elle le masse pendant ce temps-là lui fait du bouche à bouche histoire de lui in-suffler la douleur d'exister rien que pour être son petit rayon de soleil à elle son rayon de miel son crayon de ciel bleu c'est qu'elle est midi nette la mère un peu courte de vue une caissière de grand maga-sin il se sou-vient d'elle à pointer toute la journée le cul en-kylosé à force de rester assise le regard vague perdu en train de fi-ler des son-geries de prince char-mant sorte de belle au bois dormant de pri-su-nic il au-rait voulu connaître la forêt où elle avait fait son nid non pas froide distante fri-gide mais fi-gée arrêtée dans son mou-vement sus-pendue à l'es-poir d'une déli-vrance toujours plus tardive et ainsi jus-qu'au dernier souffle jusqu'au premier baiser jusqu'à la mort en costume de bal jusqu'à la valse des adieux à cette vallée de larmes Adieu mes ché-ris je m'en vais rejoindre celui que j'ai at-tendu avec fi-délité que c'est bien le diable s'il n'existe pas lui le cœur serré à l'idée de la voir dé-cliner il aurait bien voulu l'em-brasser faire fondre sous ses lèvres le corset de glace dé-couvrir les seins où le lait s'est gelé coagulé lui rendre vie la ra-nimer elle plus di-vagante que jamais grelot-tante égarée à force d'at-tendre le terme de l'errance lui tou-jours plus sombre à force de mûrir de troubles pensées des pensées d'ombre et de silence des pensées comme on ap-pelle ces fleurs dont elle fit un jour sa litière au mi-tan d'un pré dormant pour abor-der la rive d'un autre monde il le sen-tait contigu aux espaces quoti-diens il lui aurait suffi d'en découvrir l'accès et voilà qu'un jour une nuit il ne sait plus quel-qu'un frappe à la porte il se lève ouvre la porte sans demander qui est là un type répond Entre il passe le seuil il est enfin au dehors dans l'in-finie ré-serve du dehors parmi le vent convoyeur de parfums il se rappelle la tié-deur d'un corps qui s'ouvre il revoit la femme étalée dans une flaque de chairs blanches ça lui rappelle le ven-dredi quand elle ser-vait des moules casse-role mêmes petits corps dodus qu'on déga-geait de la coquille même chair ferme et pâle et puis ce crin drôle de toi-son on dirait un sexe il fut un temps où il osait à peine les toucher les man-ger oui pas de pro-blème mais les faire transiter de l'as-siette à la bouche exi-geait des tré-sors d'acro-baties ça ren-dait le festin fas-ti-dieux alors il renonce aux moules autant dire à la mère au dé-lice de la mater il fuit tout contact comme si l'effleurer c'était déjà trop se mettre en dan-ger pourtant cette peau son élasticité le hante l'odeur même le poursuit jusqu'à ce qu'un soir au Sahara la nuit tombe accal-mie d'une dou-ceur envelop-pante le sen-tier mate-lassé de pous-sière ses pas s'enfon-cent le ciel d'un bleu il dé-am-bule l'oreille pleine en-core de la plainte chavirée d'un muezzin quand quelque chose l'aborde l'en-robe une sorte de gra-cieux tourbillon les vo-lutes d'un par-fum in-vi-sible et subtile présence une femme il aurait pu la heur-ter mais voilà qu'il la suit odeurs voca-li-sées par un soupir comme si elle li-bé-rait d'un souffle les spores de l'espoir de, sou-pir lascif comme si elle se dé-ten-dait se re-lâchait son corps se dénouait s'abandon-nait même aban-don de la mère quand le père la touchait hale-tante même râle éperdu même palpita-tion même éclat soudaim course dés-or-don-née à tra-vers champs tandis que la nuit déplace le garde-fou des ponts il galope à perdre haleine son cœur où s'ébroue un cheval fou hainnit pousse un brâme le voilà cerf traqué par les chiens fuyant les sar-casthmes des nymphes vaga-bondissant à bout de souffle et de suf-foque égaré dans un dédale d'échos il perd la tête se rue échevelé d'angoisse la chasseresse le talonne multi-pliée par ses dogues écu-mante meute aux abois cou-vrant les fo-rêts de leurs yeux rouges et féroces lucioles amor-sang un ballet nuptial au-tour de lui mufles des chiennes en rut des brutes aux vulves dé-trempées qui me-nacent son membre de leurs crocs si raide et tendu qu'il peut à peine mar-cher la déesse apaise les chiens ca-resse leurs flancs sa main glisse de leur fourrure au membre éploré Tout doux dit-elle la verge tremble dans sa paume pauvre bête le cœur bat dans ton gland c'est un sanglot qu'elle noue et dé-noue de ses mains un pleur qu'il s'ef-force de conte-nir un râle dont la verve jaillissante écla-bousse la toison vite avant qu'il ne dé-bande elle écarte les cuisses engloutit l'ava-lanche qu'il dé-gorge tout son saoul ses reins bielle et piston cou-lissent pour em-bal-ler le mou-ve-ment le sacca-der cuisante ar-deur du membre qui pour-suit son séisme déchaîne des ondes de choc ah son cri !

Autre temps, autres lieux, il entre dans une au-berge après avoir chevauché par monts épars veaux crevé sa mon-ture les os nettoyés par les vautours blanchissent la sierra les os gre-lottent le vent siffle sa complainte à tra-vers la car-casse à croire qu'elle en-tonne une méli mélo-pée l'épopée de l'abandon il est seul sur un plateau cerné de pics nei-geux ou nua-geux allez savoir des dents d'une fé-rocité c'est géant il tré-buche sur son cheval dé-charné les charo-gnards pio-chent dans la couenne leurs cous déplu-més dé-jantés on dirait des hochets vieux mor-veux ma-lingres ho-chant leur chef chauve avec l'air d'en sa-voir un bout sur la vie la mort il vou-drait s'évader se névader c'est alors qu'il avise une auberge sous les pierres il faut ram-per pour pé-nétrer long boyau sou-terrain qui se gar-garise d'échos il frôle au passage des animaux à sang froid de souples furtifs gluants corps sinueux heureuse-ment que le couloir est obs-cur qu'il ne voit pas les gueules hérissées de crocs les langues dar-dées bifides et frétil-lantes les yeux sans pupilles morts glauques ne reflé-tant rien il tra-verse des nids de ser-pents dé-fait des ac-couple-ments ra-geurs avance à tâ-tons se contor-sionne sur le ventre qu'il sent à chaque coup de reins devenir un peu plus froid son sang se ralen-tir son cœur entrer en hi-ber-nation ses yeux ne plus rien réfléchir que de vagues lueurs au bout du tun-nel son ouïe se perdre se glacer on dit que le Vieux dans sa co-lère a enlevé le pou-voir d'entendre au Cerf-paon et que depuis, entre lui et la femme, sa femme comme dit le Livre, c'est à ja-mais un dia-logue de sourds, ce qu'on ne dit pas, c'est que l'homme en sortant du jardin avait non seu-lement perdu l'usage de l'oreille mais aussi des jambes et que poussière il se tordait dans la pous-sière et que la femme le piétinait, voilà donc qu'il ar-rive au bout du boyau où des lueurs troubles trem-blantes sil-houettes papillonnent ai-mantées par un brasier mystérieux une sorte de buisson roulant un feu d'enfer un bû-cher vomis-sant des insanités Maintenant vous savez à quoi vous en tenir Je suis ce que Je suis l'immonde en per-sonne je vous chie par tous les pores de la créa-tion les phalènes s'ap-pro-chent du buisson pour im-plorer sa clémence quand une énorme langue vr-roup se déve-loppe en un clin d'œil en happe treize à la douzaine les dé-glutit en crame d'autres au pas-sage re-crache tout en toussant des cendres pousse un rot les ombres s'ap-prochent pour voir d'un peu plus près où diable ont disparu leurs consœurs hop avalées glous-se-ment repu hop burp hop burp c'est alors qu'il aperçoit sous les flammes cha-toyant de toutes ses écailles un co-losse à la crinière anté-crustée de joyaux toutes gemmes et gé-henne de-hors la bête aboie voci-fère fulmine le monstre abreuve ses boyaux lappe l'écuelle de ciel bleu où marine un croissant de lune tandis que monte la marée des au-rores que roule et se meut se drape et se dé-robe s'enrobe et se dévêt la bo-réale vénusté de l'aube tandis que la toundra se pâme sous les feux de Bengale du gel sous un cristal de givre tandis qu'un buisson de glace éclate à tra-vers la nuit et qu'un traî-neau si subtil qu'on le dirait sou-levé par l'ha-leine des rennes carillonne des cha-pelets de grelots si aé-rien qu'on di-rait une fu-mée où un Lapon coiffé d'une rose des vents cra-vache des bou-quets d'ouate monté sur des pe-luches couron-nées d'an-douillers tiré par un souffle fantôme il par-court la forêt engourdie sous la neige la fo-rêt pétrifiée que des élans hantent venus du fond des âges avec pour seuls témoins de la jungle d'an-tan leurs fronts héris-sés de frondaisons pen-sives sortes d'arbres montés sur pattes leurs trou-peaux déri-vent ma-gnéti-sés par les cathédrales de l'hiver les orgues du vent s'en donnent à chœur joie c'est comme un cri jailli d'un souffle l'énorme langue d'un cri qui faucherait les papil-lons de nuit po-laire les pha-leines fébriles les ba-leines en rut qui roulent leurs bosses déroulent le pa-limpseste des marées le râle d'un cachalot les den-telles de l'arai-gnée qui file sa toile le crissement de l'insecte in-ces-tueur d'en-fants du Chrono Maître pé-do-phage de l'ogre aigri par le peu d'empresse-ment de ses filles à figurer au menu le voilà qui se dé-plie dé-ve-loppe en douce ses anneaux froids comme la v'en-geance feu ses fœtus gobés par le bestiau l'hom-me-lette de sa progéniture tout ça sera vengé le ser-pent luit dans la pénombre on dirait une lampe tant l'ar-deur de l'esprit l'électrise on dirait un sar-ment tombé du buis-son roulant flammes et écailles dar-dant son feu vers sa proie on perçoit un siffle-ment per-cée d'un vague filet de vent à tra-vers des couches et des couches de si-lence des strates et des strates de rêve des légions de vers et de vertiges des emmêlements en-tre-lacements de membres de rhi-zomes fébriles de re-jets frétillants les pommes de terre il se rap-pelle foi-son-naient ainsi dans l'obscur rampaient vers la lu-mière jus-qu'au soupirail humbles patates c'est tout juste si on ne les en-ten-dait pas crier famine elles qui de-puis leurs cageots ten-daient leurs bras réduits à de maigres filaments éti-raient leurs pousses implo-rantes il imaginait des yeux au bout des tu-ber-cules de pâles petits yeux ha-gards gonflés de folie d'espoir des yeux turges-cents toute une popu-la-tion de poulpes végé-tait à fond de cave à peine s'il osait des-cendre des fois qu'ils l'au-raient saisi at-tiré dans leur cage pommes de terre carnivores qui n'avaient rien à se mettre sous la dent qu'un peu d'immatérielle clarté filtrée par la grille que man-geaient-elles à part quelques photons pha-lènes crépusculaires ameu-tées par leur san-gloria in ex-celsis deo l'ap-pel de leur chœur roulait dans tout le souterrain l'ap-pel des germes écheve-lés du désir d'être tirés au clair tas de mandra-gores en délire tout un sé-rail de filles ché-tives rejetons d'un foutre assas-sin c'est alors qu'il se fraie un passage à tra-vers elles crient ven-geance Vengeance pour leur père qui niche dans l'arbre à corbeaux il leur donne un peu de lait de couilles his-toire de calmer leur faim elles gémis-sent l'envelop-pent de la charmille de leurs bras c'est à qui le vam-pera le pompera le fera gerber son jus jusqu'à la goutte pénul-tième elles l'entourent de leur grâce on-du-lante peuple d'ondines que mul-tiplient des re-flets en cas-cade Quand est-ce qu'on dîne ¿ s'entend-il dire en un rire qui fait voler en éclats ces foutaises de pâques hostie Fiston te sou-viens-tu ¿ Sûr qu'il remet le mort se remé-mord son ghost de père son boute en train de gênitor pi-lier de pil-senor même qu'il allait le retrouver au Pénis night Club de ces dames tellement beurré que c'est à peine s'il pou-vait bour-rer la moitié d'une Mets une tune dans l'bas-tringue & autres fa-ran-delles pauvre spermis-sion-naire en goguette klone triste il sui-vait le no beau dady à la trace dans tous les ca-boulots par-fois une pute lui faisait la grâce d'une passe à l'œil de merlan frit qu'il avait à faire sang blanc de ne pas com-prendre c'est qu'elle le trouvait moi-gnon tout plain mon chou elle montait sur ses ge-noux la main dans sa braguette il faisait le mort plus roide que la justice un vrai bras séculier la gueuse l'em-bouchait elle lui pi-pait la morve au nez du moustachu Blitz Kriek & Mort Subite se succé-daient à un train d'en-fer ça mi-trail-lait dans les go-siers des ra-fales de foutre des avalanches d'œufs bat-tus en neige on patau-geait pé-dalait dans la se-moule la morue finissait par s'y noyer le ventre ballonné elle re-montait à la surface poussait un rot rê-veur les yeux blancs d'avoir joui.

