La Corse actualités du jeudi 07 février 1991.
Le souvenir de la catastrophe maritime du 15 février 1855
La mi-février ne manque pas de rappeler aux Bonifaciens en particulier et à tous les Corses en général, et notamment les gens de mer, l’anniversaire de la plus grande catastrophe maritime survenue en Méditerranée et dont l’île Lavezzi au sud-est de Bonifacio a été le théâtre.
Ce drame a été connu du grand public surtout grâce au récit du célèbre Alphonse Daudet qui ne pouvait, à l’époque, bénéficier des éléments(lettres, documents, enquêtes, témoignages, recoupements, etc.…) dont nous disposons aujourd’hui et que Dominique Milano dans son excellente brochure consacrée à la « Sémillante » a si bien relatés.
Depuis cette date maudite du 15 février 1855(il y a 135ans), les
« Bouches de Bonifacio » ont acquis une bien sinistre réputation de
« passage infernal » qui s’est transmise parmi des générations
de marin. On dit même que la marine anglaise a délibérément évité, durant
plusieurs dizaines d’années, ce passage étroit de 14 kms entre les deux
grandes îles. Passage qui, soulignons-le, est emprunté chaque année par plus
de 20.000 bateaux(commerce, transports divers, paquebots, plaisance)sans que
l’on n’ait jamais plus(et c’est heureux), enregistré de naufrage aussi désastreux
que celui de « la Sémillante.
Contre les Russes
C’est donc le 15 février 1855 que cette frégate impérial de premier
rang se perdait corps et biens sur un îlot de l’archipel des Lavezzi.
Ce jour là soufflait dans le détroit, dès les premières heures du
jour, une tempête d’une rare violence. Jamais plus depuis, et les
statistiques sur ce point sont formelles, on en a enregistré de pareille.
Sur le récit de la catastrophe elle même, « La Corse » a
maintes fois eu l’occasion de l’évoquer. Nous nous bornerons simplement à
rappeler le plus brièvement possible les faits.
14 février 1855.(sous le règne de Napoléon III, empereur des
Français) Toulon. 11 heures. Forte brise variant de l’ouest à
l’ouest sud-ouest. « La Sémillante » quitte le port en direction
de la Crimée pour apporter aux Forces des armées turques, anglaises et piémontaises
contre les Russes, des vivre et des renforts en troupes et en matériel. Son équipage
était de 293 hommes outre son état-major. La « Sémillante »était
un vaisseau de trois-mats, formant l’une des plus fortes unités de la Marine
de Guerre française. Sa première escale prévue était Constantinople.
400 tonnes de matériel
La route la plus directe pour se rendre de Toulon en mer Égée passe par le sud Sardaigne, puis par le canal de Tunisie, le canal de malte en direction du cap Matapan . c’est cette route qu’avait choisie le commandant Jugan mais ce dernier fut contraint à cause des conditions défavorables à donner dans les bouches de Bonifacio pour atteindre rapidement la mer Tyrrhénienne et retrouver une zone relativement plus abritée à l’est de la sardaigne.
Mais
on le sait dans les bouches régnait une épouvantable tempête(il s’agissait
en réalité d’une sorte d’ouragan). Dans la ville de Bonifacio, de nombreux
toits avaient été emportés, une maison s’était écroulée faisant un mort
et deux blesses, un douanier de service avait jeté à lamer et heureusement repêche
sain et sauf. La violence de la tempête était telle que les embruns provoqués
par le fracas des vagues Sutta Rocca passaient au dessus de l’isthme de
Saint-Roch pour se déverser dans les eaux du port en dévalant comme un torrent
la grimpette du Rastillu ! A une distance de deux lieues, la campagne a été
couverte de sel.
M.Francois
Piras, maire de la ville à cette
époque ancien capitaine au long cours affirmait qu’aucune frégate n’eut pu
se présenter le travers (pour
mettre en cape) dans de telles conditions.
15 février 1855, Bonifacio 10 heures.
Une
cérémonie a lieu sur la place Manichilla qui domine le détroit. En effet
comme dans toutes les tempêtes, il est d’usage à Bonifacio que le prêtre bénisse
la mer avec le fragment de la vraie croix du christ. C’est l’abbé Rocca qui
officie en présences de quelques fidèles seulement. Tous
aperçurent d’une manière furtive à travers une nappe d’écume que
formait le Detroit « un grand bâtiment semblable à une nébuleuse
noyée dans les vapeurs de la mer, allant sans règle et sans conduite au gré
des flots, au SUD-OUEST au NORD-EST, comme s’il eut eu des avaries dans son
gouvernail ».
15 février 1855, Phare de la Testa. Sardaigne 11
heures.
Le
cri de 700 créatures humaines.
15 février 1855. Détroit de Bonifacio. Archipel des
Lavezzi 12 heures.
Poussée par la tempête d’Ouest sud-ouest, « La Sémillante » remonte trop au nord et vient se fracasser dans un bruit épouvantable, « un grondement large et sourd pareil à celui d’un tonnerre venant de sous terre » (perçu par un berger qui résidait sur l’île Lavezzi) sur l’îlot de l’Acciarino. Le choc, on s’en doute est terrible, la panique à bord indescriptible. Un seul cri a du être poussé par sept cents créatures humaines s’abîmant à la fois dans les flots ! Certains marins et soldats sont morts broyés sur le coup, d’autres sont emportes puis rejetés contre les rochers et fracasses, certains tentent de nager mais ils sont vite submergés par les vagues énormes, gigantesques. Impossible, même à un excellent nageur de s’en sortir. La mer « veut » tout le monde….
16 février 1855.
Bonifacio 17 heures.
Deux matelots de l’annexe n°2 de l’Averne indiquent qu’aux Lavezzi « un ou plusieurs bâtiments de guerre » ont du se perdre. Ils remettent à l’administrateur de la Marine, différents objets : carabines, sabres, pantalons, képis de soldats et d’artilleurs.
17 février 1855. Lavezzi.
Le berger Limieri fait sa déclaration aux autorités venues de Bonifacio.
Reconnu grâce à la difformité d’un pied.
18 février 1855.
Lavezzi.
Le premier cadavre est découvert à plus d’un mille du lieu du naufrage. D’autre corps sont trouves les jours suivants.
5 mars 1855. Lavezzi.
On découvre le corps du Commandant JUGAN (reconnu à ses insignes et à la difformité de l’un de ses pieds).
Du 5 mars au 20 mars 1855. Lavezzi.
Enlèvement des cadavres : cinq cent quatre vingt douze sur 685 victimes. Tous ont reçu une sépulture dans les deux cimetières marins.
D’avril à Août
1855. Lavezzi.
Une entreprise italienne est chargée de récupérer le matériel de « La Sémillante ». Ce matériel a été expédie à Toulon. Deux pièces provenant des restes de la frégate, un morceau de l’une des roues de la barre et de la figure de proue sculpte en plein bois en forme de feuille d’acanthe, seraient conservés par le musée de Bordeaux. A noter qu’une partie des madriers a été employée pour des travaux de construction de la route nationale 198 Bonifacio-Bastia, travaux exécutes par le service du génie militaire.
