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1 - SOMMEIL ET RÊVE
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"Le rêve atteint son développement et sa structure finale dans la phase de sommeil paradoxal." (M. Jouvet)
La répression des désirs n'est pas la cause du rêve : L'activité automatique et périodique des neurones du pace-maker pontique est responsable du sommeil paradoxal et du rêve.
« Freud ne postule, à aucun endroit, des systèmes de neurones automatiquement actifs. La conclusion qui s'impose est que la théorie de Freud doit être abandonnée à cause de l'absence d'activité autonome et de l'absence de régulation et d'énergie endogène du cerveau. » Mc Carley et Hobson.
« La force agissante au cours du sommeil paradoxal est une activation biologique des cellules du pont, et non pas un désir réprimé. » Mc Carley et Hobson.
L'absence de mémoire pendant le sommeil lent : la fonction mnésique est liée à un éveil cortical (EEG), absent du sommeil lent. Les incidents spécifiques de cette phase de sommeil ne sont jamais mémorisés (terreurs nocturnes, somnambulisme, bruxisme, verbalisation) :
Si le réveil des patients pendant leur sommeil lent révèle une activité mentale frustre, rien ne prouve qu'elle puisse être mémorisée, au contraire.
A l'opposé, une phase de sommeil paradoxal se termine souvent par un micro-réveil, ou même par le réveil spontané du dormeur. S'il s'agit d'un cauchemar, le dormeur est immédiatement vigilant, orienté, et il raconte spontanément un rêve impressionnant dans lequel sa sécurité est menacée.
Le rêve est indépendant des besoins instinctifs : Les enregistrements du comportement onirique du chat montrent qu'il n'est pas influencé par la faim, par la soif ou quelque autre besoin instinctif réprimé : Les oies ne rêvent pas de maïs !
« Il n'y a aucune preuve, quelle qu'elle soit, que ces mécanismes cellulaires (à l'origine du sommeil paradoxal), soient provoqués par la faim, le sexe ou un autre instinct, ou par des désirs réprimés... » Mc Carley et Hobson.
« Ainsi, la motivation primaire du langage du rêve et du processus onirique ne peut être déguisée puisque la force première des rêves n'est ni un instinct, ni un désir réprimé ayant besoin d'un déguisement. » Mc Carley et Hobson.
Le rêve n'est pas "gardien du sommeil". Il se produit au cours d'un sommeil réfractaire au réveil.
Le rêve existe avant les premiers désirs instinctifs du nourrisson et leurs refoulements. Le foetus in utero est en état de rêve presque permanent, le sommeil "sismique". La conception freudienne du rêve est incompatible avec ces observations.
Le rêve freudien, "réalisation détournée d'un désir refoulé" n'a aucun sens pour un poussin "in ovo" ou pour le foetus "in utero".
Au moment de l'accouchement, le nourrisson dort et rêve... Le traumatisme psychique de la naissance, phénomène contre nature, n'existe peut-être que dans l'imagination de certains analystes.
Le rêve représente 80 à 50% du sommeil du nouveau-né : cette activité intense ne résulte pas de désirs refoulés. Ce n'est pas un résidu de l'activité de veille. Il s'agit d'une activité autonome, automatique, rythmique. Elle précède les autres fonctions neuropsychiques et le développement de la conscience. Les enregistrements permettent d'affirmer que l'activité onirique est antérieure à la conscience.
Le rêve existe chez les mammifères et les oiseaux depuis 180 millions d'années : quand un nourrisson rêve, son visage exprime tour à tour l'inquiétude, le plaisir, le dégoût, la tristesse, la peur, émotions qu'il manifestera réellement un peu plus tard. Quand un chat rêve et que l'on observe son comportement onirique, il reproduit les comportements instinctifs spécifiques de l'espèce : attaque, défense, toilette, postures de chasse. (Jouvet M. et Sastre J-P - Le comportement onirique du chat - Physiolo. Behav., 1979. )
Le rêve est une fonction physiologique très active au cours de la maturation du système nerveux central. L'observation scientifique associe le rêve aux comportements instinctifs spécifiques de l'espèce et de l'individu.
Selon Freud, le désir (sexuel infantile refoulé) qui déclenche le rêve est excité par les événements des jours précédents. Le rêve utilise ces événements récents pour construire le rêve en dissimulant les véritables désirs sexuels inconscients qui lui donnent naissance.
