UN TOUR DU MONDE EN 80 SOURIRES
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Le Soleil n'est jamais si beau qu'un |
Carnet de voyage
Le 22 février 1998, sac au dos et sac sur le ventre et pour un an, je dis au revoir aux amis Grands Mottois. Michel Ferlat, un ancien condisciple de mes jeunes années estudiantines demeurant à Calvisson, un village non loin de chez moi, m'accompagne jusqu'à la gare de Montpellier. A lui j'ai confié mes clefs le chargeant d'inspecter de temps en temps mon appartement et d'arroser les plantes qui devront vivre durant mon absence. Le choix de cette date n'est pas fortuit. Mon tout premier but est d'assister à une éclipse totale de soleil, soi-disant la dernière du siècle devant se produire le 26 février. J'apprendrai plus tard que la toute dernière est visible à Paris le 11 août 1999.
Première étape Nice, car je m'envole de l'aéroport de cette ville. Marie Jeanne, ma très jolie cousine niçoise et Andrée sa mère toute aussi belle seront les deux derniers membres de ma famille que je quitte pour un an. Avec la compagnie aérienne Alitalia, après une escale à Rome, je traverse l'Atlantique pour le Vénézuéla. C'est le pays qui fabrique des misses Monde et même Univers. De véritables écoles forment les jeunes femmes, leur apprennent la démarche, le maquillage, donnent des cours d'expression orale et n'hésitent pas à pratiquer la chirurgie esthétique si nécessaire. Cuisses, dents, nez, sourcils tout y passe. Le patron de ces misses, le sélectionneur en quelque sorte, se nomme Osmel, le big boss de l'organisation Miss Vénézuéla. Elles peuvent devenir des femmes en politique comme Miss Univers 77 qui est gouverneur de l'île Margarita. Voyageant d'est en ouest la nuit parait longue. J'arrive de bonne heure à Caracas. Il y fait très chaud. On m'avertit d'être prudent dans cette ville. Au départ des bus les voleurs rodent et repèrent les étrangers. Par chance je rencontre une vénézuélienne accompagnée de sa fille qui me conseille le métro, de fabrication française, plus sûr et meilleur marché. Après quelques stations je descends près du centre dans le quartier de l'hôtel qu'ABM (Au bout du Monde), club de globe-trotters dont je suis membre, m'a recommandé. Un hôtel agréable, frais, climatisé, mais avec beaucoup de bruit toute la nuit. Une plaque métallique, recouvrant un trou dans la chaussée résonne au passage de chaque voiture. Le seul avantage est d'être au centre de toutes commodités, banques, magasins, marchés, stations de bus, principaux édifices et monuments. Mais je n'aurai pas le temps de m'attarder dans cette métropole, car l'éclipse de soleil n'attend pas et il me faut deux jours pour arriver sur place.
C'est Mardi Gras. Le carnaval bat son plein. Tous les magasins et musées sont fermés. Il ne me reste qu'à visiter les églises, les parcs, les monuments, le Parce central Torre oficinas un immeuble de 260m de haut et 56 étages et me fondre dans la foule carnavalesque bigarrée. Avec mon allure d'Indiana Jones, chapeau de ranger, pantalon de brousse et écharpe autour du cou, les gens me considèrent déguisé comme eux. On croise de beaux costumes très colorés et des filles exquises. Quelle chance, je trouve un distributeur de billets. Je dispose ainsi d'un peu d'argent pour payer mon bus et m'acheter de la nourriture. Ici la vie n'est pas chère. Au cours de mon lèche vitrine je remarque un "blue jean" à 35 FF, des chaussures en cuir à 45 FF. Je me cuisine un bon repas pour seulement 5 FF. Le jour suivant, tôt le matin, je marchande un billet de transport au meilleur prix et je pars pour Maracaibo (18 heures de bus). Le chauffeur tire les rideaux. Je suis surpris, mais l'explication arrive vite. Le car n'ayant pas de double vitrage et la climatisation fonctionnant, les rideaux évitent aux rayons de soleil de pénétrer à l'intérieur. Cependant quelques-uns restent entrebâillés, ce sont ceux des étrangers, comme moi, qui veulent apercevoir un peu de paysage. La route est belle, la nature change souvent, montagnes, vallées, rivières, prés et bois. A noter néanmoins la présence d'El Niño, ce phénomène atmosphérique dévastateur qui, ici, assèche tout. Tout au long du voyage la police, l'armée et la douane, chacun à leur tour, nous arrêtent. Les contrôles sont fréquents et sévères. Nous tombons en panne à mi-parcours, radiateur d'eau percé. Devons-nous alors attendre un bus de remplacement ? Non, car heureusement le chauffeur, après une longue réflexion et beaucoup de temps perdu, colmate la fuite. Plus loin, surprenant, nous faisons une pause au milieu d'une piste d'aéroport. Etrange.
