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10 - Le Bestiaire des Rêves
Dr Jean-Michel Crabbé, 15 février 2008.
Les rêves sont parfois peuplés d'animaux familiers ou très étranges. Ils représentent habituellement la vie instinctive du rêveur, son comportement naturel habituel. Et parfois davantage... Il est donc ici question de l'interprétation des rêves d'animaux.
" Saint Georges tue le dragon pour délivrer une jeune fille "
Cette image fantastique qui fait sourire les imbéciles a une signification très puissante quand on la considère comme un rêve à interpréter " sur le plan du sujet ".
Pour un homme, la jeune fille à sauver représente l'anima, l'âme prisonnière de l'aspect animal, sauvage, dangereux et dévorant de l'inconscient. Les ailes du monstre indiquent son appartenance au monde de l'esprit, à la psyché. Ce sauvetage, la libération de l'anima conduit au "mariage intérieur" entre le héros et la princesse, dans lesquels les aspects les plus nobles de la personnalité s'unissent et deviennent féconds: ce mariage intérieur fait partie du processus d'individuation.
Chez une femme, la situation s'inverse, et "saint Georges" représente l'animus salvateur, qui va délivrer la psyché féminine et lui donner sa fécondité. Cet animus positif est souvent représenté comme "prince charmant", c'est aussi le frère qui sauve la jeune femme dans l'histoire de Barbe-Bleue.
L'interprétation de rêves analogues conduit à la notion " d'inconscient collectif " de C.G. Jung. Elles font références aux problèmes collectifs de l'âme humaine.
L'interprétation des rêves favorise un développement harmonieux de la personnalité (individuation) et comme le dit Michel Jouvet, le rêve est une protection contre la déraison.
La rêveuse accompagne une abeille qui a les yeux bandés
et qu'elle dirige là où elle doit aller. Mais son attention
se relâche et l'abeille tombe dans une toile d'araignée.
Elle voit avec horreur l'araignée s'avancer pour dévorer sa
victime, se précipite et parvient de justesse à sauver son
abeille.
Ces deux insectes sont des instincts primaires, des réactions
immédiates et réflexes privées de composante affective. Dans les deux cas il s'agit de féminité.
L'abeille est une travailleuse infatigable, elle fabrique du
miel et ne pique que si elle est en danger. C'est un aspect de la
rêveuse elle-même, travailleuse infatigable, capable de douceur
et d'affection. En anglais, honey (miel) a un sens affectif. Les
yeux bandés de l'abeille montrent que cet instinct n'est pas
autonome, il est lié à la vie que la jeune femme se choisit.
L'araignée tisse sa toile, chasse et paralyse ses proies, et
elle ne produit rien de bon. C'est un autre instinct primitif,
dangereux et dévorant. Si la rêveuse n'y prend pas garde, son
instinct araignée peut neutraliser l'instinct abeille, faisant
d'elle une nouvelle Morgane, malfaisante, égoïste et privée
d'affection.
Le rêve parle d'individuation et de la féminité de la rêveuse. Ces deux instincts primaires, ces deux tendances instinctives opposées coexistent dans sa personnalité: son individuation et le développement de sa féminité passent par la protection de son instinct abeille.
La jeune rêveuse est à la fois humaine et féline. La nuit, elle se transforme en panthère noire, mais elle est blessée. Pour guérir, elle doit rencontrer sa toute jeune soeur dans une sorte de corps à corps, et celle-ci se
transforme aussi en félin, un animal beaucoup plus petit et de couleur marron.
Quand un rêve se déroule la nuit, il décrit un processus psychique très inconscient, très éloigné de la conscience "claire". La transformation du rêve se produit pendant les phases d'extinction de la conscience
claire, pendant ces espaces de temps au cours desquels la rêveuse est très instinctive et très peu consciente de ses actes.
Son comportement est alors déterminé par l'instinct panthère noire. C'est une féminité puissante et sauvage, souple et douce. Elle fait penser à l'animal totem que les peuples primitifs associent à chaque être humain, et qui
décrit globalement son comportement naturel habituel.
Le rêve affirme que cet instinct a été blessé, et peut-être :
- gêné dans son épanouissement par un manque de liberté (dans l'enfance).
- submergé par d'autres activités (scolaires).
- détourné de sa réalisation naturelle (l'instinct tend vers un but déterminé)
Pour guérir, l'instinct panthère doit se combiner, dans une
sorte de jeu, avec un autre instinct encore immature.
Le rêveur se promène en ville et il trouve un chien
avec une tête de chouette qui se laisse approcher et
caresser. Il l'emmène et monte à l'arrière d'une voiture
avec une femme. Ils sont tous les trois sur la banquette
arrière, le chien est au milieu et il urine sur le siège.
