Ecosse: carnet de voyage

Fin juin 99, la destination est maintenant bien arrêtée, ce sera l'Ecosse. La seule incertitude réside dans le moyen d'y arriver avec nos vélos et bagages divers et ce, d'autant plus, que Julien, notre fils aîné, vient de nous annoncer qu'il aimerait bien se joindre à nous ! Il faut se rendre à l’évidence : la voiture est trop petite pour nous cinq et il nous faut trouver un autre moyen de transport.

Aéroport de Glasgow Nous choisissons l'avion. Ce n'est, bien sûr, pas le moyen le plus économique, mais c’est certainement le plus rapide  puisque nous quittons Lyon en début de matinée, nous atterrissons à Glasgow aux alentours de quinze heures et, une heure et demie plus tard, nous effectuons nos premiers tours de roue écossais… Seul ennui : nous commençons par nous perdre !  Et, ce n’est qu’après avoir fait 30 km, au lieu des 8 km prévus, que nous trouvons enfin le camping espéré, à la tombée de la nuit. Le lendemain, constatant que nous sommes beaucoup plus éloignés de Glasgow que nous l’avions imaginé, nous décidons donc de changer d’itinéraire.
Nous devions prendre directement le train pour Oban. Et bien, nous poursuivrons la route sur laquelle le hasard nous a placés. Comme quoi, il n’est pas toujours nécessaire de tout prévoir…Nous prenons alors la direction de Greenock pour rejoindre ensuite l’île de Mull par les terres. Il fait beau et chaud, notre voyage dans la pluvieuse Ecosse s’annonce donc sous les meilleurs auspices. Nous trouvons bien quelque pessimiste de nature pour nous dire de vite photographier le soleil, avant qu’il ne disparaisse, mais, tout va bien. Le premier camp sauvage au bord d’un lac est superbe et nous tentons même la baignade. Seuls quelques petits insectes minuscules viennent à peine contrarier la soirée.
Le lendemain, par contre, changement de décor : le ciel est gris et une heure plus tard, il se met à pleuvoir. L’Ecosse nous rappelle à son bon souvenir ! Et cela va durer quinze jours ! Il nous faudra tout d’abord deux jours de route pour rejoindre Oban, les moments de pluie battante alternant avec quelques passages ensoleillés. La route que nous empruntons passe le long de lacs, ou de bras de mer et, quoi qu’il en soit, même sous la pluie, les paysages sont superbes. Le premier château en ruines, aperçu au centre d’une petite île, nous enchante. Malheureusement, nous sommes rapidement trempés, à l’intérieur comme à l’extérieur et, une fois de plus, nous constatons que les Kway sont totalement inopérants. Nos deux adeptes du ciré, eux, se réjouissent de leur choix, lourds mais pour le moins judicieux. Les derniers kilomètres pour rejoindre Oban sont difficiles, la circulation est intense et il y a beaucoup de camions. Nous essayons de rouler sur les trottoirs et bas-côtés mais ce n’est pas simple et nous nous sentons vraiment en insécurité sur cette route. C’est donc avec soulagement que nous prenons le bateau pour l’île de Mull où nous pensons que les routes seront moins fréquentées.

Elles le sont, en effet. Elles sont d’ailleurs si étroites que, de toute façon, il ne peut guère en être autrement. De nombreuses "  passing places "  permettent cependant les rares croisements de véhicules. Malgré le ciel gris et les " douches écossaises " régulières et que nous voyons, du reste, venir de loin, nous roulons au milieu d’une nature sauvage et magnifique.

Nous apercevons peu de monde, mais tous ceux qui nous croisent, nous font un petit signe de la main, y compris la mamie à la fenêtre de sa cuisine. Peut-être faut-il voir là une vraisemblable conséquence de l’isolement. Et la montée dans le Glen More confirme bien cette impression de solitude. Nous pédalons au milieu des tourbières et de la lande, pas une seule maison à perte de vue. Seule, de temps à autre, trône au bord de la route une boite aux lettres rouge, aussi étonnante qu’incongrue dans ce paysage sauvage.

Le premier soir sur cette île, nous empruntons une minuscule et superbe route au bord de la côte, sous des falaises et c’est juste à ce moment là que le soleil fait une timide percée éclairant les iris jaunes, aussi nous reprenons–nous à espérer… Mais, l’espoir sera de courte durée. Deux heures plus tard, nous montons les tentes sous des rafales de vent et des trombes d’eau. Nous terminons ainsi la visite de cette île sous un ciel gris et pluvieux. Par chance, nous arrivons à Tobermory, la capitale de Mull, pour la fête de la société locale de secours en mer. Aussi, passons-nous une bonne partie de la journée à regarder les démonstrations de sauvetage, entourés de kilts, le tout au son des cornemuses, avant de reprendre la direction du ferry pour Oban.