Nous atteignons Maracaibo de nuit. Première préoccupation, un Américain, un Vénézuélien et moi, nous partons à la recherche d'un hôtel économique que nous trouvons après quelques difficultés. Tous les hôtels affichent complets à cause de l'éclipse. Tous les trois nous flânons en ville et nous dînons dans une pizzeria. Panneaux et guirlandes lumineuses, affiches, vitrines, casquettes, tee shirts, magazines, tout rappelle l'éclipse. Je me suis même entendu dire que la rencontre du soleil et de la lune sont imprimés sur certaines boites de préservatifs. La nuit se passe dans l'attente de "l'événement", dans un bruit infernal des moteurs de la climatisation. Le 26 au matin nous rejoignons la Laguna de Sinemaica, le centre de l'éclipse totale. Grâce à la connaissance d'un autochtone qui nous propose sa voiture nous arrivons à temps pour installer tous nos appareils photos et vidéo. J'ai un "Canon" avec un objectif de 300 mm et un caméscope "Sony" zoom de 180. A ces appareils s'ajoutent un "Konica" de 110 mm et un appareil avec un film de diapositives. Il y a beaucoup de monde aux environs. De nombreux cars occupent les parkings aménagés. Les médias sont en place. Détail, je suis interviewé par plusieurs télévisions et radios en tant qu'unique journaliste français. Le soir on me voit sur les petits écrans du Vénézuéla juste après le passage du président de la république et avant le commentaire d'une attaque d'un bus de touristes par des terroristes. J'ai du passer en Colombie, car cette chaîne diffuse son journal télévisé dans ce pays. Une foule de curieux m'entoure pendant que je prépare mes appareils de photos. Au milieu des enfants et d'adultes à qui mon compagnon vénézuélien fournit mon "pedigree", je me donne des allures d'astronome tout fier d'avoir des admirateurs prêts à me demander des autographes. Voyez où va se loger la vanité. La lune commence à grignoter le soleil deux heures avant la totalité de l'éclipse visible à 100 % de ma place. Je prends une série de clichés d'abord toutes les dix minutes et pour finir toutes les cinq minutes. La nuit vient instantanément. Trois planètes apparaissent près du soleil, Mercure, Mars et Vénus. Chacun d'entre nous se protége les yeux avec des lunettes teintées ou d'une feuille de plastique aluminée. J'en ai deux ou trois paires distribuées par les hôtesses d'Alitalia. Je les offre à mon entourage. Quant à mes appareils je recouvre la lentille de l'objectif d'un morceau de ma couverture de survie en matière dorée et argentée qui fait partie de mon équipement. Je photographie et je filme longuement les trois minutes d'éclipse. On vient d'ériger un tout nouveau "signal" installé à la verticale de la ligne imaginaire de l'éclipse. Nous retournons à Maracaibo par le chemin des écoliers. Nous traversons de magnifiques paysages, un lac et un village lacustre. En voyant ce village sur l'eau et l'ayant trouvé très beau Amérigo Vespucci baptisa le pays « mignonne petite Venise », autrement dit Vénézuéla. Première mésaventure, je me casse un doigt dans le chambranle de la porte de ma chambre. L'Américain qui possède une trousse de secours me désinfecte la plaie et je me fabrique une attelle avec deux bâtonnets de chocolat glacé. Muni de cette « poupée » au doigt je téléphone à l'Alliance Française afin d'obtenir un rendez-vous. Vous constaterez tout au long de ce récit que je fréquente les Alliances Françaises ou les Instituts Français dans presque chaque pays pour leur proposer une conférence sur le Languedoc-Roussillon et la ville de La Grande Motte sous forme de diapositives, photos et brochures. Le jour suivant l'Américain s'en va à la découverte des montagnes, moi j'attrape un autocar pour la Colombie. On me recommande la prudence et la vigilance sur une route pas sûre. D'ailleurs plusieurs impacts de balle dans la carrosserie confirment ces précautions. Aux dires du chauffeur c'est une attaque de terroristes qui date de la veille semblable à celle annoncée à la télévision. Résultat : Tout ce passe bien, aucun problème à la douane et jusqu'à Carthagène sur la côte atlantique.
