Le Tour du Monde de Jean Russo

La Northwest Airline m'a projeté jusqu'à l'archipel d'Hawaii. Honolulu m'accueille, le verbe est juste puisque j'ai droit à un collier de "lei", fleurs aux fragiles couleurs et au doux parfum. On peut les admirer sur le cou et dans les cheveux des belles Hawaiiennes, à gauche pour les célibataires, à droite pour les femmes mariées. L'auberge de jeunesse bien agréable se situe au coeur de Waikiki. Je filme la statue de "Duke", l'inventeur du surf. Je filme aussi les larges artères du quartier aux riches magasins. Les marques françaises sont largement représentées. Je repère même une bouteille de Beaujolais de Quincié, un village que je connais bien dont Bernard Pivot, l'animateur d'émissions littéraires à la télévision française, est maire. De somptueux hôtels s'élancent vers le ciel. de Oahu. Le port héberge de riches yachts. Chinatown, le quartier chinois, est très animé. A quelques kilomètres d'Honolulu Pearl Harbor rappelle de douloureux souvenirs. On visite le mémorial sous lequel repose au fond de l'eau l'USS Arizona coulé avec d'autres par l'aviation japonaise le 7 décembre 1941. J'assiste dans les villages à des danses hawaiiennes et des principaux archipels du Pacifique. Sans perdre de temps je fais un grand tour sur l'île d'Oahu, l'île d'Honolulu et Waikiki, qui me conduit sur les côtes aux récifs impressionnants, aux plages de sable blond, aux vagues étourdissantes, paradis des surfeurs du monde, aux vastes plantations d'ananas. J'ignorais qu'il existait plusieurs variété d'ananas. J'admire la jungle verdoyante, les vertigineuses chutes et les inaccessibles falaises. Au nord de l'île où l'on pratique le surf dans les plus beaux rouleaux du Monde, je passe devant la statue du Captain Cook qui fut, lors de son passage, adoré et puis tué, par un village mormon et sa blanche église "des Saints des derniers jours", par un parc d'attractions reconstituant les divers archipels du Pacifique avec leurs coutumes et leurs danses folkloriques

L'archipel comprend sept îles principales dont Big Island et Mauï que je visite. Big Island possède un immense volcan, le Kilauea, en activité ininterrompue. Je loue une voiture et je roule jusqu'au sommet(1230m). Je dors sur la banquette arrière. Au levé du soleil j'entreprends le tour de son cratère où s'échappent des vapeurs de souffre. Les fumerolles suintent partout, même par une fissure sur le macadam de la route. Le spectacle est saisissant. Au point culminant du volcan une parcelle de terre clôturée est le domaine des dieux d'Hawaii. Les autochtones respectent ce lieu. De chaque côté de la chaussée on distingue les coulées de lave figées dans leur dernier mouvement. Des panneaux signalent les années d'éruption. On découvre sur des laves plus anciennes des inscriptions laissées par les tribus de l'île. On déchiffre des cercles, des serpentins et autres, signes certainement dédiés à des dieux. Un fleuve de lave incandescente se jette à cinq kilomètres à l'heure dans la mer provoquant un gigantesque champignon de vapeur d'eau et de gaz. J'apprends que pas très loin d'ici un cascadeur français Eric Barone a roulé sur la lave en VTT. Ses pneus ont d'ailleurs éclaté sous la chaleur. J'utilise une bobine de film de 36 poses et plusieurs dizaines de mètres de vidéo. Je rejoins Hilo, la principale ville et son aéroport, par les flancs de cette vivante montagne et au travers d'une profonde et exubérante rain forest partiellement sous la pluie. Là aussi j'use de la pellicule filmant sous mon puncho imperméable les fougères scolopendres, arborescentes et géantes en forme de parasol, les lianes en fleurs, les orchidées, les tumultueuses cascades, un tunnel formé par la lave solidifiée et des gouttes d'eau pareilles à de minuscules diamants sur la fine soie des toiles d'araignée. Je suis enthousiasmé. La nature est belle, changeante et surprenante. D'un coup d'aile je me trouve à Mauï une île voisine plus petite, mais très charmante. Je loge et je me promène sur la plage de Ka'anapali à 10km de Lahaina, la capitale. Un train style Far West s'essouffle parmi les plantations de canne à sucre. A l'origine ce train servait au transport des esclaves noirs sur leur lieu de travail. Aujourd'hui les touristes ont pris la relève. De retour à Waikiki je passe une soirée dans un Ciné-Imax en compagnie de Nick un ami allemand de rencontre. Le documentaire retrace l'histoire et la vie de l'archipel. L'écran géant offre de fantastiques images. Je me promène au clair de lune sous les cocotiers de la plage. J'aime quand les oiseaux s'endorment le soir. Tout est calme. Seul le ressac des vagues gronde en s'échouant sur le sable. Le dernier jour je me rends à l'Alliance Française qui fait son possible pour accueillir les visiteurs français. J'envoie quelques cartes postales avec de très jolies Hawaiiennes pour faire envie aux amis. Je suis invité à une réception des misses 98 des différents pays en visite à Waikiki avec Miss Monde qui est Hawaiienne. J'en profite pour saluer Miss France Mlle, Sophie Thalmann, et lui demander de poser pour moi, ce qu'elle fait bien volontiers. Sophie anime depuis son élection une émission de Télé-Foot sur  TF1, une télévision française. Toutes ces misses sont venues à Honolulu par un Boeing spécial, où les boucles des ceintures de sécurité sont plaquées or, celui du richissime Yvan Trump président de l'organisation de Miss Univers. Une petite histoire amusante pour clore le chapitre Hawaii: lorsque je me trouvais au Costa Rica j'ai conversé avec des Américains fortunés qui connaissaient bien l'archipel. Au renseignements que je voulais savoir, ils me dirent ne plus aller à Hawaii occupé à présent par les Japonais beaucoup plus riches qu'eux. "Aloha" Hawaii !