"Si, recherchant l'origine des éléments du rêve, j'examine ce que me fournit ma propre expérience, j'affirmerai d'abord que tout rêve est lié aux événements du jour qui vient de s'écouler." (S. Freud. L'interprétation des rêves. Presses Universitaires de France, 1967.)
Mais l'exemple des rêves d'astronautes montre bien que cette affirmation n'est pas fondée. Comme le rapporte le Pr. Michel Jouvet, même au cours de séjours de longue durée en orbite autour de la terre les astronautes ne rêvent jamais de leurs vols dans l'espace. L'observation quotidienne des rêves montre aussi un autre phénomène, en particulier chez les personnes qui voyagent :
Il existe un délai statistique de quelques semaines entre une situation nouvelle et son incorporation dans les rêves.
Avec le développement des forum sur internet et de certaines bases de données oniriques accessibles à tous, on peut justement affirmer que les restes diurnes ne sont pas à l'origine des rêves. La diversité et l'étrangeté des rêves surprennent toujours les rêveurs. Ces rêves n'ont justement rien de commun avec leur vie quotidienne et ils leur apportent des images extraordinaires ou percutantes sans relation avec les journées qui précèdent.
Le sommeil paradoxal est une activité physiologique dont le seul résultat objectif est l'activité onirique :
« Les rêves sont une nécessité biologique et forment une fonction d'intégration et de récupération aussi importante que nos grandes fonctions physiologiques. » (Magnin P. - Le Sommeil et le Rêve - PUF "Que Sais-je", 1990.)
« Le rêve rend opérationnels les conditionnements innés de nos systèmes neuronaux. C'est le gardien de l'équilibre psychique et des comportements spontanés. Le rêve est une protection contre les erreurs de comportement, la déraison, les actes inconsidérés, les influences perverses et néfastes. » (Jouvet M. - Le sommeil et le rêve - O. Jacob, 1992.)
Avec ces découvertes, la neurophysiologie établit aussi un lien entre le rêve et le développement des aptitudes instinctives. Cependant l'homme moderne, fruit d'une éducation et de conditionnements, oublie que l'être humain possède, comme tous les mammifères, un répertoire de comportements naturels et innés.
Toute théorie est éphémère : Les vrais scientifiques ont assez d'humilité et de simplicité pour se remettre en cause... Ici, ce n'est pas le cas ! La médecine reste paralysée devant la découverte des rythmes biologiques, et garde "l'homéostasie et les constantes biologiques". La psychanalyse, bousculée par la neurobiologie, en reste à la "conception freudienne du rêve".
Les découvertes d'une poignée de chercheurs ne pèsent pas encore bien lourd devant l'inertie et le désintérêt de nombreux psychiatres, psychanalystes et psychologues pour la neurophysiologie. Certains tentent aussi de sauver une théorie qui appartient déjà au passé.
Après la découverte du lien entre sommeil paradoxal et rêve, des publications comme celle de Foulques (Dream research, 1953 - 1993. Sleep 1996) tentent de prouver que le sommeil paradoxal n'est pas la base physiologique du rêve. Bourguignon (Neurophysiologie du rêve et théorie psychanalytique, 1968), affirme que la neurobiologie vient confirmer "une théorie analytique qui repose sur des faits bien observés... Le domaine du rêve montre l'avance considérable que la psychanalyse a pris sur les sciences biologiques..." (Bourguignon, cité par Jouvet).
Ces publications ignorent les nombreux arguments convergents qui conduisent à cette nouvelle définition du rêve. Freud, physiologiste et neurologue, se basait sur les connaissances de la fin du XIXe. La neurobiologie n'existait pas, pas plus que la génétique ou l'endocrinologie. Les neurones "psi", réservoirs de l'énergie des désirs refoulés imaginés par Freud, n'existent pas. Sommeil léger et énergie des désirs réprimés sont des notions périmées.
Au niveau psychique, les pulsions d'inceste, de meurtre et d'anthropophagie du nourrisson ne sont pas des phénomènes observables. Pour Freud, il s'agissait d'hypothèses destinées à expliquer l'existence des rêves. De même, le travail du rêve (censure, déplacement des images) est une hypothèse de Freud destinée à expliquer l'apparence absurde du rêve.
Non seulement les hypothèses initiales de Freud à propos du système nerveux et des rêves sont fausses, mais la neurophysiologie moderne les rend inutiles.
