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Pourquoi une rubrique cinéma ?
Parce que nous somme tous influencés par un cinéma dont les films qui
passent en salle aujourd'hui sont des productions à but commercial. C'est à
dire que le cinéma est de moins en moins connu pour son art mais plus pour son
côté spectacle et plein les yeux. Il n'y a qu'à voir les films à l'affiche ou
les films qui ont le plus de succès.
Je voudrais parler du cinéma chrétien car le cinéma est un art, et il
n'est pas réservé au monde des païens. En effet, il y a eu de grands
réalisateurs d'inspiration chrétienne qui ont écrit des très belles oeuvres.
je vais vous en présenter quelques unes.
Robert BRESSON
Le cinéaste Robert BRESSON (1907-1999) réalise en 1943 son premier
long-métrage "Les anges du péché, en 1945 il s'inspire d'un passage de
"Jacques le Fataliste" de Diderot et réalise "Les dames du bois
de Boulogne", dont Cocteau écrit les dialogues. Il adapte également
Bernanos avec "Le journal d'un curé de Campagne" tournée en 1951 ;
et Dostoïevski avec "Une femme douce", 1969 et "Quatre
nuits d'un rêveur", 1971. On peut citer également les classiques que sont
"Un condamné à mort s'est échappé, "Pickpocket", "Le
procès de Jeanne d'Arc", "Au hasard Balthazar",
"Mouchette", "Lancelot du Lac", "Le diable
probablement" et "l'Argent", écrit entre 1956 et 1983.
Robert Bresson a un regard différent sur le cinéma, ainsi il note qu'il y a
"Deux sortes de films : ceux qui emploient les moyens du théâtre
(acteurs, mise en scène, etc.) et se servent de la caméra afin de reproduire ;
ceux qui emploient les moyens du cinématographe et se servent de la caméra
afin de créer.". Bresson, bien sûr, se situe dans la deuxième
catégorie. Son cinéma est sans acteurs, et sans rôle. Il n'y a pas de mise en
scène, dit il, mais l'emploie de modèles pris dans la vie : ÊTRE plutôt que PARAÎTRE. Pour Bresson, "l'important n'est pas ce qu'ils (les modèles) me
montrent mais ce qu'ils me cachent, et surtout ce qu'ils ne soupçonnent pas qui
est en eux".
Les films de Robert Bresson, s'ils sont pour une grande part très
dépouillés, épurés, n'en demeurent pas moins riches. Selon lui, la bande son
à autant d'intérêt sinon plus que l'image "Lorsqu'on qu'un son peut
remplacer une image, supprimer l'image ou la neutraliser, l'oreille va davantage
vers le dedans, l'oeil vers le dehors". Ainsi, "le cinéma doit
s'exprimer non par des images, mais par des rapports d'images. De même un
peintre ne s'exprime pas par des couleurs mais par un rapport de couleurs.
Enfin, "comme Dreyer, Bresson s'est naturellement attaché aux qualités
les plus charnelles du visage qui, dans la mesure même où il ne joue point,
n'est que l'empreinte privilégiée de l'être, la trace visible de l'âme. Si
Bresson dépouille ses personnages, c'est au sens propre." André Bazin
Voir ces liens :
http://www.sensesofcinema.com/contents/00/7/cteq/bressonfilmo.html
http://www.liberation.fr/cinema/archives/disparus/991222bressona.html
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Au hasard Balthazar - Robert Bresson, France 1966, N&B
L'histoire
De jeunes enfants, Marie la Basque et Jacques le Parisien, passent leurs
vacances dans un village avec un ânon qu'ils ont baptisé
"Balthazar".
