Tamazight est dans une phase determinate de son existence. Pour que cette langue accède aux voies de la communication, et donc devenir une langue utilisée sur les supports écrits et audio-visuels, elle doit surmonter les obstacles politiques, économiques et culturelles dans les pays berbèrophones. C’est ainsi qu’une langue peut survivre parmi les autres langues de ce monde.
Pour que Tamazight soit
une langue écrite il faut un système de transcription qui peut
être utilisé par tous les Imazighens, et où les signes visuels
correspondent à des sons. Nous n’avons pas encore ce système là
de manière définitive. Ce qui n’est pas un handicape mais une
chance, car on a la possibilité d’éviter les erreurs commises
par d’autres langues. Un tel système doit répondre aux exigences
suivantes :
(1) Il faut qu’il dispose d’un
ortographe de surface où chaque signe (graphie) correspond à un
seul son (phonème) sans ambiguîté.
(2) Il est important d’utiliser
un système de graphie alphabetique sans accent ni point comme le cas
d’autres langues (le français).
(3) Il doit répondre
aux besoins de l’ensemble de Tamazight avec tous ses parlers sans gommer les
particularités les plus importantes dans chaque parler.
(4) Il faut enfin trouver un
système de graphie plus proche des Imazighen et de leur histoire que
l’alphabet latin ou arabe. En l’occurence, le Tifinagh pourrait après
certaines modifications répondre à ces exigences.
Tout cela est un
débat qui ne fait que commencer, mais ce qui nous intéresse ici
est d’adopter un moyen de transciption pour que le visiteur de ce site puisse
nous lire. Le tifinagh n'étant pas adapté ni suffisamment répandu,
nous allons utiliser l’alphabet latin. Notre premier exemple est un mot utilisé
par tous les Imazighen et prononcé par tous de la même façon:
Adrar = montagne.
Dans ce mot il y a 2 syllabes (ad
- rar). Ainsi pour écrire, nous découpons la phrase en mots, les
mots en syllabes et les syllabes en phonèmes. Dans le mot adrar il n’y
a que trois lettres (a-d-r) que nous avons composées entre elles selon
l’ordre de prononciation.
Pour écrire de façon correcte il faut dresser un tableau de correspondance entre chaque son et chaque phonème (lettre). Nous adoptons ici la notation utilisée d'une manière générale pour transcrire le Tamazight. Chaque lettre exprime un son, et la lettre est doublée pour exprimer la tension. L'alphabet est composé de 20 consonneset 6 voyelles. Nous prendrons des exemples pour illustrer la prononciation des différentes lettres.
| Aseklu/lettre | awal s tmazight / mot en tamazight | awal s tefransist / mot en français |
| A | ABRID | le chemin |
| B | TABRAT | la lettre |
| D | EDDU | vas |
| F | AFUD | le genou |
| G | AGGU | la fumée |
| H | UHU | non |
| J | IMEJJANN | les oreilles |
| K | AKSUM | la viande |
| L | ALLUN | le tambour |
| M | AMNAY | le cavalier |
| N | ANU | le puits |
| S | TASA | le foie |
| T | ETTU | oublier |
| Z | IZEM | le lion |
| C (ch) | UCCEN | le chacal |
| GH | TAMAZIGHT | le tamazight |
| R | ADRAR | la montagne |
| H' | AH'FUR | le trou |
| 3 | A3RAB | l'arabe |
| X | TIXSI | la brebis |
| A | AMAN | l'eau |
| I | TIRRA | l'écriture |
| U (ou) | UL | le coeur |
| W | AWAL | la parole |
| Y | AGHYUL | l'âne |
| E | EKKES | enlève |
Pour certains parlers, le “d” peut être prononcé comme en français (udi, à Neffoussa), ou comme le “th” anglais (udi, Kabylie et Maroc central). Le “g” peut être prononcé comme dans “agru, Maroc central”. De même le “t” peut être comme le “th” anglais (itri, Maroc et Kabylie). Ces consonnes spirantes seront parfois notées par un trait sous la lettre.
Il reste à trouver des solutions pour l’emphase, généralement notée par un point sous la lettre. Ici nous avons utilisé l'apostrophe.
Enfin, la tension est notée par le doublement de la lettre (ammas, milieu; taddart, maison). Voici le même texte écrit en parler Tamazight du moyen atlas, en Kabyle et Tamazight de Neffoussa.
Neffusa :
“Amen. Awid amen ad swegh lemmi tghessed
ad edregh. Ayetma n tamaceght mlun: “amen iman” (l’eau
c’est la vie). Mani ellan amen ellant
tidrin d tiga. Tiga in tixsiwin at-tcunt. Tidrin in iwdan sisent ad gun
ariti.”
Maroc central
:
“Aman. Awid aman ad sux mec trid
ad edderx. Ayetma n tmaceqt ennan: “aman d tudert”. Mani g
ellan waman ellant
tidrin t-tuga. Tuga i tixsiwen at-tcint. Tidrin i midden s-issent ad gin arectu.”
Kabyle :
“Amen. Awid amen ad swegh max tevghed
ad a’icegh. Ayetma n tmaceght ennan: “amen d turedt”. An dagh
ellan wamen tellagh
tudert eked leh’cic. Leh’cic aken at-tcent tixsiwin. Tidrin i lghaci
aken ad xedmen arekti.”
Français :
L’eau. Donne moi boire de l’eau si tu veux que je vive. Mes frères de Tamazight ont dit “l’eau c’est la vie”. Là où il y a de l’eau, il y a les maisons et l’herbe. L’herbe pour les brebis à manger. La vie pour les gens pour qu’ils en fassent la pâte.
Par Moussa
Harim