Carthagène, Cartagena de Indias, déclarée patrimoine de l'humanité, est une ville coloniale en Colombie, la seule, de toute l'Amérique du Sud, entourée de murailles édifiées par Vauban. C'est là aussi que Florence Arthaud, la navigatrice française a remporté la "route du Rhum". Il y a aussi une Alliance Française. Je salue son directeur et je présente, comme à Maracaibo, le Languedoc Roussillon et la Grande Motte aux élèves présents. Ils sont surpris par la forme pyramidale des immeubles et posent de nombreuses questions en français. Je laisse quelques brochures et autocollants ainsi que le fameux "Footix", la mascotte de la coupe du monde de football, créé et dessiné par un Grand Mottois Francis Pialot. Je loge dans un joli petit hôtel "Bella Vista" en bord de mer, tenu par un français, Enrique, originaire de Béziers. Il s'avère, dans nos discussions, que nous nous trouvons des amis communs. Le monde est petit. La plage de Marbella se trouve en face. La mer des caraïbes m'invite à la baignade. Je saute dans les vagues, puis je fais un peu de "bronzette" en attendant que mon maillot de bain sèche. Un moment d'inattention et un voleur me dérobe mes chaussures de tennis. Je pars en ville pour acheter une nouvelle paire après un retour pied nus à l'hôtel et avoir chaussé des pataugas. Je marchande dans la rue près d'un magnifique marché aux fleurs. Bien que je paie un prix intéressant, le vendeur n'a pas dû perdre d'argent. Je coule de bonnes journées dans ce petit paradis. Chaque matin je déjeune d'une monumentale et rafraîchissante salade de fruits à vous mettre l'eau à la bouche. Les habitants respirent la joie de vivre et inspirent la sympathie.
Ne pouvant pas franchir la frontière par voie terrestre, je m'envole pour Panama. Là, je rencontre Jean Wergifosse, un Québécois qui restera avec moi la durée de l'étape panaméenne. A peine quelques minutes avant le départ un commis de l'hôtel m'apporte deux fax de ma famille et des écoliers qui suivent mon voyage. C'est mon premier courrier et c'est encourageant. Je poste mes premières cartes postales à ma famille et à Véronique, la "Dame de mes pensées". J'écoule mes derniers pesos en achetant quelques tablettes de chocolat et des bonbons. Un saut de puce avec une courte escale et me voici à Panama City grande ville, très vivante aux rues bruyantes, populeuses et débordantes de commerces ambulants, On y parle espagnol et la monnaie, le Balboa, a la même parité que le dollar. La vie n'est pas chère, on trouve tout pour trois fois rien. J'achète une montre pour 2 dollars. Elle vivra un jour de plus ce que durent les "roses" de Ronsard, l'espace de... deux matins. Je partage ma chambre avec mon ami Canadien pour 7 dollars (42 FF). Nous partons pour l'écluse de Miraflorès sur le canal.
Le canal de Panama d' une longueur de 80 km a été conçu par Ferdinand de Lesseps, ingénieur français déjà réalisateur du canal de Suez. Il fut aidé par Gustave Eiffel pour la partie écluse. Acculé à la faillite il dut céder la fin des travaux aux Américains. En octobre 1913 la Louise, le tout premier bateau à vapeur français emprunta le canal grâce à une travée de 45 pieds de profondeur bien qu'il ne fût pas tout à fait achevé. Enfin le 15 août 1914 les premiers navires passaient d'un océan à l'autre. La traversée s'effectue en 8 ou 10 heures. Le plus fort péage fut de 153.662,66 US$ pour le bateau Rhapsody of the Sea le 23 mai 1997 et la plus faible redevance, soit 0,36 US$ revient à Richard Halliburton qui nagea sur le canal en 1928 de Balboa, côté Pacifique à Colon, côté Atlantique.