Freud a enfin une conception très personnelle de la notion de preuve. La "résistance" que sa théorie rencontre lui semble une preuve de sa validité : si sa théorie, par définition inacceptable et traumatisante, rencontre une opposition, cela prouve qu'elle est vraie ! Or "absence de preuve ne vaut pas preuve."
En 1911, A. Adler est le premier collaborateur de Freud à prendre son indépendance. Pour lui, le psychisme et la volonté de puissance d'un individu évoluent à partir d'un sentiment initial d'infériorité. Le rêve est une création tournée vers l'avenir et vers la réalisation d'un désir de puissance.
L'inévitable rupture entre Freud et Jung : En 1912, CG Jung, psychiatre et collaborateur de Freud, publie "Métamorphoses et symboles de la Libido" Ce livre lui coûte son amitié avec Freud. Au prix d'un travail de recherche considérable et de nombreuses publications, Jung montre que l'inconscient comprend des images universelles primordiales (les archétypes), des dynamismes psychiques variés (théorie des complexes), et un fond commun à toute l'humanité, (l'inconscient collectif). Jung conteste le rôle exclusif des refoulements sexuels et du complexe d'Oedipe dans la petite enfance.
Le travail de Jung est très structuré et repose sur des bases expérimentales. Ainsi le mot "complexe", passé dans le langage courant à cause de sa pertinence, vient de la psychologie jungienne.
Jung considère le rêve comme un phénomène naturel qui équilibre et enrichit la conscience. L'inconscient, selon Jung, est ambivalent. Parfois source de névroses et de catastrophes psychiques redoutables, il est aussi à l'origine des comportements spécifiques des espèces (archétypes) et de la différenciation du psychisme individuel (individuation).
La spiritualité est pour Freud l'expression d'un puissant désir inconscient de s'unir avec la mère et de retourner dans le sein maternel (régression). C'est une manifestation déguisée d'un désir sexuel incompatible.
Pour Jung, la spiritualité n'est pas cet avatar des pulsions sexuelles, mais une manifestation psychique autonome et naturelle chez certains individus.
Les positions respectives de Freud et de Jung sont incompatibles : Jung publie son travail de recherche depuis 1902 (Psychologie et pathologie des phénomènes occultes), bien avant sa rencontre avec Freud. Cependant Freud s'estime trahi par son "fils spirituel" : il se pose en victime et accuse Jung de vouloir se débarrasser du maître, de "tuer le père".
Après la guerre de 39 - 45, certains freudiens en viennent à critiquer la vie privée de Jung et à donner de lui une image douteuse. Jung est décrit tour à tour comme un mystique, un illuminé, un sympathisant nazi, un antisémite, un amoureux éconduit d'une maîtresse de Freud, un chef de secte. Après bien d'autres, l'ouvrage de Richard Noll (1999) "JUNG, LE CHRIST ARYEN" est un modèle de cette littérature à propos de CG Jung:
"Carl Gustav Jung fut le disciple, puis l'adversaire le plus célèbre de Freud. Sa théorie des mythes, des archétypes et de l'inconscient collectif a définitivement modelé la culture universelle. Dans ce livre, Richard Noll évoque les soixante premières années de sa vie et révèle un homme habité par l'occultisme, le mysticisme, le néo-paganisme et l'antisémitisme. Dans sa clinique de Zurich, avec ses adeptes qu'il analyse et subjugue, Jung va fonder une nouvelle religion. Il se prend lui-même pour un dieu à tête de lion et séduit ses patientes afin qu'elles retrouvent leur moi ancestral. Parmi elles, notamment, la fille de Rockefeller.
De nombreux documents et témoignages inédits, recueillis par Richard Noll, dressent un portrait terrifiant de ce Jung inconnu et secret, soigneusement occulté jusqu'à aujourd'hui."
Richard Noll est américain, psychologue et professeur à Harward d'histoire de sciences. Spécialiste de Jung, il a publié aux États-Unis "Le Culte de Jung".(traduit de l'anglais par Philippe Delamare)
Or une telle accumulation de critiques n'est guère crédible. En tentant de salir la réputation de Jung, Noll obtient un effet inverse et attire une nouvelle fois l'attention sur Jung, avec une différence notable : si le travail de Jung fut reconnu dès 1909 aux USA, il est maintenant confirmé par les découvertes faites en neurobiologie. Ces attaques contre CG Jung traduisent un sentiment d'infériorité et la crainte d'un effondrement possible de tout ou partie de l'édifice freudien, la neurobiologie venant donner raison à Jung contre Freud.