L’encrier et la
clochette de la « SÉMILLANTE »
Curieusement , la ville de Bonifacio ne possède absolument rien de ce qui a pu appartenir à la SÉMILLANTE . En ce qui concerne nous avons pu photographier chez MR Jean PIRAS, arrière petit fils de M François Piras, maire de Bonifacio lors de la catastrophe de la Sémillante, un encrier ayant appartenu au Commandant JUGAN et la cloche du carre des officiers.
Certains Bonifaciens pourraient posséder de la vaisselle du bord (en étain probablement), d’autres ont en leur possession des boulets de canons ou bien des poulies.
Il y eu une souscription public en faveur des familles des marins et des soldats victimes de la catastrophe. Au 8 juin 1855, celle-ci avait produit la somme de 60.000 francs .
L’empereur NAPOLÉON III et l’Impératrice avaient fait remettre la somme de 10.000 francs.
Un crédit d’entretien est alloue chaque année aux autorités militaires afin que les morts de la Sémillante ne soient jamais oublies.
Et si un jour vous passer par la vous serrez pris dans cette ambiance vraiment très particulière qui se dégage de ces lieux.
(..) Goélands et puffins et autres oiseaux de mers
Survolent en criant leur soif de liberté
Ce petit paradis aux si étranges pierres
Ou certains jour d’hiver on croit qu’il est hanté
Par l’âme des soldats, marins et officiers
Qui viennent lentement au pied de la chapelle
Gémir et pleurer leur jeunesse effacée
Dans le naufrage affreux de leur caravelle..
Document donné par Madame veuve PIGNOD recopié par Virginie Ventura
Des
cadavres de « LA SEMILLANTE » retrouves à Prunelli-Cervioni !
Une
lettre du 18 février 1855 (3 jours avant le drame) est adressée par le sous-préfet de
l’arrondissement de Sartène au préfet de la Corse à Ajaccio. Le sous-préfet,
sur la foi des premiers renseignement qui lui sont parvenus de Bonifacio émet
la supposition que le navire qui avait sombré était la frégate « la
prudence ». En effet les matelots de la chaloupe « l’Averne »
avaient ramassé entre autre un ruban de chapeau de marin jeté sur le rivage et
portant le nom de « Prudence ». En effet, un marin de cette frégate
avait été envoyé en renfort et au dernier moment sur la Sémillante.
Une
autre lettre du même sous-préfet(même destinataire) datée du 10 mars 1855
fait mention de cadavre trouvés à l’île Lavezzi dont il ignorait cependant
le nombre « personne n’étant encore revenu de Lavezzi ». Le
sous-préfet fait état de cadavres découverts à Bonifacio(Sutta-Rocca et à
l’entrée du port) et même beaucoup plus loin : « Le conducteur de
la diligence, Podesta, a déclaré que trois cadavres avaient été trouvés
dans les parages de Prunelli, près de Cervione et que parmi ce nombre on aurait
reconnu un officier du bord qui avait encore une épaulette.
« Aucun
cadavre n’est entier »
Le 16 mars 1855, le même sous-préfet annonce que le nombre de naufragés
qui avaient reçu une sépulture étaient au nombre de 924(chiffre inexact et,
on l’a vu, largement au dessus de la réalité). Mais il était difficile à
l’époque de connaître exactement le nombre de cadavres qui étaient disséminés
aux quatre coins de l’île et qui ont du être regroupés dans deux cimetières.
Un corps a même été retrouvé à Capo di Feno(Bonifacio), écrit le sous-préfet,
et enterré sur place. Dans une autre lettre le sous-préfet, qui a obtenu
d’autres renseignements, parle de 243 cadavres trouvés et ensevelis à ce
jour(19 mars 1855).
Dans
une autre lettre du 19 mars 1855, le sous-préfet de Sartène écrit que deux cadavres
n’avaient pu être repêchés en raison du mauvais état de la mer et que
l’on a du les abandonner…
Voici un autre passage de cette lettre : « Parmi les
cadavres que l’on trouve actuellement, presque aucun n’est entier. Aux uns
il manque le bras, aux autres une jambe, les pieds etc.…
Lettre du 30 mars 1855 de la sous préfecture. Le chiffre de 457
cadavres est cité, plus proche de la réalité mais on n’avait pas fini les
recherches. Trois autres cadavres sont localisés à la Maddalena en Sardaigne
« mais aucune autorité n’avait donné les ordres nécessaires pour
donner une sépulture à ces infortunés.
Le sous-préfet « étant en congé » c’est le conseiller
d’arrondissement Pietri qui fait mention d’un rapport lui ayant été adressé
de Bonifacio par le commissaire de Police Porri dans lequel ce dernier écrit
que « les cadavres qui ont été enterrés à Lavezzi n’ont pas été
placés dans des fosses assez profondes, ce qui occasionne une infection telle
que les bergers sont obligés de quitter l’île avec leurs troupeaux.
A noter qu’une pyramide a été érigée sur les lieux même du
naufrage en 1856. Il s’agit d’un ouvrage en granit de 10 mètres de haut,
posé sur un socle cubique également en granit. Sur les quatre faces du socle
ont été scellées des plaques de marbre noir, remplacées en 1877 par des
similaires en bronze.
En 1856, les deux cimetières ont été entourés de murs en maçonnerie
par les soins du Génie militaire. En même temps était construite la chapelle
funéraire du Furcone. La tombe du commandant Jugan est recouverte d’une dalle
tumulaire qui porte une plaque avec des inscriptions.
En 1878 la chapelle construite dans le cimetière du Furcone était
consacrée sous le vocable de N.-D. du Mont Carmel.
Sur la terre ferme à Bonifacio a été érigée il y a deux ans, une stèle
près du cimetière Saint-François dédiée aux morts de la Sémillante et de
tous les disparus en mer.
A lire de Dominique Milano « le naufrage de la Sémillante » (d’où sont tirés une partie de nos renseignements), imprimée en 1980. Plaquette de 32 pages avec photos schémas, cartes et dessin.

photos couleurs: MONSIEUR COLLET Rhin et Danube
REGARD SUR LE PASSE
(Communication
de la MÉMOIRE, afin
que certains faits marquant
l’HISTOIRE,
ne tombent pas dans l’OUBLI).
La
frégate « SÉMILLANTE »
quittait le port de Toulon le 14 février 1855, commandée par le Capitaine
JUGAN, à destination de la CRIMÉE (mer noire) pour apporter aux forces françaises
des vivres, des renforts en troupe et en matériel.
CONSTANTINOPLE était la première étape prévue.
Cette
frégate de 60 canons et ayant à son bord 350 hommes d’équipage et 400
passagers, devait, lors d’une affreuse tempête dans les bouches de BONIFACIO,
aux îles Lavezzi, dans une zone de brisants et d’écueils, poussée par une
rafale du sud, sans pareil, de mémoire d’homme, se heurter avec une vitesse
de 12 nœuds sur un rocher sous-marin. Broyée par le choc, elle a coulé par le
fond dans la nuit du 15 au 16 février 1855, « CORPS
ET BIENS », tout a été instantanément englouti.
Le
nom de la « SÉMILLANTE »
fût donné au bâtiment en souvenir de la glorieuse frégate, du même nom, qui
fit une célèbre campagne en INDE pendant
les guerres du 1er Empire de 1803 à 1808.
