synthese Utopie
ACCUEIL Mythe, utopie au XVIII°  

A travers l'histoire, les utopies ont voulu échafauder des modèles exemplaires de société, des cités organisées rigoureusement et durablement.
Au XVIII° la recherche du bonheur individuel en rapport avec l'ordre social favorise le développement et le goût pour les écrits mythiques ou utopiques.

Il s’agit donc
- de sortir du présent, souvent de quitter la France, pour mieux critiquer le présent, les moeurs, les coutumes, les institutions,
Souvent, les habitants de ces pays prospères deviennent les critiques de nos institutions, des initiateurs, bref des porte-parole de l'auteur ; le procédé de renversement se généralise, le monde utopique n'est souvent que l'envers idéal de notre monde.

- de proposer une réflexion sans pour autant définir avec exactitude les lois et les règles d’une cité idéale qui permettrait le bonheur de l’invididu.
Au XVIII° Nature et Raison seront les grands principes régisseurs. Les utopies se heurtent évidemment au dilemme éternel : assurer à chacun son bonheur individuel tout en demandant à la société d'organiser le bonheur de la collectivité.


UTOPIE (OU - TOPOS) :
un non-lieu, lointain, insulaire, isolé, inaccessible ...

UCHRONIE (OU - CHRONOS) :
hors du temps (ou temps de fantaisie, ou temps arrêté...)


Distinction entre mythe et utopie

Le MYTHE est nostalgie, rêve de paradis perdus

Il décrit souvent un lieu d'innocence naturelle, situé à l'origine des temps, où les hommes vivent dans la paix, la joie, l'harmonie, l'insouciance.

L'UTOPIE est construction rationnelle d'un nouveau paradis selon des critères logiques et variables

Mais ces systèmes figés sont-ils compatibles avec l'évolution constante de l'humanité ? Il ne s'agit pas vraiment de modèles à transcrire, mais de directions, de thèmes, de grandes idées progressistes, d'un ferment de changement.


Voltaire - Candide - L'Eldorado

Le déisme dans le discours du vieux sage

Dieu existe, non le Dieu rémunérateur et vengeur, dont la présence ne s'impose pas dans un monde idéal, mais le créateur de toutes choses.
Dieu est donc intelligence ordonnatrice, infiniment incompréhensible pour l'homme : pas de prières de pétition, mais de simples actions de grâce. Etablissement d'une religion universelle donc, au-delà des sectes, des superstitions.
Le plus important est l'absence de médiation entre l'homme et Dieu, pas d'Eglise, d'institution quelconque (raillerie vigoureuse des défauts du monde réel au passage + souvenir du voyage en Angleterre, des quakers)

Mépris de l'or et de l'argent : l'abondance les déprécie automatiquement

Fonctionnement économique : monnaie guère utile, car organisation étatique dispendieuse (auberges d'état) - allusion très rapide à l'agriculture, aux sciences

Travail et luxe : exotisme et âge d'or --> pays de Cocagne ( fontaine de liqueurs de canne à sucre qui coulaient continuellement)

Organisation politique : ni justice, ni prison = vertu naturelle - rôle du monarque réduit à la représentation - unanimité sociale = résultat d'un conditionnement ancien ?
La paix civile naît de l'unanimité des opinions : "nous sommes tous ici du même avis" dit le vieillard. (bien facile !)

Urbanisme et développement scientifique

BUT de Voltaire :

Faire une satire de l'ordre du réel : L'Eldorado est le pays de la tolérance et de la liberté individuelle : absence de guerre, de prison, de moines et de prêtres, simplicité des moeurs
Voltaire utilise l'utopie, sans y croire, en insistant fortement sur l'idéalisme, l'illusion de ces mondes futurs, et présente un univers caricatural, proche du pays de Cocagne. Candide ne peut demeurer dans l'Eldorado, il doit construire son propre univers par son travail ; il "doit cultiver son jardin"
. On peut parler alors d'anti-utopie.