Si le XXe siècle a été celui de la psychanalyse freudienne, le XXIe siècle sera probablement jungien.
Voir Ernst Harms. Carl Gustav Jung - Defender of Freud and the Jews. Psychiatric Quaterly (Urica N.Y) avril 1946 :
"Le 21 juin 1933, Jung acceptait la présidence de l'Überstaatliche Ärztliche Gesellschaft für Psychotherapie (Société Médicale Internationale de Psychothérapie) qui réunissait les sociétés nationales d'Allemagne, du Danemark, de Grande-Bretagne, de Hollande, de Suède et de Suisse et avait son siège à Zurich.
Bien que les membres juifs et autres antinazis eussent été exclus de la société nationale allemande, Jung, en tant que président, leur permit de devenir membres de la société internationale. C'est pourquoi les successeurs de Jung ont défendu sa présidence, tandis que ses adversaires attaquaient sa participation à une société ayant des attaches avec l'Allemagne nazie."
(dans "CG Jung parle, rencontres et interviews" Buchet/Castel 1985)
Jung a protégé tous les psychanalystes allemands, sans distinction d'école ou de religion, contre le régime nazi, en leur offrant l'appui d'une société internationale.
Quand la psychanalyse freudienne accuse C.G.Jung d'antisémitisme, elle oublie que la doctrine freudienne s'oppose au judaïsme, à toute morale et à toute religion :
Le psychiatre juif Henri Baruk, 1897-1999, est très critique sur la psychanalyse freudienne. Médecin chef de l'hopital de Charenton pendant 40 ans, professeur, membre de l'académie de médecine et auteur de nombreux ouvrages, il a toujours combattu une doctrine freudienne ennemie du monothéisme hebreux, et il a dénoncé ses effets délétères sur les individus, la famille et la société :
- La psychanalyse freudienne affirme la primauté des désirs normaux ou anormaux sur toutes les règles morales, religieuses ou familiales. Elle ramène l'homme à son animalité primitive, au plaisir égoïste, à la violence et aux perversions.
- Avec l'hypothèse du complexe d'Oedipe, la psychanalyse freudienne renforce les conflits familiaux et dévalorise le père, elle conduit au mépris de toute autorité et à la devise « ni Dieu ni maître ».
- La psychanalyse freudienne affirme que la religion est une névrose collective. Elle est ennemie du judaïsme et de ses valeurs morales, elle conduit au retour du paganisme, à l'égocentrisme et à la loi du plus fort.
Découvrir CG. Jung : La réputation de Jung
comme médecin, psychiatre, chercheur et auteur de nombreux
ouvrages était internationale dès les années 20. Son
autobiographie « Ma Vie », écrite en 1957, dans sa 83e
année, fait découvrir un homme étonnant. Travailleur
infatigable, voyageur, il était « disert, amical, et très
souvent plein d'humour ». Introverti, de type
« pensée-intuition », il aimait aussi la solitude de
sa tour, à Bollingen. « Jung parle »
présente un grand nombre de lettres et d'interview, ses idées
sur l'homme, les religions, les dictatures. Jung fut également présenté par John
Freeman en 1959, dans l'émission télévisée de la BBC "Face à face".
Une autre image de Jung : Extrait de Le Langage du Coeur, articles du AA Grapevine par Bill W.
« Après s'être retiré de la direction du mouvement AA en 1961, Bill W., co-fondateur des Alcooliques Anonymes, s'est attaqué à une tâche qu'il souhaitait depuis longtemps entreprendre, celle de souligner la dette de reconnaissance des AA envers tous ceux qui avaient contribué à la naissance du mouvement. L'une de ces personnes était Carl Jung, à qui Bill a écrit le 23 janvier 1961. »
« Cher Docteur Jung,
Depuis longtemps déjà j'aurais dû vous écrire pour vous dire toute ma reconnaissance. Permettez-moi d'abord de me présenter. Je m'appelle Bill W. et je suis cofondateur de l'association des Alcooliques anonymes.
Vous nous connaissez sans doute déjà, mais saviez-vous qu'une conversation que vous avez eue avec l'un de vos patients, un certain Rowland H., au début des années 30, a joué un rôle crucial dans la naissance de notre association ? Bien que Rowland H. soit depuis longtemps décédé, le récit de son expérience remarquable, alors qu'il était soigné par vous, est entré dans l'histoire des Alcooliques anonymes. Voici ce que nous retenons de ses déclarations au sujet du traitement qu'il a suivi avec vous. Ayant épuisé toutes les autres ressources pour se rétablir de son alcoolisme, il est devenu votre patient vers 1931. Je crois qu'il a reçu vos soins pendant peut-être un an. Il vous vouait une admiration sans bornes, et il était très confiant quand il vous a quitté....