La
frégate construite à partir de 1827 sur les chantiers Lorientais, fût lancée
le 6 février 1841, après que les travaux de construction furent arrêtés en
1832, faute de crédits, repris en 1840 et terminés l’année suivante. Après
avoir séjourné, sans être armée, dans le port de Lorient, elle pris son
armement définitif le 22 mars 1854 lors de la guerre de Crimée. Elle
appareilla de Lorient pour Brest le 10 avril 1854, puis relia Cherbourg, d’où
elle partit le 12 mai 1854 pour rejoindre l’escadre engagée dans la campagne
de la Baltique. Revenue à Cherbourg en fin de campagne le 22 septembre 1854,
elle en arriva le 1er novembre 1854 pour en repartir le 14, après avoir complété
son chargement de matériel. Fin décembre, le Commandant LE MAUFF décéda du
choléra à Constantinople. Son second ramena la frégate à Toulon le 19 février
sous les ordres du Capitaine de frégate JUGAN, totalisant 30 années de
navigation.
Bien
que la tradition orale raconte en Bretagne que le Cdt. de la Sémillante,
lorsque le navire avait quitté le port de Lorient le 10 avril 1854, n’avait
pas salué Notre Dame de l’Armor en Pleumeur, en tirant comme l’usage
l’exigeait plusieurs coups de canon, le naufrage paraissait inéluctable. Sept
cent cinquante jeunes victimes. Aucun survivant. Sauf son respect et après dûment
saluée, on fera remarquer à Notre Dame de l’Armor en Pleumeur qu’elle fût,
en l’occurrence, bien peu charitable. Faut-il se fier à une légende!
SEPT
CENT CINQUANTE JEUNES HOMMES
ENGLOUTIS AVEC LEUR BATEAU
Tous les ans, à leur intention, une messe est célébrée
dans l’île des Lavezzi avec le souvenir et pour la transmission de la mémoire,
puis Lavezzi, sans cesse balayée par les vents, retrouve sa solitude.
En
1856 le Génie Militaire de Bonifacio à procédé à la mise en place sur le
sommet de l’îlot de l’Archiarino d’un monument commémoratif constitué
par une pyramide en granit de 10 mètres de hauteur, posé sur un socle cubique
également en granit où sont sur les quatre faces du socle des plaques de
marbre noir portant les inscriptions suivantes :
Coté Nord
: Sous le règne de Napoléon III Empereur des Français;
Coté Ouest
: A la mémoire des naufragés de la frégate « SÉMILLANTE » brisée
sur la pointe de ce récif dans la tempête du 15 février 1855.
Coté Sud
: 350 marins et 400 soldats français partis de Toulon la veille, allaient au siège
de Sébastopol - Russie. Tous ont été engloutis.
Coté Est
: La mer n’a rendu que 592 cadavres mutilés. 560 reposent dans les deux
cimetières de l’île. Le corps du Commandant JUGAN, qui seul a été reconnu
d’une manière certaine et déposé dans une tombe distincte.
Quarante quatre élèves de CM1 et CM2 de l’école
primaire de BONIFACIO sont partis en sortie pédagogique dans la réserve
naturelle des Iles Lavezzi. « ILS ONT OUVERT
TOUT GRAND LEURS YEUX ».
Leurs
remarques, ayant rapport avec le naufrage de la SÉMILLANTE sont les suivantes
Þ
Cette tragédie se déroula pendant une violente tempête. Le berger qui se
trouvait sur l’île n’a rien pu entendre, ce n’est que le lendemain
qu’il a découvert des cadavres. Au tout début le phare fonctionnait au pétrole.
Þ Pourquoi
cette inégalité devant la mort, les hommes ne sont-ils pas tous égaux? Il
existe un cimetière entretenu pour les Officiers et un cimetière à
l’abandon pour la troupe. Qui est responsable des cimetières? Triste leçon
de civisme par nos aînés.
Le
22 juin 2000, en hommage aux disparus de la frégate « SÉMILLANTE »,
une plaque portant des vers du poète Aristide NERRIERE a été dévoilée par
Mr LABADIE Lucien, Délégué du « SOUVENIR
FRANÇAIS »
et Mr CARBONE Jean-Pierre, Président de l’Association « RHIN
et DANUBE ». La fédération André MAGINOT ayant offert la
plaque.
Valeureux
naufragés dont les cris se sont tus,
La
mer vous a grisés, la mer vous a vaincus.
Mais
dans ce beau détroit où la mer est retorse,
La
mort était géante et son ciel était corse.
Et
c’est pourquoi depuis, tout à coté des siens,
Cette
île vous accueille en ses tombeaux anciens.
Or
d’en haut jusqu’en bas, de la cime à la grève,
Grande
est sa mémoire lorsqu’une vie s’achève;
Si
bien que ça et là tout ce qui a été
Voit
au-devant de lui s’ouvrir l’éternité.
Aristide
NERRIERE, 15 février 2000.
La
plaque a été scellée au terrain de St François, (haute ville de Bonifacio),
face à la mer où se trouve la stèle commémorative du naufrage. La cérémonie
fût saluée par une salve factice tirée d’un des deux canons, avec la présence
d’un groupe de militaire en Armes, de drapeaux de diverses Associations
d’Anciens Combattants et de personnalités civiles et militaires.
Portée
par les vers du poète, la mémoire
s’inscrit en lettres gravées sur le marbre.
Georges
COLLET Vice-président de
l’Association « RHIN et DANUBE ».
temoignage de ce jour 24-01-2001
La mère du Commandant de "La Sémillante", Auguste, Gabriel Jugan ( 1807-1855), était une de mes tantes:
Marie, René Bellanger (27.10.1784 - 1.2.1863). Elle épouse Nicolas Jugan (? - 1.1.1810 à Toulon). Ils ont 3 filles et Gabriel.
Ce sont les petits-enfants de René, Pierre Bellanger, Commissaire de la Marine, Commandeur de la Légion d'Honneur et médaillé de Sainte Hélène.
Au lendemain de sa mort, la mère écrit une lettre à son fils ( une partie du texte doit être gravée sur la tombe):
"Gabriel, mon cher fils, ta mère, ta femme, tes soeurs voudraient déposer sur ta tombe le témoignage de leur douleur. je ne trouve pas d'expression qui puisse en donner la mesure. Depuis trente années que tu sillonnais les mers, j'étais en proie aux plus vives inquiétudes. Tes lettres, tes retours, étaient le bonheur de ma vie.
Tu portais dignement le nom de ton père. J'espérais pour toi un bel avenir, tout a péri dans ce funeste naufrage.
Cher ami de nous tous, tes enfants, Marie et Rose, te pleureront et prieront pour toi avec nous. Que Dieu te tienne compte d'une existence où tu as su remplir tous tes devoirs. Nous espérons que le trésor de sa miséricorde te sera ouvert et que tu auras remplacé les misères de cette terre par cette félicité du ciel inconnue dans ce monde. Tu prieras pour nous le jour où notre réunion viendra, c'est notre unique consolation."
Voilà un texte émouvant pour un site si plein de tristesse mais devenu serein!
