Jean-Louis Orengo a commencé très jeune à étudier les traces dans les Cévennes. Au départ, les pistes à suivre étaient surtout celles du sanglier, le but était celui de les chasser. Après un parcours scolaire laborieux jusqu’au baccalauréat échoué,, il suit des cours afin d’obtenir le CAP de taxidermiste. Son diplôme en poche, il effectue son service militaire chez les chasseurs alpins. Puis il obtient un stage à l’Office National des Forêts en Ariège dans les Pyrénées. Là, il réside tout l’hivers comme un trappeur dans un refuge forestier et observe la nature : isards, grand tétras, pics, renards, blaireaux...Il arpente la montagne attentif au moindre indice. Il rencontre un garde de l’ONF, Jean-Pierre Mary, naturaliste confirmé. " A chaque fois que j’avais une question à poser sur quelque chose que j’avais observé, j’allais le voir, et s’il n’avait pas la réponse il cherchait dans ses livres." Séduit par la région, Jean-Louis décide de s’installer dans l’Ariège. Soutenu par la municipalité de Saint-Lizier, il rénove un local pour y installer son association l’œil aux Aguets dont il est le salarié. Il passe le brevet d’accompagnateur en moyenne montagne, se retrouve agréé auprès de l’inspection académique comme intervenant en milieu scolaire où il enseigne la taxidermie et transmet de plus en plus sa passion pour la nature vivante. Déjà les empreintes le fascine et la base de ses animations est consacrée aux empreintes et aux indices de présence laissés par les animaux. " Grâce à la taxidermie, j’ai pu observer de près les dents, les poils ou les plumes, l’odeur et les pattes. J’ai alors commencé à mouler et j’ai fait mes premières observations. J’ai découvert qu’un renard ne laisse pas les mêmes traces à l’avant et à l’arrière ; je ne l’avais pas remarqué dans la nature, car ce sont des différences très subtiles : trois millimètres de longueur de griffes, en plus ou en moins... J’ai aussi beaucoup appris en ce qui concerne l’anatomie mais ce n’est pas le meilleurs outils pour parler de la nature vivante. " La taxidermie est abandonnée, l’envie de découvrir de nouveaux horizons chatouille Jean-Louis. Pendant trois ans, il prépare une expédition avec un ami agriculteur, Lin Bourdais. Il obtient une bourse Défi jeunes, trouve des partenaires et investit ses économies. Ils partiront 5 mois dans le grand nord canadien : 2 mois avec les trappeurs et des biologistes naturalistes et 3 dans la nature, au beau milieu de la forêt boréale, déposés par un avion, seul moyen d’accès, à quatre cents kilomètres au nord du lac Saint-Jean, en plein hiver.
" C’est là que j’ai vraiment fait mes premières traces. Un loup nous avait suivi un moment, et, une nuit, il était passé à moins de cent mètres du tipi où l’on bivouaquait. Dans la neige tassée, j’ai moulé ma première empreinte de ce fabuleux animal. Puis j’ai moulé des traces d’orignaux, de loutres, de tétras, de caribous, de porcs épics. Ce fut évidemment une expérience forte et inoubliable. " De ce voyage, il réalise un film 16 mm de 26 mn et des photos qui seront présentées au cours de conférences dans plusieurs régions. Jean-Louis participera même au festival du Raid et de l’Aventure où il présentera son film à côté des films de Jean-Louis Etienne, Eric Tabarly, Cousteau... Quelque temps après, il monte une autre expédition à vocation pédagogique : " Dix jeunes et un rêve ". Ainsi durant l’été 1991 il emmène dix jeunes de l’Ariège à la découverte de la faune sauvage québécoise toujours à travers les traces. Un voyage de 50 jours au Québec, à descendre les rivières en canoë et mouler les empreintes d’animaux. Un séjour qui n’aura rien coûté aux familles : le projet a été financé pour un tiers en sponsors, un tiers en subventions et un tiers en autofinancement grâce à la vente de moulages d’empreintes en plâtre sur les marchés... " Nous avons vécu des moments formidables. Un soir, par exemple, deux jours après que l’hydravion nous eut laissés, nous entendons des loups hurler, non loin de la cabane. Tout le monde s’écarte du feu pour mieux écouter. Deux