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Comment concilier la prise en charge de la douleur en médecine de ville et les risques liés à une utilisation détournée d'antalgiques majeurs par des toxicomanes ? Le carnet à souches utilisé jusqu'à présent pour délivrer des produits stupéfiants n'avait pas que des avantages : il fallait en passer commande à l'Ordre des Médecins, se déplacer à la poste pour en prendre possession, établir la prescription en double exemplaire, sur ordonnance usuelle et sur une feuille du carnet à souches Sans être insurmontables, loin de là, ces divers écueils avaient amené un certain nombre de médecins à s'en passer, et ceux-ci devaient donc se défausser sur des confrères possédant un carnet à souches pour prescrire des morphiniques. Le développement des thérapeutiques de substitution a encore compliqué la situation, amenant certains médecins à " consommer " plus de carnets à souches que leurs confrères et à être plus ou moins explicitement soupçonnés de " dealer " des produits stupéfiants. Pour sortir de cette impasse, à l'initiative de Bernard Kouchner, qui ne manque aucune occasion de signifier son soutien au développement des soins palliatifs en France, est née l'idée des ordonnances sécurisées. De quoi s'agit-il ? Non pas seulement de remplacer le carnet à souches, mais de sécuriser TOUTES les ordonnances établies par le médecin et c'est là, justement, que le bât blesse, surtout pour les médecins informatisés. Si l'informatisation d'un cabinet médical nécessite un lourd investissement financier, il est un poste sur lequel le médecin pouvait encore jusqu'à présent en retirer une économie: les ordonnances. En effet, la grande majorité des logiciels de gestion de cabinet médical intègrent la possibilité d'imprimer et de formater des ordonnances, soit au format A4, ce qui est très utile pour éditer des ordonnances bi-zone, soit en petit format, auquel cas une feuille de format A4 suffit à imprimer l'ordonnance et son duplicata. A partir du 1er Juillet 1999, le carnet à souches disparaîtra pour laisser place aux ordonnances sécurisées, qui comporteront, sur un papier spécialement filigrané avec en-tête pré-imprimé, plusieurs mentions spécifiques comme un cadre dans lequel le médecin devra inscrire le nombre de médicaments prescrits, afin d'éviter l'ajout ultérieur à la main d'autres molécules. Et dès le 1er Octobre 2000, toutes les prescriptions devront être réalisées sur ce type d'ordonnances. Pour le médecin non informatisé, habitué à commander des ordonnances à un éditeur spécialisé, le surcoût sera minime, de 100 à 150 francs par commande de 2500 feuilles, soit en estimation moyenne, autour de 300 francs par an. Pour le médecin informatisé, qui pouvait jusqu'à présent acheter des ramettes de papier blanc à 30 francs les 500 feuilles, le surcoût est beaucoup plus important. Si l'on s'en tient à une utilisation de 5000 ordonnances par an, il se chiffre autour de 2000 francs par an. Mais de nombreux médecins informatisés évoquent une fourchette de prix beaucoup plus importante, d'autant qu'un médecin, comme semblent l'avoir oublié les pouvoirs publics, n'imprime pas que des ordonnances : il édite aussi des certificats, des demandes d'examens complémentaires, des conseils hygiéno-diététiques, des lettres à ses correspondants. Le surcoût pourrait donc, selon certaines estimations, tourner autour de 5000 francs par an. A moins de permuter avec deux imprimantes, ou de passer son temps à jongler avec des ramettes A l'heure où l'on pousse les médecins à s'informatiser, l'absence de prise en compte de ces réalités de terrain fait à nouveau office de goutte d'eau qui fait déborder le vase, et sur les forums Internet, la contestation bat son plein. D'autant, affirment certains, que le but recherché ne sera pas atteint : jusqu'à présent, un délinquant ne pouvait être assuré qu'un médecin en déplacement transportait un carnet à souches. Avec la généralisation des ordonnances sécurisées, le risque d'agression ne peut que croître, puisque chaque médecin transportera sur lui entre vingt et cinquante ordonnances permettant d'établir une prescription de toxiques. Parmi les solutions de rechange envisagées, le tampon sec, comme en possèdent les administrations, est plébiscité par les usagers, et les syndicats médicaux, pro-et anti-convention, plaident pour cette solution. En attendant, les médecins risquent une nouvelle fois, comme pour le dossier de la télétransmission, de pratiquer dans un premier temps la résistance passive, en réservant les ordonnances sécurisées à la prescription de stupéfiants. |
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