Cordialement
Laurence Bellanger - Neuilly sur Seine
Cordialement
Laurence Bellanger - Neuilly sur Seine-92200
Si cela vous intéresse pour votre site, je vous adresse des extraits de correspondances concernant la naissance d'Auguste Gabriel Jugan dont les parents habitent alors Rochefort:
- Agde le 13 juin 1807
Du grand-père René Bellanger à son gendre le Commandant Nicolas Jugan:
....."A Dieu, mon cher Jugan, aime nous toujours comme nous t'aimons. Embrasse bien joliment pour nous tous (René a déjà 19 enfants, la dernière a 1 an !) ta bonne, notre chère Manette dont nous plaignons le tracas; il est inutile de t'engager à la ménager à mesure qu'elle avance dans sa grossesse. Tout à vous votre père"
- Adge, le 17 novembre 1807
A sa fille Manette:
......."Tu as bien imaginé que rien ne pouvait me flatter d'avantage qu'un échantillon de la couleur de notre petit Gabriel (donc brun). Je t'en remercie et te charge de lui donner les plus jolis baisers pour son parrain et grand-père. Je crains cependant que cette tonte ne lui soit préjudiciable dans la saison rigoureuse où nous nous trouvons; je maudirais bien et le Saint et la fête s'ils alloient être cause de la moindre altération de la santé de cet innocent....Victorine (N° 17 4ans) pense toujours à sa marraine (Manette) à qui presque journellement elle adresse les plus belles révérences devant ton portrait; Auguste (N°18 2ans)en est jaloux et pour se venger, montre ses poings à l'image de cet homme qui a de si grands yeux (Ct N.Jugan) et qui retient à Rochefort sa grande soeur...A Dieu, Ma chère enfant, ménage ta santé et crois moi toujours le meilleur de tes amis, après ton mari cependant. Ton Père
-Toulon, le 6 frimaire an 14 (27 novembre 1805)
Après les défaites de Trafalgar et de Cadix
de René Bellanger à Nicolas Jugan, Ct de "La Thémis"
"Mon cher bon ami, J'ai reçu ta lettre avec grand plaisir. J'y ai lu ce qui te concerne (remorquage du vaisseau-amiral espagnol); mais que ce qui regarde les autres m'a affligé! Quelle matière à réflexion, que de sujets de douleur, que de larmes, que de murmures qui aboutiront où..! J'avais pressenti ce qui est arrivé à notre armée et il ne fallait pas pour cela de grandes connaissances: il suffit de voir deux marines aux prises, l'une, pour ainsi dire naissante, l'autre (incontestablement la première du monde connu) dans la plus grande force de l'âge....
Nous versons et nous verserons longtemps des larmes de sang sur le sort des malheureuses victimes et de leur courage, de leur dévouement au service de la patrie, nous nous récrierons éternellement contre cette trop funeste tempête qui nous a ravi, en quelque sorte, les infortunés restes du carnage....Le Corps Impérial d'Artillerie de Marine fait, à des soldats qui se trouvent sur l'escadre, un envoi d'habillement; Manette a fait un fort beau gilet de laine qu'elle y a joint pour toi...
A Dieu, mon bon Jugan, crois-moi pour la vie ton ami et beau-père
P.S : Napoléon 1er a fait son entrée dans Vienne, en conquérant la baïonnette en avant. Il a imposé cette capitale à 12 millions de florins, il y laisse garnison; se réserve douze des plus fortes places de l'Allemagne, le Tyrol et les états de Venise et a exigé des puissances coalisées qu'elles appelassent un plénipotentiaire anglais pour traiter de la paix dans un congrès qui a été formé à Munich.
La paix, ainsi que tu le vois, ne doit pas être bien éloignée."
Voilà, je trouvais ces courriers assez émouvants pour vous les faire partager.
Cordialement
Laurence Bellanger
Bonjour,
Je viens de découvrir votre site sur le naufrage de la frégate "La
Sémillante" qui est très bien fait, et donne beaucoup d'informations.
Sauriez-vous me confirmer que ce que vous citez:
"Le nom de la « SÉMILLANTE » fût donné au bâtiment en souvenir de la
glorieuse frégate, du même nom, qui fit une célèbre campagne en INDE pendant
les guerres du 1er Empire de 1803 à 1808." Qu'il s'agit du même bâtiment
que
celui qui était commandé par mon lointain cousin:
GAILLARD de LA TOUCHE Jacques Marie Dominique
né le 14-08-1761 JOSSELIN (56)
Engagé dans la marine à 16 ans.
Sous-lieutenant de vaisseau en 1792, commandait en mai 1793 la frégate La
Sémillante de 26 canons, au large de la Corogne, quand, après avoir pris 2
corsaires anglais qu'il expédia en France, il fut attaqué par la frégate La
Vénus, et atteint par un boulet de canon en pleine poitrine. Le second
Belleville, prit le commandement et fut tué quelques instants après, et ce
fut un simple enseigne, Garreau, qui put se dégager et ramener la Sémillante
à Brest.
voir dictionnaire des Familles Françaises.
Répertoire Général de bio-bibliographie Bretonne, René Kerviller, Rennes,
1905.
Avez-vous d'autres informations, ou savez-vous où je pourrais en trouver ?
Merci pour votre aide, sincères salutations.