Quelques kilomètres plus loin nous nous attardons au parc botanique (Mon Québécois est botaniste à Montréal). Un soir nous allons à l'Alliance Française. Une charmante directrice nous invite au vernissage des toiles de deux peintres, l'un Suisse, l'autre Panaméen. Jean en profite pour remplir plusieurs fois son verre de vin français. Là encore les élèves et les Français de Panama sont très intéressés par la Grande Motte. Je fais connaissance avec une famille, le père, la mère, la fille et un chien, qui effectue un tour du monde en mobil home. Nous nous racontons nos péripéties, mais en ce qui me concerne, débutant mon tour du monde, j'ai peu de choses à leur dire. Je suis à la recherche d'un docteur, car je dois avoir le troisième rappel du vaccin contre la fièvre jaune. J'en dégote un dans une vieille officine. J'espère qu'il m'injecte correctement ces deux piqûres. Après quatre jours passés à Panama, sans pleurs mais avec un brin de tristesse, Jean et moi nous nous séparons. Lui reste encore quelques jours pour explorer la jungle panaméenne. C'est dans cette jungle que s'entraînent les commandos des marines américaines. A signaler que Panama possède la deuxième flotte marchande au monde après le Libéria grâce aux pavillons de complaisance. Moi, je pars en bus et toute la nuit pour le Costa Rica.
Le contrôle à la frontière se passe assez mal, nous devons attendre deux heures la reprise du travail des douaniers interrompu pour cause de panne d'électricité. Il fait très chaud malgré l'heure tardive. Puis on nous fouille pendant une heure et demie. Fatigué, tout en sueur, distrait peut être, je glisse mon passeport dans ma "banane". Habituellement je le place dans une pochette sur la poitrine. "L'expédition" se termine vers 5 heures du matin à San José, capitale du Costa Rica à 1200m d'altitude. Dans la salle d'attente du bus, afin de mieux me détendre je détache ma banane et je la pose sur mes bagages devant moi. Un moment de distraction et un jeune enfant - je l'ai su par la suite - me la dérobe. Elle contenait outre mon passeport, deux cartes de crédit, une carte des Télécoms, un couteau laguiole, une petite trousse à couture, des boule "Quiès", quelques médicaments et un préservatif. J'alerte immédiatement la police, le service des cartes de crédit et l'ambassade de France pour obtenir un nouveau passeport. Ça prendra trois semaines. Je dois rester de force au Costa Rica. Contre "malheur" faisons "bonne fortune" et comme je suis optimiste de nature je prends mon mal en patience. J'en profite pour explorer le pays, d'ailleurs fort beau et mes voleurs mis à part les Ticos sont assez sympas.
Ce pays qu'on nomme "la Suisse d'Amérique Latine" possède des volcans, l'Arenal (2700m) d'où coule la lave le long de ses flans et le Poas avec son lac verdâtre d'où s'échappent des fumerolles blanchâtres, de vastes forêts tropicales aux milles arbres géants sur les branches desquels somnolent des singes paresseux et nichent les perroquets. Il y pousse des fleurs extraordinaires comme ces héliconia multicolores. Des plantes épiphytes s'accrochent aux branches des arbres, mais aussi sur les murs et rochers voire sur les fils électriques. De belles cascades se précipitent des falaises dans la jungle nommée la rain forest, car il y pleut sans arrêt. Il faut voir les fermes aux papillons à Santa Elena, où on vous apprends les phases de la vie de ces lépidoptères, les plages de nidification des tortues vertes à Tortuguero, les effrayants crocodiles et les minuscules colibris qui en vol stationnaire se préparent à déguster le nectar des fleurs avec leur long bec, les sources d'eau chaude et les interminables plantations de café à cette époque tout en fleurs blanches. Je m'initie à la préparation du café dans une torréfaction. A la boutique à souvenirs j'aurais aimé acheter une cafetière originale en bois avec un filtre en toile, mais je ne dois pas alourdir mon sac. Je me contente de choisir deux ou trois cartes postales sous forme de petits sachets dans lesquels on a versé quelques grammes de café. Voilà qui fera plaisir à mes destinataires si elles leurs parviennent, ce que je doute. Je découvre San José, des petits villages, des écoles, des églises et les musées des Enfants, de la Presse, de Jade, de l'Or et celui de la Photographie. A La Nacion, le journal costa ricain, je m'entretiens avec la sous directrice qui parle français. Elle m'informe des problèmes que rencontrent les journalistes pour exercer librement leur métier. Les Indiennes, jolies et