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Merci à Méliès pour cet article ;) La Voix de l'Est, samedi 16 février 2002 Par Yves Rivard La seule mention du nom de John McTiernan, McT pour les intimes, suffit ordinairement à exalter la ferveur des amoureux du cinéma de genre, réalisateur qu'il est des bijoux que sont Predator, Die Hard (1 et 3) et Le 13e Guerrier. Ce démiurge du cinéma de grand cadre, héritier de la tradition des Cecil B. De Mille et des Richard Fleischer, a malheureusement expérimenté les ressacs de sa vision trop généreuse, et s'est vu devenir victime d'un système de production et de distribution qui n'en demande pas tant. Pour preuve, les sévères coupes imposées à son 13e Guerrier, et le retournage/remontage de son adaptation du Rollerball de Norman Jewison, datant de 1975. Quel calvaire ! Métro-boulot-rollo Le temps est le présent ou à peu près. Jonathan Cross (Chris Klein) est la première vraie star de ce nouveau sport de gladiateur (incompréhensible, d'ailleurs) qu'est le Rollerball. En compagnie de son pote Marcus (le rappeur LL Cool J.) et de sa coéquipière amazone favorite, Aurora (Rebecca Romijn-Stamos), Jonathan parcourt le monde et vit le rêve américain total, grâce aux actions moralement douteuses d'Alexi Petrovich (Jean Reno), un promoteur véreux qui n'hésite guère à sacrifier une vie humaine quand vient le temps de plaire aux dieux de la côte d'écoute. Flairant les macabres desseins d'Alexi, le trio tente d'y mettre un terme. Mais, on n'échappe pas au Diable simplement en quittant l'enfer... Ainsi, devenu une vulgaire valeur marchande aux yeux d'Alexi, qui ne rêve que de conclure un marché avec les chaînes câblées US, Jonathan devra livrer bataille pour regagner sa dignité, venger un proche décédé, et défendre son droit de vivre... Quand les producteurs se font bouchers Au terme du visionnement de cette bande mutilée et remontée sans grande délicatesse, force est de constater qu'il subsiste très peu du projet de mise en scène original de McTiernan. Mais, en y regardant de plus près, on découvre les traces laissées par le maestro, traces que même le massacre ordonné par les producteurs n'ont pu effacer complètement. On retrouve, par exemple, la scène fétiche de McT, présente dans tous ses films, soit celle où tout est joué dans une langue étrangère, sans sous-titres, question de nous exclure de l'histoire pour quelques secondes. De la même manière, l'hallucinant épisode, tourné en vision de nuit dans le désert, au cours duquel un avion volant en rase-motte émerge d'une tempête de sable pour attaquer les motocyclistes, se révèle être du pur McTiernan. Mais plus encore, Rollerball conserve malgré tout quelques belles idées subversives, dont celle qui consiste à brouiller les différences entre les costumes traditionnels des nations visitées et les tenues carnavalesques des concurrents. Une telle idée en ces temps de rectitude politique, amis cinéphiles, ça demande des tripes. Au niveau de l'interprétation, tout est très ordinaire, du moins dans cette version honteuse, indigne du talent de McT. Pas de numéros d'acteurs oscarisables ou de moments de synergie dramatique. Non, tout est joué au premier degré, rien de plus, rien de moins. Même Reno ne se distingue en rien. C'est tout dire. Il semblerait donc que les meilleurs morceaux soient restés à la table de montage... Au final, le spectateur se plaira probablement à rêver à tout ce que devait être
Rollerball, avant que les projections-tests, instruments de normalisation par excellence,
n'aient eu raison de lui. C'est jour de deuil pour les cinéphiles.
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