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 Les Haïku de Linda
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Qui connaît les haïku ?

Les haïkus sont des petits poèmes japonais en trois vers (5/7/5) tout simples et sans prétentions. Tout simples et sans prétentions en apparence seulement. Car le chemin qu’ils empruntent, ces petits tercets malicieux qui nous parlent du quotidien et de ses joies insignifiantes (éclats pointus de rire, saisons, clarté, fleurs, insectes et poissons) est bien peu fréquenté.

Quelques rochers, l’ivresse et la face bombée de la lune guident les haïkistes, ces fantaisistes voyageurs, ces poètes, amoureux de ruisseaux et de flaques, mais surtout de traversée intérieure, vers ce lieu toujours immuable, le seul vraiment authentique de vie, l’être.

Qui dit “haïku” dit “instant”, présence ineffable à ce qui est. Sans intention. L’attention libre de toute intention. Vidée du monde, je me remplis sans cesse de lui, je ne suis rien, et le haïku, dans toute sa fraîcheur, apparaît. Trois lignes. Pour s’en aller aussitôt. Solitaire, il ne s’attarde pas. Né de cette adéquation extraordinaire entre la chose et l’instant, il s’échappe au moment même où l’on tente de le saisir.

Occident et haïku

Le haïku devint un genre autonome vers la fin du XVIIème siècle dans l’école de Teikoku.

Des haïkistes de renom, célèbres dans tout le Japon, Bashô (1644 -1694), Buson (1717-1783), Issa (1763-1827) et Shiki (1866-1902) donnent à cet art ses lettres de noblesse...

Bâsho, le voyageur, célèbre la nature, nous la dépeint au-delà de son indicible grandeur (le chrysanthème) et dans sa plus navrante humilité (le navet), une, intemporelle et vivante, hors des tensions de la dualité (il n’y a rien) :

Après le chrysanthème,

hors le navet long

il n’y a rien

Buson, fervent disciple de Bashô, plein d’humour, un des rares haïkistes à mentionner crûment les choses de l’amour, nous restitue ici, esquisse fine, les bruits limpides du lavoir :

Ici et là

ici et là le battement

des battoirs à linge

Issa, la solitude et la dérision, en a vu d’autres. Il sait ce que vivre veut dire :

Après l’incendie les puces

de bondir et rebondir

Quel chahut !

Il partage l’intimité du plus petit des êtres, en ressent la nature profonde. Fleur, animal, humain. Pas de barrières entre les règnes.

Sous la lune du soir

il est nu jusqu’à la taille

l’escargot

Shiki, pour moi, le plus grand :

Averse d’été

la pluie bat

sur la tête des carpes

L’averse d’été est douce et chaude. On ne s’attend pas à ce qu’il pleuve en été. Mise en relation des opposés, essence de la poésie, dans ce petit tableau merveilleusement coloré, c’est bien sûr la tête des carpes qui bat...

Au même titre que la cérémonie du thé, la calligraphie, le tir à l’arc, l’arrangement des fleurs ou l’art des jardins, le haïku est émanation de cette philosophie bouddhiste zen qui trouve la plénitude en accueillant le vide.

On le voit, ces courts poèmes, ces haïkaï (poésie libre) en touchant à l’essentiel vont au-delà de la recherche esthétique. Le beau vient, par chance, ou ne vient pas.

 Difficile, difficile

Difficile de parler de soi quand on a parlé des maîtres ! Voilà un certain temps que la contrée aride du haïku m’attire.

 Accaparée par de multiples et futiles contraintes près d’un téléphone ou face à l’écran d’un ordinateur, subitement je suis frappée par la beauté d’un rayon de soleil. Le choc a été violent, n’a duré qu’une seconde, et est passé totalement inaperçu aux yeux des autres personnes. Pour garder trace de ce moment sublime, je note l’impression ressentie sur papier et ça peut devenir un haïku. Je laisse reposer quelques jours.

Je relis. Je garde ou je jette. Je jette quand il y a trop d’intentions dans ce poème, quand j’ai voulu faire beau, des effets de manche et que forcément ça passe à côté. Je garde s’il y a une authenticité quelque part, et rien de plus.

Ce sont des coups de cœur pour des instants privilégiés du quotidien arrachés à la grisaille et à la souffrance partout ambiantes.

 Au centre de la démarche artistique toujours volontariste et surchargée d’intentions, l’espace consacré aux haïku est de liberté totale. C’est un espace “unité avec le monde”, c’est une expérience qui se rapproche un tout petit peu de celle qu’ont connue certains mystiques en union quelques secondes avec le monde.

 Le poète cultive en lui comme le bien le plus précieux cette attitude d’esprit qui favorise l’émergence des haïku, qui peut conduire à l’éveil.

Le présent recueil de poèmes

Le présent recueil de poèmes est constitué de courts poèmes, ceux que j’appelle abusivement mes haïku. Dans l’esprit ils s’apparentent à ce genre poétique japonais mais dans la forme ils innovent un peu. Ils sont composés souvent de douze syllabes, alors que le haïku traditionnel se stabilise autour des 17 syllabes réglementaires.

Le lecteur trouvera également des poèmes plus longs, datant de l’époque où j’évoluais d’une prose lourde et lyrique, empêtrée pour parler franc, vers un désir d’épuration.

 L’amateur de haïku a toujours les oreilles qui traînent. Il est particulièrement sensible aux phrases simples échangées dans le quotidien et à ce son particulièrement cristallin que certaines rendent. Aussi prend-il plaisir à laisser la place à d’autres et à restituer ici les paroles et les dires de ceux, nombreux, qui font des haïku sans le savoir...

Haiku

Equinoxe d’automne,

les pluies

les champs détrempés

lentement

s’abandonnent.

 

La lune est bue

par les nuages

et mon visage

est blanc

 

Le train a laissé

le quai vide

et les géraniums

aux fenêtres

 

Pin parasol

le lac est trempé

les oiseaux volent

S’il y a désir de but,

le but est manqué.

Le pur devient impur.

Taisen Deshimaru

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