Carnet de voyage Rügen

 

Cet été là, Romain passe quelques semaines à Dresde chez des amis pour parfaire son allemand et nous devons l’y rejoindre fin juillet. De là naît l’idée de poursuivre notre route plus au nord de l’Allemagne afin de visiter l’île de Rügen. Son hôte, une fois informé de nos intentions, réactive alors un réseau de connaissance et nous trouve un endroit pour laisser notre voiture, autant de temps qu’il nous en faudra pour accomplir notre voyage, dans un tout petit village de pêcheurs sur la côte sud de l’île chez une sympathique mamie de quelques 80 printemps habitant une superbe maison au toit de chaume.

Le décor étant planté, l’aventure peut commencer. Mais, pour tout dire, elle commence de façon très humide puisqu’un violent orage éclate alors même que chargeant nos sacoches, toutes nos affaires s’étalent dans l’herbe autour de la voiture. Nous voilà donc trempés sans avoir effectué nos premiers tours de roues ! Incident prémonitoire ? Peut-être !

Et, le départ se présente tellement mal que la vieille dame nous propose de passer la nuit dans ce qui fut un gîte collectif de vacances sous la RDA avec toutes ses caractéristiques : mobilier tout formica style année soixante, ustensiles ménagers d’un autre âge. Les enfants dénichent même une carte d’avant le " tournant ", comme disent nos amis de Dresde, indiquant les restrictions en vigueur. Le terrain de camping limitrophe est resté, lui aussi, en l’état et l’on trouve encore les bornes électriques, les plate-forme bétonnées, les sanitaires collectifs rouillés…. Le tout recouvert d’herbe folle. Le lendemain matin, nous empruntons tout simplement la piste cyclable qui passe juste devant la maison et nous nous lançons dans le tour complet de l’île.

Rügen est sillonnée d’un réseau très important de pistes cyclables et c’est tant mieux parce que la circulation automobile est particulièrement dense en ce début du mois d’août. La portion que nous empruntons, le premier jour, longe le bord de mer en direction de Göhren et de la presqu’île à l’extrémité sud-est de l’île. Les paysages sont calmes et reposants. Nous traversons de petits villages où la quasi totalité des maisons sont recouvertes de toits de chaume.
Malheureusement les pancartes sont parfois absentes ou contradictoires à certains endroits ce qui nous conduira à commetttre quelques erreurs d’itinéraire.Nous faisons aussi connaissance avec les chemins recouverts de plaques de béton. L’ensemble n’est pas des plus roulants, ni des plus confortables, ou sécurisant, et nous vaudra d’ailleurs plusieurs chutes. A Moritz dorf, une surprise nous attend, la piste doit traverser un bras de mer et faute de pont, un passeur en barque guette le client. A la vue de nos vélos lourdement chargés, il appelle son collègue sur l’autre rive pour l’aider à les installer à bord ce qui ne sera pas vraiment facile ni pour les en retirer du reste.

Lors d’une éclaircie, nous tentons la baignade sur une des magnifiques et grandes plages de sable de la côte est de la presqu’île. Mais l’eau est froide et la tentative est de courte durée. A Göhren, en cherchant un endroit pour coucher, nous pénétrons dans un immense complexe abandonné : centre de vacances ou sanatorium ? Le plus bizarre est que presque tout le mobilier est resté en l’état. Nous retrouvons ainsi les mêmes lits, les mêmes armoires, les mêmes accroches torchons en plastique bleu de la veille. Les cuisines sont encore équipées et le matériel électroménager gît par terre. Les documents administratifs jonchent les sols des bureaux. C’est curieux… Nous retrouvons ainsi d’autres complexes de ce type à l’abandon tout au long de notre circuit.

Devant les réticences des enfants à coucher sous un des balcons d’un des bâtiments, nous décidons alors de trouver un camping. Ce qui ne sera pas notre meilleure idée ! Le camping en question est bondé. Jamais nous n’en avons encore vu d’aussi surchargé. Nous ne pouvons pratiquement pas passer entre deux tentes. Certains ont même creusé de véritables plates-formes dans le flanc des dunes pour y enfouir les leurs. Et le plus surprenant, c’est que dans toute cette foule, il n’y a, semble t-il, pratiquement pas d’allemand de la partie ouest. A côté de nous stationne même une superbe " Trabi " arborant la plaque DDR. On ne peut que penser aux propos de notre ami Ingo, habitant Berlin " est " qui affirme qu’il ne va jamais dans la partie ouest de la ville : " Oh, Non, nous restons chez nous "… Le soir, quelques nuages s'accumulent et, au petit matin, la pluie se met à tomber de nouveau avec violence.

Les deux tentes sont trempées mais il nous faut tout de même démonter. Nous repartons sous la pluie et par une température pas vraiment estivale. Et, à partir de ce jour là, il pleuvra maintenant pratiquement tous les jours. Nous suivons la côte et nous visitons des stations balnéaires au charme délicieusement désuet. Partout des travaux d’aménagement y battent leur plein car les façades de nombreux immeubles et maisons individuelles portent encore les stigmates d’un entretien pour le moins défaillant. A Sellin, suivant les pancartes portant un petit vélo bleu nous nous retrouvons bientôt en pleine forêt sur un véritable parcours de cyclo-cross et toujours sous la pluie. Le chemin est plein d’ornières, boueux à souhait, parfois sablonneux et notre arrivée à Binz sera une véritable délivrance. Il fait froid et il pleut toujours à verse mais les nombreux vacanciers font patiemment les boutiques. Pour nous, crotteux et transis, la question est plutôt de trouver un endroit sec pour dormir.