Là, désagréable surprise, il n’y a pas de liaison maritime pour les Hébrides le dimanche. Nous nous octroyons donc une journée de repos, un peu malgré nous. Et, ce n’est que le lundi, après la dégustation d’un excellant 14 ans d’âge à la distillerie locale, que nous prenons le ferry pour Loghboisdale sur l’île de South Uist. Nous débarquons là par un soir brumeux, dans un village quasiment désert, ce qui fait que nous ne savons pas très bien où monter nos tentes, mais on nous autorise fort heureusement à camper derrière l’office de tourisme. Pour changer, il fait froid et il pleut !

Le lendemain, en regardant la carte de la région, les enfants s’aperçoivent qu’il existe, non loin de là, des colonies de phoques. Nous voilà donc partis vers une toute petite île, toute proche. Et, en longeant la côte nous apercevons effectivement nos premiers phoques. Ils nagent entre deux eaux, sortent la tête, nous regardent, soufflent puis disparaissent pour réapparaître un peu plus loin. Ce jour là, nous avons l’impression d’être très loin de chez nous.

La remontée vers le nord à travers South et North Uist continue dans des conditions exécrables. Le vent souffle, de face bien sûr, il pleut constamment et il fait froid. Les paysages ont l’air superbes, beaucoup de petits lacs ou de bras de mer s’enfonçant dans les terres, mais nous n’en voyons pas grand chose à cause du brouillard. Nous croisons des cyclos suisses, tout aussi frigorifiés que nous, mais comme ils vont dans l’autre sens, ils ont le vent dans le dos, quels chanceux !

Pour notre deuxième nuit sur les Hébrides, nous plantons nos tentes à côté d’une pittoresque auberge de jeunesse au toit de chaume et nous passons une agréable soirée, très internationale, bien au chaud à côté du poêle. On sèche, enfin, et on échange quelques informations pratiques. Nous recommencerons d’ailleurs le lendemain, les garçons couchant à l’intérieur du gîte car leur tente prend l’eau et il est aussi vrai que, compte tenu des conditions climatiques, nous apprécions de pouvoir manger au chaud. Notre itinéraire emprunte la route principale de l’île, mais il y a vraiment peu de circulation.
Ce que nous voyons le plus, ce sont les moutons, il y en a de partout, y compris dans les cimetières ! Ils sont superbes et imposants. Mais chaque maison est entourée d’un grillage empêchant ces animaux de pénétrer dans les jardins. Entre deux averses, nous avons la chance de voir successivement deux éleveurs tondre leurs bêtes le long de la route. Les exploitations de tourbe sont nombreuses et nous croisons aussi de nombreux tracteurs transportant leurs lots de briques de combustible. Du reste, chaque maisonnette possède son tas, tout proche, comme les tas de bois, chez nous. Au bout de trois jours, et après avoir longé quelques superbes plages de sable, nous atteignons l’extrémité de North Uist. De là, un ferry nous conduit sur Harris. Le paysage change, il devient très minéral et montagneux. Nous enrageons car le peu que nous voyons, émergeant du brouillard, semble magnifique et correspond vraiment à ce que nous étions venus chercher. Nous campons au bord de la plage, non loin de la pierre levée de Mc Leod.

Le jour suivant sera la pire journée que nous ayons eu : de la pluie, de la pluie, de la pluie…Tout a commencé pour plier les tentes par grand vent, toute une aventure ! …mais on a le vent dans le dos, et quel vent ! Par contre, en fin de journée, dans la descente d’un col, notre vitesse passe subitement de 50 à 15 km/h lorsque la route nous amène à avoir le vent de face. C’est terrible ! Jacqueline, effrayée, effectue même une partie de la descente à pied, tant il est difficile de se maintenir à gauche de la chaussée. A la tombée de la nuit, il pleut encore, nos clignotants arrières nous rendent bien service. Le sol regorge d’humidité. Vers 22 heures , ne trouvant vraiment pas d’endroit pour camper et complètement trempés, nous sommes contraints de frapper à la porte d’un particulier. Etonnement et accueil chaleureux. Mais au moment du départ le lendemain, mauvaise surprise : notre hôte nous réclame 25 livres…..