Autre temps, autres lieux, il flâne avec sa mère bras dessus bras dessaoul visite au cimetière où le père cuve sa dernière bière. Arrêt sur images. Bref consortium devant la pierre tom-bale où il se de-mande ce qu'il peut bien y avoir là-dessous, des chiées d'asticots selon toute vrai-semblance et fa-talité, poussière tu es pous-sière retourne-ras, mon œil, ja-mais vu tant de boue. Un nuage folâtre avec un air de fête au-dessus des allon-gés. Une co-lombe conchie le chef d'un ange mar-mo-réen. La fiente dé-gouline au coin de la peaupierre et roule une larme grosse de la tristesse due aux outrages du temps. Le coin ins-pire, ron-flant d'un charme bucolique. A propos de co-liques, il cou-lerait bien un bronze au milieu de la sta-tuaire qui ba-lise l'al-lée. Il avise un caveau de famille le caveau se met à braire, normal puisque dans ca-veau il y a veau. Ça pue l'étable. On a fourré toute une nichée de bestiaux dans la crypte à l'aban-don, les cercueils défoncés font of-fice de mangeoire. Curieux comme stabulation, un peu choquant tout de même. Clin d'œil saint pa-thique d'une vache douairière. Comment cha va ¿ lui dit-elle mâchon-nant son foin. Ça peut aller qu'il répond. La vache lui de-mande de la traire, ça fait un bail qu'on ne l'a pas soula-gée. Elle écarte les pattes et montre un pis plein à craquer. Les té-tins roses le laissent rêveur comme quand il était môme et se de-mandait si les femmes... Il dégage le pis du soutien-gorge en den-telles que la jeune et jolie vache a eu la co-quet-terie d'ajuster. Elle gémit à me-sure qu'il manipule les té-tins. Ceux-ci phallait s'y at-tendre n'en for-ment plus qu'un. La vache, elle ouvre les cuisses hale-tante mais c'est lui qui envoie la pu-rée quand elle se pâme sous ses doigts pal-més, ses doigts de palme-raie un soir à Timimoun une sil-houette le croise le frôle on di-rait un vais-seau chargé d'épices il pisse tout son lait la femme rit dans l'ombre poussièreuse son rire on di-rait une porte de magasin qu'on pousse coiffée d'un cha-pe-let de gre-lots. Que puis-je pour vous ¿ interroge l'épi-cière. Je me suis trompé d'adresse qu'il répond. Qu'à cela ne tienne dit-elle du tac au tac et voilà qu'elle passe de l'autre côté du comptoir qu'elle passe la rampe et se met à lui flatter le menton. Hum, d'une moue connaisseuse. Baisse ton froc, que je tâte la mar-chan-dise. Elle constate qu'il vient de souiller son cale-bar. Elle le gour-mande, lui donne à palper ses miches, qu'il rebande un peu. Quelqu'un pousse la porte et les grelots de re-glous-ser leur san-glot. Il entre dans la bouche de l'épi-cière. Elle pleure des larmes de foutre blanc. Coupez.

 

6

Il suffit parfois d'un bruit pour que je me sente mieux adapté au silence qui me ronge la tête, j'en ai la calote toute fêlée même que ça me fait des cou-rants d'air à travers les méninges un coup de froid est vite arrivé je mets mon cache-nez en guise de ca-goule je sors l'air A-U- Ri j'épèle du ton le plus sé-rieux à voix haute pour conjurer le ri-di-cule c'est à peine si on ose se retour-ner sur mon passage à croire que je fais peur j'hésite à entrer dans un grand ma-gasin pourtant j'aime ces lu-mières de chambre froide ces zombis po-lis-sés poussant leur caddy comme s'ils étaient sur un champ de golf marquaient les trous d'un rayon l'autre les frome-tons en promo les yaourts treize à la dou-zaine pour deux fois rien même que c'est un crime de rien acheter à ce prix-là moi je ressors tou-jours les mains vides j'ai fait le plein dans ma tête de den-rées toute espèce que je n'aurai même pas à me casser le cul de les consom-mer suffit que je me sou-vienne de la fraîcheur asepti-sée des sau-cissons pur porc j'ignorais que le porc fût pur pour un peu je l'aurais jugé cochon c'est fou ce qu'on apprend toutes sortes de choses des concepts clés pour vivre contem-porain c'est un feu d'artifice d'inventions perma-nentes des trouvailles en veux-tu en voilà tout ça pour pas un balle jusqu'à ce que Monsieur veuillez-vous me suivre qu'est-ce qu'il me veut cui-là sapé comme un pompier avec une carte en plexi fichée sur son plastron j'ai cru que c'était une éti-quette j'ai demandé à voir le prix Faites pas le ma-riole voilà une paie qu'on vous a repéré à musar-der mine de rien un bon conseil re-tirez-moi cette ca-goule ça fera plus discret Moi je fais rien de mal que je dis je m'instruis rien de plus C'est ce qu'on va voir les types la tronche qu'ils tiraient ils m'ont bien fouillé vingt fois palpé retourné sous toutes les cous-coutures Bon main-tenant passons aux choses sé-rieuses quels sont vos complices Mais je n'ai pas des qu'on plisse commencez à m'em... fallait rester poli j'ai fermé mon clapet aussi sec y en a bien un qui va-gue-ment semblait com-prendre son œil s'al-lumait d'une trem-blante lueur d'in-telligence ça m'a fait chaud au cœur de voir cette lou-piote comme si je m'étais perdu en forêt j'au-rais vu s'allumer la fe-nêtre d'une chau-mière C'est bon pour une fois dit l'éclairé mais sa-chez dorénavant qu'il faut payer Mais j'ai rien à acheter que je dis c'est pas que ça me débecte mais j'ai envie de rien que de voir de me faire des idées Des idées ? eh bien même les idées ça se paie combien en avez-vous prises J'ignorais que les idées fus-sent pro-priété privée Depuis l'arrêté loyal et il me balance un chiffre à la six quatre deux visiblement il se payait ma fiole Bon d'accord je vous les rends je retire mon cache-nez-cagoule je le secoue bien en évi-dence ça ne fait pas de bruit quand ça tombe les idées faites gaffe marchez pas dessus c'est fragile Vous êtes sûr que vous avez rien oublié Sûr que je dis je me sens tout chose la tête comme qui dirait un peu vide Pouvez vous barrer Et n'y revenez plus que me crie l'autre un grand con au crâne rasé il avait l'air d'avoir subi une lobotomie l'œil glauque inanimé un œil que j'ai retrouvé au rayon poissonnerie et c'est alors que j'ai compris la machination...

N'y remets plus les pieds me balance l'abruti aux yeux de poisson frit. Et moi de me rouler des bosses de rire quand je le vois étalé de tout son long corps lamé d'écailles d'un bleu d'ar-doise aux re-flets jo-lis dans l'en-semble Ta gueule qu'il chu-chote à bout de souffle était-ce la rage ou sa condition d'emprunt de bête à bran-chies Laisse-moi faire mon boulot j'ai compris que le bougre faisait des heures sup pour ar-rondir ses faims de mois sa petite famille à nourrir quoi. Soit, je le laisse pei-nard, un petit signe de croix du coin de l'œil du genre recuit est-ce pattes in pat-ché l'autre se gonfle suffoque de colère au point d'éclater dé-gurgite un filet de marée Viré dit le chef de rayon qui passait par là Si vous n'êtes même pas foutu de faire le mort vous êtes vi-ré Œil pour œil dent pour dent que je glousse dans ma barbe Hep vous là-bas Oui toi le clodo j'ai du tra-vail pour toi un job tout ce qu'il y a de pépère et moi de le zieuter d'un œil à-hue-rit Parfait tu seras perfect dans le rôle - Quel rôle ? j'avais qu'à me poster dans le hall d'entrée à faire la manche à vot' bon cœur m'sieurs dames à ra-fler le peu de monnaie qui restait aux clients après qu'ils eussent payé leurs emplettes au-then-tique le zeussent comme l'est cette histoire d'em-ployer un bougre dans mon genre du style pauvre mais propre humilitaire-ment correct pour pas que le moindre fi-frelin se perde dans la nature de là à ce qu'ils inven-tent des machines à demander l'aumône il n'y a qu'un pas qui sera franchi en un éclair je vous prie de le croire et puis merde je ne vous prie pas du tout vous êtes pas le bon Dieu que je sache moi j'avais ma petite idée en fréquentant les églises et autres lieux saints puisque le père éternel a bon cœur à ce qu'on dit pourquoi qu'il se formalise-rait d'un em-prunt c'est promis juré je lui rendrai dès que pos-sible je m'ap-proche d'un tronc comme on appelle ça vu la forme qui évoque une section d'arbre tronquée de biais avec une fente même qu'il ne lui man-quait qu'un peu de crin pour faire illusion je plonge la main et là personne me croira je sens quelque chose de gluant de visqueux de poisseux de tiède eh c'est pas une banque de sperme que je dis Oh que si me répond une petite voix que je me de-mande d'où elle sort D'ici de plus haut lève les yeux et sur quoi que je tombe sur la mieux car-ros-sée des madones une miche à l'air qu'un lar-don tei-gneux bi-beronne à s'en péter les joues elle me lance un clin d'œil Dis rien au patron qu'elle sus-surre reclin d'œil en di-rection du chœur où qu'est-ce que je vois un type à moitié nu avec un torchon sur le bide en train de monter sur une croix Que veux-tu me dit encore la virginale poupée les temps sont durs les gens c'est pas qu'ils croient plus à rien jamais je ne les ai vus si cré-dules on leur ferait avaler des vessies pour des lan-ternes là je tique un peu rapport à l'expression je prête une oreille dis-traite à ses jérémiades rien qu'une l'autre aux abois des fois qu'un ratichon dé-boulerait de la sa-christie en costar et cravate sapé comme un pompier le soir de ses noces elle continue C'est qu'il leur faut du vécu du live comme on dit la religion c'est trop soft pourtant souviens-toi le moyen âge n'est pas si loin qu'est-ce qu'on en a fait chiâler suer d'angoisse des foules en délire et robe de bure à se cravacher la couenne à coups de nerf de bœuf en ce temps-là le bouizenesse roulait un train d'enfer on en fourgait des triques et des indulgences maintenant c'est tout juste si on n'exige pas que la Marie tombe le calcif pour raccoler le client bientôt ce sera un pipe chaud déjà que les garnements du patro crachent leur purée dans les troncs en paluchant les cathéchumènes les caté cul quoi Rends-moi un service qu'elle dit en faisant les yeux doux dis au grand blond qui se prend pour le Vessie de m'aider à changer ce morvieux après tout c'est un peu lui la lanterne Là-dessus elle me tend le poupeint qui lui tétait les miches il va me faire mouiller si ça continue c'est qu'y a des choses qu'on peut pas se permettre vu mon emploi moi j'attrape le morveux qu'il se met à brailler j'ai une idée si je le noyais comme un petit chat seulement voilà dans les fonds baptismaux y a déjà toute une chiée de lardons en train de flotter Tu vois me dit-elle avec un sourire à fendre l'âme t'as beau imagi-ner le pire tu n'arrives pas à leur che--ville Leur que je me dis qui ça peut bien être ? Tu ne sais donc pas ? et la voilà qui vole en éclats de rire on s'atan pas à ce qu'une sainte de son standigne se fende la rigole que tout le temple implose que les pierres déjantent que la géhaigne vous décoiffe d'un coup de grisou alors là chapeau pour du spectacle c'était géant

