
Ben oui, forcément, on commence par celle-là, c'est la nôtre, celle qui a posé tous les jalons et qui a bercé notre jeunesse (la mienne en tous cas). Eh oui, ça fait déjà onze ans, à l'heure où j'écris, que les Simpson existent et semblent indéboulonnables sur la grille des séries comiques de Canal+. Malheureusement, je dois dire que depuis 2 ans, le filon a tendance à se tarrir un peu (cela correspond-il à l'investissement de Matt Groening dans Futurama? Je ne suis pas loin de le penser), et l'âge d'or des Simpson semble être un peu révolu. Mais bon, n'exagérons rien, la série reste très correcte, même si je la regarde de moins en moins (c'est quand même un signe). Il faut dire qu'elle repose sur des bases vraiment solides, depuis des années qu'on suit la vie des habitants de Springfield, on y est forcément très attaché. A ce titre, la galerie de personnages qui tourne autour de la famille Simpson est certainement la plus fournie de ces séries animées, allant de personnages vraiment récurrents comme Moe, Flanders ou M. Burns, aux intermittents que sont Tahiti Bob, Jebediah Springfield et Troy McClure, en passant par ceux qu'on voit un épisode sur deux, comme Apu ou le clown Krusty. Et puis il y a bien sûr les Simpson eux-mêmes, tous hilarants et d'autant plus attachants qu'on connaît leurs réactions par coeur. Enfin, tout en haut, il y a Homer, la figure emblématique, le seul vrai comique de service, celui dont on rêve de rencontrer le doubleur. Il restera sans doute un personnage mythique de la télévision, au panthéon des plus stupides (il ne doit même être pas loin du podium) et des plus drôles. Car bien sûr, la grande force des Simpson est d'être vraiment drôle, de savoir suciter le rire aussi bien par l'habitude que par la surprise. Par exemple, le spectateur un peu habitué sait très bien que les trois minutes qui débutent un épisode n'auront rien à voir avec sa trame scénarique, et ne constituent qu'un prologue d'ambiance. Et c'est justement ce processus rituel qui, par son principe, devient inhabituel et à chaque fois original. Mais il est impossible de déceler tous les effets comiques dont regorge les Simpson : ça n'a d'ailleurs aucun intérêt, le mieux est de profiter de cette série qui, en plus d'être une merveille de créativité comique, offre un graphisme extrémement original (même si le style de Groening est devenu un classique aujourd'hui) et une musique d'anthologie signée Danny Elfman. On est donc pas loin de la perfection, et même si la série est légérement sur le déclin, on se remémore avec bohneur des épisodes fabuleux parmi tant d'autres comme ceux de la Minus du Vélo ou du revolver d'Homer.

Même si South Park surfe sur la vague créée par Les Simpsons il y a une douzaine d'années, il faut bien dire que cette série n'a pas grand chose à voir avec son illustre prédécesseur. La différence essentielle réside évidemment dans la forme d'humour utilisée dans la série, qui est bien plus vulgaire dans tous les sens du terme : aussi bien au niveau du langage des protagonistes (des enfants de huit ans, avec le vocabulaire ordurier qu'on leur connaît) qu'au niveau de la finesse des gags, franchement énormes et parfois carrément lourds. Mais bon, il en résulte un constat essentiel pour une série comique : South Park est drôle, et même souvent hilarant. Les scénarii sont d'une rare débilité (c'est un bon point bien sûr!), le doublage français parfait (la voix hystérique de Cartman est un régal) et les personnages complétement déjantés. En fait, le vrai problème de South Park, c'est l'inhomogénéité des épisodes sur l'ensemble d'une saison. Contrairement aux Simpsons, le rire n'est pas garanti à chaque fois, et ce niveau en dents de scie joue vraiment contre la série. Les auteurs sont en effet capables du meilleur (Mr Garrison et Mr Tuck, l'épisode de Méca-Streisand (à voir!), le conseiller d'éducation) comme du pire (Mr Hankey, insupportable, Saddam Hussein en amant du diable et les morts de Kenny, ben non, c'est pas drôle). South Park est donc avant tout une série culte, beaucoup moins universelle que Les Simpsons, ce qui est renforcé par son aspect graphique : les dessinateurs ne se cassent vraiment pas. C'est sûr, on peut aimer, mais objectivement, c'est laid, il n'y a pas d'animation et les personnages ont trois expressions différentes. A ce niveau, South Park doit beaucoup à Beavis et Butt-Head, série encore plus moche où la laideur du dessin devient un véritable travail, tant c'est volontairement hideux. Aujourd'hui, South Park est quand même bien passé de mode, aucune nouvelle saison n'étant en vue sur Canal+. Et bien, malgré les défauts de la série, on le regrette, car elle offrait une vraie originalité et un humour décapant et diablement efficace.