--
Christian GEHANNO tél.+33(0)4 76 41 05 62
christian.gehanno@wanadoo.fr
christian.gehanno@bigfoot.com
(répondeur)
http://perso.wanadoo.fr/christian.gehanno/genealogie
|
|
|
ALPHONSE DAUDET L'agonie de La Sémillante
Puisque le mistral de l'autre nuit nous a jetés sur la côte corse,
laissez-moi vous raconter une terrible histoire de mer dont les pêcheurs
de là-bas parlent souvent à la veillée, et sur laquelle le hasard m'a
fourni des renseignements fort curieux. Je courais la mer de Sardaigne en compagnie de sept ou huit matelots
douaniers. Rude voyage pour un novice ! De tout le mois de mars, nous
n'eûmes pas un jour de bon. Le vent d'Est s'était acharné après
nous, et la mer ne décolérait pas. A peine débarqués, tandis que les matelots allumaient du feu pour la bouillabaisse, le patron m'appela, et, me montrant un petit enclos de maçonnerie blanche perdu dans la brume au bout de l'île : - Venez-vous au cimetière ? me dit-il. - Un cimetière, patron Lionetti ! Où sommes-nous donc ? - Aux îles Lavezzi, monsieur. C'est ici que sont enterrés les six cents hommes de la Sémillante, à l'endroit même où leur frégate s'est perdue, il y a dix ans... Pauvres gens ! Ils ne reçoivent pas beaucoup de visites ; c'est bien le moins que nous allions leur dire bonjour, puisque nous voilà... - De tout mon coeur, patron. Qu'il était triste le cimetière de la Sémillante !... Je le vois encore avec sa petite muraille basse, sa porte de fer, rouillée, dure à ouvrir, sa chapelle silencieuse, et des centaines de croix noires cachées par l'herbe... Pas une couronne d'immortelles, pas un souvenir ! rien... Ah ! les pauvres morts abandonnés, comme ils doivent avoir froid dans leur tombe de hasard ! Nous restâmes là un moment agenouillés. Le patron priait à haute voix. D'énormes goélands, seuls gardiens du cimetière, tournoyaient sur nos têtes et mêlaient leurs cris rauques aux lamentations de la mer. La prière finie, nous revînmes tristement vers le coin de l'île où la barque était amarrée. En notre absence, les matelots n'avaient pas perdu leur temps. Nous trouvâmes un grand feu flambant à l'abri d'une roche, et la marmite qui fumait. On s'assit en rond, les pied à la flamme, et bientôt chacun eut sur ses genoux, dans une écuelle de terre rouge, deux tranches de pain noir arrosées largement. Le repas fut silencieux : nous étions mouillés, nous avions faim, et puis le voisinage du cimetière... Pourtant, quand les écuelles furent vidées, on alluma les pipes et on se mit à causer un peu. Naturellement, on parlait de la Sémillante. - Mais enfin, comment la chose s'est-elle passé ? demandai-je au patron qui, la tête dans ses mains, regardait la flamme d'un air pensif. - Comment la chose s'est passée ? me répondit le bon Lionetti avec un gros soupir, hélas ! monsieur, personne au monde ne pourrait le dire. Tout ce que nous savons, c'est que la Sémillante, chargée de troupes pour la Crimée, était partie de Toulon, la veille au soir, avec le mauvais temps. La nuit, ça se gâta encore. Du vent, de la pluie, la mer énorme comme on ne l'avait jamais vue... Le matin, le vent tomba un peu, mais la mer était toujours dans tous ses états, et avec cela une sacrée brume du diable à ne pas distinguer un fanal à quatre pas... Ces brumes-là, monsieur, on ne se doute pas comme c'est traître... Ça ne fait rien, j'ai idée que la Sémillante a dû perdre son gouvernail dans la matinée ; car, il n'y a pas de brume qui tienne, sans une avarie, jamais le capitaine ne serait venu s'aplatir ici contre. C'était un rude marin, que nous connaissions tous. Il avait commandé la station en Corse pendant trois ans, et savait sa côte aussi bien que moi, qui ne sais pas autre chose. - Et à quelle heure pense-t-on que la Sémillante a péri ? - Ce doit être à midi ; oui, monsieur, en plein midi... Mais dame !
avec la brume de mer, ce plein midi-là ne valait guère mieux qu'une
nuit noire comme la gueule d'un loup... Un douanier de la côte m'a
raconté que ce jour-là, vers onze heures et demie, étant sorti de sa
maisonnette pour rattacher ses volets, il avait eu sa casquette emportée
d'un coup de vent, et qu'au risque d'être enlevé lui-même par la
lame, il s'était mis à courir, après, le long du rivage, à quatre
pattes. Vous comprenez ! les douaniers ne sont pas riches, et une
casquette, ça coûte cher. Or il paraîtrait qu'à un moment notre
homme, en relevant la tête, aurait aperçu tout près de lui, dans la
brume, un gros navire à sec de toiles qui fuyait sous le vent du côté
des îles Lavezzi. Ce navire allait si vite, si vite, que le douanier
n'eut guère le temps de bien voir. Tout fait croire cependant que c'était
la Sémillante, presque une demi-heure après le berger des îles
a entendu sur ces roches... Mais précisément voici le berger dont je
vous parle, monsieur ; il va vous conter la chose lui-même... Bonjour,
Palombo !... viens te chauffer un peu; n'aie pas peur. C'était un vieux lépreux, aux trois quarts idiot, atteint de je ne sais quel mal scorbutique qui lui faisait de grosses lèvres lippues, horribles à voir. On lui expliqua à grand-peine de quoi il s'agissait. Alors, soulevant du doigt sa lèvre malade, le vieux nous raconta qu'en effet, le jour en question, vers midi, il entendit de sa cabane un craquement effroyable sur les roches. Comme l'île était toute couverte d'eau, il n'avait pas pu sortir, et ce fut le lendemain seulement qu'en ouvrant sa porte il avait vu le rivage encombré de débris et de cadavres laissés là par la mer. Epouvanté, il s'était enfui en courant vers sa barque, pour aller à Bonifacio chercher du monde. Fatigué d'en avoir tant dit, le berger s'assit, et le patron reprit la parole : - Oui, monsieur, c'est ce pauvre vieux qui est venu nous prévenir.
Il était presque fou de peur ; et, de l'affaire, sa cervelle en est
restée détraquée. Le fait est qu'il y avait de quoi... Figurez-vous
six cents cadavres en tas sur le sable, pêle-mêle avec les éclats de
bois et les lambeaux de toile... Pauvre Sémillante !... La mer
l'avait broyée du coup, et si bien mise en miettes que dans tous ses débris
le berger Palombo n'a trouvé qu'à grand-peine de quoi faire une
palissade autour de sa hutte... Quant aux hommes, presque tous défigurés,
mutilés affreusement... C'était pitié de les voir accrochés les uns
aux autres, par grappes... Nous trouvâmes le capitaine en grand
costume, l'aumônier son étole au cou ; dans un coin, entre deux
roches, un petit mousse, les yeux ouverts... on aurait cru qu'il vivait
encore ; mais non ! il était dit que pas un n'en réchapperait... - Attention, Nardi ! cria-t-il, le feu s'éteint. Nardi jeta sur la braise deux ou trois morceaux de planches goudronnées qui s'enflammèrent, et Lionetti continua: - Ce qu'il y a de plus triste dans cette histoire, le voici... Trois semaines avant le sinistre, une petite corvette, qui allait en Crimée comme la Sémillante, avait fait naufrage de la même façon, presque au même endroit ; seulement, cette fois-là, nous étions parvenus à sauver l'équipage et vingt soldats du train qui se trouvaient à bord.. Ces pauvres tringlots n'étaient pas à leur affaire, vous pensez ! On les emmena à Bonifacio et nous les gardâmes pendant deux jours avec nous, à la marine... Une fois bien secs et remis sur pied bonsoir ! bonne chance ! ils retournèrent à Toulon, où, quelque temps après, on les embarqua de nouveau pour la Crimée... Devinez sur quel navire !... Sur la Sémillante, monsieur... Nous les avons retrouvés tous, tous les vingt, couchés parmi les morts, à la place où nous sommes... Je relevai moi-même un joli brigadier à fines moustaches, un blondin de Paris, que j'avais couché à la maison et qui nous avait fait rire tout le temps avec ses histoires... De le voir, là, ça me creva le coeur... Ah ! Santa Madre !... Là-dessus, le brave Lionetti, tout ému, secoua les cendres de sa pipe et se roula dans son caban en me souhaitant la bonne nuit... Pendant quelque temps encore, les matelots causèrent entre eux à demi-voix... Puis, l'une après l'autre, les pipes s'éteignirent... On ne parla plus... Le vieux berger s'en alla... Et je restai seul à rêver au milieu de l'équipage endormi. Encore sous l'impression du lugubre récit que je venais d'entendre,
j'essayais de reconstruire dans ma pensée le pauvre navire défunt et
l'histoire de cette agonie dont les goélands ont été seuls témoins.