A quelques kilomètres de la cité se dresse un immeuble démesurément long qui ne semble pas vouloir se terminer. Nous apprendrons plus tard qu’il s’agit là du site de Prora, un gigantesque complexe édifié par l’organisation nazie " Kraft Durch Freunde " et qui aurait pu accueillir 20 000 vacanciers venus de la Grande Allemagne si la guerre n’en avait stoppé la construction. Le bâtiment, dont seule une partie est détruite, mesure près de 5 kilomètres de long et l’endroit complètement désert est particulièrement impressionnant. Nous trouvons là un garage désaffecté dans lequel nous nous installons et tentons de faire sécher notre matériel. La nuit dans un tel lieu sera sinistre. Mais nous sommes au moins à l’abri. Nous n'apprendrons malheureusement qu'au retour que ce bâtiment abrite une auberge de jeunesse ! La commune y a aussi installé plusieurs musées qu'il est intéressant de visiter. Prora: Seebade KDF

Par la suite, et toujours sous un ciel gris et menaçant, nous remontons jusqu’à Neu Mukran où nous prenons alors la direction de Bergen, ville principale de l’île, d’où nous rejoignons ensuite Garz puis le bord de mer près de Silmenitz. La piste cyclable traverse des zones agricoles et de petits villages qui semblent endormis. Nous croisons plusieurs groupes de cyclistes, dont tous semblent s’accommoder tant bien que mal du temps incertain.

Après nous être, une fois de plus, perdus, nous finissons par planter nos tentes au bord de la mer près d’un charmant et tout petit port. Le lendemain matin, la première tente est à peine démontée qu’un nouveau déluge arrive, et c’est de nouveau sous la pluie que nous continuons maintenant vers le nord de l'île. nous longeons la rive opposée à Stralsund. Le vent souffle très fort et la progression est lente malgré les petites haies qui nous protègent. Nous visitons le petit eco-musée de Rambin, très enrichissant et nous suivons toujours la côte. Dans les villages, certaines églises de briques rouges sont intéressantes à voir. La piste nous conduit parfois au plus prêt des côtes et loin des routes.

Nous commençons à prendre l’habitude des plaques de béton et pour des cyclistes désireux d’éviter la circulation automobile, c’est parfait. Par contre, les endroits de camp ne sont pas toujours faciles à trouver et les campings pas forcément à l’endroit où nous souhaiterions nous arrêter. Après Gingst, Trent et Wiek, nous atteignons Bakenberg tout au nord de l’île. Il y a beaucoup de monde. Manifestement les belles plages de sable et les falaises attirent un nombre important de touristes. Le petit camping auquel nous nous adressons nous réclame 270 F pour une nuit à quatre. Aussi, devant un prix aussi abusif, nous repartons. Et cette nuit, là nous dormirons au bord de la falaise dans une petite cabane en bois.

Nous préférons ensuite quitter la piste principale pour suivre le petit chemin qui longe le bord des falaises jusqu’au cap Arkona. Celui-ci, très sablonneux, et plus propice à la randonnée n’est pas très roulant pour des cyclistes chargés mais la vue que l’on y découvre sur la mer en contrebas vaut largement les efforts endurés. Au cap Arkona, c’est bien sûr la très grande foule toutefois le site surplombant la plage où gisent de gros blocs de rochers "  Rollblockstrand " vaut effectivement le déplacement.

 

Jasmund: Königstuhl La piste cyclable, recouverte de neuf et très roulante, suit ensuite le bord de mer jusqu’à Glowe. Nous la quittons simplement pour nous rendre à Altenkirchen où nous visitons la plus vieille église de l’île. Nous décidons alors de prendre une journée de repos au camping de Nipmerow afin de visiter le parc de Jasmund et ses fameuses falaises de craie. Ce camping est ombragé, agréable et accueillant. Et c’est donc avec des vélos déchargés que nous visitons le parc. Là encore, les falaises et les plages de galets attirent beaucoup de touristes et il y a foule sur les sentiers. La plupart d’entre eux sont d’ailleurs interdits aux cyclistes. Il est donc nécessaire de combiner cyclisme et marche à pied.

Le lendemain, une dizaine de kilomètres, seulement, sur une bonne route en pleine forêt nous conduira à Sassnitz d’où nous voulons prendre le ferry pour Trelleborg en suède. Mais le port ne se trouve plus dans la ville même, comme nous le pensions, mais à 6 km plus au sud et rien ne l'indique vraiment. Nous arriverons de ce fait 20 minutes seulement avant le départ du bateau. Heureusement, aucune réservation n’est nécessaire pour les cyclistes et les billets peuvent être pris au dernier moment. Le ferry quitte Rügen en longeant les falaises de craie ce qui après la randonnée de la veille donne une intéressante vision globale de la géographie locale. Malheureusement, cette météo, pour le moins défavorable pour des cyclo-voyageurs, nous a un peu gâché le plaisir et c'est vraiment dommage. Car cette île constitue une destination parfaite pour une famille de cyclistes désireuse de faire de courtes étapes et ne souhaitant pas rouler sur un terrain trop difficile. Par contre, il semble nécessaire d’éviter, si possible, les mois de Juillet ou d’Août pour cause de grande affluence touristique. Nous n'avons pu que le constater et ce malgré la pluie.

 

Suite du carnet de voyage sur l'île de Gotland en Suède

 

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