jeunes enregistrent les hurlements. Le lendemain, en canoë nous arpentons la zone pour essayer de trouver les empreintes. Là, à quelques kilomètres, nous découvrons une superbe piste marquée dans le limon. Quatorze traces de loups ont été moulées, et toutes d’excellente qualité, une a été choisie pour être reproduite en plâtre et en bronze. " Suite à ces deux voyages, les nombreux moulages d’empreintes ainsi que les reportages (film et photographies), Jean-Louis et une partie de l’équipe se retrouvent pour monter une grande exposition sur 300 m². Quatre ans plus tard, Jean-Louis monte une autre expédition à vocation pédagogique, au Gabon. Quatorze adolescents de toute la France participent, ainsi que plusieurs spécialiste : un entomologiste, un herpétologue, un ostéologue canadien et un ornithologue (conservateur adjoint au Muséum de Manchester). " Je voulais que les enfants aient une ouverture sur les sciences naturelles en général ; c’est pour cela que j’ai demandé à d’autres naturalistes de venir. " La participation des familles pour le séjour qui durera 2 mois est de 2000 F en moyenne. " Pour financer le voyage, les jeunes ont vendu autour d’eux des traces qu’ils avaient fabriquées eux-mêmes : moulages, patines...Tout l’argent était mis en commun pour le projet. Certains jeunes se sentaient mieux de vendre d’autres de fabriquer... Moi, pendant le temps des expéditions, je prends des congés sans solde et je n’ai donc pas de salaire. "
Jean-Louis crée la société Model’nature en 1996. Cette société lui permet de commercialiser ses traces et de créer différents outils pédagogiques à plus grande échelle et... de vivre ainsi de sa passion. Dès qu’il le peut, Jean-Louis s’échappe de ses bureaux pour aller à la recherche de différentes traces que ce soit en Brenne au bord des lacs pour mouler le vanneau huppé ou en Suisse sur les pistes du lynx boréal ou encore dans le Mercantour, sur les pistes des loups. De ses séjours, plusieurs traces sont ramenées augmentant ainsi sa collection. Certaines seront exploitées en tant qu’empreintes " naturalistes " et reproduites selon les commandes, d’autres seront exploitées en tant qu’œuvre d’art et reproduites en bronze ou en pierre reconstituée (série limitée). Pour Jean-Louis " L’empreinte fait travailler l’imaginaire, lorsque je suis allé mouler les traces de Lynx en Suisse, sur une portion de terrain, il y avait une empreinte de lynx, d’écureuil et de blaireau. On peut alors expliquer ce qui s’est passé, cette hypothétique et curieuse rencontre, ce moment de vie capturé. L’empreinte nous emporte dans un monde parfois fabuleux ou plus simplement nous apporte une explication biologique ou physique : là, un blaireau a glissé dans l’argile, ici, le sanglier a enfoncé son groin dans la terre pour arracher une racine, plus loin le chevreuil s’est mis à genoux... Finalement, on arrive à faire vivre l’animal uniquement à travers ses marques imprimées dans la terre " On rentre alors de plein pied dans l’ichnologie : la science des traces, du grec ichnos. Tout ce que l’on voit devient traces : en ville, on peut remarquer des traces au sol de mobylettes qui se sont garées là, ou bien des chaises de café qui sont sorties lorsque le goudron est chaud ; sur la route, on voit de nombreuses traces de freinages ou même de voitures qui ont pris feu sur le bas côté. Maintenant, je prends aussi plaisir à me promener en ville. Mon regard est toujours attiré par des traces. A Paris, au Panthéon, il y a de nombreuses traces d’impacts de balle, témoignage de la guerre. On peut alors aborder l’Histoire... " Aujourd’hui, Jean-Louis souhaite créer dans son village une véritable maison de l’empreinte: " Le repère de l’Ichnologie " : un lieu où l’empreinte serait développée sous toutes ses faces. Pour encourager cette démarche singulière vers la connaissance, Yves Coppens, anthropologue au collège de France a permis à Jean-Louis Orengo de présenter sa démarche ichnologique lors d’un séminaire au Collège de France. |
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