Quelques détails qui m'avaient frappé, le capitaine en grand costume,
l'étole de l'aumônier, les vingt soldats du train, m'aidaient à
deviner toutes les péripéties du drame... Je voyais la frégate
partant de Toulon dans la nuit... Elle sort du port. La mer est
mauvaise, le vent terrible ; mais on a pour capitaine un vaillant marin,
et tout le monde est tranquille à bord... - Un naufrage !... mais c'est très amusant, un naufrage. Nous en serons quittes pour un bain à la glace, et puis on nous mènera à Bonifacio, histoire de manger des merles chez le patron Lionetti. Et les tringlots de rire... Tout à coup, un craquement... Qu'est-ce que c'est ? Qu'arrive-t-il ?... - Le gouvernail vient de partir, dit un matelot tout mouillé qui traverse l'entrepont en courant. - Bon voyage ! crie cet enragé de brigadier ; mais cela ne fait plus
rire personne. Dans l'entrepont, les soldats, anxieux, se regardent, sans rien dire... Les malades essaient de se redresser... le petit brigadier ne rit plus... C'est alors que la porte s'ouvre et que l'aumônier paraît sur le seuil avec son étole : - A genoux, mes enfants ! Tout le monde obéit. D'une voix retentissante, le prêtre commence la prière des agonisants. Soudain, un choc formidable, un cri, un seul cri, un cri immense, des bras tendus, des mains qui se cramponnent, des regards effarés où la vision de la mort passe comme un éclair... Miséricorde !... C'est ainsi que je passai toute la nuit à rêver, évoquant, à dix ans de distance, l'âme du pauvre navire dont les débris m'entouraient... Au loin, dans le détroit, la tempête faisait rage ; la flamme du bivouac se courbait sous la rafale ; et j'entendais notre barque danser au pied des roches en faisant crier son amarre.
|
|
Copyright © yggdrasil 2000 |
| La
Sémillante
Le 14 février 1855, La Sémillante, l'une des dernières frégates en bois et à voiles construites en France, quitta le port de Toulon à destination de Constantinople... Ayant renoncé à doubler la Sardaigne par le sud, le capitaine fut contraint de pénétrer dans les bouches de Bonifacio, où la frégate vint se fracasser contre des récifs. À son bord se trouvaient les 301 marins de l'équipage et les 392 soldats envoyés comme renfort auprès des troupes françaises engagées dans la guerre de Crimée. Dans la nuit du 15 février 1855, le bâtiment fut pris dans une tempête d'une violence extrême qui balaya le détroit et fit naufrage dans les bouches de Bonifacio. Dans cette région connue pour être particulièrement venteuse, le dangereux écueil des Lavezzi, situé sur la route entre l'île du même nom et l'île Razzoli, n'était signalé, à l'époque, que par une simple bouée. Il n'y eut aucun survivant. La Sémillante fut l'une des 27 frégates de 60 canons construites de 1822 à 1849, les dernières étant équipées de machines à vapeur. Longue de 54 m et large de 14 m, elle représentait l'aboutissement de trois siècles de recherches en architecture navale. Mise sur cale à Lorient le 19 mars 1827, elle ne fut lancée que 14 ans plus tard, le 16 février 1841. Après le naufrage, deux cimetières furent ouverts sur l'île Lavezzi. Celui de l'Achiarino, abrite la dépouille du capitaine de la Sémillante, seule victime identifiée de la tragédie.
Une pyramide fut érigée en 1856, au sommet du rocher de l'Achiarino au sud-ouest de l'île Lavezzi. Dans celui de Furcone, une chapelle fut construite en 1856. D'après des textes tirés du Guide Corse-du-Sud - Guides Gualimard |


rapport du Lieutenant de Vaisseau Commandant l'ARVERNE BOURBEAU
NICE MATIN du Vendredi 16 fevrier 2001
BIOGRAPHIE:
LE
NAUFRAGE DE
LA « SEMILLANTE » ( Bouches de Bonifacio, février
1855)
-
Réponse à monsieur Ventura.
- La France et la Grande Bretagne étaient en guerre
contre l’empire russe. Elle avait été occasionnée, en ce qui concerne les Français par
la querelle des lieux saints ( protection des chrétiens d’Orient ),
pour les Anglais par l’éventuelle menace
d’accès russe sur la Méditerranée si le tsar arrivait à subjuguer la
Turquie. Le 30 novembre 1853 l’attaque à Sinople de la flotte turque par une
formation russe devait entraîner la déclaration de guerre de mars 1854.
Les belligérants alliés opéreront contre les
Russes en Baltique ( Français et Anglais) et en mer Noire (Français, Anglais, Piémontais et Turcs), d’abord au
siège de Sébastopol en
Crimée, puis contre les fortifications de Kinburn.
-
En plus de ses tâches navales militaires, la marine impériale française
assurera une partie importante de la logistique de l’armé de terre :
130.000 des 275.000 hommes, 13.500 chevaux + un pourcentage significatif
des approvisionnements seront
transportés par ses bâtiments au
profit du corps expéditionnaire de Crimée. Le complément sera transporté par
des navires de commerce : paquebots à vapeur français réquisitionnés
des Messageries Impériales ( futures Messageries Maritimes), et divers navires
de charges affrétés sous pavillon sarde,
autrichien ou napolitain. La marine
à vapeur sera tout à fait efficiente sur ce théâtre maritime difficile
(franchissement des Dardanelles et du Bosphore...), à la météorologie
capricieuse et aux coups de vent dangereux. Elle
assurera une grande régularité de ces divers
transports avec très peu d’incidents.
-
La frégate à voiles « Sémillante »
( du verbe sémiller : se comporter avec vivacité ), appareillée de
Toulon le 14 février 1855 fera hélas exception. Ce bâtiment aura eu un destin
étrange. Grosse frégate en bois à voiles
de 1er rangs ( 56
canons, déplacement 2.600 tonnes, longueur 54 mètres, largeur 14, creux 8,
hauteur de mât 55 ), elle est armée par un équipage de 12 officiers et 510
hommes. Elle avait été commencée à Lorient en 1827 sur des plans de l’ingénieur
Sané ( plans qui ont tous disparu dans les bombardements sur
Lorient en 1944).
-
Faute de crédits elle était resté
14 ans sur cale et ne fut lancée qu’en 1841. Elle n’eut qu’une activité
très réduite jusqu’en 1854, où sous le commandement du capitaine de
vaisseau Chiron de Brosset elle fut
incorporée à une escadre franco-britannique
envoyée en Baltique pour bloquer et détruire la flotte russe de Cronstadt
( les marine français auront enfin l’occasion de bénéficier des
pratiques anglaises en ce qui concerne la prévention du scorbut et le docteur
Gallerand pourra rédiger un rapport convaincant au ministère et préconiser
la distribution aux équipages « d’acidulages bienfaisants » :
préparations diverses à base de jus de citrons).
-
Outre le blocus naval, la formation effectuera quelques opérations
ponctuelles de débarquement terrestres ( débarquement français aux îles
Aland et destruction des forts russes), sans effets significatifs
car la marine du tsar resteront tapie
derrière ses fortifications protégées par des mines sous-marines de l’ingénieur
Jacobi. La mauvaise saison approchant, la flotte alliée regagnera
ses bases.
