Les incinérateurs : Onéreux, inutiles et dangereux
(11/04/02 )
BREF HISTORIQUE
: L’incinération des déchets est plus que centenaire. Son seul mérite
était de réduire de 90 % le volume
visible des déchets solides avec un coût d’exploitation peu supérieur
à celui d’une simple mise en décharge. La réduction en poids des déchets
n’est que de 66 %. La combustion aléatoire
des premiers incinérateurs générait des fumées malodorantes. Une masse
d’environ cinq à dix pour-cent du tonnage brûlé partait à l’atmosphère
sous forme de poussières avec les gaz de combustion. À l’époque, cette
nuisance était la plus évidente. Les premières réglementations ont concerné
la limitation de la teneur en poussières des fumées. Le premier
perfectionnement des incinérateurs a été la mise en place de
dispositifs de filtration des fumées : Cyclones, filtres à manches
et plus récemment électrofiltres. (Ces derniers bien qu’efficaces à plus de
99 % sont néanmoins devenus insuffisants en regard des dernières réglementations).
Le coût d’exploitation des incinérateurs a alors sensiblement doublé. La réglementation
ayant également imposé une température des gaz de combustion de 850 degrés,
durant au moins deux secondes, pour détruire les composés aromatiques des fumées,
il a fallu ajouter des brûleurs d’appoint, à gaz ou à fioul, pour garantir
cette température. (À noter que ces 850°C ne s’imposent que pour les gaz
issus de la combustion. Les déchets, quant à eux, atteignent des températures
bien inférieures. La meilleure preuve en est la présence d’imbrûlés dans
les mâchefers, dont des morceaux de sac poubelle encore intacts et des textes
imprimés encore lisibles ! ). Les coûts d’exploitation ont encore
augmenté. Initialement, nos déchets contenaient très peu de produits de synthèse,
genre matières plastiques et autres composés chimiques. C’est leur
pourcentage de plus en plus élevé dans les déchets à brûler qui a généré
des gaz acides (invisibles). Ceux-ci, lors du refroidissement des fumées dans
l’atmosphère, se combinaient avec la vapeur d’eau de condensation, et
retombaient dans l’environnement sous forme de pluies acides préjudiciables
à la santé, à la faune, à la flore et même à la conservation des édifices.
La législation a alors imposé la neutralisation des fumées acides. Cette
neutralisation a abouti à un nouveau doublement du coût de l’incinération
et est génératrice de pollutions nouvelles difficilement maîtrisables malgré
le discours, se voulant rassurant, des vendeurs d’incinérateurs. Certains
polluants persistants (dont les dioxines et les métaux lourds), s’accumulent
dans l’environnement et remontent ainsi la chaîne alimentaire jusqu’à
l’homme. Les mâchefers, soi-disant valorisables, sont générateurs de
pollutions. Leur hypothétique valorisation nécessite de nouvelles
installations classées de traitement, puis de stockage, génératrices de coûts
supplémentaires. L’utilisation de ces mâchefers en travaux routiers est
soumise aux prescriptions de la circulaire ministérielle du 9 mai 1994 et à
ses annexes. Ces prescriptions ne sont apparemment pas respectées par les
entreprises de TP, notamment en ce qui concerne les analyses prescrites et les
lieux de mise en œuvre de ces mâchefers. Des analyses effectuées par le
laboratoire du service des fraudes de Montpellier, ont révélé des teneurs en
plomb de 2,2 grammes par kilo et 1,32 mg de cadmium par kilo.
L’incinérateur actuel
: Ce n’est qu’un convertisseur
multiplicateur et diffuseur de pollutions. Il tient plus de l’usine chimique
que de l’incinération. Il n’opère qu’un changement d’état de 66 % de
la masse de déchet solide, en déchet gazeux, en y ajoutant six fois plus
d’air atmosphérique que de déchets à brûler. Il multiplie par 7,5 la masse
totale des déchets. Sa combustion est à peine meilleure que celle de ses ancêtres.
Son seul mérite est une meilleure présentation architecturale. Pour faire
oublier au public le caractère péjoratif du vocable « incinérateur »,
les officiels emploient une dénomination hypocrite « de centre de traitement et de valorisation énergétique des déchets »,
dénomination qui n’existe pas dans la nomenclature officielle des
installations classées. Là où autrefois il n’y avait qu’une seule décharge,
l’incinérateur moderne en exige au moins quatre, voire cinq, et rien ne
permet d’affirmer qu’il n’en faudra pas d’avantage dans le futur... De
plus, comble de l’hypocrisie, les nouveaux incinérateurs sont dotés « d’atténuateur
de panache » destiné à rendre invisible la fumée qui sort à la cheminée.
