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Jacqueline de Bavière

Quelques faits saillants de l’histoire du Hainaut

Une longue histoire

 

Les quelques lignes qui suivent ont pour objectif de tenter de mettre en exergue quelques événements saillants de l’Histoire du Hainaut. Elles sont très largement mais très librement inspirées d'un article de M. Jean-Marie CAUCHIES (Docteur en Histoire. Doyen de la Faculté de Philosophie et Lettres des Facultés St-Louis à Bruxelles et professeur à l’UCL) que nous remercions pour son amabilité. Nous avons également trouvé quelques sources d’inspiration dans le livre de Georges BOHY « Hainaut ou l’épopée d’un peuple»

 

 

1° Comté des Nerviens

 

Sous l’empire romain, la cité des Nerviens (civitas Nerviorum) constitue la première étape des prémices du Hainaut. L’appellation « comté des Nerviens » survivra même jusqu’au XIème siècle. De cette cité romaine est issu le diocèse de CAMBRAI qui jusqu’en 1559 s’étendit de CAMBRAI à ARRAS et de l’Escaut à la Sambre (soit des limites plus larges que celles que le Hainaut connut jamais).

 

A l’époque franque, on retrouve dans nos contrées le pagus de FANOMARTENSIS (FAMARS, près de Valenciennes). Il gardera ce nom jusqu’au Xème siècle mais dès le VIIIème en concurrence avec la dénomination de pagus HAINOENSIS (en référence à la rivière Haine).

 

A partir du Xème siècle, des comtes sont installés à Mons alors à la limite nord du pagus de la Haine. Durant ce siècle, les comtes «REGNIER» vont tenter avec des succès divers de favoriser l’émancipation du Hainaut. C’est REGNIER Il (924-931) qui annexa le Valenciennois et Bavay à ses états. Cette famille comtale tenta, comme celles qui lui ont succédé, de profiter des dissensions entre leurs suzerains à savoir au départ la Lotharingie (ensuite absorbée par les deux suivants), le Royaume de France et le Saint-Empire Romain Germanique. Entre ces deux derniers, l’Escaut constituera longtemps une limite qui traversait le Hainaut.

 

Cette lutte incessante de conquête et d’autonomie sera entrecoupée de défaites. Mécontent de son vassal, l’Empereur divisa même en 958 le comté en deux entités comtales distinctes de Mons et de Valenciennes. Cette division durera environ un siècle.

 

Au Xlème siècle, le territoire hainuyer sera progressivement étendu par les Comtes «Baudouin» vers le nord (CHIEVRES, BRAINE-LE-COMTE, HAL) et l’est (BEAUMONT, CHIMAY), voire I’OSTREVANT.

 

Au XIIlème siècle, le comte est devenu un authentique souverain de fait qui gouverne un territoire assez équilibré entre ses parties aujourd’hui belges ou françaises. La politique matrimoniale des Comtes leur permet de prendre pied dans les contrées voisines (Flandre et namurois) et de se préserver des velléités de reprise en main par les suzerains (mariage avec les enfants des Rois de France, d’Angleterre, de l’Empereur, ...).

 

L’organisation administrative commença très tôt à se développer. Sous le chef de file de cette administration comtale, à savoir le Bailli (plus tard Grand Bailli), on retrouve 4 prévôtés en Hainaut «belge» (Mons, Ath, Binche, Braine-Le-Comte) et 5 en Hainaut «français» (Valenciennes, Maubeuge, Bavay, Le Quesnoy et Bouchain).

 

Si la capitale était localisée à Mons, le rôle officiel de Valenciennes n’en était pas pour autant modeste. En effet, la vie de la cour comtale n’était pas uniquement basée à Mons, Valenciennes (qui fut plus tôt une ville d’envergure) y tenait une place importante.

 

Le Comte Baudouin IV (milieu du XIIème) qui organisa et stabilisa le Hainaut releva l’enceinte de Mons tout en se faisant bâtir un bel hôtel de pierre à Valenciennes. C’est dans cette dernière ville qu’il remit l’écu à son fils, le futur Baudouin V, et qu’il l’adoubera. Par contre, c’est à Mons que les Etats du Hainaut  se réunirent pour confier à son fils la charge comtale durant la maladie paternelle.

 

La Paix de Valenciennes (1114), codification du droit, constitue selon le Comte lui-même un ouvrage destiné à l’ensemble des seigneurs et échevins justiciers du Comté.

 

«Il n’est pas qu’en sa Salle-Le-Comte de Valenciennes ou son château de Mons que Baudouin V (1171-1205) affirme son prestige par une pompe brillante ».

 

C’est à Valenciennes que Marguerite d’Alsace, épouse du futur Baudouin V, accoucha de celui que l’Histoire appelle Baudouin de Constantinople (Baudouin VI).

 

Plus tard, Guillaume 1er (1304-1337) « sut soutenir grande dépense pour recevoir les princes et dresser à cour ouverte qu’il tient en admirable magnificence à Mons et à Valenciennes ». C’est à Valenciennes que le même Guillaume reçoit en 1335 les ambassadeurs de l’Empereur et du Roi d’Angleterre.

 

Un demi-siècle plus tôt, c’est à Valenciennes que Charles d’Anjou s’était fait proclamer Comte de Hainaut (le 5/1/1254) voulant déposséder Marguerite de Constantinople.