Auparavant la « Sémillante », dont l’usage militaire en Baltique ( mer étroite, de faibles profondeurs et dotée d’un régime de vents très aléatoires ) s’avérait problématique en comparaison des unités mixtes ou à vapeur, avait été rappelée en septembre à Brest pour transformation en transport de troupes ( débarquement de l’artillerie, réduction de l’équipage à 10 officiers et 290 hommes). Destinée à la desserte de l’axe Toulon - mer Noire, elle effectue sous le commandement du capitaine de frégate Le Moff de Kerendal une première rotation vers Constantinople, où le choléra décime son équipage dont son commandant.
Ramenée en janvier 1855 par l’officier en second,
elle embarque à Toulon son nouveau
commandant, le capitaine de frégate Jugand,
bon marin et officier bien noté. De 1843 à 1845 il avait commandé la goélette
« Etoile » à la station
de Corse. Son état major est alors composé de 2 lieutenants de vaisseau,
2 enseignes, 1 aspirant, 1 sous-commissaire, 1 chirurgien de 2éme
classe, 1 chirurgien auxiliaire et 1 aumônier.
Sous l’insistance du commandement militaire (
l’amiral Dubourdieux, qui relaie les instructions du ministère de la guerre)
elle appareille le 14 février 1855 sous
un coup de vent violent de mistral
de NW, avec 395 passagers * ( 3 officiers, 392 soldats ou
artilleurs) et 400 tonnes de matériel militaire ( 4 canons avec 1000
obus /16 mortiers avec 1600 bombes / baraques préfabriquées/ outillages-
rechanges / vivres et vêtements d’intendance ). Elle n’est pas trop
lourdement chargée pour la saison, des bâtiments équivalents ayant voyagé
l’hiver en Méditerranée avec des cargaisons de plus de 800 tonnes.
La distance de Toulon à Constantinople est de 1500
milles nautiques, la route normale s’établit par l’ouest de la Corse, le
canal de Tunisie et le sud du cap Matapan. En cas de fort régime perturbé
d’ouest , les voiliers peuvent faire route sous le vent de la Corse, mais se
pose ensuite pour eux le passage délicat sous voiles
du détroit de Messine.
Le commandant Jugand a choisi la route normale, au
vent portant, mais on ne saura jamais pourquoi il ne pourra pas tenir
convenablement la cape dans le très gros temps. Avarie de gouvernail ?
Gréement désemparé ? voie d’eau ?
Dans la nuit du 14 au 15 février 1855 le temps se détériore encore davantage. A Bonifacio le vent renverse des arbres, arrache des toitures et lève une mer monstrueuse sous les falaises. Le clergé local effectue dans la matinée une procession votive traditionnelle pour « le salut des navigateurs », fugitivement les participants du cortège discernent dans la brume la silhouette d’un bâtiment courant à sec de toile et emporté par la tourmente.
A 10 heures, le gardien du phare de la Testa ( cap NW
de la Sardaigne) aperçoit un
navire, qui ayant doublé le cap Pertusato
s’engage sous trinquettes
et tourmentin dans les bouches de Bonifacio en dépit de la visibilité réduite.
Vers midi la frégate éclate sur la roche
du Briquet ( A Carino en vocable corse ) point extrême SW de l’île Lavezzi,
simple amoncellement rocheux de 45 hectares, simplement habité par
2 bergers et leurs moutons et qui n’entendront
rien dans le rugissement du très gros temps.
Le 16 au matin, le temps mollit, une annexe du
stationnaire « Le Verne »
effectue une patrouille après tempête et découvre un amoncellement de débris
dans le sud de l’île. Sur ces indications, le 17 février, le syndic des gens
de mer de Bonifacio se rend sur l’île et rédige un procès verbal
d’inventaire d’épaves : objets fracassés, vêtements, débris de gréement...
.
Il informe aussi les autorités françaises et
sardes, et commence à organiser avec 18 hommes de la station navale et les 2
bergers les récupérations possibles : quelques armes et mortiers de
bronze, munitions et divers barils de poudre, des effets, un peu de cuivre du
doublage et différents agrès *.
Ces épaves seront ramenées à Toulon par des
gabares au mois d’août ( il existe encore
à ce jour quelques débris de sculptures de la Sémillante
conservés au musée de la marine à Paris, à Bordeaux et à Ajaccio). Ultérieurement
des plongeurs génois récupéreront à 12 mètres de profondeur des éléments
de la coque et 477 mètres cubes de bois qui seront vendus aux enchères à
Bonifacio.
Le 18 février les premiers cadavres, certains complétement déchiquetés, sont ramenés sur les grèves par les courants. Ils sont tous inhumés sur l’île, faute de moyens de transport, par une corvée de 50 soldats détachés en renfort des marins. Le 20 le nombre de corps inhumés s’élève à 250.
Finalement des 693 hommes embarqués à bord de la
« Sémillante », seuls le
commandant Jugand et l’aumônier seront identifiés parmi les 300 corps
enterrés dans 2 cimetières à l’Est et à l’ouest de l’île, édifiés
autour d’un petit monument commémoratif.
Les autres corps ne seront jamais
retrouvés.
Ce n’est que le 23 février que le préfet maritime à Toulon est avisé de la catastrophe. La nouvelle apparaît au Moniteur du 28 février 1855 et des services religieux sont immédiatement organisés à Paris, Toulon, Brest, Lorient (et diverses autres villes) en mémoire des naufragés. Une souscription nationale est d’ailleurs lancée pour venir en aide aux familles des défunts.
Les 693 disparus de la Sémillante seront vite oubliés
parmi les 95.000 morts français de la guerre de Crimée ( 25.000 tués au feu
et 70.000 victimes du choléra).
Seule une belle nouvelle d’Alphonse Daudet, publiée
en 1869 dans les « Lettres de mon
moulin » rappelle sobrement ce drame de la mer. Le récit en est assez
exact et la langue belle et très
poétique.
- En 1938 le commandant du croiseur « Suffren »,
mouillé sous Lavezzi, dépêche à
terre une équipe pour réparer les
outrages du temps sur les monuments du cimetière.
La marine nationale, réitérera en 1955, et pour le
centenaire du naufrage détachera le dragueur de mines « Pivoine »
pour une émouvante cérémonie commémorative.
Tous les marins français qui embouquent de jour les bouches de Bonifacio, sont étreints d’émotion, lorsque dans leurs jumelles ils saisissent la petite pyramide qui rappelle très simplement le destin tragique de 693 de leurs prédécesseurs.
-
En 1893 le vapeur « l’Evénement »,
puis en 1903 le caboteur « Geneviève »
et il y a peu un petit cargo grec ont fait depuis
naufrage au même endroit, mais grâce au ciel chaque fois sans victimes.
- N.B * :
en matière de confort de transport de la troupe à l’époque, il était très
sommaire. A bord des gros navires les passagers s’entassaient dans la
batterie, sur les petites corvettes ou les vapeurs côtiers ils devaient rester
sur le pont, à la merci des intempéries. Dans les deux cas le couchage était
simple, le soldat s’enroulait dans sa capote ou sa couverture et dormait sur
le pont, la tête calée par son sac.