Et c'est alors que j'ai compris la machination croyez-moi ou pas c'est vos oignons fiat luxe c'est l'heure et cas de le dire que j'étais à deux doigts de la very vérithé fallait voir le richtus que la môme arbo-rait me sont revenues les rudilémentaires no-tions acquises sur les bancs de l'école où je me suis échoué comme tant d'autres à me palucher en douce les yeux dans les yeux de la prof de grec & lateint de rosa rosa rosé rose arôme qu'elle sen-tait bon le sable show ma religion-naire à poil je l'ima-ginais dan-sant la casta-gnole strip taiseuse dans la pénombre hal-lucinée d'un bar où je traî-nais comme tant d'autres mes guêtres ou ne pas être that the postillonne cours d'angliche ou d'hé-breux je n'y entrave que pouic les yeux dans le vague à bras-ser ses pru-nelles d'aigue marine d'un bleu à vous ver-dir la gaule même qu'elle avait rougi au mot césa-rienne ce devait être une bombe fallait pas grand chose pour l'allumer sa chair di-sait oui à mes œilleux un vvoui d'une telle ardeur que la honte d'éprouver d'aussi troubles ap-pétits pom-ponnait ses joues elle avait la mine confite d'un fruit d'une cerise qui ne panse qu'à mûrir couve en son sein d'inavouables gourman-dises ah si j'avais pu la faire mouiller d'un re-gard coulissé dans ses peaupiettes bouches bées sous mes bé-cots en écho à sa question Quoi m'dame ? le géni-tal de rosa ? rires scélérats dans la classe Tu me copieras vingt fois etc Moi la bouche en cœur d'arti-chose je lui scalpigrafille Je Vous aime jus-qu'à plus soif remar-quez que dans soif il y a fois comme dans rictus il y a ichtys pronon-cez i-k-tusse ceci est un conte à re-bours dix neuf huit sept sissinkatroideu 1 partez

Retour à la case départ mon air à hue riz de veau je l'avais déjà en humanités comme on disait il ne lui a pas échappé qu'il y avait une tache pas catho-lique sur ma copie elle a fait semblant de rien l'air dégagé comme si le vent avait soufflé les nuages de la veille Tu m'attendras à la fin du cours Et la récré que je braille pour une récré c'en était une je m'en sou-vien-drai jus-qu'à mon râle pénul-tième c'était l'hiver le poêle ronflait comme un sa-peur rougeoyait dans la pénombre d'un jour nei-geux elle a relevé sa jupe sans péter mot le re-gard aussi dur que ce que j'avais entre les quilles même qu'on aurait dit un pont-le-vit c'était une blonde par-tout j'ai cru que j'allais cra-quer que j'allais ger-ber dans mon futal tant le borgne écar-quillait Ne me touche pas qu'elle a dit d'une voix que la peur enrouait j'ai vu le doigt glis-ser dans la charnière l'œil itou rouler dans l'hors bite le blanc c'était af-freux elle avait l'air à l'ago-nie j'en ai ou-blié d'assai-sonner mon froc M'dame zallez pas rendre l'âme ? ça l'a comme qui dirait ramenée sur terre elle s'est reprise en main L'âme ? elle a rugi de rire je m'at-tendais pas à ça j'étais au chœur d'une ava-lanche les murs le tableau noir les bancs se roulaient des bosses Allélouilla je lui ai dit plus ahuri que ja-mais Tu sais que t'es un bon p'tit gars ? ça ça m'a vexé Je suis sûre que tout ça restera entre nous notre petit se-cret en somme - C'est quoi le génitif pluriel de rosa que je lui demande his-toire de lui donner mon accord sans avoir à dire Oui m'dame sûr que je cafterai pas même si je crève d'envie de raconter aux copains que vous êtes blonde de la tête au... enfin v'voyez ce que j'veux dire Rose Arôme mon petit gars rose arôme ça m'est resté l'odeur d'une fille pâle qui en pinçait pour le latin de cui-sine - Et le grec j'al-lais oublier

C'est comme ça que j'ai compris la combine en me remem-brant la prof qui s'astiquait le pépin les cours de langues qui me pompaient les nouilles on levait le doigt à tout bout de chant M'dame un be-soin pressant tu parles on faisait la queue pour se trous-ser la tige dans les gogues ça m'est venu d'un coup en pen-sant rictus comment vous faire com-prendre une parabole peut-être imaginez un fada dans la fleur de l'âge le crin tombant sur les épaules mise en plis au poil même que les abeilles gazouillent en chœur hos-sana le fier buisson de miel le tout drapé dans du lin plus blanc que blanc que les mirettes vous en papillo-tent de joie hossana bis imaginez le naïf démurger d'une poissonnerie vous avez tou-jours pas compris en vérité je vous le dis tou-jours le mot pour rire la vérité quelle blague à tabac qu'on l'avait passé pour avoir annonscié le royaume des sieurs il avait tous les gues-tapotes sur la bosse pauvre sermontagnard venu de son laza-rée pour évangé-lire le nom du père pensez depuis le temps qu'on l'avait oublié le dabe on n'est pas nature à ce point alors on l'a cruci-verbé

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Kristel ça me revient je suce Kristel bontés di-vines c'est tous les jours qu'elle me collait je devais lui vi-dan-ger la chatte lui lapper la soupe en un mot mas-tiquer les cuivres Sais-tu mon petit gars ce que ça veut dire masturber ? Moi comme j'avais un se-veu de blonde partout sur la langue ze fai-sais l'an-douille Ça vient du latin fallait s'y at-tendre tout vient du ba-latin dans cet argot de cui-sine qu'ont concoqueté mor-phévingiens et autres rois fei-gnants Ça vient Ça vient qu'elle haletait à croire que mes jeux de langue lui avaient rayé le vi-nyle elle bouillonnait à m'en tartiner les mous-taches j'aimais pas quand elle convulsait ça me donnait la co-queluche Ça vient ça vient de manu turbare fais-le moi encore manu mili-tari de grâââce - Mais je m'appelle pas Manu Ah qu'elle reprenait dans un souffle pour con clure elle met-tait elle-même la main à la pâte pour ça elle avait du poil au cul c'était une acharnée de la fer-meture éclair un champion du shampoing toutes catégo-ries un as de l'ascenseur pour le sep-tième heu-reux les simples d'esprit et à nous le royaume des dieux qu'elle clai-ronnait chaque fois qu'elle mar-quait un but c'était donc ça l'entourloupe fallait leur graisser la charnière se mettre au masturbin

Très peu pour moi je me taille en douce tête la première patatras je tombe sur une peau de ba-nonne re-lève-toi qu'elle me dit juste assez pour que je soye à hauteur de ses guenilles à toi de boire jus-qu'à la lie la coupe amère de mes lunes Alors là sainte Nitouche vous y allez un peu fort vous res-pectez pas les règles Qu'est-ce que tu crois mon petit gars - moi je ne croyais rien sûrement pas ce que biglaient mes car-reaux nul doute qu'ils étaient misstifiés par quelque diablerie la voilà qui se trousse et qu'est-ce qui se pointe un gland gros comme ça pres-qu'un con qu'ombre un crin d'en-fer au bout du gland béat le méahurinaire a l'alarme à l'œil elle m'intime l'ordre de rendre hommage à son in-timité Père éloigne de moi ce calice que je gémis jus-tement voilà les co-pains comme clo-chons qu'on traîne à l'abattoir on les cloue au gibet pour faire durer le plaisir il en manque un dit le chef de rayon Hé toi le clodo j'ai un job pour toi moi l'œil méa-hurigolard je cherche à me bar-rer mais les potes m'en empê-chent tu vas pas nous laisser tom-ber et c'est ainsi que je me re-trouve en-foiré comme larrons en croix

 

7

Je marchais dans la pluie somnambule. En-nuyeux, cette pluie, d'autant que je ne marchais pas, je nageais, des ailerons frétillaient à la place de mes bras et je n'avais pas fini mon thé que déjà mais je n'en di-rai pas plus la pluie avait un goût acide, les feuilles sous ses coups se flétrissaient, certaines étaient trouées, je m'étonnais de ne pas avoir éprouvé les premières atteintes de la disso-lu-tion quand je me sentis pousser des écailles, à croire que j'étais en pleine mu-tation, manquerait plus qu'on me greffe des bran-chies et le tour est joué. Ça n'allait pas tarder, j'ai pressé le pas mais lui ne l'était guère, plutôt flâneur, dé-ambulatoire, un pas vaguement touristique pour ce que la sai-son offrait de charmes, pas grand chose à vrai dire, mais comme on ne sait jamais il s'ar-rêtait, c'était embarrassant cette façon de ne pas y tou-cher, d'être entre le oui et le non, le plus et le moins, le noir et le blanc, la poire & le fro-mage, juste-ment voilà qu'on ap-porte le dessert - En pren-drez-vous ? me dit une dame si grosse que l'ex-pres-sion "à mes côtés" n'était pas super-flue, si re-don-dante en vé-rité que je n'avais pas assez d'un flanc pour me laisser accos-ter - En repren-drez-vous ? et je n'avais encore rien pris qu'elle me ser-vait à nouveau d'abondance - Comme vous êtes maigri-chon, ce n'est pas en fai-sant le plein d'amour et d'eau fraîche que vous plairez à une femme de mon importance. Où diable était passée la première por-tion, dans la dame évi-demment, qui n'en finissait pas de se ré-pandre, de proliférer, de ga-gner en im-portance, de cette impor-tance qu'elle trou-vait si im-portante que l'importance m'en échappait à mesure qu'elle per-dait toute me-sure, je veux dire toute dé-cence, ses chatteries commen-çaient à m'inquiéter rapport à ce que je m'empoissonnais sous la pluie - Tonnerre s'ex-clame l'amiral, nous allons être faits comme des rats - Des rats ? manquerait plus que ça ré-pond la dame qui se met à ronronner à l'idée que son menu pourrait être plus varié que prévu. Et la voilà qui joue avec l'amiral comme si c'était une pe-lote de laine, le bougre n'en mène pas large, je vole-rais bien à son se-cours mais l'air me fait dé-faut, je dois me trou-ver d'urgence une flaque un ruisseau un lac une mer que sais-je encore histoire de barboter tout mon saoul l'amiral s'est fait cro-quer en moins de temps qu'il ne faut pour le dire que déjà la dame est à mes trousses se ré-pand en flots nauséanbon-dissants moi qui n'ai ja-mais su blairer l'odeur des femelles je suis au par-fum qu'importe je profite de l'aubaine je me coule entre deux eaux - Entre deux os ? vous voulez rire et voilà qu'elle se fend la gueule que s'ouvre un océan jailli des os séance te-nante je ne sais plus où don-ner de la tête par quel bout prendre le sens qui se dédouble la dame toutes griffes dehors ne l'en-tend pas de cette oreille pour elle il y a un os elle compte bien se le ronger très peu pour moi je n'ai pas le goût du sa-crifils et d'abord elle n'est pas ma mère - Qu'en savez-vous ? insinue-t-elle oh je la vois venir avec sa patte de velours elle va me faire le coup de celle qui abandonne le fruit de ses en-trailles sur le parvis d'une église - Souris-moi dit-elle de toutes ses dents souris ma petite souris et j'en passe on ne me la fait plus à croire que la poisse l'état de poisson m'a glacé les mé-ninges je suis sur mes gardes mais quels gardes la sol-da-tesque elle aussi m'abandonne me laisse à mes palais déserts à mes mi-roirs fatigués de s'en-tendre poser la sempiternelle question Qui suis-je ? mi-roirs qui ont le teint dés-en-chanté des len-de-mains de gueule de bois Tu n'es qu'un roi de trèfle et en-core répondent-ils en chœur miroirs qui ren-voient burp au lieu de réfléchir je les brise je les fais voler en éclats c'est ma nuit de cristal un génocide dont je suis l'exécu-teur et la victime il ne reste plus un seul reflet pour me braver je suis le roi du monde à ceci près qu'il n'y a plus personne sur qui étendre l'au-torité de mes malé-fices - Si, moi dit la Dame qui se coule entre mes jambes elle se fait les griffes sur les fau-teuils je la sermonne - Quelle im-por-tance puis-qu'il n'y a plus que votre majesté pour s'y je-ter le cul ? du coup je la laisse faire lambris en lam-beaux lustres déteints par-quets transformés en pa-ti-noire pour les matous les m'as-tu-vu du quar-tier quelle poisse je préférais quand j'étais goujon - Goujat ça c'est bien vrai fait-elle écho, encore un de ces égohim qui se prennent pour dieu sait couac un aristo-fier à bras un littéroturier et j'en passe non ça ne pas-sera pas cette fois la mesure est comble j'vas lui faire voir de quel bois je me sauve ouf j'ai eu chaud je ne crois pas si bien dire le bois brûle le bois de mes lambris la forêt de mon refuge incen-diée par la chatte en furie plus grosse que jamais électrisée de colère ah j'ai osé lui faire faux bond à elle la Dame de mes pensées à qui j'avais dédié mes papiers Espèce de trouducu-ba-dour qu'elle me lance de l'autre côté des flammes du calme j'at-tends les pompiers mais les soldats du feu tardent sans doute un embou-teil-lage pimpon pim-pon je les en-tends d'ici pimpon c'est la chatte qui joue à trappe-ni-gaud déjà je ne sais plus à quels seins me vouer as-phyxie & cra-moi-son étant les mamelles du si-nistre poussière sommes-nous point pousse hier que je chiâle me remembrant les salles obscures de mon enfance Eldoradoute c'était le nom du cinoche ou l'Eden je ne sais plus le projo écu-mait l'écran poussière de silences sous-ti-trés le re-gard di-visé par la vitesse de défilement du dialogue pous-sière qui me faisait rêver les étoiles comme si elles par-tageaient mes nuits quand la pluie... une pe-tite pluie de der-rière les fagots... une bruine je ne vous dis que ça mou-che-tée de grains de beauté sau-monnée de la tête à queue vu qu'elle avait un corps de tr'huite la rousse re-marquez se tord quand on la passe au bleu celle-là vous avait des yeux à filer le blues d'un gris de rivière flanquée d'arbres que la sauli-tude éplore com-ment encore ces bouquets aux re-tombées cha-grines ? Les flammes fa-rando-laient sur sa couenne, cha-moiraient les mèches de sa descente de reins, elle s'est mise à pis-ser dru sur les bra-ises que j'en-tendais toute la forêt ronfler fulmi-ner d'un souffle bronchi-teux... s'empé-ta-ra-der d'une ra-fale de feu d'ar-tifice... la gé-haine en-ton-ner de sulfurieux cantiques... la chatte se rouler dans la cendre cracher des étein-sultes ghostspuer l'ar-chanciel qui la rouait de son glaive hep-tachrome.

