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L'erreur de Narcisse

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L'erreur de Narcisse
sexualité

Ou la rechercher du bonheur quotidien dans le mariage : "Toi, oui mais tous les jours !"

J'ai voulu intituler cette Page ainsi parce que Narcisse, personnage de la mythologie grecque, est celui qui se regarde dans l'eau, il voit son reflet. Puis saisi par son image il veut se saisir de l'image en l'embrassant mais celui ci ne peut que saisir l'eau.

Nous verrons que l'erreur de Narcisse est l'erreur de chacun, qui nous rend incapable d'aimer l'autre dans la promesse de fidélité au mariage.

Qu'est ce que l'erreur de Narcisse ? Je crois que c'est l'erreur de celui qui veut prendre ce qu'il aime. Ce geste de capture, de captation c'est celui que nous faisons quand nous aimons passionnellement : On veut saisir dans ses bras, et il ne reste rien.

On veut quelque chose qui soit le complément de nous même, mais l'on est insatisfait car il ne reste rien, et c'est pour cela que l'on re-désir tout le temps quelque chose d'autre.  Il y a une sorte d'illusion à croire que ce que nous allons prendre nourrira notre soif d'absolu. Et la racine de tous ces échecs est dans le mot prendre.

Le mouvement des bras du Christ sur la croix n'est pas celui de la capture mais celui du don, et il y a pour être heureux, une conversion à faire, un retournement radical. Il ne faut pas chercher à capter le bonheur.

Le mouvement de prendre donne faim, et l'ennui est attaché à toute action de capture. Ce qui détruit le bonheur c'est l'acte par lequel on s'en empare.

C'est pourquoi dans le couple, la durée est un obstacle si nous voulons prendre l'autre. Nos histoires d'amour se terminent sur un goût de cendre, d'insatisfaction.

Il y a un enchaînement dramatique à la capture de l'autre : La capture crée l'insatisfaction, et parce que ce que nous voulons prendre ne comble pas notre soif d'absolu, nous sommes insatisfait parce qu'il ne reste rien, et l'insatisfaction crée l'ennui.

L'ennui c'est une certaine insatisfaction du présent, et cette insatisfaction de l'acte présent se transforme rapidement en obsession du vide. En effet, le déjà vu donne l'impression que c'est usé, l'ennui serait donc l'absence de neuf.

Alors face à l'ennui il y a deux grandes formes de lutte. La première c'est la fausse espérance (pas dans son sens chrétien).

Nous vivons dans l'espérance de ce qui va venir, nous vivons d'espérance en espérance, donc nous vivons dans l'avenir et dès que cet avenir devient du présent, on désir de nouveau quelque chose. Il est alors impossible de s'aimer si on est sans arrêt devant la fuite du présent. On vit en cherchant le bonheur dans la pensée qu'on a de ce que l'on a pas et ceci n'est pas en accord avec la grandeur de la Vie.

La deuxième fausse solution a l'ennui c'est la médiocrité acceptée. C'est à dire que nous acceptons cet ennui, nous cohabitons avec lui : "c'est la vie". Nous entendons souvent cela "c'est la vie". Il y a des vies comme cela où on se dissimule derrière de petits bonheurs, de petites joies.  Il y a là un roman tout à fait d'actualité il s'agit de "Toi et Moi" : "Reprends près de moi ton ennui, et moi près de toi je reprendrai ma solitude". Nous sommes persuadés que le bonheur n'existe plus.

Là encore, ce n'est pas en accord avec la grandeur de la Vie.

Alors, face à l'erreur de Narcisse avec son cortège d'ennui et de médiocrité, face à la capture de l'autre pour soi nous pouvons faire le pari du don de soi pour l'autre. Il n'y aura pas d'amour heureux si il y a deux personnes qui prennent et personne qui se donne.

L'essence de la personne c'est d'être capable de faire ce que l'animal ne peut pas faire. La personne humaine est la seule qui puisse être offerte dans le moment où elle même est la cause de cette offrande. L'animal quand on le fouette se repli, et le Christ, lui, se donne, se déplie.

Le mouvement de don est la finalité profonde qui seule rend en plénitude ce à quoi aspire la personne.

On ne peut pas donner sans se quitter, et l'on quitte sa liberté, c'est à dire toute sa personne. La nourriture de l'amour c'est de faire la volonté de l'autre.

Mais alors, comment se donner ?

Tout d'abord, en quittant son personnage, car plus on prend et plus on est un personnage, plus on se donne et plus on dépouille son personnage. Le personnage c'est la façade. Mais entre façade, on ne peut pas s'aimer.

Aussi il faut pouvoir se montrer tel que l'on est. On ne peut pas être heureux si à la racine on a pas fait un acte d'humilité. On ne peut pas donner un personnage, une invention, on ne donne qu'un coeur. On ne peut donner que la vérité de notre être, et pour la donner il faut la connaître, et pour la connaître il faut l'aimer.

C'est cette attitude qui est la clef du bonheur. Le bonheur est le fruit d'une lutte permanente.

Il faut donc convertir le mouvement de capture en mouvement de don et d'offrande. Il faut jouer le jeu, en faire le pari et c'est un noble jeu.  Et a ce moment là seulement, ce que nous voulons vivre ne sera pas seulement la promesse dune certaine médiocrité où "l'on aura encore de bons moments", mais ce que nous voulons vivre s'inscrira dans la promesse réciproque que chacun sera toujours à l'autre.

Alors on pourra dire non seulement "avec toi tous les jours" mais "pour toi, tous les jours".

Ce qui renouvelle une personne c'est le don qu'elle fait d'elle même, parce que l'habitude est la vieillesse de l'amour, l'amour est mort quand on prend et que l'on ne donne pas.

S'il y a don, l'acte de don est le rajeunissement permanent qui fait de l'habitude, l'instrument de l'amour.

Car ne méprisons pas ce qui est habituel, la quotidienneté. Mais sachons qu'elle est l'invitation au mouvement le plus profond, celui qui qui nous rend capable  de réussir à vivre dans une vie où tout est toujours semblable sauf le mouvement par lequel on transfigure chaque heure qui devient une bonne heure et à la longue un BONHEUR.

 

Remerciements à Marcel Clément