Le rêveur et sa compagne nettoient le siège et rejettent
l'animal au dehors.
Le chien à tête de chouette est un animal hybride, une
chimère. Cette image correspond au mélange de deux instincts
très différents et finalement incompatibles:
- Le chien est un animal grégaire. Il aime la compagnie, les
jeux, et surveille son territoire. Il correspond à un goût pour
la vie concrète et sociale, et peut aussi représenter de
l'agressivité et de la vulgarité.
- La chouette est un oiseau nocturne, sa vision et son ouie très développées sont est adaptées à l'obscurité. Comme oiseau, elle appartient à l'air, au monde de l'esprit.
- Comme espèce nocturne, la chouette voit clair dans un monde
obscur comme celui des rêves et de l'inconscient et elle est à l'écoute de ce que d'autres n'entendent pas. Oiseau d'Athéna, la chouette représente une aptitude à voir et à entendre ce qui se passe au delà des apparences et du monde concret.
Le rêveur vit en conciliant deux comportements instinctifs
incompatibles. La chimère est un développement, une individuation contradictoire de sa personnalité. Cestains éléments ne doivent pas coexister. Son instinct chien se manifeste dans des relations extérieures superficielles, alors que son instinct chouette s'épanouit dans la solitude, le silence et l'attention aux choses cachées... Ce comportement hybride conduit à un rejet.
Le rêveur doit différencier et privilégier son instinct chouette.
Le rêveur marche et une chouette l'accompagne tout au
long de ce trajet. Elle est perchée sur ses épaules ou sur
ses mains. Il sent ses griffes très puissantes, et ses mains
sont protégées par des gants. Elle est adorable,
familière, et il peut dialoguer avec elle.
Des années séparent ce rêve du précédent. La situation
est beaucoup plus favorable, la chouette a trouvé sa place dans
la vie du rêveur, elle l'accompagne et le guide.
Il s'agit d'un thème général de rêve, dans lequel le rêveur
est attaqué par un animal, un chien par exemple, et mordu. Ou encore
le rêveur voit l'un de ses amis obligé de se défendre contre un chien
ou se faire mordre... etc.
Les explications traditionnelles conduisent le plus souvent à voir dans de tels rêves
une simple peur, l'écho d'un traumatisme de l'enfance... Il s'agit d'interprétations sur
le plan de l'objet, fausses d'une manière générale, et inutiles en particulier.
L'interprétation sur le plan du sujet de tels rêves fait rarement plaisir, et il n'y a guère de chance pour qu'elle rencontre la pleine adhésion du rêveur (quoique !).
Dans une telle attaque, le rêveur lui-même est agressé par sa propre nature
animale. Il adopte un comportement instinctif semblable à celui d'un chien, il est agressif, ce qui est aussi une agression vis-à-vis de lui-même.
Un tel rêve est au moins utile pour l'entourage. En effet, si le plus souvent le rêveur lui-même refuse d'admettre sa propre agressivité, ses proches sont prévenus du danger.
Le rêveur a capturé un animal curieux et assez
dangereux : un animal préhistorique, un tyrannosaure
miniature avec de grandes griffes. Il est bien vivant et se
tient debout sur ses pattes arrières. Pour l'attraper, le
rêveur a utilisé une grande épuisette, une sorte de filet
au bout d'un manche et il va s'en débarrasser en le rejetant
dans la nature. Cet animal d'un autre âge sera finalement
tué par un félin de l'époque actuelle.
Ce tyrannosaure, animal primitif à sang froid, correspond à
un instinct agressif, prédateur, privé de sensibilité et de
chaleur humaine, par exemple capable de tuer de sang froid. La
nature humaine abrite sans aucun doute des pulsions dangereuses
dont la rencontre, même en rêve, n'est guère agréable.
S Freud prétendait que la censure des pulsions mauvaises et incompatibles les transforme en images plus acceptables (déplacement, déguisement...etc). La réalité est à l'opposé. Les rêves s'expriment naturellement, ils ne font aucun cadeau et ne dissimulent rien. Leurs images sont parfois brutales et sans concessions, et les rêveurs rejettent volontairement ces images déplaisantes de leurs rêves.
La véritable censure du rêve, c'est de lui refuser son sens le plus évident et de le qualifier d'absurde.
Le rêveur doit prendre conscience de cet instinct inhumain et prédateur qui vit en lui. Mais il peut aussi compter sur ses instincts plus évolués, représentés par les félins de l'époque actuelle, pour détruire cet instinct primitif.
Tout homme n'est-il pas capable du meilleur et du pire ?
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