Silence. Ciel bas conspué par une colonie de mouettes. Luisant, couché dans les flaques aban-don-nées par la ma-rée, le ciel d'une noirceur d'o-rage. La pluie mi-nau-de, pe-tite bruine de prin-temps qui ti-re sur l'ar-chet de la mélan-colie en ar-rachant des sons... à croire que l'âme, l'idée de l'âme ne vient à l'es-prit que sous l'em-prise de la musique. Sa mé-lo-die ? faite de bruisse-ments, d'éclats plus ou moins étouffés, rompus au mur-mure, au chu-cho-te-ment d'arbres dé-trempés. Le cœur aux abois. L'égarement des cendres indé-cises de flot-ter, dis-persées tel un frai au ha-sard des courants. Neige encore sans unité, sans l'unité mate-lassée de la neige, suspendue au brasier en voix d'extinc-tion.

 

8

Quand Sybill eut achevé d'enterrer son mari, elle éprouva un sentiment jusqu'alors inconnu, si cu-rieux dans l'ensemble, si piquant si - Je ne sais comment le définir, avouait-elle à sa meilleure amie, jamais, de son vivant, je veux parler de ce pauvre Monsieur Jenkin, je n'ai ressenti - ce sen-timent douloureux, accompa-gné de honte, que cause la conscience d'avoir mal agi, interrogea Miss Donegal ? - Oui, c'est tout à fait ça, com-ment diable avez-vous trouvé ? - Le dic-tionnaire, rétor-qua l'a-mie en refermant d'un coup sec le poussié-reux vo-lume - Gloire au père ét... ah ah aah aaah ... ternuel ! conclut Sybill toute rou-gis-sante d'a-voir fait sur le tard la dé-couverte du re-mords. Satisfaites de ne pas avoir perdu leur temps au jardin, les deux fos-soyeuses du di-manche remisè-rent leur bêche. - Êtes-vous sûre que les chiens du quartier ne vont pas venir four-rer leur nez dans nos affaires ? - Comment savoir ? - Nous au-rions dû asperger la dé-pouille de quelque sub-stance aussi mortifère que fou-droyante, se la-menta Sybill - Vous n'y pensez pas ! Avec tous ces tou-tous empoi-sonnés, c'est la police qui fouinerait dans nos petits se-crets - Et alors, fini de rire - La potence as-surée - Ou la chaise éclectique - On dit électrique, très chère, pas éclectique - Vous êtes un puits de science - Et vous d'étourderie. Quand je pense qu'il remuait en-core quand nous avons jeté la première pelletée - Oh, taisez-vous, vi-laine, je vais encore éprouver ce senti-ment que vous ap-pelez... comment, déjà ? - Du re-mords. Mais l'heure n'est plus aux états d'âme. C'est avant qu'il fal-lait y penser - Avant... Sybill parut plonger jus-qu'au vertige dans une sorte d'entonnoir temporel dont elle avait du mal à s'extraire. - Mon Dieu, comme je voudrais que cela n'eût jamais lieu ! - Je crains que le Dieu que vous invoquez n'ait pas as-sez de Ses deux oreilles pour rester sourd à vos prières - Qu'allons-nous faire ? - C'est une ques-tion que vous m'avez déjà posée il y a une heure - Et qu'avez-vous ré-pondu ? - Eh bien, que ce pauvre Monsieur Jenkin, pour vous citer, méri-tait une sépul-ture aussi discrète que bucolique. Sybill se mit à san-gloter. - Pauvre Bruce ! se plaignit-elle, comme si l'in-téressé n'a-vait droit à la commi-sération qu'en pro-por-tion du cha-grin que sa dis-parition inspirait à la véri-table victime de cette si-tuation déplo-rable. - En par-lant de com-misé-ra-tion, qui voilà ? chuchota Miss Donegal - Commissaire ! ? Quel bon vent vous amène ? - Eh bien, le vent de l'amitié, répondit le commis-saire. Comment va cet excellent Monsieur Jenkin ? - Vous voulez dire ce pauvre Monsieur Jenkin ? Trop tard ! L'idiote avait vendu la mèche. A nous, po-tence, chaise électrique & chambre à gaz . A la ré-flexion, se dit Miss Donegal, c'est vrai que dans une telle palette de mises à mort, il y a, comment dire ... - Il va éclec-tiquement, eut-elle l'esprit de ré-pondre au commis-saire Shanon. - Ah bon, ré-torqua l'autre, découragé à l'idée de pas-ser, une fois de plus, pour le rustre le nigaud l'ignare qu'il était à ses propres yeux. Il en-viait la répartie dont fai-sait montre June - celle qu'il n'o-sait appeler par son petit nom que dans l'in-timité d'un cœur céliba-taire. Officiellement, il lui ba-lan-çait des Miss Donegal par ci des M'ss D'n'gal par là comme s'il se fût agi d'un tournois de badmin-ton où seul im-portait de mar-quer des points. - Oui, électri-que-ment, reprit Sybill, toute sou-riante d'avoir retenu la le-çon de son amie. - June fut à deux doigts de rendre l'âme dans une quinte de toux. - Quelque chose de travers, Miss ? suggéra diplomatiquement le mot qui sert, euh... je veux dire le commissaire. - Si l'auteur s'en mêle, où allons-nous aboya Miss Donegal. - Quelle hau-teur ? s'enquit Sybill. Vous voulez dire à quelle profon-deur ce pauvre Monsieur Jenkin est enfoui ? - Enfui, c'est ça, il s'est enfui. Pfuit ! Envolé. - Oh oh, fit en écho le fin limier des îles. Sybill gar-dait le si-lence. C'est bien la première fois qu'elle fait quelque chose de sensé, se surprit à maugréer Miss Donegal. C'est elle que j'au-rais dû ex-pédier d'un coup de crosse et en-se-velir au pied du Pleine de Grâce. - Vous avez de bien jolies fleurs, fit ob-server le com-missaire, à croire qu'il li-sait dans ses pensées. - Bof ! Je dirais qu'elles sont plutôt... - Éclectiques ? Le policier arborait un sourire mali-cieux. Enhardi par sa trou-vaille, il se dirigea vers l'ar-buste, caressa du regard les roses dans l'inten-tion d'en cueillir la plus élo-quente et de l'offrir à l'une des deux donzelles, quand - Vous ne trou-vez qu'elles sen-tent ? - Sentir ? Déjà ? Seigneur, nous sommes si peu de choses. Et Sybill de fondre en larmes. - Ce n'est rien, c'est le choc. La fuite, vous compre-nez ? - Une fuite de gaz ? Ici même ? Au pied de vos fleurs ? Le diligent gentleman avait aussitôt empoi-gné une bêche et en-treprenait de dégager le terrain. - Commissaire, je vais tout vous dire - June ! Tu ne vas quand même pas... ? Sybill mordait son mou-choir comme s'il se fût agi d'une tranche de bacon et qu'elle n'avait plus mangé depuis... mettons huit à dix jours. Le torse bombé par un effort ostenta-toire, le commissaire avait suspendu son geste et donnait l'impres-sion de poser pour un monument à la gloire du jardi-nage. - Epousez-moi ! mur-mura June d'une voix sup-pliante. Je dirais quant à moi : d'une voix rompue au fléchis-sement de toute espèce de vo-lonté, la voix sans timbre de l'ennemi qui se rend séance tenante. - June, ce fut tout ce que le com-mis-saire eut la res-source de balbutier avant de s'abattre le crâne quelque peu fracassé par une se-conde bêche. - Mon Dieu, voilà que ça recom-mence ! s'écria Sybill. - C'est malin. Tu n'en feras ja-mais d'autres. Nous voilà avec deux maccabées sur les bras - June, très chère June, je n'allais tout de même pas laisser ce guignol te mettre la bague au doigt. - Je saurai m'en souve-nir quand le bourreau me passera la cravate de chanvre. - Quelle horreur ! Tu crois qu'il ferait ça ? Miss Donegal se surprit à penser que jamais deux sans trois et que, pendue pour pendue, que ça en vaille la peine. Depuis le temps que cette mijaurée lui tapait sur le système, c'était peut-être le mo-ment. Sybill lui tournait le dos. Elle reniflait bruyam-ment. Quand elle se retourna, elle eut le loisir de dire - Mais elles ne sentent pas, ces fleurs. Je veux dire par là que si elles sentent quelque chose, c'est la rose qu'elles sentent, et pas la charogne. Je me disais bien qu'en si peu de temps ce pauvre Monsieur Jenkin ne pouvait pas nous faire ça. June était calme. Elle re-garda son amie, c'était sans doute la première fois qu'elle l'observait d'un œil exempt de tout esprit cri-tique, seulement troublée par la beauté qu'une éclair-cie dans le ciel bas de l'idiotie lui révélait avec la sou-daineté d'un coup de foudre. C'est qu'elle deve-nait lyrique, Miss Donegal, mais on lui pardonnera cet ex-cès de rhétorique. Ne perdons pas de vue qu'elle dé-couvrait enfin l'amour qui la portait de-puis tou-jours à l'encontre de l'amie. Sans compter que Sybill avait eu l'as-tuce de lui tourner le dos au moment le plus délicat. Lui eût-elle fait front qu'un coup de bêche l'aurait as-sociée sans autre forme de procès aux deux locataires du Pleine de Grâce. June ne fut pas dé-çue, Sybill ne souffla mot. Elle eut un sourire furtif, as-sez durable cependant pour qu'y rayonne une intelli-gence irréprochable du moment. Les roses se ré-pan-daient sur le dé-funt. Qu'il repose en paix était tout ce qu'on pou-vait ajouter à ce ta-bleau champêtre. Le buis-son ronron-nait sous le poids des bourdons. Les hi-ron-delles chassaient en plein ciel, de-main serait une belle journée. Le clocher carillonna à cinq re-prises. - Rentrons, c'est l'heure du thé. Quant au poulet, le Grand Ver bleu s'en chargerait.