Les riverains croient ainsi que l’incinérateur est sans rejets atmosphériques.
Pourtant ce dispositif n’enlève rien à la pollution réelle des fumées !
Le
bilan de masse approché ci-après, présente une
« décharge N° 1 », parfaitement invisible, mais hélas la plus
dangereuse à cause de son invisibilité. Elle n’est autre que l’atmosphère
qui nous entoure et que nous respirons. Dans ces rejets gazeux soi-disant épurés
(qui représentent 6,5 fois la masse initiale des produits à brûler), les
chimistes ont détecté jusqu’à 2000 composés nouveaux, inexistants dans les
déchets d’origine, et qui résultent de combinaisons chimiques subtiles dues
à la combustion. Les dangers des dioxines et des furannes, réputés pour avoir
des effets néfastes et irréversibles sur la santé humaine sont reconnus
depuis 1991. Leur limitation n’est imposée que depuis 1996.. La réglementation
impose de ne pas excéder 0,1 nano-gramme de dioxines par mètre cube normal de
fumée (0,1 x 10-9 g /Nm3.). À noter que le contrôle officiel de la teneur
en dioxines des fumées n’est effectué qu’une fois par an ! Curieusement
cette nouvelle limitation, exprimée sous forme de ratio, ne concerne que les
fumées alors qu’il y a des dioxines dans les mâchefers et les rejets
liquides. Nous découvrirons obligatoirement dans le futur que, parmi les 2000
composés recensés, certains considérés aujourd’hui comme anodins par méconnaissance
de leurs effets à long terme, présenteront les mêmes dangers. C’était le
cas des dioxines avant 1996 ! Une nouvelle législation, encore plus
contraignante et génératrice de coûts supplémentaires sera alors promulguée.
La directive européenne du 4 décembre 2000 doit être transcrite dans la réglementation
française au plus tard en décembre 2002. Il conviendra, notamment, de limiter
les oxydes d’azote, ignorés à ce jour et de réduire à nouveau les émissions
d’autres polluants. Des plaintes en « empoisonnement » pourront être
déposées, contre les responsables de l’Etat, par les populations irrémédiablement
touchées dans leur santé par la pollution... Des scandales similaires à ceux
que nous connaissons aujourd’hui pour l’amiante, le sang contaminé et
l’usage des farines animales infectées (vaches folles) etc., éclabousseront
un peu plus la vie publique... Derrière les discours mensongers des pro-incinérateurs
se cache la volonté délibérée d’occulter les vrais dangers pour ne laisser
apparaître que les avantages, très contestables, de cette solution ! Les
politiques, quant à eux, sont attirés par l’apparente facilité du « tout
incinération » qui les dispense de mettre en place une vraie collecte sélective
avec recyclage. À moins qu’ils n’aient d’autres motivations éventuelles
moins avouables : gros marché unique traité souvent sans véritable mise en
concurrence, avec des fournisseurs aux habitudes de gratitude bien connues,
financement privé et récupération de la taxe professionnelle (que
l’industriel répercutera sur le citoyen). Tout le monde y trouve son compte,
excepté le citoyen!

La décharge N° 2
est destinée à recevoir les 27 à 33 % poids de mâchefers. En réalité, il
s’agit d’une véritable installation classée, de tri et de maturation,
associée à une décharge de classe 2. Faute d’expérience probante à ce
jour, nous ignorons si les mâchefers ainsi traités, comme le soutiennent les
pro-incinérateurs, pourront avoir une utilisation sans danger
en travaux routiers. Indépendamment de l’incompatibilité de ce type
d’agrégat hétérogène pour un usage routier, ces mâchefers contiennent au
moins 5 % d’imbrûlés, des métaux lourds toxiques sous forme de composés
plus ou moins solubles. De plus ces mâchefers contiennent des dioxines. Nous
sommes étonnés que ces mâchefers, eu égard à leur toxicité réelle, ne
soient pas obligatoirement mis en décharge de classe 1. Il semblerait, selon
des informations concordantes, qu’un jour viendra où il faudra mettre ces mâchefers
en décharge de classe 1 ou les vitrifier. Les coûts complémentaires seront
alors exorbitants.