Bref, c’est avec le moral à zéro que nous abordons l’île de Léwis et que nous nous dirigeons vers le site de Callanish ,et son impressionnant cercle de pierres levées, à l’extrémité ouest. Les éleveurs regroupent les bêtes. Des troupeaux entiers de moutons obstruent la chaussée, vite canalisés par les efficaces chiens noirs et blancs. A voir.

Et nous voici le dimanche 25 Juillet . Ce jour là est à marquer d’une croix : il fait grand beau, plus un seul nuage !

Dans le petit camping où nous avons passé la nuit, un campeur anglais aborde le propriétaire et lui dit : " Quelle drôle de lueur dans le ciel aujourd’hui ? " " Oui, cela arrive quelquefois! " répond ce dernier ! Humour écossais, sans doute… Nous poursuivons une route totalement déserte vers Stornoway, la capitale des îles hébrides. Par contre les immenses parking des églises sont bondés, ce qui est d’autant plus visible que l’habitat est ici clairsemé et que ces petites églises sont seules au bord des routes. C’est le jour du seigneur et tout, absolument tout, est fermé, y-compris le petit éco-musée que nous souhaitions visiter. "No Sunday washing, please "  "No Sunday golfing, please" , peut-on lire ici et là…

Le sol est tellement gorgé d’eau que les foins sèchent sur des claies en hauteur. ..Lorsque nous arrivons à Stornoway, il fait toujours aussi beau. Il est encore tôt, aussi nos tentes sont-elles vite montées car nous avons décidé d’aller faire un tour " en ville ". Tout est fermé, bien sûr, mais nous flânons le long du port. Ce n’est pas désagréable.

C’est à ce moment qu’ arrive un petit voilier norvégien escorté par plusieurs phoques. Romain, persuadé que c’est sans doute le bruit de la coque dans l’eau qui les attire, se met alors à frapper dans l’eau avec la main. Et, effectivement, quelques secondes plus tard, une énorme bête émerge d’un seul coup à cinquante centimètres de son bras. Nous sursautons tous. Si près ! Nous passerons ainsi plus d’une heure à les attirer près de nous et à prendre de nombreuses photos, sous l’œil blasé d’un groupe d’enfants locaux pêchant juste à côté.

Nous sommes maintenant arrivés au point le plus élevé de notre périple et il faut penser à redescendre vers Glasgow. Un ferry nous conduit alors à Ullapool sur la côte ouest écossaise. A bord, nous avons droit à un exercice de sauvetage en mer par hélicoptère, avec hélitreuillage, applaudissements des spectateurs et grands signes de l’équipage de la Navy à la fin de leur prestation… Very interesting ! A Ullapool, nous retrouvons la grande foule touristique ( Sensation désagréable ! ) et, le soir même, nous faisons plus ample connaissance avec Leur Majesté les Midges. Horrible ! Et encore ce n’est rien, comparé à ce que nous allons endurer les jours suivants. Nous comprenons enfin à quoi servent les moustiquaires individuelles aperçues l’après midi dans les devantures des magasins !

Tenue anti-midge de rigueur !!!! Nous décidons de suivre au plus près la côte. La route monte dans la montagne tout en surplombant la mer. Il fait toujours beau, et nous pouvons complètement apprécier la beauté des paysages. Mais, le soir, au bord du Little Loch Broom, nous trouvons un petit camping où, une fois le premier pied posé à terre, nous vivons un enfer " Midgesque ". Nous sommes assaillis de toutes parts. Le guide du routard recommande bien de ne surtout pas se gratter. C’est véritablement chose impossible ! Il fait beau et chaud, mais nous sommes obligés de mettre : pantalons, gants, bonnets et même lunettes de soleil pour empêcher toute intrusion entre le foulard porté sur le visage et le bonnet. Peine perdue ! Ces horribles bestioles s’infiltrent même à travers les fermetures éclairs ! Nous devons finalement nous réfugier dans les toilettes pour pouvoir enfin manger. C’est là que le propriétaire, hilare, nous surprendra pour nous faire payer notre nuitée , ponctuant d’un : "Oh, l’année dernière, c’était encore bien pire, je n’ai pas pu repeindre ma barrière ! ! ! ! ! "

De quoi rester rêveur ! Et il en sera ainsi quasiment chaque soir après 18 heures et chaque matin jusqu’à 10 heures. Dure pour un cyclo - touriste de ne se lever qu’après 10 heures ! Et c’est bien dommage , car ces moments difficiles nous gâcheront un peu le plaisir retrouvé avec le beau temps.