 

9

En cette nuit, leur première nuit, elle eut l'idée de lui jouer pourquoi pas ça s'imposait ce silence échappé de nulle part cette ardeur du jour tem-pérée par le vent qui faisait caresseusement valser les ri-deaux creusait de rides les tentures l'idée ri-di-cule de lui jouer de lui administrer per auricu-lam la petite pom pom kleine Nacht Muzik. Soit, elle visse son cul sur la sorte de strapontin qui jouxte l'espèce de cer-cueil à clavier et commence à en tirer un chapelet pomponné de notes aigres douces oh quel doigté si elle pouvait lui pianôter son futal et de ses mains me-nues de ses menottes lui trousser un me-nuet plus coquin au lieu de lui taper sur les nerfs avec son Mozart ça ne se-rait pas de refus. Mozart pro-noncez motss hard ou bien mot tsar ella ou mouche tsé tsé voilà qu'il tombe dans les bras de Morphée pourvu qu'il se mette pas à ronfler ça la fout mal heureuse-ment qu'elle est toute à l'effu-sion ly-rique de l'art elle dans les bras d'Orphée et lui pas la peine de répé-ter on va pas en faire un plat, pour une lettre un M de diffé-rence une aime il a du mal à garder les carreaux ou-verts la musique prononcez mou tsic ça lui fait tou-jours cet effet-là soaporifixe l'œil dilaté comme sous hypno-sera-t-il s'extraire du divan et prendre la divine sur ses ge-noux dégrafer le fourreau de soie où elle a fourré tous ces petits trésors qui lui brûlent les doigts bouts de seins nombril et plus bas oh quel doigté un virtuose de la cha-touille elle rit se répand en notes cristallines on dirait une flûte de cham-pagne ou de pan dans la gueule une beigne elle a pas l'air d'ap-précier qu'on plonge la main au panier la gueuse de qui elle se gausse les épaules qu'elle a rondes un peu grasses ferait bien de surveiller sa ligne voilà que ça frétille le bou-chon s'enfonce on di-rait que ça mord au bout du fil allo ? j'écoute - Tirez-moi de là se met à geindre la prise - D'accord tenez-vous bien et d'une et de han il tire la ligne et qu'est-ce qu'il voit pas un de ces bro-chets tout émous-tillés de quitter leur élé-ment mais une sorte de mixte de mixture un clodo dé-pe-naillé à part que la moitié inférieure l'hémi-sphère sud on dirait se ter-mine en queue de poisson. Qu'est-ce que c'est que ça ? - Vous faut des lunettes ? ré-pond le bougre un brin vexé, c'est un sirein, du masculin de si-reine, ça se voit pas, non ? Ce qui l'in-trigue, c'est la jointure de l'-homme et de la bête, savoir si ça passe à l'as ou si ... L'ânimâle, comme s'il avait com-pris où il veut en ve-nir, drape ses at-tributs dans une page qu'il dé-tache de la parti-tion d'une main pu-doribonde.

C'est leur nuit, leur première nuit, et tout ce qu'elle trouve à faire c'est besogner une sorte de ba-hut une blanche une noire on dirait un rictus c'est sinistre cette machine-là au lieu de passer un disque un slow de l'enla-cer de serpen-ter de l'étrei-gner du double boa de ses bras constrictors il a du mal à respi-rer bouche cou-sue na-rines battant de l'aile à défaut du cœur qui tourne au ralenti sur-tout ne pas rêver pau-pières closes alternati-ve-ment ne dormir que d'un œil tandis que l'autre par éclipses un œil ouvert sur le veautour qui plane décrit des cercles où son cœur se serre à force d'émoi contracté se réveiller le cœur bat-tant les yeux écar-quillés vite se rendormir oublier rê-ver d'un som-meil où le cœur mord la pous-sière se dé-bat au point qu'il se réveille haletant Qu'est-ce que vous foutez là ? c'est le sirein sur lui de tout son long va-et-vient saccadé le drôle laisse échap-per une volée d'œufs qui se ré-pandent s'accro-chent au lustre petits ballons gé-lati-neux il croit voir à travers les membranes des milliers d'yeux tristes l'in-fâme s'est barré en tout cas il a vidé les lieux et du coup ses gé-nitoires que faire de tous ces alevins et l'autre en train de brutaliser son cla-vier si elle pou-vait me donner un coup de main au lieu de me rouer les oreilles c'est leur première nuit et déjà toute une ri-bam-belle sur les bras une chiée de morveux-tu en voilà du menu fretin de quoi se miton-ner une fri-ture il cueille les grappes d'œufs suppliants les fait re-venir dans l'huile ça grésille avec une gousse d'ail ça peut pas-ser miam se pourlèche les ba-bouines hop burp pas de première fraî-cheur les lar-dons il bal-lonne se dilate des crampes à s'en péter les boyaux envie de vomir se rue aux gogues pour gerber tout son saoul mon pauvre chéri dit-elle en épon-geant son front à croire que tu es en-ceint. Enceint ? C'est leur première nuit et le voilà en cloque. - Magie de la mu-sique, précise-t-elle. Une nuit, il se réveille avec l'impression d'é-touf-fer. A-t-il seulement rêvé pour être au bout du rou-leau, hors d'-haleine comme s'il avait manqué une marche en grimpant quatre à quatre l'escalier qui le mène au donjon et là, qu'est-ce qui l'attend, sanglée dans une robe sac plastique moirée de re-flets ? Elle, bien sûr, en train de croquer un mor-ceau de notes. Le clair de lune, il n'y coupera pas. Toute retraite est condamnée, la porte du donjon vient de se fermer avec un bruit sinistre qui n'est pas sans évoquer le broie-ment des os dans la chambre de torture, mais ça, c'est pour plus tard, en attendant, qu'il se laisse bercer sur les sommets de l'art ! Le clair de lune scintille sur ses che-veux ça leur donne un look neiges éter-nelles. Elle a les épaules très rondes, un rien de mai-greur lui siérait comme un gant si elle consentait à surveiller sa ligne ne fût-ce que du coin de l'œil, seule-ment voilà elle mange comme quatre et il ne sait plus où donner de la main. Il regarde en bas : les douves grouillent de grenouilles en telle abon-dance que, ju-chées les unes sur les autres, elles fournissent un mar-chepied commode quoique gluant poisseux zziiip il dérape plonge la tête la première dans un marais l'eau ou plutôt une sub-stance composée de déjections s'infiltre dans ses bronches il suffoque s'éveille - Et alors ? mau-grée le sirein, laissez-moi au moins ter-mi-ner, la brute en train de l'en-grosser de l'ensemen-cer haletant au bord d'éja-cu-ler sa moisson d'œufs pi-qués d'yeux larmouil-lants.

C'est leur nuit, leur première nuit et déjà il n'en peut plus de ce méli mêlodieux fredon de notes dé-va-lées du clavier comme si c'était une volée de marches une blanche une noire quatre à quatre ti-rées à un train d'enfer du bois d'un violonœud voilà qu'elle change d'instrument se met aux cordes une de plus à son arc misère elle me dé-coche des quartes des quintes des floches & des soles là scie daurades tout un paquet de parasites de la friture dans les conduits Allo ? il dé-croche des noires des blanches des mar-rondes des ca-ca-hautes le combiné téléfau-nesque gré-sille à fond la Qu'est-ce encore si c'est le sirein je le vire volte en moins de taons qu'il ne faut pour pi-quer des deux sur mon cheval tombé du ciel celui-là à point bleu saignant stop n'en jetez plus je perds la boule le cheval s'emballe ses naseaux écu-ment rosée de sang afflué par les vais-seaux clatés à force de se dé-foncer pour gagner le tiercé dans l'ordre à moins que ce ne soit le couvert du bois le plus proche à gagner dans le désordre cul par-des-sus tête de ces tagadas tsoin tsoin tagalope ta sa-lope fait le cheval en marte-lant le sol si doré de ses sa-bots la bête en sueur prend froid de violents fris-sons animent sa robe cheval mon fier pâlefroid dit-il en sanglous-sant je n'ai que toi au monde le canasson le couve d'un œil éberlué par les mouches Amadéouste qu'il siffle entre ses dents appelle-moi Wolf gangue Amadéouste Mozarella le bougre entre chien & loup commence à lui filer les grelots taillé dans l'ombre la peau constel-lée d'ocelles comme si c'é-tait la queue d'un pia-norgue énorme souffle des tuyaux qui crè-vent s'exha-lent s'exaltent Gloria in excel six et pfuit plus rien qu'un couac un râle c'est leur nuit, leur première nuit et voilà qu'elle fait la moue non l'a-mour - Chéri tu ne vas tout de même pas - Laisse-moi dormir glousse-t-il en rêve hale-tant d'être monté à cru par l'organiste qui se pa-vane fait la roue s'étale de toutes ses plumes ploum ploum se répand ruis-sauts de notes sur son froc qu'elle déchire à belles dents - La queue ? Où est passée la queue de mon pi... - Ah non ! ça suffit laisse-moi re-prend-il de rêve en rêve gigogne em-boî-tés à l'infini jusqu'à ce qu'un point

un point d'orgue évidemment

d'orgasthme

un point de pfuit

(soupir)

c'est leur nuit, leur première nuit ils contem-plent les étoiles son cœur prisonnier petit oiseau affolé qui vou-drait battre de ses propres ailes suffit d'ouvrir la cage thoracique ce qu'il fait Jésus Marie quel doigté je vais en crever il écarte les pans de la chair les seins dardent leur langue vi-périne il les flatte Seigneur c'est la cata je perds mes fonde-ments ma pa-role je m'effi-loche les jambes comme si c'était du savon pourvu qu'il ... je suis au sec au sec ô sec qu'elle se ré-pète poisson sur le sable hale-tante à l'idée que sa main ... plus bas ... à tâtons ... sent glisser dans la fente s'em-bourber l'auriculaire sans doute quelle im-por-tance elle rit c'est pas que ça la chatouille non c'est que ça la ... Oh la voie lactée regarde Je vois dit-il voix sourde étouffée sous le soufflet de ses jupons Oh le palpi-tant dé-sastre ... à plein ventre ... à pleine bouée de panse en transes ... bouche à bouche ventre à bouche suf-fo-quée ... bouche éven-trant la nuit béante ... élec-tri-sée de dé-lices ... nuit de roule-ments de batte-ments d'éclats ... lourde d'émois de larmes ... d'incan-ta-tions pres-santes ... gouffre où fulmine l'obscur

 

10

Il était une boulangère qui aimait son petit bout langer. Au début de cette histoire, c'était de bout en bout qu'elle langeait son bout d'ange, l'emmaillo-tait de la tête aux pieds, et le boudin de pleurer pleurer au grand dam de la boolan-geuse qui ne savait que gamberger.