La décharge N°
3 est destinée à recevoir les 4 %
de résidus solides de la neutralisation des fumées (REFIOM). Leur toxicité
impose de les mettre en décharge de classe 1. Ces décharges rarissimes coûtent
très cher, de 1000 à 2000 Fr. la tonne. Si la totalité des projets d’incinérateurs
géants se réalise, il y aura une rapide saturation des sites existants. Cette
rareté ne peut que faire flamber les prix. (Généralement
ces décharges sont exploitées par des filiales des groupes industriels qui
exploitent les incinérateurs ! )...Un jour viendra où il faudra dépolluer
ces sites à grands frais, comme il a fallu le faire pour l’amiante. Ce qui
nous coûtera des dizaines de milliards de francs, sans préjudice des
indemnisations dues aux victimes des cancers et autres maladies! Ces décharges
de classe 1 sont des bombes à retardement qui risquent un jour de nuire
gravement aux générations futures. En effet, la classe 1 correspond à un site
qui est censé être sur des couches géologiques étanches pour l’éternité !
La croûte terrestre étant vivante, il faut craindre qu’un jour cette étanchéité
se détériore sous l’effet de phénomènes séismiques ou autres. Les
polluants majeurs qui y sont stockés partiront alors dans la nature et
empoisonneront les populations riveraines !
La
décharge N° 4 est généralement une
rivière ou la mer. Les rejets liquides de la neutralisation des fumées
contiennent des chlorures et autres sels néfastes pour l’environnement ainsi
que des métaux lourds et autres polluants dont des dioxines. Les marchands
d’incinérateurs, pour remédier à cette pollution, ignorée volontairement
à ce jour, envisageraient une évaporation totale, suivie d’une séparation
du résidu solide, avec récupération par condensation de l’eau évaporée.
Les coûts complémentaires de ces nouveaux traitements seront insupportables
pour les usagers. La consommation induite d’énergie thermique rendra encore
plus déficitaire la production d’énergie électrique ! La quantité de
« REFIOM » sera multipliée par 2 ! Il est a noter que ces rejets
liquides ne sont rien d’autre qu’une solution saturée résultant de
l’essorage ou du pressage des « REFIOM » et, qu’à ce titre, ils
en présentent nécessairement la même nocivité. Pour les nouveaux incinérateurs
en projet, il semblerait que le lobby de l’incinération, échaudé par les
inconvénients de ces rejets liquides, revienne finalement à un type de
traitement des fumées, dit semi sec, qui ne génère aucun rejets liquides.
Pourtant cette solution déjà connue avait été abandonnée au motif d’une
épuration insuffisante et d’une consommation trop élevée de réactif de
neutralisation.
Il
faudrait une décharge N° 5, destinée
à recueillir les O.M. impossibles à incinérer quand les fours d’incinération
sont à l’arrêt. Un four à grille, selon les constructeurs, ne peut
fonctionner que 7.500 h par an, soit 86 % du temps annuel. En réalité on
constate souvent que, même les incinérateurs les plus récents, ne
fonctionnent que 6.500 h par an, soit 75 % du temps. La Loi obligeant à ne
pas conserver en fosse les O.M. au-delà de 24 h si les fours sont arrêtés, il
y aurait lieu de mettre en décharge les O.M. non brûlées ou de les acheminer
vers un autre incinérateur... Les exploitants sont muets sur cette nécessité
et, souvent au mépris de la Loi, conservent bien au-delà de 24 h, les ordures
dans la fosse en les stockant en hauteur pour les brûler ensuite « à
marche forcée » quand les fours redeviennent disponibles ! Il va sans
dire que la quantité de mâchefers et le taux d’imbrûlés sont alors
nettement supérieurs à la normale (voir l’exemple déplorable de l’usine
de Sète). Cette particularité fait que curieusement les exploitants proposent,
de préférence, des fours dits « à grilles », alors que cette
technique est la plus mauvaise quant à la teneur en imbrûlés des mâchefers.
La vraie raison est que ce type de four permet de fonctionner en surcharge pour
rattraper le retard en cas d’arrêts sur incidents. Comme la surcharge de ce
type de four se traduit par un taux d’imbrûlés bien supérieur à la
normale, les exploitants prennent soin de ne pas garantir ni la
quantité ni la qualité des mâchefers issus de la combustion dans leurs
contrats. Comme ils sont rétribués selon le tonnage brut pesé à l’entrée
de l’usine, il leur importe de brûler, même très mal, tout ce qui arrive à
l’usine.