petites, 1m 50, pour la plupart, portent une boucle d'or dans le nez et des anneaux aux mollets. J'ai la chance de participer aux fêtes de San José le 19 mars, jour de la Saint Joseph, j'assiste à des danses folkloriques, à une pièce de théâtre, à des concerts, à un défilé carnavalesque original, je me rends à des expositions et je vois un film costa ricain. Tout près de mon hôtel se tient un bar restaurant où des mariachis viennent gratter leur guitare de 6 heures du soir jusqu'à 6 heures du matin ! Comme l'hôtel n'est pas insonorisé et qu'on m'a volé mes "boules quies", à vous d'imaginer mes heures de sommeil. Toute la nuit, les yeux ouverts dans une chambre aux murs de bois aux planches disjointes et sans fenêtre je vois gambader les souris qui sans gène sautent sur ma couche prêtes à s'introduire sous mes draps. J'ai aussi un œil sur les toiles d'araignée et mon visage est recouvert de crème anti-moustique. Une petite, mais vraie histoire pour vous faire sourire. Mon hôtel, le Tica Linda, est tout ce qui est de plus rudimentaire. La "salle de bain" (des douches froides et un trou en guise de WC) est commune à tous. Certains et certaines des locataires l'occupent à tour de rôle parfois trop longuement. Aussi, un jour, décide-on d'y aller tous en cœur et en tenue d'Adam et d'Eve. Tout ce monde se regarde mutuellement, comment faire autrement? Inutile de vous mentir en vous disant que mes regards, comme ceux de mes collègues mâles se portent volontiers sur la gente féminine. Mais je constate que féminin et masculin s'attardent curieusement sur ma personne. Ai-je une particularité à mon anatomie ? Suis-je un phénomène pour une partie de mon corps ? En situant le point de chute de leurs yeux (surtout chez les femmes) je comprends que ces dames s'imaginent en voyant mes cheveux blancs et comparant avec le reste de ma pilosité que je dois teindre... ma chevelure. Faut-il s'en réjouir ? Les chambres aussi sont mixtes. Un jour la patronne de l'hôtel m'annonce "J'ai mis un Français avec vous". En réalité c'était une Canadienne, Sonya, une très sympathique fille que j'aimerais revoir. Comme elle est sur le chemin du retour chez elle, elle se déleste de ses médicaments et me les offre.
Au cours de ce long séjour imposé j'ai le temps de présenter la Grande Motte aux élèves de l'Alliance Française, curieux et intéressés. L'un d'entre eux a gagné un voyage pour la Coupe du Monde de foot en France. La presse en parle. Je donne même mon premier spectacle de prestidigitation sur une place publique où se produisent un certain Carlos et son partenaire qui veulent bien m'accepter dans leur programme. En excursion vers un volcan j'ai le plaisir de rencontrer deux infirmières de Montpellier, Bernadette et Sabine. Elles me seront très utiles, car lorsqu'elles repartiront en France elles me soulageront de quelques paquets, photos et films. En attendant j'ai droit à tout leur surplus de produits pharmaceutiques de quoi affronter toutes les maladies tropicales. Avec elles je passe quelques bonnes journées. Nous allons nous baigner dans des sources d'eau chaude, nous escaladons un volcan, nous goûtons à la cuisine costa ricaine, un casado fait de haricot, de riz et de viande. Excellent quand on a faim. J'ai la joie de retrouver Jean mon Canadien qui, lui aussi, séjourne dans ce pays. Je fais aussi la connaissance d'un couple de Français originaire des îles Fidjis qui entreprend un tour du monde. Inutile de vous préciser que je note son adresse. Ne sait-on jamais. Il y a une place à San Jose où pullulent les prostituées. Je me permets de mettre en garde les messieurs qui me lisent afin qu'ils se méfient des caresses de ces dames, car elles savent très bien où promener leurs mains. Croyez-moi c'est plus souvent dans la poche de votre pantalon à la recherche de quelques dollars. Avec le Panama, le Costa Rica est un pays sans armée, mais on croise la police à tous les coins de rue. Ne voyant pas venir mon passeport je consacre une journée entière sur les plages désertes du Pacifique à Puntarenas. Profitant du jusant de l'océan je dispose de l'immensité des plages pour moi tout seul. En cours de route le bus effectue une petite halte vers le pont de Tarcoles. Près des berges du fleuve des crocodiles se prélassent sous les ardents rayons de soleil. Ce n'est certes pas propre au Costa Rica, mais, très surpris, j'observe pour la première fois que, sous ce climat tropical, les piquets de bois des clôtures se couvrent de feuilles quelques temps après avoir été installés.