Sur ce, elle appelle le loup. - Cet enfant est cinglé, je veux dire trop san-glé, c'est qu'il sanglote à s'en coincer la glotte, confiez-le moi dit l'animâle tout de go.

La boulangère perplexi-fiée par le souvenir de contes à dormir debout de loups car-nas-siers ba-laya ces remem-brances dans un coin pous-siéreux de sa petite tête en l'air où elle était sûre de jamais le faire le ménage et laissa son petit bout d'un aux soins du toubib. C'était un bon loup d'un mètre 60 sans comp-ter la queue qu'il avait en panache, sapé comme un demi lord avec des poils partout même où la boulangère avait eu l'esprit de po-ser les yeux. Voilà un loup bien monté se dit-elle, il m'en fau-drait un de ce modèle pour les soirées d'hivert.

Le loup s'apprêtait à n'en faire qu'une bouchée mais ce qu'il ne savait guère c'était qu'il était tombé sur un os. Pas si bête la débilangère. Mais revenons à nos moutons. Il était une bergère qui aimait bourrer dans son boudoir et les bourrins de la beurrer au grand dam de la bergère qui ne savait que baratter.

Tant l'une prenait son fade que l'autre appela peau lisse secoue.

Le secours vint un pompier d'un mètre 85 sans compter la lance qui faisait dans les... mais soyons pas mesquins il avait fière allure avec son casque un vrai lance l'eau du lac sur la bourgère qui fut à deux doigts d'être pompée n'eût été l'Albert qui la tira de ce mauvais pas tatras qu'est-ce que vous foutez pompier voyez pas qu'on est train de re-peupler la terre à tour de reins ? Le pompier prit la tangente, l'histoire pourrait en rester là mais non c'est trop simple le bougre fait marche arrière revient dans la piaule comme dans les films re-bobinés la terre vous avez dit la terre après moi le déluge et d'un coup de lance mais alors prolongé il compissa la berbère le Bébert le monde entier qu'est-ce qui se passe il faut bien un dé-but à tout un cataclysme c'est une idée.

Il était un monde qui tournait pas rond.

Le monde aimait la ronde mais l'aronde ne venait qu'au printemps le reste du temps elle pa-gnotait avec un petit rondin ce qui fait que le monde broyait du noir et voilà pourquoi il fait nuit chaque fois que le monde se lan-guit de l'aronde et se doute qu'il y a anguille sous roche une d'un mètre 65 non ça c'est exagéré sans compter la queue tout d'une queue l'anguille de la tête aux pieds Qu'est-ce que vous faites avec ma ronde dit le monde à l'anguille

L'andouille répond l'anxieuse de voir le monde lui couper la queue ce qu'il fait sans lui laisser le temps de pousser un ouf de circonstance l'anguille qu'était pas née de la dernière pluie de la lance du pompier se faufi-lota en eau douce amère de laisser l'aronde en rade et c'est là que l'histoire se corse elle se prend les pieds dans la porte ah je te tiens vociferra le monde hanté par l'air du crime l'anguille ne de-mande pas son reste d'un coup de reins comme elle sa-vait en donner à la ronde elle se carapate au diable veau vert en y laissant hélasse les pieds et c'est depuis que les anguilles elles sont comme on sait.

Ceci est un conte à rebours quatre trois deux un zéro on recommence il était une histoire qui tournait en rond qu'avait du mal à démarrer elle aimait bien son petit cireur noir dans un quartier désert-hité des banlieux le cireur n'avait que ses pompes à lustrer si pauvre le pitchoune qu'elles étaient éculées quand il pleuvait c'était la patau-geoire il avait pas le cœur à compter le peu de jours qu'il lui restait à cirer dans cette vallée de larmes à gauche et puis tout droit suivez la flèche pas de veine il s'était coupé une artère à l'heure de pointe dans cette bainlieue déserte un bus le fau-che en pleine fleur de l'âge l'histoire allait en rester là faute de combattants quand elle eut l'idée, l'his-toire, l'étincelle germa dans ses méninges de se ra-conter à rebours l'âge de fleur pleine fauche bus désert ça n'avait ni queue ni tête mais le cireur était tiré d'affaire.

C'est l'essentiel se dit l'histoire, le petit noir se crêpa le chignon d'où jaillit un pou si petit que seul un ci-reur dans le ci-rage pouvait le remarquer pou mon compa-gnon de misère noire ça va sans dire raconte-moi ce que tu as vu dans ma tignasse D'abord j'ai vu des arbres hauts ô dit-il pour ga-gner du temps il n'avait pas un sens poussé de l'arithmétique aussi le cireur resta sur sa faim il avait quand même du mal à imaginer qu'un pou toutes pro-por-tions gardées ne pouvait voir son poil qu'en gigan-torama ça lui pompait le moral lui si petit cireur noir en rupture de pompes à cirer dans ban-lieue déserte un bus ça va pas recom-mencer un bus fantôme roulait d'un arrêt l'autre en peine de convoyer des spectres silen-cieux mais gestuels invitaient le cireur à monter mon-traient leurs godasses en croco très bécébégé c'est un piège dit l'histoire à l'enfant te laisse pas Amadoué l'histoire toute fière de lui avoir trouvé un nom réalisa que c'était elle qui gambergeait pendant que l'autre se laissait mener en bateau par des zombies chaussés de pompes du plus bel effet tu seras notre astico-teur d'enfer lui promit le seul du convoi à avoir gardé un usage lointain oh mais loin teint de la parole te laisse pas embo-biner im-plorait l'histoire qu'avait un faible pour le môme elle le berçait chaque nuit lui ra-contait des fables qu'elle vo-lait en douce à l'air du temps his-toire de nourrir ses petits des légendes qui s'en al-laient faire le tour du monde pour revenir au ber-cail certaines nanties de prix litté-raires d'autres moins chan-ceux question carrière se trimballaient des mythes plein les poches en veux-tu en voilà des histoires à dormir mille & une nuits durant par exemple il était une fois qui avait les foies c'était plus fort qu'elle à chaque fois qu'on la ra-comptait elle mouil-lait son calebard non mais des fois ? Etcétérats.

Il était une tire-lire lire là qui valait pas un clou si vieille et cabossée que personne voulait lui faire l'aumône pas même d'un rond de culotte elle tirait sur la lyre avec un air à faire chiâler une au-toroute pauvre petite tralali lalère pas de chance qu'elle savait pas lire ce qui fait qu'elle et un vieux tronc d'église ou d'anglaise que sais-je encore se traî-naient en devisant de conserve au milieu des détritus et à toi qui les raillaient se gaussaient de leur infortune Alors on t'a gerbé du concervatoire ricânonnaient les cruels déchets C'est qu'on va te broyer vous recy-cler peut-être que vous finirez dans les rayons d'une roue de vélo ou bien sur ceux d'une étagère bourrés de pu-rée de tomates les etscélérats se roulaient des bosses de rire en ma-tant les mines déconfites des deux troulalères. La boulangère la ber-gère le pom-pier la pompière le loup le bout d'ange l'anguille l'aronde le monde entier en étaient attérés. Est-ce pas géant d'avoir réuni tout ce beau linge en une phrase ? Rien de plus fastoche, suffit d'aligner. La boulangère la bergère le pom-pier l'Albert le loup le petit bout d'ange l'anguille l'aronde tout le monde étaient ali-gnés et devant eux à vue de nez (atchoum!) un com-mando en train de les coucher en joue prêt à tirer. Les voilà dans un noir guêpier. Entre la vie et la mort, le cœur boîtant par à coups syncopés, ils attendaient tendus comme des arcs la sueur leur baignait l'échine quand eurêka les dards de l'an-goisse dé-co-chés le commando d'abrutis tombe en vrille massa-cré. Les flèches leur sortaient par les trous de nez (atchim!) et autres horrifices des yeux des oneilles même de la gidouille. Seuls ils étaient seuls au monde l'aronde l'anguille le bou-deur le mé-chiant loup l'albéret alpin le pompier la bergère la bou-lin-geuse seuls face au charnier. Seuls avec leur conscience à se conspuer. Les mouches déjà buti-naient le résultat de leur trouvaille, le tas de vian-deux étalés cul par-dessus tête avec d'af-frieuses mi-miques rictus ébahis d'avoir été cloués sur place par ceux (la boulangère etc) qu'ils comptaient coucher sous une pelletée de glèbe histoire de composter le tout. Envoi : Crapopuleux as-sassins quelle joie ce m'est de vous savoir la bou-tonnière au vent alléluiah aux papillons vo-races qui fleuris-sent vos tripes leur miel n'en sera que plus suave doux papillons à tête de mort décalcomaniée sur vos ailes éployées à la fa-çon des panneaux d'un retable ou-vrez fer-mez le bal.

 

Ô de page

 

Stephane Ilinski

Lui écrire [ Archives ]

EXERCICES

FRAGMENTS DE SOMME I

Petit à petit, les livres étaient venus apporter leur poussière aux rayons des étagères, et le crâne, lui, avait méthodiquement et dans le plus grand secret entreprit de se vider. La lecture vraie commença. Non, la lecture des pages noircies, de ces pages initialement blanches souillées par les caractères d'imprimerie -non, car cette lecture avait déjà eu lieu sur les bancs scolaires-, mais la lecture du sens. La lecture objective, celle qui pose trop de questions pour qu'on la prenne au sérieux. Et lui, en lecteur vrai, s'était jeté dans le livre comme on cherche une réponse à la mort au moyen d'un coup de fusil... Les livres étaient entrés dans l'appartement, s'y étaient agglutinés. A présent, ils sortaient de son corps, de tout son être, comme une kyrielle de saoulards intrus pillant la cave d'un pavillon de banlieue: " propriétaire en vacances, grattons, buvons ce qui se peut... Dieu, si dieu l'aime, il le sauvera plus tard et lui fournira de ses propres crus... "

La lecture -la vraie puis la scolaire- se termina un jour, sans crier gare ni prendre remplaçant. Le crâne, un jour aussi, fut absolument vide. Et il resta, l'ancien lecteur au crâne plein, bien chose, au milieu de sa bibliothèque. Là, sans pouvoir dire mot ni savoir maudire, faute de sujet, il se trouva comme une plaisanterie mal terminée, une boutade dont on a mutilé la chute et qui, sous un coup terrible, se trouve aussitôt avortée de son aspect primordial -donc comique.

Aux premiers temps, lorsqu'il s'aperçu du silence tombé là alentour et venant de lui, il se moqua tout haut, et comme pour se donner du courage (pensant sans doute à une défaillance momentanée de son organe capteur de savoir), il ricana en direction des livres clos et poussiéreux, en jeta même quelques uns; après quoi sa première résolution, dictée parce qu'il croyait être manifestation d'une sagesse accumulée, fut un tantinet stoïque. Et la résolution de se résumer à peu près ainsi, dans son esprit vidé subitement de lecteur en mal de lectures: " eh bien ne forçons rien pour un instant; après tout, la non-lecture n'est, chez moi, sans doute qu'un caprice, une paresse bien méritée! Si les livres me boudent, je m'en vais pour un temps raisonnable les bouder. Et quant au crâne, jouons et décidons de le vider davantage, plus parfaitement et rapidement qu'il ne peut lui-même le faire. Pour cela, trouvons occupations appropriées... ".

 

II

A l'indifférence, aux indifférences qui me promènent désormais en leur sein, demeures infernales, je crache mon enfer, ma situation cruelle, mon piteux désastre. Aucun horizon pour annoncer les chemins de fuite. Ma route alentour s'est creusée de bombes, couvertes d'éclats, vérolée de gravas névrotiques. Tout est Bleu ou Rouge ou Noir ou Vert: rien de rien, on n'y voit rien; le regard, l'esprit et le corps sont agressés avec violence extrême. Uniforme et non-sens; je passe, tu grimaces, nous partons, ils s'en vont ailleurs -mes épaules se haussent, je ricane un peu amer.

