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Coups de coeur pour les livres
                
Blogues en papier
Lorsque j'ai découvert les journaux intimes sur Internet, j'ai tout de suite pensé que certains méritaient d'être publiés. Voilà qu'un éditeur (Les éditions du Septentrion) a eu la brillante idée de lancer une collection, Hamac-carnets, destinée à la publication de carnets qui ont été créés sur Internet, sous forme de blogue. J'ai trouvé l'idée géniale et je me suis empressée d'acheter les trois premiers titres.
Les Chroniques d'une mère indigne
Il y avait terriblement longtemps que je n'avais ri autant. J'ai eu beaucoup de difficulté à lire les premières pages, tellement je riais, totalement aveuglée par les larmes qui coulaient sur mes joues. « Cette fille est complètement folle » me disais-je en poursuivant ma lecture. Et cette folie m'a fait un bien fou !
Caroline Allard est sortie de l'anonymat pour la publication de ce recueil, et elle n'est pas prête d'y retourner. Ses écrits sauront réconforter toutes les mères qui n'en peuvent plus d'entendre qu'elles doivent être parfaites en tout et qui ont envie de crier, très fort parfois, qu'elles font du mieux qu'elles peuvent en toutes circonstances, et qu'on leur fiche la paix pour le reste!
Ses mots traduisent les pensées secrètes que j'ai nourries dans plusieurs situations : à la garderie, devant les silences étudiés de ma fille au retour de l'école, ou en entendant les propos de certaines de ses amies qui m'ont parfois fait dresser les cheveux sur la tête.
Je souhaite que Caroline Allard, qui se consacre maintenant à terminer sa thèse de doctorat, nous revienne en grande forme pour nous raconter les péripéties des ses deux futures adolescentes. Ce sera certainement tout à fait hilarant.
Un taxi la nuit
Comme on lit un blogue à l'envers, ce livre commence par la fin qui, en réalité, n'en est pas vraiment une puisque Pierre-Léon Lalonde continue d'écrire dans son blogue. Le lecteur qui se laissera prendre au jeu constatera certainement que l'auteur a trouvé son style et qu'il délaisse, peu à peu, l'utilisation d'un langage familier pour une prose un peu plus recherchée. Et c'est très bien comme ça.
Comme on monte dans un taxi sans trop savoir à qui on a affaire côté conducteur, le chauffeur, lui, est constamment confronté à l'inconnu(e) qu'il doit conduire à travers la ville, le plus souvent dans les meilleurs délais, car la course est de mise dans ce métier. L'originalité des situations que l'auteur décrit repose sur la brièveté de ces rencontres, sur ces instantanés saisis au moment où quelque chose se passe, pendant que tout le monde dort, pendant que la nuit veille.
À chaque page on sait que l'histoire sera différente, courte et souvent passionnante. Les émotions se multiplient, les réflexions s'entrecroisent, comme les rues de la ville où circule l'auteur toutes les nuits, à la recherche du client qui a besoin de lui. Ses rôles sont multiples et ses personnages s'adaptent aux différentes situations, parfois périlleuses, auxquelles il est confronté. Il deviendra confident, témoin, négociateur, conseiller, guide, ou tout simplement chauffeur silencieux qui a hâte de terminer sa nuit.
Le plaisir de lire ces chroniques meuble parfaitement les nuits blanches.
Lucie le chien
On a tous un peu de chien en nous. Moi par exemple, je suis née sous le signe du chien et je sens une très grande affinité envers ces bêtes qui ont toutes un petit côté rebelle mais qui savent faire semblant d'obéir.
Sophie Bienvenu a donc choisi de faire parler le chien en elle, ou est-ce peut-être Lucie le chien qui a choisi de faire parler l'humain en elle, peu importe, c'est rafraîchissant et ça fait sourire.
J'ai bien hâte de lire les prochains titres de la collection. Blogueurs, tenez-vous le pour dit, on vous lit!
Ophélie, le 3 juin 2007
       