Bon, cette série-là, y a pas à dire, c'est vraiment la classe. Après Les Simpson, Matt Groening devait s'attaquer à une tâche très difficile : confirmer son génie comique en lançant une nouvelle série digne de sa grande soeur. C'est désormais chose faite, et de quelle manière, avec Futurama. On y retrouve tout ce qu'on aimait dans les aventures des habitants de Springfield, c'est-à-dire un humour drôle et surprenant, des personnages attachants et des histoires complétement dingues. Mais attention, Futurama n'est pas qu'une pâle copie des Simpson, même si on reconnaît, évidemment, la griffe de Groening. Il a créé un univers totalement nouveau (le New-York de l'an 3000) et ne fait que très peu de références à son ancienne série, qui se limitent par exemple à une montagne de Barts Simpson en peluche dans une décharge du 20e siècle. Une des réussite de Futurama vient du fait que l'on peut très facilement s'identifier au héros, Fry, qui nous représente clairement dans le monde où il débarque, et défend avec énergie devant ses nouveaux contemporains le mode de vie et de pensée du 20e siècle. D'autre part il est, comme Homer, le personnage le plus bête de la série et cela le rend tout de suite sympathique. La galerie des personnages qui l'entoure est de plus extrémement réjouissante, avec une petite préférence pour trois d'entre eux : tout d'abord le protagoniste le plus hilarant de l'histoire, Bender, un robot misanthrope et agressif qui passe son temps à boire la bière qui lui fournit l'énergie nécessaire à son fonctionnement, à fumer le cigare pour son plaisir et à monter des combines illégales pour tenir sa réputation. Vient ensuite le professeur Zoidberg, qui a mis un peu de temps à se révéler à mes yeux en tant que grand personnage comique, docteur extraterrestre d'une famille cousine du homard spécialiste de l'anatomie humaine, éternellement en décalage avec son entourage à cause de son point de vue de crustacé. Il est notamment à voir dans l'épisode où il manque de laitance, débile comme on l'aime. Enfin, un personnage que j'aime aussi beaucoup est Zap Brannigan, capitaine intersidéral misogyne et délicieusement con, qui forme avec son adjoint Kiff un duo hilarant. Il faut aussi signaler, pour être complet, la beauté graphique de Futurama, qui mélange magnifiquement dessin traditionnel et incrustations d'images de synthèse, pour un résultat très bluffant. On est donc en présence d'une vraie réussite, et on attend avec impatience la prochaine saison.

Lorsque cette série a débarqué, on pouvait s'attendre à deux choses : soit elle n'allait être qu'un plagiat de la création de Matt Groening, soit elle allait prendre la rélève d'une série génialissime mais sur le déclin. Eh bien, pour notre plus grand plaisir, c'est la deuxième option qui s'avère être la bonne. Oui, les Griffin sont drôles, originaux et constituent une vraie alternative aux Simpson, même s'il est évident qu'ils leur doivent beaucoup : même famille de la classe moyenne américaine, même quartier résidentiel, même style de dessin simple et agréable, même tonalité générale. Cependant, l'humour des auteurs des Griffin est un peu plus vache que celui de Matt Groening, et lorgne parfois du côté de South Park, mais sans tomber dans le même excès et la même facilité. En quelque sorte, les habitants de Cahog sont une alchimie réussie entre ceux de Springfield et ceux de South Park, ce qui donne un résultat décapant où les personnages sont à la fois attachants et un peu dérangeants (un peu, j'ai dis, faut rien exagérer). Mais bien entendu, la série comporte des éléments comiques qui lui sont propres : en particulier de petits flash-back récurrents au cours des épisodes, toujours drôles et inattendus, et de nombreuses références aux séries télé américaines, qui sont parodiées de façon très réussie. Si l'on doit trouver un défaut aux Griffin, celui-ci se trouve sans doute dans le manque de charisme et de rayonnement comique de certains personnages, en particulier des deux enfants de la famille, Chris et Meg. Le premier est un gosse de treize ans un peu stupide, et si on adore son doublage français, il reste assez effacé. Quand à la fille de quinze ans des Griffin, elle représente l'adolescente américaine male dans sa peau (ce n'est pas sans rappeler American Beauty) et ne présente pas vraiment beaucoup d'intérêt. Bien sûr, d'autres personnages rattrappent le coup : à commencer par le père, Peter, aussi con qu'attachant (il fait à ce titre évidemment penser à Homer) et la mère, Loïs, un peu trop femme au foyer mais vraiment sympathique. Et puis viennent les deux éléments les plus débiles de la famille, le chien Brian et le bébé Stewie. Brian est un chien qui parle (les autres étant effectivement des machines à aboyer) et tout le monde trouve ça normal, il lit des livres de philo, boit des cocktails et juge sa famille sur un ton moralisateur irrésistible. Stewie est également un bébé qui parle (même remarque que pour les chiens en ce qui concerne les autres nourrissons), il déteste sa mère autant qu'elle l'aime et le trouve mignon et projette de conquérir le monde, à plus ou moins court terme. Evidemment, les deux sont très proches et forment un duo impayable. Avec en plus un voisin lubrique et hilare et un maire paranoïaque et pervers, la famille Griffin a donc tout ce qu'il faut pour s'installer à côté des Simpsons dans nos habitudes télévisuelles.