En un sordide éclair, toute saveur existentielle s'est évaporée! Dire que jadis j'ai fredonné sur les toits, fréquenté les jardins suspendus... peut-être Babylone était-elle même à portée? Allons, un jour, un soir, à plat, je saurais; mes peines seront éteintes et d'un oeil cru, d'un regard différent, je comblerai chaque vide qui me persécute à cette heure... A plat, tout de calme, ne voyant plus ce qu'il ne faut pas imaginer. Les réponses et l'indifférence, le dégoût de la vie enterrés bien profonds, au chaud des meilleurs enfers... "

Je suis dans la lune comme d'autres sont à leurs balcons "- Artaud et la franchise destructrice de tourner net les talons à l'hypnotisme; déchirer les voiles obstruant la réalité comme du mauvais papier-journal: un à un, fines bandelettes; préparation d'un foyer...

Mes perceptions sont soumises. Assez étrangement, la lutte du regard, le tranchant de l'ouïe, n'existent plus. Je ne touche guère davantage; tout au plus m'est-il laissé de tâtonner.

La sécheresse qui m'habille n'est que le fruit d'une absurde volonté -vanité?- de tout vouloir atteindre dans un même temps. Au lieu de raison, je brûle la notion de choix et lance mon être dans une course idéalement subjective et dans laquelle nul autre que moi n'a réellement sa place. Nul autre. Ceci, dépourvu de tristesse, ne pouvant appeler à aucune forme de pitié, n'est en définitive qu'une seule terreur; une simple, lente et grossièrement longue terreur.

Paix : mon crâne troué laissant échapper des flots de souvenirs écarlates; mes bras, mon corps en croix -ultime tentative de foi; mes mains sèches et sans remous; ma langue tellement épaisse entre mes dents que plus une parole n'est envisageable. Une paresse si totale, un sommeil si atroce qu'il me tuerait sur-le-champ. Vraiment, n'est-il toujours rien qui puisse être fait humainement? Mes prières ont été vaines; j'ai cessé de me rendre aux pensées dominicales, ai perduré à renier les églises de toutes sortes. Pourquoi non? J'aimerai tenir la joue droite de dieu dans ma paume et la griffer -que toute son essence se mette à fuir, qu'on ne l'entende plus pour quelques instants, sinon pour se lamenter... Ah, fou! fou, fou! animal maudit vautré dans ses bassesses comme dans une auge moelleuse! Pourtant tu ne peux céder à la tentation du regard, la tentative de reconnaissance de ce qui te fait et t'entoure; certainement, tu es voué à l'absence de repos, à la mort éternelle, aux yeux grands ouverts, cent, mille fois répétée. Si la souffrance fut mon bastion, mon port de mains et de tête, aujourd'hui, je l'ignore. J'en suis venu à l'ignorer. Je suis devenu ineffable, ignoble à ma personne la plus intime. Ah! triste, sombre cauchemar: comme je me suis gâté par la force des choses -et comme il y a là de quoi se lamenter... Là où était l'insolence, je me contente de soupirer; les alcools ne m'enivrent plus; le tabac me rend las et les mots me dépriment. Plus de littérature, plus de foi, plus d'amour ni d'amitié: sermon du désespoir... Ni bien ni mal; juste l'exactitude obscène et frigorifique d'un monde qui tourne, d'une myriade de vérités infimes, pourtant insaisissables.

Samuel Beckett formulait Comment c'est ; Atoine Emaz raccourcit: C'est . Effectivement, pourrais-je prétendre à meilleure indication quant à ma situation actuelle? L'existence, un tapis-roulant; méchamment roulant, rapide et sans retour ni marche-arrière. Et pour la vie, la distinguant de l'existence, je me risquerai à dire qu'elle EST SIMPLEMENT AILLEURS. Que rien de ce qui fait nos heures n'est en rapport avec la moindre parcelle de ce qu'EST la vie. Il y a ; donc. Mais au-delà, ou, comme Emaz le précise, peut-être En-Deçà . Qu'importe! nous sommes, naissons, allons et mourons tout à côté. Souvent sans même soupçonner qu'il aurait pu en être autrement. Hélas! les grands mystères sans résolution ont achever de me lasser: pénurie en matière de curiosité, dépravation de l'orgueil -moteur de la connaissance. Cesser. Se taire. Non pas croiser les bras, mais les laisser pendre et se balancer, s'il y a vent toutefois.

Enterrer les écrits. S'enterrer avant d'atteindre au vide complet et irréversible de son être. Refuser tout combat, rejeter la moindre quête. Réaliser son insignifiance au clair de son existence (l'orée des contrées mortes serait-elle à l'approche, rendant finalement plausible l'un de nos augures favoris et donnant forme concrète à mon fantasme morbide?). Au moins ne pas rebrousser chemin.

 

III

On indique une éclipse lunaire -l'une des dernières du siècle en son genre et du millénaire. Des gens me la montrent du doigt, tout sourire; les journaux du jour me la racontent bardée de couleurs extraordinaires; feu d'artifice spectaculaire en sauce journalistique. Je sors, fais quelques pas sur les pavés du seuil humides et ma déception se résume à un grotesque quartier de l'astre enfumé de brumes sales, de brouillard à blancheur polluée. Le rire m'est venu sans surprise...

Crise, de nerfs. Trop caféine, trop fumées, trop d'emmerdes, trop d'emmerdes, trop trop trop trop trop trop trop trop trop... Je tourne en cercles de colère, de colères croissantes en colères croissantes et révolutionnaires- je me comprends là-même où je me perds. Ignorance ? Orgueil? Délire paranoïaque... liste cent fois trop longue de ce qui est en mesure de m'agacer, de me déplaire à mort, de m'anéantir jusqu'aux moelles intimes. " Il faut oublier, réfléchir au mieux ", me lance une sage petite voix venant de zones antérieures à mon propre déclin.

Ou bien: rire. Rire. Parce que le rire fut arme des sages entre les plus sages. Je pourrais bien me saouler. Revoir mon humble conscience à travers le filtre des alcools, ruminer ma rage, mes déceptions revenantes et traversières, voler à contre-courant... etc etc. Mais le rire, sa simple idée, son seul souvenir -si vague soit-il en ces instants, me secoue les entrailles et me donne la nausée. Pas de ce rire-là, non. Non! " Plutôt crever la gueule ouverte ", dirait un sage. Oui, mais en plus, je ne suis pas sage; à cette heure, tout me donne nausée, chaque chose qui est étrangère à la notion de travail me répugne profondément. Anéantissement. Nausée. Retour aux démons anciens; mauvais jeux, vilaines manières. Voire crime, Crime et haute délinquance. Pas de mais... aligner des mots, sans trop de virgules, sans trop de sens ni de sentiments. Se faire aveugle, plein, obèse, fou. Se tuer et tuer l'alentour, carboniser, anéantir, étendre le vide jusqu'à n'en plus finir. Faire régner une certaine terreur. Partout. Forniquer avec l'oeil de dieu, en faire des confettis. Emballer le tout, sans rire....

Encore, blabla obscur. Fureur, FUREUR, FUREUR, FUREUR, FUREUR etc. Me dit quelqu'un d'inconnu: " difficile, hein, de bosser dans pareilles conditions... ". Et moi, pomme, qui réponds: " oh, on s'y fait -à ne rien faire-, à trembler, à bredouiller, à rêvasser, à être bon et brave. On se fait à ces impossibles conditions... ". Question de temps. Question de se compromettre -et jusqu'à quel point, quel stade.... Anéantissement.

Surtout pas par le vers! Anéantissement. Anéantissement: mot cinglé, terme de dictateur, de criminel contre l'humanité. Anéantissement: qui saigne, qui pue la charogne, les cadavres par tonnes, les charniers, les potences, les exécutions primaires, la fureur lorsqu'il y en a trop -ou lorsqu'elle a trop longtemps rongé les veines d'un individu. Anéantissement: aussi pantin sentimental, drôle de soldat désarmé ridicule, paumé d'être, fin de parcours, fin de cycle indien héhé... Et la rage, pour ce qui concerne la rage et touche au sujet de près ou de loin, il faut voir plus tard, plus loin, peut-être, si on en a encore la force. Anéantissement par la rage: tourner (en) rond; se mordre la queue et sucer la moelle. Partir avant cela. Sans se retourner -encore si la force demeure de quelque façon que ce soit. Ne pas même hausser un sourcil, ne pas tourner de l'oeil, ne pas fuir, ne pas paniquer, ne pas feindre l'indifférence réparatrice mais en vérité inaccessible. Dormir. Ou mieux, mieux, mieux, mieux, mourir. De suite et sans broncher. Laisser la réflexion aux autres, à la partie continuellement vivante du monde, aux idées liquides qui mûrissent en chaînes. Crever comme le chien, notre plus fidèle compagnon.

 

Laisser causer l'étranger en pays conscient

Nous nous promenions, nous, nos têtes de monstres, supportant sur nos épaules des monstres aux masques carrés.

Monstres dessus-nous dont il serait juste de livrer définition, si floue soit-elle. Monstre: sorte d'ambiguïté -pouvant être morale- qui se concrétise par un sacs de noeuds singuliers.

Donc, nous promenions nous et l'ensemble de ns atouts monstrueux parmi les rues et sous un soleil particulièrement insoutenable. Les monstres riaient de leurs gueules carrées en carton-pâte et en bois, tandis que nous, condamnés par une injustice originelle, peinions dessous. Et sous le soleil, curieusement terrible ce jour-là, qui rendait chaque monstre odieusement indiscipliné, nous rencontrions nos compatriotes aussi méchamment dotés que nous. Nos fardeaux (nous avions l'allure de totems ambulants doués d'existences propres et autonomes en apparence), à chaque rencontre de chaque angle de rue, sous le soleil tapant, s'interpellaient systématiquement, nous obligeant de fait à faire halte pour soutenir tous les genres de (leurs) conversations...

 

Exercice

Reprendre sa main. Apprendre, comme jadis à dépasser les tremblements, à dompter l'émotion, à capter la volonté pour bâtir le sentiment. L'observation elle-même ne saurait précéder l'exercice, en aucun cas. Pour ainsi dire, la promenade est un prolongement de l'effort; elle l'accompagne à posteriori -comme une amie surprenante longtemps aimée, perdue puis soudainement revenue de nulle-part, un jour sur un simple claquement de doigts...

Le tremblement des phalanges -ou: ne plus savoir physiquement le langage. Avoir perdu pieds dans la mare existentielle; se croire dans l'encre alors que la boue vous suce jusqu'au cou. Il y a là un mystère doublé d'une effroyable illusion. Une trahison de tout l'être: hier, les mots coulaient, m'entraînant dans leurs cours complexes aux ramifications insoupçonnées; aujourd'hui, je m'étale sur une grève déserte en noyé ignard, inconscient de mon propre trépas, vide comme une vieille tombe... Vieille aussi la mélodie maussade qui ressasse: Comment peut-on ainsi s'éloigner de soi-même...?

Réponses dans le désordre de mon oeil-juge:

manque de cahier quotidien (-journal ou quoi !?) ;

désir malsain d'une existence qui ne saurait te plaire;

fuite et suicide paresseux; qui sait, lâcheté ?...;

artificiel oubli de la mort; athéisme (ou plutôt: manque de curiosités religieuses) ;

écarts simplement charnels;

carence en matière d'Épice;

le vent qui bouleverse les arbres, l'ordre des choses, et que l'on n'entend plus: le vent souffle, a soufflé, soufflera encore...;

bref, mensonge physiologique, mensonge spirituel, mensonge corporel, mensonge visuel et sensitif. Mensonge de moi vers moi -moquerie ignoble et finalement avant-goût de ce que l'on qualifie d'infernal !

Exorcisme.

Résolution. Tentative. Effort. Bousculade, frottement, négation (le NON selon Daumal), combat, blessure, sang, mort (instantanée, nécessaire, vitale). Résolution. Exorcisme. Exercice. Renouer avec la mort quotidienne, celle de chaque instant; la mort de l'évolution (non pour l'éveil, bien loin, bien étranger, inaccessible de toute manière puisque nous en refusons l'idée), la mort pour l'évolution. La mort dans tous ses sens, toutes ses formes.