Plusieurs années après, le père de Marie gère la propriété du père de
Jacques et Marie protèges Balthazar. Mais injustement accusé de malversations,
le père de Marie n'accepte pas les arrangements proposés pas Jacques revenu un
temps au village. L'âne passe aux mains de Gérard, aide du boulanger et chef
d'une bande de blousons noirs. Balthazar est maltraité par le voyou qui séduit
Marie. Convoqué à la gendarmerie pour une histoire de meurtre, Gérard fait la
connaissance d'Arnold, vagabond alcoolique, qu'il va prendre pour souffre
douleur. Arnold récupère Balthazar malade que ses maîtres voulaient abattre,
le guérit et le fait transporter des touristes. Mais battu par Arnold quand
celui-ci est pris de boisson, Balthazar s'enfuit et se retrouve dans un cirque.
Ayant touché une certaine somme d'argent, Arnold offre à boire au bistrot
du village. Mais il se tue accidentellement et Marie, humiliée par Gérard, se
réfugie un temps chez un odieux marchand de grains avant de revenir à la
maison de ses parents qui, entre temps, ont récupérés Balthazar. retourné au
village, Jacques veut épouser Marie. Celle-ci cherche alors à rompre
définitivement avec Gérard, mais elle est insultée et abandonnée par toute
la bande. Brisée, elle s'enfuit définitivement et son père meurt. Balthazar
porte des reliques dans une procession. Gérard vole l'âne et l'emploie à
faire de la contrebande. Au cours d'un guet-apens, il reçoit une balle et meut
au milieu d'un troupeau de moutons.
L'analyse
Les chemins des personnages (Marie, son père, le jeune voyou, Arnold ...) se
croisent et recoupent sans cesse la ligne droite suivie par Balthazar. Dès
lors, les divers groupes traversés s'imbriquent les uns aux autres, pesant de
tout le poids du hasard sur l'âne toujours égal à lui même. Le regard ainsi
porté sur le monde moderne est ainsi emprunt d'un grand pessimisme. Orgueil,
cruauté, humiliation, bêtise, violence et sensualité sont partout présent et
font souffrir Balthazar, c'est à dire l'ensemble des créatures.
Avec pudeur, Bresson efface les aspérités du récit qui pourraient
provoquer larmes ou serrement de coeur, mais c'est pour faire peser une plus
authentique angoisse métaphysique face à la disparition de presque toutes les
valeurs chrétiennes. Impossible en effet de saisir la moindre transcendance,
les sacrifices n'ont aucun sens ni portée rédemptrice ; on ne perçoit aucune
réversibilité des mérites.
Le film oppose principalement deux victimes et deux bourreaux. D'un côté
Marie est vite déçue, déchue et durcie face à une existence dont rien est à
attendre. Elle finie murée dans son refus. Arnold est lui aussi pathétique et
accrochée à l'alcool et faisant à son tour le mal selon l'engrenage bien
connu : malheureux, on devient méchant.
[...]
Le plus inquiétant est le blouson noir car sa violence incarne le mal
moral (absolu sans cause). L'injustice du marchand figure plutôt le mal
social (s'expliquant par l'avarice). Ceux qui cultivent le mal parviennent
toujours à leurs fins. Au contraire ceux qui aspirent au bonheur
échouent, que ce soit consciemment (Marie) ou non (Arnold). Trompé
après avoir donné sa terre, le père se fermera lui aussi à l'espoir.
Bresson ne propose pas de solution,[...] il préfère désormais
peindre les conséquences que les causes, il ne suggère donc aucune
explication, le regard de l'âne lui permettant de ne pas offrir
d'interprétation psychologique ou de prolongement surnaturel que l'image
de l'animal serait bien incapable d'assumer.
Pourtant, devant tant de noirceur, cet âne fait forcément problème.
En premier lieu, la parallélisme anecdotique de son existence avec MArie
accuse surtout la correspondance de ce qu'ils ressentent : joie, espoirs,
échecs, malheurs causés par les mêmes personnes. [...]
Balthazar et Marie endurent des épreuves identiques. [...]