Notre route nous permet ensuite de rentrer dans le parc national du Wester Ross : landes, tourbières, montagnes dénudées et grand lac. Il fait si chaud que nous nous baignons à deux reprises avant d’entamer la montée du Glen Torridon. A notre grand soulagement, des camping-caristes marseillais nous indiquent alors un endroit de camp sans midge, car venté, à Shildaig. Inutile de dire que, ce soir là, nous ferons tout pour arriver jusqu’à cet endroit idyllique qui, en plus, surplombe la mer et est magnifique.

Le lendemain, à cours d’argent liquide, nous cherchons un bureau de poste pour échanger nos post-chèques internationaux. Une petite maison avec jardinet, au bord de la route, arbore le panneau rouge " post office " . Après avoir hésité, nous sonnons tout de même. Une petite mamie en tablier se présente à l’entrée de son vestibule , elle abaisse alors une planche de bois en travers de sa porte d’entrée, quitte son tablier et dit en souriant : "Voilà, la poste est ouverte !". Pittoresque  et savoureux ! Malheureusement, cette poste là est bien trop petite pour honorer notre demande et il nous faudra faire 15 km de plus pour obtenir satisfaction. Dans le même registre, nous observons que le camion du facteur est équipé pour emmener quelques passagers lors de sa tournée. Nous longeons toujours la côte par des routes plus étroites les unes que les autres, mais quel spectacle que ces bras de mer et ces montagnes dénudées. Notre prochain objectif doit nous conduire vers le médiatique château d’Eilan Donan et ensuite l’île de Skye où nous quittons notre fils aîné, Julien à Armadale car il doit rentrer une semaine avant nous. A Sligachan, nous avons la surprise de rencontrer des cyclo-campeurs français, adhérents comme nous à " Cyclo-camping international " . Ce sont les premiers que nous rencontrons à l’étranger depuis que nous voyageons chaque été en vélo.

A Portree, ville principale de l’île de Skye, nous arrivons juste pour les très touristiques " Highland games ". Nous nous octroyons donc un jour de repos pour assister à ces festivités. La commune grouille de monde, mais c’est à voir vraiment ! Le lancer de tronc, entre autre, est quelque chose d’impressionnant. Les jigues sont endiablées. Le violon est envoutant. " pipers and culture"  L’ambiance est bon enfant et le public participe de bon cœur. Nous finissons la soirée dans un pub, au son de la musique traditionnelle : bière et musique jusque dans les rues, un véritable régal ! 23 heures, nous assistons au retour des pêcheurs, tout le monde n’est pas à la fête ! Nous terminons ensuite le tour de l’île de Skye : Kilt Rock, Duntum castle ( Tiens, on voit les côtes d’Harris ! Et dire qu’à Harris, la météo fut telle qu’on ne soupçonna même pas la côte en face ! ) Dunvegan castle, Neist Point ( Ces falaises valent le détour, mais les moutons écossais sont fous ! Ils s’aventurent jusqu’à l’extrême bord des falaises, inconscients du danger. Impressionnant !) . De nombreux élevages de saumons sont implantés le long des côtes. Mais les paysages ne nous paraissent pas aussi beaux que les précédants, et surtout la circulation automobile est intense ce qui nous oblige à une vigilance de tous les instants. Nous sommes un peu déçus par cette île. Nous sommes alors le 7 Août, notre billet d’avion est pour le 11. Cette fois, il faut vraiment prendre le chemin du retour. A Armadale, nous empruntons à notre tour le ferry pour Mallaig et de là, le train pour Glasgow. Deux journées entières de visite de la ville, d’église en galeries d’art, suffisent tout juste à nous rassasier et nous voici déjà devant l’aéroport, en train de reconditionner nos bagages. Ce n’est pas une mince affaire ! C’est qu’au pays du mouton, difficile de ne rapporter que des souvenirs ! Une longue nuit passée sur les banquettes de l’aéroport et nous sommes de nouveau à Lyon , puis à St Etienne. Tout à une fin !

Nous sommes très satisfaits de notre voyage, sincèrement ! Finalement, les quinze premiers jours de pluie et les attaques des midges ne sont plus qu’un mauvais souvenir et le bilan est largement positif. La côte ouest de l’Ecosse vaut vraiment la peine d’être parcourue en vélo, même si avouons-le Jacqueline a quelque peu poussé son vélo, montées obligent. Alors si cela vous tente, achetez simplement une tenue en Goretex complète et ….une moustiquaire individuelle. Bon voyage !

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