Exorcisme, résolution en exercice. Commencer par correctement enlacer le stylo et courir le papier. Rétablir les fossés alentours de l'être; se protéger par solitude -sans solitude rien n'est viable...

 

Bucarest, juin 1998

 

 

 

Ô de page

 

Nikita Helipssen

Nichita Elipssen est née en 1970 à Bergesten, Rép. Maurtiorane. Elle a fait ses études de Droit à Oxford. Elle vit et travaille aujourd'hui entre Paris et Bruxelles, voyage souvent en Asie et se consacre exclusivement à l'écriture depuis trois ans. Nichita Helipssen prépare actuellement un recueil de nouvelles... Elle a publié dans de nombreuses revues françaises et étrangères sous divers pseudonymes...

L'intéressée ne possédant pas de mail, nous ferons suivre le courrier électronique par voie... postale.

 

3 VISAGES DU CLOWN

En Bête

* En partant des yeux noirs, tout était clos, pierres. Des landes épaisses donnait au regard une source inanimée de désirs. Plus qu’une ombre, le halo de mauvaise humeur couvrant l’ensemble donnait à songer que la perte pure imprégnait le visage jusque dans ses moindres pores. Ca sentait, pas très bon. Des parfums de théâtres rançis, de caves aux représentations abonimables, de chants boueux... Ca respirait l’écorce d’un paquet d’heures moites passées à baver, de la colle aux comissures des lèvres rouges. Des lèvres grassement closes, suintant les sangs assassins d’une présence systématiquement ratée.

* 11h25m01s: Face de poussière lourde toute fumante encadrée d’un bois rare se penche et crache. 11h25m15s: Quadrupède carnassièrement l’air peu fréquentable dine et vole pisser sur deux cents kilos de granit. 11h25m57s: Comme un sou tinte et roule dans une timballe mirobolante une poire s’écrase se fendant presque de soulagement.

* Des boutons cousus sur le front, l’homme-barbelé glissait chaque soir dans une soupe épaisse genre purée de poix, fondue mortuaire ou gelée bétonneuse. Des rires griffaient cependant l’horizon et des carries pilonnaient le champ. Pas un mouflet à la ronde.

En Piste

* Creuser le crâne. Y percer des galeries, sillonner la cervelle d’éclairs, réveillonner avec un cortège de névrotiques cadavres. Creuser des fosses communes dedans. Lever les couleurs. Anéantir les mauvaises langues de l’ancéphale. Prendre feu en pleine tête. Pas d’applaudissements... Non, faire tenir le silence hors des plaies, rejeter le sel, juste creuser le crâne. Gommer l’allure odieusement comique, la laisser subsister à distance un temps, ou deux. Le vacarme de la Comédie, Co Co Co Co die diemé à la fin. Un point. Final !

* Nous boudions, avides d’orientation neuve, la grâce, la pauvre. Revenus d’anciennes homélies carrément avariées, nous tenions le piquet pour enfoncer l’enclume : droit, un rien tremblottant, sérieux comme un faux pâpe. De quoi couiner de rire, se mordre les cuisses à dents pleines et sevrer un torchon torpillé d’éther. Voui ! Voui ! En ces temps plombés, croyez qu’il nous fallait être vigilants. A chaque angle du pavé : des traces, des tares, des éclats d’honneur n’attendant qu’une parole pour en débrouiller...

* Fumant d’un doigt seul, embusqué derrière la fumerie de ses verres rayés, la gueule au brouillard, il gueulait d’un trait : « Vous allez comme mouches vers le soleil ! ». Puis, se ravisant, il hâtait le pas en direction de nouvelles victimes.

En Grogne

* Grincheux bazard cet écran qui se dépose, fond et coule dessus l’armature de l’oeil en quête. Du réel on passe saltimbanque, carré bouffon, les images au cul, poursuivit par des hordes de dimensions nouvelles. Ca fait tâche. Peu plaisante affaire. On passe statue rigoureuse, d’un coup, on s’prend la caboche, la tort en tous sens exprès, mais on bouffe du foin... Juste grincheux, mais en musique, sous les feux, on passe en morsure de queue. Niais. Las. Blind. Blind, dans l’mile !

* Comptine moite : « QUI CAUSE LA MOUE BASSE S’APPLATIT AU FOND DE LA MARE HISTOIRE D’EN RIRE ON S’RECHAUFFE AUTOUR D’UN FOU ET LES ECOUTILLES CRAMMENT COMME UN BOUCHON CLAQUE DANS L’VENT D’UNE VOIX ROUGE TOUT CHARME ON S’MORT LES ROTULES ON CAUSE BAS DANS LA BOUE DE L’HISTOIRE AUTOUR DES PLATS QUI S’MARRENT ET CLOU DU FIN UN TROU DANS LA MARE ON S’RETROUVE FROID DANS L’CREUX TOUT ROUGE TOUT MOU TOUT MORT A CAUSE D’HISTOIRES DE BOUE QUI RIGOLENT PAS DES MASSES. » LES TROIS VISAGES DU CLOWN (Rech.) SES SENS GIGANTESQUE TRISOMIE ROULANTE TIREE A BOUT PORTANT. DEMARCHE SI NEUTRE TANT INDIGESTIONS SCULPTANT L’ OS. GESIR DU REGARD PUPILLES VAU-L’EAU A TRAVERS TERRES. ORGANE MAGIQUE : METTRE LE SOUVENIR EN FURIE. LES PORES DE SA FACE RANCISSANT TELS RATS IMBIBES DANS LEUR GOUTTIERE. DE TAONS EN TAONS LES MECHANTS PIEUX RAVAGEANT MICROSCOPIQUES LES APPELS A LA SERIOSITE. EXTRAORDINAIREMENT CLOCHARDE SA MINE EXECRANT DE LOIN UNE FORTUNE D’ENFER. GLOUGLOUGLOUGLOU PAS BU SANS GLOUSSEMENTS SARCASTIQUES -ET DU TIC EN L’AIR A LA MORDS-MOI-LE-NOEUD. FACULTATIVEMENT AU CLAPET L’OMBRE FARINEUSE D’UNE BONTE. CALCULS SUSPENDUS LA GUEULE VEUT S’ABSOUDRE. TROIS P’TITS TOURS ‘PI HOP EN LEVITATION ! DEPEINDRE LA DECROCHE D’UN CADAVRE RONFLANT A L’OUEST ET TROUVANT ENCORE MOYEN D’AUTARCIE. POUR MIEUX REVASSER OTER A TOUT PRIX SES DENTS CARRIEES. ENSUITE SALUTATIONS PLATES.

 

FAITS DIVERS

Commémoration

Pour le 344ème Anihiliversaire de la Convention Democratie Lourde, en signe de protestation contre la victoire de la Vau-l’eau-liste au scrutin de troisième lune, cinq vierges pépubères se sont faites porter en terre avec leurs voitures. Le célèbre sculpteur All Paradox a orné, séance tenante, les cinq pierres tombales de rétroviseurs modèles « ros’air » et improvisé l’émouvante épitaphe : « CI-GISSENT 5 NYMPHES ET 5 CAISSES EN 5 CAVES QUI FERAIENT 15 SI ON SAVAIT L’UNITÉ ». Après avoir déverser quelque 344 litres de Super sur les sépultures fraîches, les demo-lourdistes présents se sont dispersés. Aucun discours n’a été prononcé.

Accident

C’est sur la cinquième voie de l’autoroute A320 que Victor R. et Arthur H. préparaient depuis près de trois ans et avec grande rigueur l’accident parfaitement survenu la nuit dernière sur l’ A319 à trois heures du matin précises. Il était trois fois trop tard lorsque la brigade de Surveillance des autoroutes est intervenue : Victor R., trois balles de callibre 38 dans la gorge, fuyant la bière et la mauvais whysky comme vache pisse, était déjà lancé à 300km/h au volant de sa tri-cylindrée turbo. Exactement trois heures auparavant, à neuf cents kilomètres du choc frontal, Arthur H., faisant mine de sortir de discothèque et prétextant une dépression subite agrémentée d’une saoûlerie notoire, se suicidait au cyanure à bord d’un dragster de modèle identique à celui de son triste comfrère, ayant eu soin au préalable de bloquer levier de vitesse, pédale d’accélération et pilotage automatique. Chemin faisant à train d’enfer, c’est donc à trois heures fixes, que les deux bolides se sont embrassés avec fracas, mélangeant une dernière fois, au propre comme au figuré, les deux morbides calculateurs. Les hommes de la 3ème BSA n’ont pu, depuis leurs véhicules ridiculement lents, que constater le subterfuge. Le plus jeune brigadier d’entre eux, encore rasé de près par le souffle des tri-cylindrées, raconte : « On a pas eu l’temps d’voir que dalle... ‘Sont arrivés de loin, puis y s’étaient tout, tout près, puis encore pu loin... ». Mais, les yeux à l’horizon, la visière un rien amochée, sourd comme un pot et l’air futé comme un renard, le Capitaine qui ne tremble pas d’un poil d’ajouter : « Clair qu’cétait prémédité. On s’envoie pas en l’air comme ça ! » et de plus belle, après des oeillades destinées aux gars de la Brigade et quelques rires gras : « ...Hum. Rin que d’la fracaille... feraient mieux d’ormir la nuit au lieu d’se déguiser en fins du monde... ». Quant aux familles H. et R., loin d’être traumatisées par l’éclaboussure de la A320, elles fêteront dès lundi leur survie commune, dans la Salle Polyvalente de la Mairie de Y. sur F. Une collecte à d’ores et déjà été lancée dans la municipalité pour l’érection sur le lieu de l’accident d’une stèle remerciant les fausses victimes de n’avoir pas simuler de paricides avant leurs départs synchronisés.

Retour à la terre

Sophie T., fille de l’éminent ingénieur en aéronatique Fernand. T. décédé le mois dernier a surpris ce week-end les habitants de la Ferté G., bourgade à proximité d’un petit aérodrome disposant d’une base de parachutisme de loisir. Les cendres de son défunt père sous le coude, Mademoiselle T., arme au poing, s’est envolée sur les coups de 14h dans un Cesna de la base, après avoir forcé la main à un mécanicien qui opérait sur l’appareil. Par chance, l’otage, vétéran de la guerre d’Indochine à laquelle il avait participé en tant que co-pilote de Dakota, avait conservé quelques notions de pilotage. Louis P. raconte : « Elle était toute ronde, comme enflée après une sacrée allergie. Les yeux lui sortaient presque des orbites et elle bavait de partout. Quand elle a tapotté sur son père... enfin quoi sur l’urne funéraire avec son flingue, j’ai fait ni une ni deux : allez hop, que je me suis dit ! soit on grimpe, soit t’es cuit... Et puis faut voir, un Cesna, ça reste quand même de la petite ferraille... ». En moins de huit minutes, le Cesna passe les huit cents mètres. Sophie T. continue d’enfler, son enveloppe charnelle double pratiquement de volume jusqu’à obstruer les deux tiers du cockpit. Louis P., suant comme un boeuf, aveuglé d’allucinations indochinoises et en proie à des maux d’altitude, rend son déjeuner sur les genoux de Sophie T. La suite des événements est alors extrêmement rapide : le Cesna se cabre, pointe vers les champs. Accusant plusieurs centaines de « G », Sophie T. -pesant alors subitement quatre tonnes, traverse son siège et l’arrière de l’aéroplane, mutilant l’engin de son gouvernail. Par chance, Louis P., cloué à son fauteuil de terreur et ayant transpiré à grosses gouttes, toujours victime des stupéfiants consommés jadis dans les campagnes viêtnamiennes, garde son sang froid. Dans une accolade instinctive, il saisit l’urne contenant les restes de feu Fernand T. et bondit hors de la carcasse un centième de seconde avant que celle-ci n’explose en heurtant la terre ferme. Louis, intact, à peine sonné, accueillera les premiers secours en se plaignant des moustiques et de l’intolérable humidité de la jungle. Fernand T., quant à ses illustres cendres, sera dispercé mardi aux quatre points cardinaux, du dernier étage de la tour M.

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