Montesquieu - Histoire des Troglodytes

travail, vertu, innocence, intérêt collectif, obéissance aux règles d’une société patriarchale,
religiosité comme ciment, frugalité, simplicité d’une vie proche de la nature, communisme tribal
une harmonie entre DIEU, RAISON et NATURE

entraîner réflexion sur régime politique adapté aux nations modernes (époque troublée de la régence)
montrer les dangers de l’anarchie, l’absence d’intérêt commun
montrer qu’un pays développé ne peut se satisfaire d’un système ancestral
proposer implicitement un régime mixte : monarchie parlementaire


Marivaux - L'île des esclaves

Thème de la Saturnale, inversion des rôles
mais pas de remise en cause réelle des structures sociales, réformisme moral

une situation audacieuse, mais un dénouement où tout rendre dans l’ordre

audace car comparaison entre serviteurs et esclaves
audace car les maîtres sont dépouillés de tous les attributs de leur pouvoir
audace car inversion des rôles et critique de l’aliénation et du comportement

une double éducation thérapeutique
les esclaves malgré leur nouveau pouvoir ne se comportent pas en despotes cruels et égoïstes
les maîtres découvrent leur vérité profonde, la sensibilité au malheur des autres


Mercier - L'an 2440

critiquer les abus du passé récent (absolutisme de Louis XIV)
entraîner une réflexion sur l’évolution politique. Existera-t-il un roi « philosophe » qui remettrait le pouvoir aux dépositaires naturels : la nation dans son ensemble ? Bref,comment éviter une révolution ?


Diderot - Supplément au voyage de Bougainville

vie primitive proche de la nature, frugalité, égalité et fraternité, sens de l’hospitalité
mythe du bon sauvage, aucune notion de la propriété
dénoncer les méfaits de la colonisation, de la vanité civilisatrice de l’Occident,
dénoncer les ravages du prosélytisme, du modèle détruisant les civilisations heureuses, fondées sur d’autres valeurs que l’intérêt privé et le progrès à tout prix.


Rousseau - Les Montagnons

travail, vertu, vie familiale autour du clan, propriété mais égalité (équilibre ?)
génie inventif naturel, développement harmonieux, mais limité des capacités
absence de division du travail, vie quasi autarcique sans rupture totale avec l’extérieur
prôner les mérites et les bienfaits d’une vie simple, naturelle, vertueuse
donner un exemple moderne d’une « société commencée » malgré l’existence de la propriété

cf synthèse spécifique sur Rousseau


Quelques autres prédécesseurs : de l'Antiquité à la fin du XVII°

Platon : La République
Saint-Augustin : La Cité de Dieu
Cyrano de Bergerac : Etats et Empires de la Lune (1645)
de Foigny : La Terre australe connue (1676)
Veiras : Histoire des Sévarambes (1677)

Autres ouvrages du XVIII°

Marivaux : L'Ile de la raison (1727)
Marivaux :
La Colonie (1750)
Rétif de la Bretonne : La Découverte australe (1781)

Compléments d'étude :

Etude de l'architecture au moment de la Révolution.
Film adapté de 1984 de Orwell.


Les grand thèmes

Le retour à la pureté dans les institutions :

=> le travail comme valeur, agriculture notamment
=> la vertu, le zèle des citoyens, le respect d'autrui
=> le refus de l'Or et de la monnaie

La tolérance religieuse

Le temple de la Cité est plutôt celui de la Sagesse, de la Raison et de la Science, les prêtres sont des censeurs d'une morale civique et des instructeurs philosophes.

La proximité de la nature

=> une consommation modérée, la frugalité

des problèmes non réglés : la propriété ?


AU XXème siècle

Au XXème siècle, la contre-utopie, elle, insiste fortement sur les risques encourus par l'individu dans la réalisation éventuelle des "utopies", en présentant des univers négatifs, immobiles, totalitaires, parfois concentrationnaires comme dans 1984. On parle alors de dystopie

La contre-utopie use de tous les procédés satiriques et destructeurs :
le ton noir, l'exagération caricaturale, l'humour, l'ironie, la parodie etc...

Les contre-utopistes poussent jusqu'au bout les thèmes de l'univers utopique.
Les thèmes les plus fréquents sont :
- destruction de tout individualisme : l'homme nouveau n'existe plus en tant que personne humaine, il n'est plus qu'un infime maillon de la CITE.
- désintégration de la cellule familiale
- pouvoir centralisé et autoritaire
- utilisation dévoyée de la science, de la technique, dans un conditionnement social, dans des manipulations génétiques.


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