(Suit 30 ans de l'histoire du mouvement AA)
...Depuis vingt-cinq ans, nos cas de rétablissement soutenu se chiffrent à environ 300 000. Il y a aujourd'hui 8 000 groupes des AA en Amérique et dans le reste du monde.
(Environ 100 000 groupes et 2 ou 3 millions d'alcooliques rétablis à la fin des années 90).
C'est donc à vous, au pasteur Shoemaker des Groupes d'Oxford, à William James et à mon médecin Silkworth, que les AA doivent cet immense bienfait. Comme vous vous en rendez sûrement compte maintenant, cette incroyable suite d'événements a en fait commencé il y a longtemps dans votre cabinet, et elle découle directement de votre humilité et de votre profonde intuition. De très nombreux membres des AA étudient vos écrits. Votre conviction que l'être humain est plus qu'intelligence, émotions et réactions chimiques vous a rendu particulièrement cher à notre coeur. Les livres et brochures que je vous envoie décrivent et expliquent le développement de notre association et de ses traditions d'unité, ainsi que son fonctionnement.
Vous serez sans doute intéressé d'apprendre qu'en plus d'une « expérience spirituelle », de nombreux membres ont connu divers phénomènes psychiques qui forment tous ensembles une somme considérable. D'autres membres, après s'être rétablis au sein du mouvement, ont reçu beaucoup d'aide des membres de votre profession. Certains sont intrigués par "I Ching" (le Yi King, traduction de R. Wilhelm, Librairie de Médicis) et par votre remarquable présentation de cet ouvrage.
Soyez sûr que vous occupez dans notre affection et dans l'histoire de notre association une place incomparable.
Avec reconnaissance : William G. W., Cofondateur des Alcooliques Anonymes.
L'homme auquel ce message s'adresse n'a rien de commun avec la description que Noll nous fait de CG. Jung : "Cherchez l'erreur !"
La conception jungienne du rêve s'accorde avec les découvertes avec la neurobiologie moderne et pour Jung, le rêve est une expression de la nature instinctive : l'homme moderne et rationnel a appris à dominer ses instincts. Les couches instinctives fondamentales, toujours présentes, font partie de l'inconscient et s'expriment dans les rêves. Cependant la cloison hermétique établie entre la conscience moderne et le psychisme primitif crée une dissociation :
"Pour sauvegarder la stabilité mentale et même la santé physiologique, il faut que la conscience et l'inconscient soient intégralement reliés, afin d'évoluer parallèlement. S'ils sont coupés l'un de l'autre ou dissociés, il en résulte des troubles psychologiques. A cet égard, les symboles de nos rêves sont les messagers indispensables qui transmettent des informations de la partie instinctive à la partie rationnelle de l'esprit humain. Leur interprétation enrichit la pauvreté de la conscience, en sorte qu'elle apprend à comprendre de nouveau le langage oublié des instincts."
La neurobiologie moderne nous confirme que le rêve se déclenche bien à partir des structures profondes et instinctives du système nerveux central.
Que dit le rêve ? Jung abandonne la méthode freudienne des libres associations qui entraîne toujours très loin du récit du rêve. Il s'en tient aux images et aux idées qui font manifestement partie du rêve. Il tourne autour du rêve et ne s'en écarte guère. Jung cherche à décrypter le message que l'inconscient adresse à la conscience au moyen d'images et de situations en apparence absurdes.
La neurobiologie confirme que le langage du cerveau droit est en apparence absurde : non verbal, alogique, imagé et symbolique, comme celui des rêves.
Fonction créatrice du rêve : Tout comme Descartes, Poincarré et Kékulé, Jung constate l'apparition, dans les rêves, d'images et d'idées qui ne peuvent pas être attribuées à la seule mémoire. Certains rêves expriment de nouvelles pensées, jusque là inconnues et inconscientes.
La neurobiologie confirme que le sommeil paradoxal et le rêve correspondent à une activité cérébrale très intense et différente de l'activité diurne.
Rétablir l'équilibre psychique : Selon Jung, la fonction générale du rêve est de compenser les déséquilibres psychiques et les attitudes unilatérales de la conscience.