Un
autre critère de choix du four à grille par les exploitants est la moindre
quantité de « cendres volantes » (particules fines qui s’envolent
sous l’effet du flux d’air de combustion et qui se trouvent arrêtées
partiellement dans les filtres.) Ces cendres volantes eu égard à leur toxicité
doivent être enfouies en décharges de classe 1 au prix de 2000 francs la
tonne. Or, il existe des fours à lit fluidisés, plus performants quant à la
qualité de la combustion et à la quasi-absence d’imbrûlés dans les mâchefers,
mais la production de cendres volante est sensiblement 2 fois plus élevée que
dans un four à grille moderne. Autrement dit, avec le four à grille, une
grande partie des cendres volantes reste dans les mâchefers !
Nous
voyons donc que l’incinération multiplie par au moins 7,5 la masse
totale de produits pollués à rejeter dans l’environnement, par rapport à la
masse initiale des produits à traiter ! De plus, lesdits polluants fabriqués
par l’incinération, sont infiniment plus toxiques que les ordures brutes à
brûler ! Les exploitants devant mettre en conformité leurs équipements
avec l’évolution législative, nous ne savons pas combien il en coûtera après
les mises en conformité successives qui résulteront de l’évolution inéluctable
de la réglementation. Il faut également dire que tous les incinérateurs, même
les plus mauvais, et tant décriés aujourd’hui, ont néanmoins été autorisés
à fonctionner en leur temps en vertu de la réglementation en vigueur à leur
époque. L’exemple récent de l’incinérateur de Gilly sur Isère, qui n’a
que dix-sept ans d’existence, néanmoins responsable de nombreux cancers et de
la ruine de toute une population agricole qui ne pourra plus cultiver ses terres
durant des dizaines d’années, en est une navrante démonstration. Pourtant
cet incinérateur était aux normes lors de sa construction et a été vanté
par ses promoteurs, comme étant le meilleur du moment lors de sa mise en
service ! Le même discours est servi à n’importe quelle époque pour
glorifier la parfaite mise au point des incinérateurs. Nous voyons bien qu’il
n’en est rien, puisque l’incinérateur de LUNEL-VIEL, commandé en 1995 et réputé
par ses promoteurs pour être très en avance sur les futures normes européennes,
a déjà été remis deux fois aux normes avant sa mise en service en 1999 et il
faudra qu’il se conforme à nouveau à la norme européenne de décembre 2000
qui s’appliquera en France avant fin 2002 ! (Entre sa commande en 1995 et
sa mise en service en 1999, son prix d’investissement est passé de 257 MF à
383 MF soit 50% d e plus et certains coûts opératoires
ont subi 150% d’augmentation).
La
réglementation et son contrôle effectif par l’Etat :
Les services de surveillance des installations classées, en France, ne comporte
que 550 postes d’inspecteurs pour contrôler plus de 500.000 sites classés !
Un contrôle annuel sérieux de chaque site relève donc de l’utopie !
L’exemple tragique de l’explosion de l’usine AZF de Toulouse, toujours
inexpliquée aujourd’hui, prouve l’illusion du contrôle de l’Etat sur les
installations classées. Pourtant cette usine, classée dangereuse (SEVESO),
avait été contrôlée quelques mois avant le drame. Il faut dire que le stock
de nitrate incriminé n’avait jamais été jugé dangereux et ne faisait pas
partie du contrôle en question. Il en est de même pour l’incinérateur de
Gilly sur Isère qui a saturé en dioxines toute la vallée environnante, sans
que les services préfectoraux ne soient intervenus.
L’arrêté
d’exploitation d’un incinérateur moderne est un document complexe d’une
bonne trentaine de pages. Il comporte des centaines de contrôles à effectuer.
La réglementation étant en perpétuelle évolution, le nombre de contrôles à
effectuer ne peut qu’augmenter sans cesse. Dans ces conditions, la
surveillance sérieuse des incinérateurs deviendra encore plus hypothétique.
Les
pro-incinérateurs nous montrent volontiers des décharges illégales, immondes,
puantes et inesthétiques, comme des épouvantails, pour nous faire accepter les
incinérateurs modernes, garantis comme étant parfaits à présent. Or il
s’avère que les décharges illégales et mal gérées, que l’on nous
montre, sont des installations classées qui auraient du être conformes à la réglementation
simpliste qui les concernait, mais celle-ci n’a pourtant pas été respectée !
Comment pourrait-on croire que la réglementation infiniment plus complexe,
relative aux incinérateurs, sera mieux respectée par ceux qui
reconnaissent que ces décharges étaient non réglementaires et illégales?