La Lune dans un HLM
Marie-Sissi Labrèche
Éditions Boréal
Douce folie
Vers la fin de sa vie, ma mère a vécu un épisode où elle était particulièrement confuse. Elle se sentait espionnée et croyait qu'on écoutait ses conversations téléphoniques, car elle entendait des bruits inhabituels sur la ligne. Tout devenait signe de menace autour d'elle. Si bien qu'à un certain moment, mes soeurs et moi avons pensé devoir la faire examiner par un psychiatre. Mais du jour au lendemain, elle est redevenue « normale » et nous n'avons jamais compris ce qui avait provoqué cet épisode de « folie ».
La mère de Marie-Sissi Labrèche, elle, n'est pas redevenue normale avec le temps. Et dans son troisième roman, intitulé La Lune dans un HLM, l'auteure nous livre les sentiments confus qu'elle éprouve pour cette femme qui, sans le savoir, lui a volé un peu de sa vie. Sans réellement se cacher derrière le personnage qu'elle a créé, Léa, Marie-Sissi dévoile sa rage en réglant ses comptes par le biais de lettres qui lui servent d'exutoire, mais qu'elle n'enverra jamais, et se sert de Léa pour transformer sa vie en roman, dans lequel elle décrit sa relation difficile avec une mère dont elle prend soin comme si elle était son bébé.
Ici, la folie devient tendresse, passion, honte ou fierté, et nous fait passer par une gamme d'émotions intenses, comme le sont les paroles et les gestes de cette mère qui, comme toutes les mères, souhaite une meilleure vie pour sa fille.
Je ne cache pas mon admiration pour cette auteure qui, avec ce troisième livre, nous prouve qu'elle sait aligner les mots pour toucher le lecteur. Sans aucun doute, elle a le sens de la chute et raffine son style. J'ai terriblement hâte de lire le prochain roman.
Ophélie, le 4 novembre 2006
       
L'ombre du vent
Carlos Ruiz Zafón
Éditions Grasset
Il y avait très longtemps que je n'avais pas autant savouré un livre comme j'ai savouré L'Ombre du vent de Carlos Ruiz Zafón. L'imagination, la sensibilité, l'originalité et le grand talent d'écriture de l'auteur font chavirer le lecteur dans un univers où les personnages sont attachants et intrigants à la fois.
Je me suis à mainte reprise arrêtée pour admirer la richesse des descriptions et la justesse du vocabulaire qui les compose, séduite par les mots, emportée par les images. Cet auteur possède le don d'amuser, d'intriguer, de capter l'attention et de jouer avec les émotions du lecteur, sans jamais le laisser sur sa faim.
L'attachement immédiat que ses personnages suscitent nous oblige à les suivre dans leurs mésaventures et à espérer pour eux un dénouement heureux. Car chacun d'eux, à un moment de sa vie, s'interrogera sur le sens de son existence, sur son avenir et sur les sentiments, autant ceux qu'il éprouve pour les autres que ceux qu'il inspire.
Et derrière chacune des pages, un fantôme, l'ombre d'un personnage omniprésent mais toujours absent, que nous attendons et qui devient l'objet de notre quête, comme de celle du héros.
Tous les amoureux des livres seront enchantés de plonger dans cet univers où le livre en tant qu'objet devient aussi précieux qu'un trésor, et où le simple acte de lire se transforme en expérience sensorielle. « Jamais je ne m'étais sentie prise, séduite, emportée par une histoire comme celle que racontait ce livre, expliqua Clara. [...] Je ne connaissais pas encore le plaisir de lire, d'ouvrir des portes et d'explorer son âme, de s'abandonner à l'imagination, à la beauté et au mystère de la fiction et du langage. Tout cela est né en moi avec ce roman ».
Que dire de plus?
Ophélie, le 2 septembre 2006
       