La neurobiologie confirme que l'activité onirique se renforce en période de stress et de déséquilibre psychique.
L'anticipation dans le rêve : pour Jung, beaucoup de crises ont une longue histoire inconsciente et les rêves contiennent des avertissements. L'homme s'avance pas à pas sans voir le danger qui s'accumule. Ce qui échappe à la conscience est perçu par l'inconscient qui le traduit en rêve. Il s'agit précisément d'une situation analogue qui apparaît dans le rêve d'Abrahm Lincoln (rêve au chapitre 10).
L'interprétation jungienne du rêve est un travail absolument individuel qui s'en tient strictement au récit du rêve, alors que l'interprétation freudienne s'en éloigne. Il n'existe ni interprétation prédéterminée, ni "guide préfabriqué" pour comprendre les rêves. Il faut explorer le contenu du rêve avec la plus extrème minutie. La seule hypothèse de base est que les rêves ont, par quelque coté, un sens...
"Les rêves ne protègent nullement contre ce que Freud appelle le désir incompatible. Ce qu'il appelle travestissement du rêve est en réalité la forme naturelle de nos impulsions dans l'inconscient... Il n'y a pas de différence entre la croissance organique et la croissance psychique. Comme une plante produit des fleurs, la psyché produit des symboles."
La résistance d'un patient à l'interprétation
est, pour Jung, le signe "que quelque chose ne va pas".
Elle montre que le patient n'a pas encore atteint le stade où il peut comprendre,
ou encore que l'interprétation est erronnée.
Selon Freud, un telle résistance est la preuve des refoulements et de la censure...
mais "absence de preuve ne vaut pas preuve".
Les archétypes sont, pour Jung, les dynamismes spontanés et fondamentaux caractéristiques d'une espèce vivante. Ils se manifestent dans les rêves et sont à l'origine de comportements spontanés et relativement universels. Cette définition jungienne des archétypes et leur caractère inné s'accorde avec la "programmation génétique des comportements instinctifs", proposée par M. Jouvet comme fonction du sommeil paradoxal lors de la maturation cérébrale :
"Tout comme le corps humain est une collection complète d'organes, de même nous trouvons dans l'esprit une organisation (fonctionnelle) analogue... L'archétype est une tendance instinctive naturelle, aussi marquée que l'impulsion qui pousse l'oiseau à construire son nid, et les fourmis à s'organiser en colonies.
Si le caractère inné des archétypes étonne, que dire de la complexité des fonctions symbiotiques des insectes, car la plupart d'entre eux ne connaissent pas leurs parents, et n'ont reçu d'enseignement d'aucune sorte."
Ainsi, la neurobiologie moderne et la conception jungienne du psychisme, de l'inconscient et du rêve se complètent pour décrire le sommeil paradoxal et le rêve comme une fonction psycho-physiologique naturelle.
Freud et Jung sont tous les deux médecins, confrontés aux maladies mentales et aux manifestations angoissantes de l'inconscient. Dans certains cas, l'effondrement de l'égo et la destruction du psychisme conscient sous la pression de l'inconscient sont des évidences dramatiques. Freud et Jung insistent l'un et l'autre sur le nécessaire maintien d'une plateforme psychique consciente assez stable pour supporter la puissance parfois destructrice de l'inconscient.
Leurs attitudes sont ensuite diamétralement opposées.
Pour Freud, l'inconscient est une collection de pulsions angoissantes et incompatibles que la conscience doit maitriser et rejeter. Aussi l'analyse freudienne vise à renforcer la personnalité consciente face à l'inconscient. Le rêve, "Voie Royale", n'est finalement guère exploité et interprété, et les récits de rêves sont rares. L'analyste est un modèle et une aide dans cette lutte de l'égo contre l'inconscient.
Pour Jung, l'inconscient est à la fois un élément perturbateur et
un moteur de transformation et d'évolution de la personnalité. Le travail analytique
tend à éclairer et à intégrer les éléments psychiques inconscients qui se manifestent,
en particulier dans les rêves. Dans ce travail de réflexion et de reconstruction,
l'égo se subordonne consciemment et volontairement à l'inconscient.
L'analyste veille à la stabilité de l'égo et participe à ce travail d'intégration.
Dans les cas où l'analyste rencontre un moi conscient très fragile et un inconscient
destructeur (noyau psychotique), l'analyse cherche à fortifier l'égo
et à le protéger contre l'inconscient.