"Frotti Frotta"
Me revoilà ! Voyez que j’ai pas trop tardé depuis la dernière fois. Ah tiens, à propos de fois, puisque j’ai les mains dedans, dans les foies gras des canards gras pour les fêtes de fin d’année, il m’est venu une idée de vous causer de frottements. Parce que pour sur qu’avec les mains grasses comme tout d’avoir tenu du foie gras, du saindoux, de la graisse d’oie, du lard, que même avec dix rouleaux de sopalin pour s’essuyer que ça glisse tout le temps, pas moyen de tenir un couteau, sans parler du téléphone qui a sonné au moment critique du dénervage alors que c’était l’IUFM qui m’appelait, donc pour sur que si dans le monde réel il n’y avait pas de frottements ça serait l’enfer ! Imaginez que tout, absolument tout, soit glissant comme de la graisse de canard : impossible de marcher, de poser une échelle sur un mur pour tailler la glycine, de placer un bouquin sur une étagère qui serait ne serait-ce qu’en légère pente. Impossible de faire tenir un clou, de freiner en vélo en descente, de virer en ski. Sans parler des moments sous la couette où ça serait vraiment moins agréable de décharger le tromblon dans le tas de sable. Bref, même si dans les exos de physique à la con des lycées les frottements sont soit jugés néfastes ou négligés ( y disent ça dans les bouquins), ils sont in-dis-pen-sa-bles.
Pour vous ouvrir d’autres horizons neufs de connaissances, je peux même vous apprendre qu’il y a deux types de frottements : les frottements solides, et les fluides. Ceux là ils se manifestent quand il y a mouvement, les premiers quand les objets en contact sont immobiles ou en vitesse faible. ça vous fait peut-être une belle jambe pour l’instant, mais attendez voir. Surtout que les fluides sont moins importants que les solides. Et ça, ça se manifeste dans des tas de situations, que je m’en vais vous en donner 3 exemples (avec une petite expérience à faire, j’me dis que la science rime avec l’expérience).
Un. Quand mon père tapotait sur le baromètre à aiguille pour savoir si le temps allait enfin être moins pourri sur St Dizier, c’est que tapoter ça libère les pivots du baromètre, du coup il y a mouvement et l’aiguille, qui était coincée (bicoze frottement solide) sur la position d’avant, eh bien elle peut pivoter pour donner le temps exact. Du coup je savais si je mettais la parka ou le marcel pour le trajet en mobylette jusqu’à Langres. Mobylette qui ne freinait d’ailleurs plus très bien, je me souviens d’une chute que j’ai fait à Gudmont, ça pas été la Vallée du bonheur !
Deux. Justement en voiture, quand on roule de plus en plus doucement comme un ferry qui accosterait à quai, en freinant délicatement du pied, on pourrait croire que la vitesse va diminuer graduellement jusqu’à un arrêt qui serait asymptotique (ceusses qui comprennent pas le mot peuvent aller chercher dans le dico sur l’étagère, faudrait pas que vous soyez aussi feignant qu’inculte, hein !). Eh bien non, la vitesse elle baisse pas comme ça. Il y a un moment où, d’un seul coup, c’est l’arrêt total, comme si on avait heurté un mur. Tout ça parce que c’est le frottement solide, plus important, qui prédomine. ça suit dans vos neurones ?
Trois. Expérience : vous connaissez tous le truc de la règle et des deux doigts tendus. Non ? Bon, pour ceux qui ne savent pas ça non plus, voilà le mode d’emploi. Vous posez une règle à section carrée de 1cm (type école année 50-60), ou bien un morceau de carrelet de chez Baudoux, c’est pareil, sur vos deux index tendus horizontalement à 20 cm de distance. C’est fait ? Maintenant, tout délicatement, vous rapprochez symétriquement les deux doigts : vous voyez ce qui se passe ? La règle bouge d’un côté, puis de l’autre et ainsi de suite. Tout ça encore parce que le frottement solide et le frottement fluide sont en concurrence, disons le pour simplifier. (en plus faudrait faire intervenir des bilans de force et des coefficients normaux et tangentiels, je le dis en tout petit pour me couvrir si jamais des profs tatillons m’écrivaient pour protester, déjà que j’ai critiqué leurs bouquins à la con).
On pourrait continuer les démonstrations, du genre un verre posé sur une planche qu’on incline peu à peu. Faites l’expérience (pas de Suze dans le verre, faites gaffe à pas gaspiller l’apéro), concluez par vous même, mettez en relation tout ça avec ce que j’ai dit plus haut, c’est à vous de construire vos concepts (oui mossieur) dans vos cerveaux, faut que ça travaille ces machines-là, c’est pas que des estomacs qui digèrent passivement.
Allez, je vais mettre les confits en pots. Un couvercle à vis, ça aussi c’est une bonne application pratique des frottements. Je vous dis à bientôt, bonnes fêtes, et à l’an prochain et même au siècle prochain ! ( bon, je sais aussi qu’il y en a qui pinaillent là dessus, style historiens coincés comme des baromètres ou mathématiciens qui comptent depuis zéro, vous avez déjà vu ça vous quelqu’un qui commencerait à dire : zéro pot de confit, un pot de confit, deux pots de confit etc…. Du coup, je prends mes précautions, je le précise aussi en petit !)
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