Il traverse un certain nombre de groupes humains qui représentent les
vices de l'homme, nullement d'ailleurs, de manières abstraite, mais au
contraire toujours avec une troublante humanité.[...]
Seul Arnold est à part, tour à tour bon et méchant (selon qu'il a bu
ou non), son rôle est peut être celui de Judas (il vend l'âne, fait un
héritage fabuleux, mais en meurt). Souffre douleur des voyous comme
Marie et Balthazar, sa mort préfigure celle de l'âne et la déchéance
de la jeune fille. [...]
A la fin, la mort de l'animal atteint une émotion intense : son
absence de révolte, ce retour à la nature et au règne animal dans une
sorte d'apaisement - devrait on dire de pardon ? - peut traduire si l'on
veut voir Balthazar comme une figure humaine plutôt qu'animale, une
certaine sagesse innocente, donc montrer la voie d'une rédemption
possible. [...]
Bresson explore donc le mal de vivre de la jeunesse, une maladie de
l'âme que les remèdes socio-politico-économiques ne sauraient guérir.
Bref le monde étudié ignore Dieu mais n'est pas pour autant celui du
Veau d'or car la misère morale des hommes se développe. La mort
injuste frappe partout et toujours : d'entrée, dans le jardin d'Eden du
bonheur enfantin, la petite infirme, soeur innocente de Jacques, est
condamnée. Elle meurt dans l'ellipse temporelle située entre cette
première séquence et la désespérance de celles qui vont suivre
plusieurs années après.
L'avant scène n°408-409 pp 81-84
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Les dames du bois de
Le film
Hélène désire se venger de la désaffection de son amant Jean. Elle
demande à Agnès - devenue danseuse de cabaret depuis que sa mère, Madame D., a subi un revers de fortune - de jouer " la comédie de l'amour " à Jean. Elle paie ses dettes, installe la mère et la fille dans un appartement près de Port-Royal et met en place la dernière phase de son plan machiavélique : le mariage de Jean et d'Agnès. Mais après la cérémonie religieuse, Agnès ne supporte plus d'être manœuvrée comme une marionnette. Elle refuse de voir les invités et tombe plusieurs fois en syncope pendant qu'Hélène dévoile à Jean sa vengeance.
La critique
De quoi s'agit-il ? d'un conte de Diderot tiré de Jacques le Fataliste. C'est un
libertinage dépouillé de toute référence à une humanité moyenne.
Mener jusqu'au bout cette dissection de caractères, et maintenir le rythme qui est l'essence même du cinéma, voilà le problème que Robert Bresson s'est employé à résoudre. Car il serait vain de
dissimuler ce que ce film doit à Jean Cocteau qui signe les dialogues mais qui a su faire partager à son collaborateur son goût pour les œuvres les plus décharnées de notre littérature - si demain Robert
Bresson se tournait vers Stendhal nous n'aurions aucune raison
d'en être surpris.
Au jeu des interprètes on sent, non moins que dans la conduite de l'action, que l'auteur est du très petit nombre d'homme pour qui le cinéma est un moyen d'expression aussi précis, aussi subtil que l'est pour d'autres la peinture ou la musique. Il a tiré de Maria Casarès
ce que personne n'avait
encore tiré. Certes, je crois trop que le cinéma est un art populaire pour souhaiter qu'il s'engage délibérément dans une telle voie, mais entre un excès d'intelligence et les débordements de bêtises auxquels il nous convie si souvent, notre choix est fait.
Nouvelles Littéraires, septembre 1945.
voir aussi sur :
http://www.geocities.com/Hollywood/Studio/5090/ADA44.html
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Mouchette
Le film
Fille d'un ivrogne, misérable et chétive, Mouchette vit en solitaire. Un soir, en rentrant de l'école, elle est violée par un braconnier, Arsène. Sa mère meurt. Le garde-chasse interroge Mouchette sur Arsène, accusé d'avoir dynamité l'étang. Elle affirme qu'il est son amant, puis,
revêtue d'une robe de
mousseline blanche, elle va se jeter dans l'étang.