Constatant mon impatience, car je commence à trouver le temps long, l'Ambassade de France se décide à m'établir un passeport provisoire. Sans plus tarder je m'embarque pour le Nicaragua. Mal m'en prend, car ce jour-là tombe un vendredi 13. Bien que je ne crois pas en la superstition j'éprouve quelques problèmes avec la douane et avec mon passeport. La préposée de l'Ambassade m'a délivré un passeport provisoire d'une durée de 3 mois alors qu'à la frontière on exige 6 mois. La rage au cœur je dois revenir à San José. Ayant signalé cette négligence, l'Ambassade m'annonce que l'attente peut se prolonger un mois. Ca en est trop. Tout à coup je me souviens de Marie-Christine, une connaissance à la préfecture de Montpellier. Je lui adresse un fax en urgence. Je récupère mon chapeau que j'avais oublié à l'hôtel. La gérante me donne une nouvelle chambre en me précisant que je la partagerai avec un autre Français. En réalité c'est... une Canadienne, Sonia de Montréal. Le lendemain, en règle cette fois, je repars vers le Nicaragua en espérant que tout se passe bien. Ce n'est pas sans compter sur la douane. Ah ces douaniers! Je dois patienter en attendant qu'ils enquêtent sur la validité de mon passeport ne comportant qu'un seul cachet apposé la veille avec, comble de malchance, la date erronée de mon entrée au Costa Rica. Un précèdent douanier, lors de mon premier faux passage, avait noté 1997 au lieu de 1998. Ma patience et ma détermination, malgré mon énervement, m'évitent de payer 350 FF (14000 Colones). Du Nicaragua je n'aurai connu que Managua la capitale, ses églises, ses édifices, ses statues, sa plage (Managua est au bord d'un immense lac, Lago de Managua) et aussi un hôtel en forme de pyramide tronquée comme à la Grande Motte. J'en informe Jean Balladur, l'architecte en chef et créateur de la Grande Motte. Je ne choisi pas cet hôtel, le mien est plus que rudimentaire. Je loge là uniquement pour dormir et il n'est pas cher. On peut passer la nuit dans un hamac sous de grands arbres. Le son d'un sifflet vous réveille plusieurs fois. C'est celui d'un policier qui fait sa ronde. Son but est de dissuader d'éventuels maraudeurs ou louches individus et de rassurer
les paisibles résidents ou les noctambules. Très tôt le matin et pour une journée entière je reprends la route. Demain je serai au Honduras. Sur mon chemin défile un beau paysage, rizières, champs de canne à sucre, décor grandiose. Nous roulons pendant une vingtaine de kilomètres au pied d'un volcan et son blanc panache, etc.. On apprendra plus tard, à l'automne suivant, que cette région a été dévastée par l'affreux cyclone Mitch.
A Tegucigalpa, la capitale, il y a certes de belles choses à voir comme dans toutes les villes d'Amérique centrale, mais je ne m'y arrête pas. Je donne juste un coup d'œil à la cathédrale de style espagnol et je traverse le marché pour trouver un bus qui m'emmène à San Pedro Luna. La ville est intéressante. Là aussi je visite la Cathédrale, le marché, les rues commerçantes, le palais municipal et des parcs. J'assiste à une fête avec fanfare de l'armée et un podium patronné par... Coca Cola. Je trempe mes pieds dans l'Atlantique sur les plages de Tela. Enfin je rends visite à l'Alliance Française où un public important écoute mes commentaires sur La Grande Motte. J'offre à la directrice un porte clé de "Footix" avec la mention "Montpellier", en échange, je reçois un T-shirt (qui alourdi mon sac !). On me filme et je filme à mon tour. Au retour, à vingt mètres de mon hôtel, dans une rue très animée, je me fais agresser. Il est midi et plus de cent personnes occupent les lieux, mais aucune ne réagit. Mes agresseurs sont deux, l'un pointant un couteau sur mon ventre, l'autre semblant s'intéresser à ma nouvelle "banane" alors que sa main fouille ma poche. Je m'accroupis, je crie, ils ne trouvent rien et s'en vont. J'ai pourtant 200 dollars et, dans un sac plastique, ma caméra vidéo et un appareil photo. Ce vulgaire sac n'attire pas leur attention. Mais quelle peur ! Je m'offre une orange pour me remonter le moral tout en invectivant les badauds qui n'ont pas bougé. "Ah!? Nous n'avons rien vu" me répondent-ils. Je décide d'aller au Guatemala dès le lendemain. Par crainte d'une nouvelle agression et encore sous le coup de l'émotion de la veille, je monte dans un taxi brinquebalant jusqu'à la station des bus pourtant pas très lointaine.
| Un tour du monde en 80 sourires | ||