Prières pour la pluie
Dennis Lehane
Éditions Rivages
Prières pour la pluie est le quatrième roman de Dennis Lehane que je lis. Mystic River, dont j'ai parlé il y a un an, a été suivi de Shutter Island et de Gone Baby Gone. Ces trois titres, aux thèmes très différents, m'ont tenue suffisamment en haleine pour que je n'abandonne pas la lecture en cours de route, chose qui m'arrive malheureusement très souvent. C'est donc avec un grand bonheur que j'ai retrouvé cet auteur que j'aime beaucoup. J'ai littéralement dévoré ce dernier titre, profitant justement des jours de pluie pendant mes vacances pour me plonger dans cette lecture.
La pluie n'a pourtant pas grand-chose à voir avec le sujet ce roman policier où il est question de manipulation psychologique bien plus que de météorologie. Ici, pas de trucages ni d'effets spéciaux pour en mettre plein la vue, mais une histoire captivante qui ferait certainement l'objet d'un excellent film si elle était portée à l'écran.
Les personnages, qu'on retrouve avec plaisir dans ce cinquième épisode d'une série, sont suffisamment attachants pour qu'on craigne pour leur vie au moindre coup de fusil. Et c'est justement sur l'attachement et la loyauté que le récit s'appuie, sentiments qui animent le personnage principal au point de rendre sa volonté inébranlable.
La construction rigoureuse du roman suscite l'admiration et sa progression, minutieusement dosée, donne au lecteur l'impression de participer à une enquête dont le dénouement, sans être extrêmement surprenant, s'avère totalement satisfaisant.
Une lecture que je recommande pour l'exemple d'efficacité du récit que ce livre illustre à la perfection et pour le plaisir de l'évasion qu'il procure. Je suis définitivement attachée à cet auteur.
Ophélie, le 16 juillet 2004
       
Histoire de Pi
Yann Martel
Éditions XYZ
J'ai attendu patiemment la traduction de ce livre. Lorsqu'elle a enfin été publiée, je n'ai pas hésité une seconde à l'acheter. J'ai abandonné toutes mes lectures pour me consacrer à celle-ci, entièrement. Je voulais être disponible, ne pas être distraite par une autre histoire que celle de ce Pi, qui allait me raconter la sienne.
Je suis un peu restée sur ma faim. Trop d'attentes peut-être. Je ne suis pas certaine d'avoir bien vu, bien compris. Pourtant, j'ai écouté religieusement, j'ai lu et relu chacune des phrases en espérant qu'elles résonnent un peu plus : « Ce qui soutient l'univers au-delà de la pensée et du langage, et ce qui est en notre coeur et cherche à s'exprimer, c'est la même chose. » écrit Yann Martel.
Il y a de beaux mots et de très belles images dans ce livre. Il y a (qui suis-je pour le dire ?) un réel talent d'écriture chez cet auteur. Mais je pense qu'il ne va pas assez loin. J'aurais aimé qu'il touche un peu plus à l'âme, à l'essence, à la profondeur.
Cela étant dit, j'ajoute tout de même ce titre à mes coups de coeur, pour éveiller la curiosité des autres, pour qu'on le lise, qu'on le prête, qu'on l'offre. Car il y a dans cette histoire quelque chose de vrai et de très grand, que beaucoup sauront apprécier. J'ai discuté de cette lecture avec quelques personnes et certaines ont été profondément touchées. « Le monde n'est pas seulement ce qu'il est. C'est aussi ce que nous en comprenons, non ? »
Ophélie, le 28 septembre 2003
       