Gaz
à effet de serre : Une tonne de
déchets incinérée produit environ 980 kg de CO2. La France, qui a pris des
engagements à Kyoto sur la réduction de sa production de gaz à effet de
serre, est l’un des rare pays au monde à recourir massivement à l’incinération
pour le traitement de ses déchets. Quand tout le parc d’incinérateurs projetés
sera en service, ce sont environ 30 millions de tonnes de CO2 qui seront rejetées
par les incinérateurs, soit environ le quart des rejets des transports
routiers! Sans commentaires !
La
« pollution » financière générée par les incinérateurs, dits
modernes.
1°)
- Le leurre de la production d’électricité
dite « Valorisation énergétique des déchets ». : Peu de sites
d’implantation d’incinérateurs permettent la valorisation directe de l’énergie
thermique des déchets par la vente de chaleur (vapeur ou eau chaude). Dans la
majorité des cas, c’est la production d’énergie électrique, vendue à
l’EDF, qui est seule retenue.
Si
on fait le bilan économique intrinsèque de la production d’électricité,
force est de constater que la rentrée financière, venant de l’EDF, ne couvre
pas les charges d’investissement, d’exploitation et de renouvellement
correspondantes. Cette production électrique utopique, dont pourtant les
notables pro-incinérateurs se gargarisent : « et
en plus ça produit de l’électricité ! », vient finalement surenchérir
le coût d’exploitation tout en la fragilisant.
-
2°) Le leurre de la « Délégation
de service public ». : Les projets récents d’incinérateurs font
presque tous l’objet d’une délégation de service public par bail emphytéotique
administratif. Dans cette forme juridique de contrat, la collectivité locale,
propriétaire des terrains, loue ceux-ci à un délégataire de service public
pour une somme symbolique (canon emphytéotique), à charge pour le délégataire
d’établir à ses frais les ouvrages et de les exploiter moyennant des
redevances de charges de financement, d’exploitation et de renouvellement. La
collectivité n’assumant pas le financement n’a pas à inscrire celui-ci
dans ses charges d’endettement. Il s’ensuit que la collectivité qui passe
le marché est généralement peu regardante sur le prix des ouvrages puisque
celui-ci n’est pas inscrit dans sa dette. Pourtant le délégataire fait payer
(avec bénéfice) aux usagers ce financement, via la redevance du
traitement des O.M.. C’est donc sur le citoyen que retombe indirectement la
charge financière que la collectivité ne veut plus assumer. En cas de
cessation d’exploitation, pour n’importe quelle raison, la collectivité
sera tenue contractuellement de rembourser le délégataire pour la valeur non
encore amortie des ouvrages, y compris ceux qui auront fait l’objet d’un
renouvellement (dont le coût est pourtant largement provisionné dans les
charges d’exploitation). On peut légitimement se poser la troublante question
: Pourquoi les grands prestataires de services publics aux collectivités sont
capables aujourd’hui d’assumer le financement d’ouvrages aussi dispendieux
alors que les collectivités locales, clientes depuis toujours de ces sociétés,
n’ont plus aujourd’hui la capacité financière de le faire !
Interrogeons-nous sur l’origine de la santé financière de ces prestataires
de services publics ? Auraient-ils exagéré sur leurs prix pour en arriver à
financer eux-mêmes leurs clients ? On peut également noter que les collectivités
locales, recherchant ce financement qui les dispense d’investir elles-mêmes,
font le jeu des seules sociétés qui présentent la santé financière
suffisante, écartant ainsi les autres compétiteurs. Quand il ne reste en
France que deux « Grands » capables de prendre ces marchés on peut
s’attendre à une concurrence de bon voisinage ! Les prix des ouvrages en
question sont quasiment incontrôlables compte tenu de la situation de monopole
de ces grands prestataires de services. Pourtant les spécialistes considèrent
que les prix des matériels sont manifestement exagérés. On peut dire que le bénéfice
est largement payé par avance dans le prix des équipements. Le prix du
traitement, quant à lui, est très flou dans ces types de contrats. Des
clauses, bénéficiant exclusivement aux prestataires de services, permettront
de faire à peu près n’importe quel prix à terme ! En particulier la mise en
conformité des ouvrages peut conduire à des coûts parfaitement inacceptables
! Au surplus, la « Délégation de Service public » est une forme
juridique inadaptée aux marchés d’incinérateurs. En effet, il n’y a pas
de lien contractuel direct entre le « citoyen usager » et le délégataire
et le prix du traitement n’est pas proportionnel au service rendu ! Au
surplus, le service du traitement des ordures ménagères, fait généralement
l’objet d’une taxe en annexe à la taxe foncière ! Donc les usagers
qui ne sont pas propriétaires ou qui ne paient pas la taxe foncière en sont
exonérés !