La critique
Dans sa beauté, dans sa pureté, dans sa cruauté, Mouchette apparaît
comme la plus éclatante et la plus convaincante démonstration de ce que doit être, selon Bresson, le langage cinématographique.
Le film, dans ses détails, est d'une dureté qui surprend. Bresson s'est voulu implacable, et certaines scènes feront frémir les cœurs sensibles. Mais
cette férocité était nécessaire. Elle n'est que le reflet de la férocité du monde où vit Mouchette. Et d'ailleurs, comme le dit Bresson dans
l'entretien qui suit : le roman de Bernanos est " atroce ".
Un dernier mot : la très jeune fille qui incarne Mouchette a été admirablement choisie et elle est admirablement dirigée. Ce film, je le
répète, est un grand film. Et il renferme une des plus belles séquences que, de ma vie, j'ai vues au cinéma : la dernière, celle qui décrit, non, qui suggère le suicide de la petite héroïne.
Le Monde, 14 mars 1967.
Voir aussi sur :
http://www.geocities.com/Hollywood/Studio/5090/AMOUCHETTE.html
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Pickpocket
Le film
A Longchamp, un jeune homme tente de dérober le contenu d'un sac à main mais il est épinglé par la police. Relâché, il ne va plus vivre désormais que pour le vol à la tire. Un pickpocket professionnel le
forme. Mais cet esprit sec et imbu de lui-même se laisse toucher par une fille mère qui vient lui rendre visite dans sa prison après son arrestation.
La critique
Dialogues brefs, elliptiques, un peu surréels, mais dont chaque mot résonne. Images réduites au strict nécessaire, mais poussées au suprême degré de vigueur expressive. Monologues intérieurs : juste ce qu'il en faut pour
éclairer la vie intérieure d'un personnage.
Peu de musique mais puissamment
efficace. Art d'enchaîner les plans à la manière du lecteur qui tourne doucement les pages d'un livre.
Le mot " virtuosité " vient naturellement à
l'esprit. Et je ne pense pas seulement à ces extraordinaires séquences au moyen
desquelles nous est expliquée, sous la
forme d'un poème crève-cœur, avec une minutie consternée, la technique des voleurs opérant sur les lieux publics. Je pense essentiellement aux qualités descriptives dont Bresson fait preuve lorsqu'il entreprend l'étude psychologique,
le comportement visible et caché d'un
être habité par telle ou telle passion. Ces qualités descriptives confinent au génie.
Le Figaro, 17 décembre 1959.
Voir aussi sur :
http://www.geocities.com/Hollywood/Studio/5090/APICK.html
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Le procès de Jeanne D'Arc
Le film
L'évêque Cauchon et les assesseurs interrogent Jeanne d'Arc sans relâche. Le gouverneur anglais veut que les choses aillent vite, et que l'on brûle l'héroïne.
Jeanne, dans sa cellule, est épiée par ses gardes, menacée d'être violée. Puis,
terrifiée par le supplice qui l'attend, abjure
ses dires et sa foi et accepte d'être brûlée. Après avoir tenu tête aux plus savants théologiens de l'époque par ses réponses inspirées, Jeanne monte sur le bûcher.
La critique
Le cinéaste a réalisé ses desseins. Qu'en pense le spectateur ?
Il admire le dépouillement, l'austérité, la vie intérieure de cette cellule
monacale. Il note un usage toujours efficace de l'ellipse. Il s'accorde sans peine avec l'évidente passion de Robert Bresson pour le personnage de Jeanne. Il se dit : " On ne pouvait aller plus loin que le cinéaste et ses interprètes dans l'appréhension et la compréhension d'une âme ".
Puis les heures passent. Et le spectateur en question s'en va revoir la
Passion de Jeanne d'Arc de Dreyer. Pour y pleurer...
La Croix, 21 mai 1962.
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