Mystic River
Dennis Lehane
Éditions Rivages
Voici le livre que j'ai emporté avec moi en vacances. C'est ma soeur qui m'a convaincue de me replonger dans ce livre, dont j'avais abandonné la lecture après quelques chapitres, un peu par manque d'intérêt, beaucoup par paresse intellectuelle. Je n'ai pas regretté d'avoir fait un petit effort pour continuer.
J'adore les romans policiers, mais celui-ci a plutôt été qualifié de roman noir par la critique. On dit que le roman noir s'attarde plus à l'aspect psychologique des personnages qu'à l'action. En effet, Lehane est fin psychologue et les descriptions de ses personnages sont faites avec minutie. Si bien qu'il devient facile de se faire un portrait de chaque protagoniste et de ne pas oublier qui est qui tout au long de l'histoire.
Et cette histoire, elle navigue de l'enfance à l'âge adulte, dans la vie de trois hommes qui seront réunis autour d'un événement choc. Chacun d'eux porte un secret, que le lecteur finira par découvrir, mais ce ne sont pas ces secrets qui dénoueront l'énigme.
Puisque le plaisir de lire un bon polar serait gâché si j'ajoutais trop de détails ici, je vous laisse sur quelques phrases qui illustrent assez bien l'habilité de l'auteur à jouer avec les mots : « On devine parfois la vérité au plus profond de son âme, et nulle part ailleurs. On la devine parfois confusément, au-delà de toute logique, et on a en général raison quand elle est de celles qu'on ne veut pas affronter, qu'on n'est pas sûr de pouvoir affronter. Alors, on tente de l'ignorer, on va consulter un psychiatre ou on passe de longues heures dans les bars, à s'abrutir devant les écrans de télévision - tout pour essayer d'échapper à ces vérités trop dures, trop laides, que l'âme a identifiées bien avant l'esprit. »
Ophélie, le 13 juillet 2003
       
Borderline et La Brèche
Marie-Sissi Labrèche
Éditions Boréal
Ici je triche un peu, car ce ne sont pas des lectures récentes, mais ce sont des lectures marquantes. Suffisamment marquantes pour inaugurer cette page de coups de coeur.
Il faut avoir le coeur solide pour lire Marie-Sissi Labrèche. Tout d'abord, parce qu'elle n'a pas la langue dans sa poche et que son langage, parfois tendre mais plus souvent cru, pourrait choquer les sensibilités. Mais moi, ce style franc et direct, sans fioritures, et ce genre de personnage écorché, à la fois solide et fragile comme une coquille d'oeuf, me charment immanquablement.
Dans Borderline, l'auteure nous raconte un peu sa vie à travers les différents chapitres qu'on pourrait considérer comme autant de nouvelles qui s'imbriquent telles les pièces d'un puzzle. Ici, Marie-Sissi se fait toute petite, replonge dans son enfance, dans ses mauvais souvenirs, dans sa peur et ses doutes d'enfant qui a honte de sa mère, honte de la folie. Plus loin, Marie-Sissi devenue grande ne sait plus très bien comment diriger sa vie et crie à l'aide, au psy !
Dans La Brèche, une jeune femme raconte l'histoire d'un amour impossible. Impossible ou difficile à vivre ? « (...) j'écris mon journal, c'est ma béquille, parce que cette histoire est trop grosse pour moi, c'est une histoire au-dessus de mes moyens (...) ». Difficile en effet, pour une belle jeune étudiante, d'admettre être tombée dans le piège de l'amour pour les beaux yeux du prof, idéal d'intelligence et de sensibilité, mais vieux, moche et bedonnant. Pourtant, il est là cet amour, bien vivant, et il voudrait bien prendre sa place, toute la place : « Et pourtant qu'est-ce que je voudrais qu'il m'envahisse, qu'il s'installe dans chacune de mes cellules pour de bon, qu'il prenne son bain dans mon sang. »
De lecture de Borderline aussi que de celle de La Brèche, on sort un peu en état de choc. Mais le plaisir qui suit, comme celui qu'on ressent après un tour dans les montagnes russes, vaut la peine d'avoir l'audace de s'y aventurer.
Ophélie, le 26 juin 2003
       
L'image que vous voyez sur cette page
est une création de Kelly Howlett.
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