La chère était
du même standing, les rationnaires se partageaient un « potage rata »
vaguement chaud composé immanquablement de fayots, lard ou gourganes, enrichi
de quelques lambeaux de bœuf salé.
- N.B ** :
à la mesure des dimensions relevées sur le P.V du syndic, on réalise que les
éléments de gréement de la Sémillante étaient à peu prés analogues, en échantillonnage
et en dimensions, à ceux des
vaisseaux de 2éme rang du XVIIIéme siècle
( vaisseau de 74 canons) et d’une
technologie presque identique (faisceaux de bois assujettis par des
cercles de fer).
Ces notes ont été extraites des travaux du commandant Rateau, capitaine au long cours, ancien commandant au commerce.
Jean Ceccarelli, capitaine de frégate (H), membre de
la SFHM, le 22 avril 2001.
UN SANCTUAIRE, UN NAUFRAGE , LA TRAGEDIE DE LA "SEMILLANTE"
par JEAN LUCIEN RACHELLI Directeur Départementale de l'ONAC Corse du sud. Secretaire Général de la Commission Départementale de l'information historique pour la paix.
DIRECTION DÉPARTEMENTALE DE LA CORSE DU SUD
1 BOULEVARD SAMPIERO 20180 AJACCIO
TEL 0495214281 FAX 0495510667
CÉRÉMONIE A LA MÉMOIRE DES DISPARUS DE LA FRÉGATE SÉMILLANTE
PRÉSENCE DE MONSIEUR CASILE COMPAGNON DE LA LIBÉRATION
http://www.cite.org/quartiers/Compagnons/fiche_184.html
MONSIEUR ZUCARELLI ALORS MINISTRE
MONSIEUR PIERRE PASQUINI MINISTRE DES ANCIENS COMBATTANTS
PRÉSENCE DE MONSIEUR ERIGNAC PRÉFET DE L'ÉPOQUE
16 fevrier 2002
Hommage au monde de la mer
Le 147e anniversaire de la tragédie de La Sémillante a été commémoré
avec sérénité à Saint François. Une plaque a été inaugurée,
marquant le souvenir des victimes du « Cassini » et du
« Danton »
Les deux canons pointés vers le large, vers les Bouches de Bonifacio,
indiquent la direction d'un des plus grands sanctuaires de la marine
en Méditerranée. Au fond des flots, scellés dans les épaves des
navires en guise de tombeaux, gisent officiers, marins et soldats.
L'ile Lavezzi, qui se dessinait hier dans la lumière du soleil,
accueille, en deux cimetières, les restes des marins et militaires de
La Semillante. Mémoire a été rendue hier aux victimes de ces drames
de la mer et de la guerre réunies.
Une cérémonie officielle
Après la messe célébrée en l'église Saint François par l'abbé
Buresi, assisté du diacre Jacquemoud, à l'intention des disparus,
l'assemblée s'est dirigée vers la plate forme qui abrite la stèle
de la Sémillante. Le 511e Régiment du Train d'Auxonne avait pris
place, le piquet d'Honneur faisant ainsi face aux porte-drapeaux des
associations d'anciens combattants.
Robert Serra, adjoint représentant le maire, a rappelé les
circonstances du naufrage de la frégate impériale, insistant sur le
contexte de guerre internationale de ces années 1855, avec le siège
de Sébastopol et la guerre de Crimée. Le jeune François Bianchini,
élève de 3e au collège, a donné lecture du poème d'Aristide Nerrière,
inscrit sur une plaque devant le monument.
Après les mots émouvants de la lettre épitaphe de la mère du
Capitaine Jugan commandant de la Semillante, ont été déposées les
gerbes fleuries. Sonnerie aux morts et Marseillaise ont uni les
participants dans le recueillement.
Outre les quatre adjoints au maire de Bonifacio, étaient présents le
commandant de la Marine en Corse, Francis Grosjean, le Capitaine
Delhomme représentant le Général commandant les forces armées en
Corse, Antoine Mathieu Nicoli, Directeur Régional des Anciens
Combattants, le Colonel René Colombani, de la Fondation André
Maginot, Jean-Ange Colonna, président des Médaillés Militaires, M.
Diverres, directeur départemental des Affaires Maritimes et son représentant
local, les représentants du sémaphore de Pertusato, le commandant de
brigade de Bonifacio, des délégations d'anciens combattants de
Porto-Vecchio, Sartène, Ajaccio et Bonifacio, le premier prud'homme,
le patron du canot de la S.N.S.M., un représentant du Parc Marin et
les Bonifaciens fidèles à ce souvenir.
Une plaque dévoilée
Avec l'inauguration et la bénédiction fervente par l'abbé Buresi de
la plaque en mémoire des disparus du « Cassini » et du
« Danton », c'est un véritable Monument aux Morts en mer
qui voit le jour. La nouvelle plaque, initiée par l'O.N.A.C., et
financée par la Fondation André Maginot, rappelle les pertes en 1917
de ces deux navires de guerre.
En bordure immédiate du cimetière Saint-François, sur une promenade
très fréquentée par les visiteurs, ces marbres gravés expriment désormais
un souvenir collectif qui avait en ce lieu toute sa place. Même si,
à quelques milles à l'Est, au pied de la pyramide de l'Acciarino,
seuls les goélands et les puffins, et quelque fidèle romantique,
accompagnent la solitude des sépultures des victimes de La Sémillante.
M.A.S.
|
La Semillante
|
Jérôme Lorenzi
Mediterranea Borgo, 1998 |
![]() |
|
je viens de retrouver dans mes archives familiales l'original de la missive
> envoyée par le ministère de l'empereur accordant à la veuve BLANCHET née
> LEFUR , veuve d'un matelot de la sémillante, une pension annuelle. cela
vous
> intéresse t il? je pourrais peut être vous la scanner?
ebardet@wanadoo.fr
Livre consultable au service historique de la Marine de Toulon
1 2 3 4 4 bis 5
6 7 8 9 10 11
12 13 14 15 16 17 18 19
20 21 22 23 24 25 26 27
28 29 30 31 32 33 34
35 36 37 38 39 40 41
42 43 44 45 46 47
48
| Mot de l'éditeur Le 15 février 1855, eut lieu dans le sud de la Corse, à l’île Lavezzi, la plus grande catastrophe maritime du XIXe siècle. 150 ans de cela au 15 février 2005 ! « La Sémillante », une frégate à voiles, quitta Toulon le 14 février, pour se rendre en Crimée où la France se battait contre les Russes. Le navire transportait des troupes de renfort (près de 400 hommes), du ravitaillement, et du matériel, ajoutés aux 350 marins du bateau. Or, il régnait en Méditerranée, une tempête d’une extrême violence ; on parla à l’époque d’ouragan… La frégate reçut l’ordre de partir, malgré ces conditions défavorables. En 24 heures elle avait atteint le sud de la Corse, dans une épaisse brume, et sans doute voulant franchir les Bouches de Bonifacio, elle s’écrasa à pleine vitesse sur les rochers de la pointe sud-ouest de l’île. Les 750 personnes à bord, périrent. Il n’y eut aucun survivant…
|
| corse matin 16-02-05 |
25-02-2005 CORSE MATIN MAGAZINE
|