 

La dernière souveraine d’un Hainaut largement autonome, Jacqueline de Bavière reçut an 1427 l’appui des Etats généraux du Hainaut rassemblés à Valenciennes.

 

Ces quelques exemples montrent que la cour comtale tenait compte de l’importance économique et « sociale » de Valenciennes (*) autant que de celle de Mons.

 

2° Une économie hainuyère

 

Selon certains historiens, le Hainaut a « raté» la révolution urbaine des XII et XIIIème siècles. Il ne comptait qu’une seule ville de dimension honorable, Valenciennes, en croissance depuis le IXème avec son «portus », son tonlieu, sa monnaie qui a succédé à FAMARS (à 5 km) dès la fin du Bas-Empire.

 

Le développement économique de VALENCIENNES du IX au XIIIème va bénéficier à l’ensemble du Hainaut rural. La liaison avec Mons sera terrestre mais aussi fluviale par la Haine dont le rôle de trait d’union économique fut fort important.

 

Plus tard au XVème, les populations de Mons et Valenciennes se sont équilibrées et oscillaient entre 10 et 15 mille habitants. La foire de Mons, entre-temps, est devenue à la Toussaint le rassemblement du commerce hainuyer.

 

Cette complémentarité économique est évidente jusqu’à la séparation (deuxième moitié du XVIIIème). Le nord et l’ouest du Hainaut sont des terres céréalières alors que le sud est plutôt propice à l’élevage. L’activité «industrielle» quoique concentrée, engendrera des courants commerciaux non négligeables comme le transport du charbon borain (ouest de Mons) qui gagnait Valenciennes par la Haine et l’Escaut.

 

 

 

3° La séparation

 

Si le XVIIème fut considéré en France comme le grand siècle; dans nos provinces, les chroniqueurs parlaient plutôt de siècle de malheurs qui vit les guerres succéder aux guerres. La scission du Hainaut qui en résultat ne fut semble-t-il, pas subie de gaieté de cœur par certains habitants (**).

 

Cette séparation qui connaîtra de multiples péripéties fit passer à la Couronne de France un territoire représentant 43% de la surface de l’ensemble du Hainaut. Les étapes de la scission seront notamment le traité des Pyrénées de 1659 (transfert de Avesnes, Landrecies, Le Quesnoy) et de Nimègue en 1678 (transfert de Valenciennes, Condé, Bouchain, Maubeuge, Bavay, Cambrai,..). Certains localités ne seront fixées sur leur sort qu’à la fin du XVIIème (1669) et pour des détails territoriaux en 1779 (Traité des limites).

 

Dans le Royaume de France, le territoire de l’intendance du Hainaut regroupera les circonscriptions anciennement hainuyères avec son siège à Maubeuge puis à Valenciennes. Si cette dernière avait eu à souffrir les dommages des guerres, Mons ne fut pas épargnée (incendie), notamment lors de la prise de la ville en 1691 par Louis XIV. Mons et Valenciennes furent ainsi à nouveau réunies (***) pour quelques années jusqu’à la séparation née de la mise sur pied des Pays-Bas autrichiens (traité d’Utrecht de 1714).

 

En 1788, la population des deux « parties de l’ancien Hainaut avait connu une évolution démographique comparable tant dans le chef des deux villes phares de Mons et de Valenciennes (± 20.000 habitants) que pour l’ensemble de la population qui, de part et d’autre de la frontière, regroupait 300.000 personnes.

 

" Le sentiment d’une appartenance hainuyère s’est estompé dans le Hainaut français incorporé depuis 1790 au département du Nord, trop souvent identifié en bloc à la Flandre (française); il n’y a toutefois jamais disparu de la conscience collective et divers indices permettent de croire qu’il connaît aujourd’hui un certain renouveau "  (Maurice-A. ARNOULD)

 

Les retrouvailles de 1792/1795 à 1815 furent à nouveau suivies d’une séparation qui laissa des traces amères notamment sur plan économique. L’Europe devrait permettre aujourd’hui de mieux valoriser les synergies transhainuyères.

 

 

« Dans le contexte européen d’aujourd’hui et sans préjudice de leur fidélité aux nations belge et française, hainuyers du nord et du sud peuvent puiser dans les siècles révolus les ferments d’une collaboration étroite et légitime » Jean-Marie CAUCHIES.

 

 

                                                                                                                           Philippe REUL

6/02/1996

 

 

(*) Toutefois, certains Comtes (dont Jean II à la fin du XIIIème) n’hésitèrent pas à punir les Valenciennois de leur fronde on leur refusant leur bienveillance

 

(**) A l’occasion du siège de Valenciennes par la France en 1656 sous la conduite de La Ferté et de Turennes, les citadins de cette ville, si l’on en croit le témoignage du prévôt Simon LE BOUCQ décidèrent de lutter avec énergie car ils refusaient de « tomber es mains de cette nation française... traitant les peuples des villes de leurs conquestes pire que ne le font les Turcqs » Histoire de Valenciennes - H. PLATELLE - 1982

 

(***) Cette période française est essentielle pour la qualité et l’homogénéité architecturale du centre de Mons. Les destructions et l’ordonnance de Louis XIV du 2 octobre 1708 enjoignant de rebâtir la ville " de pierre et de bricques... selon les alignements et plans qu’ils (les échevins montois) trouveront bon de prescrire pour la pour grande régularité des bâtiments" en sont la cause.

 

 

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Dernière révision faite le : 26 juin 2003

 

 

 

 

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