Cette
mobilisation financière en faveur des incinérateurs, dont le dimensionnement
est tel qu’ils peuvent brûler la totalité des tonnages d’O.M. produits sur
leur secteur, sera un obstacle majeur au développement de la collecte sélective
et du recyclage, pourtant prévus dans la Loi du 13 Juillet 1992. D’ailleurs,
ne trouve-t-on pas, dans certain contrat de bail emphytéotique, l’obligation
pour la collectivité contractante d’apporter la totalité de ses O.M. et déchets
banals assimilés à l’incinérateur, sous peine de subir les conséquences
financières d’une éventuelle mise en place d’une politique de collecte sélective
sur le secteur concerné ! Autrement dit et pour conclure, un incinérateur est
comparable à l’œuf déposé par le coucou dans le nid du traitement écologique
des déchets des collectivités. Une fois installé dans ce nid, l’oiseau
vorace né le premier, éliminera les autres œufs pour rester le seul
nourrisson insatiable que la collectivité sera contrainte de nourrir
exclusivement, faute de moyens pour prévoir d’autres modes de traitements
moins onéreux et plus écologiques. Nous pouvons affirmer que l’incinération
globale de nos déchets ne répond pas aux exigences de la Loi du 13 Juillet
1992 et ne représente que très peu d’emplois par rapport aux financements
mobilisés. L’Allemagne, qui a su renoncer au « tout incinération »,
a créé un million deux cent mille emplois grâce au traitement écologique
de ses déchets. La France, si elle réalise les 162 incinérateurs géants prévus,
mobilisera plus de 100 Milliards de francs à terme pour ne créer que
3000 emplois ! À noter que le traitement écologique des déchets requiert
environ 10 fois moins d’investissements pour traiter les mêmes tonnages de déchets
en créant beaucoup plus d’emplois et sans générer les nuisances spécifiques
à l’incinération. Les contrats relatifs à ces fausses délégations de
services publics, sont assortis de clauses léonines et d’avenants multiples
qui finalement exonèrent le prestataire de service de toutes les responsabilités
financières et d’exploitation. Pourtant, le contrôle de légalité desdits
contrats est toujours favorable au niveau des préfectures.
3°)
Les ajustements pharaoniques des
investissements : Sur le « Synoptique de l’évolution des incinérateurs »
annexé ci-après, on voit que la complexité de cette technique, au fur et à
mesure de l’évolution de la législation, croît exponentiellement au fur et
à mesure que des nuisances nouvelles sont détectées. Le prix de l’incinération
ne peut donc aller qu’en augmentant à l’infini... À noter que, la réduction
du volume et de la masse des déchets, n’a, quant à elle, pas évolué d’un
iota depuis l’origine de cette technique. Bien au contraire, les « REFIOM »
augmentent le quota de rejets solides. Les rejets liquides, inexistants précédemment,
commencent à poser de sérieux problèmes aux exploitants. Notons que, sauf cas
improbable dont nous aimerions bien avoir connaissance, aucun incinérateur
n’a finalement été payé pour le prix initial traité au contrat ! Ainsi,
l’incinérateur de Sète, entre sa commande et sa mise en production
industrielle a vu son prix multiplié par 4 ! On voit ainsi le ridicule résultant
de l’entêtement des politiques et des industriels concernés pour maintenir,
coûte que coûte, ce type de traitement. Aucun chef d’entreprise privée
n’accepterait de devoir consacrer 80 % de ses investissements pour dépolluer
un procédé de fabrication. Il rechercherait une autre solution. En matière de
traitement des déchets, des solutions sûres et écologiques existent et qui,
pour des investissements dix fois moindres, créent infiniment plus d’emplois.
Devons
nous penser que les politiques pro-incinérateurs seraient plus sensibles à
l’augmentation des bénéfices du lobby de l’incinération qu’à la
diminution du chômage ?
M.
SARAZIN, Vice Président de l’APPEL.
Nota
: les dates figurant sur le synoptique ci-après ne sont qu’indicatives et à
considérer comme des points de repères moyens dans le temps. La réalité est
plus complexe, car l’évolution de la réglementation
a été modulée en fonction de la capacité des installations.

Demain,
il faudra évaporer les rejets liquides et traiter les Nox...
Et après-demain ? Soyez assurés qu’il y aura autre chose !