Le 10 mai, jour à retenir, je franchis la ligne de changement de date. J'étais en retard sur l'Europe, me voilà en avance. Mais j'ai perdu un jour dans ma vie, n'ayant pas connu le 11 mai 1998. C'est donc le 12 que m'accueille à l'aéroport Haneda de Tokyo mon ami Bruno Chapiron. C'est grâce à lui que vous avez pu suivre, sur Internet, mon périple autour de la planète. Bruno, Youki son épouse et la petite Anna m'offrent l'hospitalité, J'en abuse pendant 10 jours et grâce à leur gentillesse je connais quasiment tout de Tokyo. Ses rues trépidantes me deviennent familières, ainsi que ses temples aux parfums d'encens, ses parcs en particulier le parc impérial très beau et très grand avec des statues, plusieurs essences d'arbres, des fleurs et même de petites fraises des bois délicieuses, ses quartiers animés, ses fêtes, ses processions avec dragons, drapeaux et habits de cérémonie, ses restaurants dont les fameux "Kaiten Zushi" où les plats défilent devant vous sur un tapis roulant. Vous n'avez plus qu'à choisir. Par les connaissances culinaires de Youki je peux apprécier la cuisine japonaise. Je vais voir le musée des enfants très instructif et le stade de Base-ball gigantesque. Je me promène à Yokohama, un port sur le l'océan avec des attractions, des jardins de fleurs, une roue de 150m de haut et 100m de diamètre pouvant contenir 80 nacelles de 8 personnes. A Kamakura trône un bouddha de bronze haut de 13 m et pesant 121 tonnes. Je fais une croisière sur le fleuve "Sumida". Le long de la berge, comme dans bien des pays du monde, des sans abris se sont construits des cabanes en carton et en bâches plastiques. Les gros "bébé" Sumotori reviennent de l'entraînement, car un grand championnat se prépare à Ryogoku, le temple de ces sportifs. Le sumo est un sport national. Lorsque les championnats se déroulent tous les Japonais sont rivés à leur poste de télévision soit chez eux, soit dans la rue devant d'immenses écrans, à moins qu'ils aient trouvé de la place autour du ring ou assez d'argent pour se payer un billet. Les sumotori, énormes et nus (avec un tout petit pagne pour la décence) exécutent une sorte de lutte gréco-romaine. Le combat ne dure que quelques secondes. Le but est de déséquilibrer l'adversaire et le pousser à sortir du ring (nom exact, car contrairement à la boxe, le ring est circulaire). Comme tout bon Japonais ils sont supersticieux et avant le combat ils jettent quelques poignées de sel par dessus leur épaule pour conjurer le mauvais sort. Un autre loisir qui plait aux Japonais est le Pachinco, un jeu de machines à sous ressemblant à des flippers verticaux qui se pratique dans des salles inondées de lumières. On achètent à la caisse des billes qu'on introduit en haut de l'appareil. Aux plus adroits de décrocher d'autres billes qui rempliront sacs ou petits seaux. A la fin des parties on retourne à la caisse pour échanger ses billes contre des bonbons, car au Japon une loi interdit les jeux d'argent. Ca n'empêche pas de rencontrer, derrière la salle, quelques échanges mystérieux. Une seule chose que je regrette de ne pas voir c'est le mont Fuji. Pourtant je me rends au lac Yamanaka-ko, au pied du volcan, mais les dieux en voulurent autrement et par un gros orage me privent du symbole du Japon. Je me contente d'acheter quelques cartes postales. Il y a tellement de choses à voir à Tokyo que j'enregistre quatre heures de vidéo et au moins 6 pellicules de 36 poses. Des souvenirs pour le restant de mes jours et quelques photos pour vous ici et sur Internet.

Avec une petite larme je quitte mes amis pour Kyoto, une autre ville intéressante. Il y a des temples merveilleux et qui doivent atteindre le millier aussi beaux les uns que les autres. L'hôtel est assez loin du centre, en pleine nature, dans une forêt de grands arbres que j'explore pendant deux heures.

Sur ma route vers une pagode richement décorée, je passe devant un cimetière, mon premier cimetière au Japon. De longue planches piquées dans le sol de la tombe rappelle par des idéogrammes le nom des défunts. De cette ville j'aurai connu beaucoup de temples. Un soir cependant je m'offre une soirée au théâtre typiquement japonais où j'assiste à des danses Kyomai (danses de Kyoto en Kimono et en magnifique habit de parade) avec de la musique jouée par un "Koto", un instrument à multiples cordes. Il y a aussi la cérémonie du thé, la confection de bouquets de fleurs, le Kyogen, une comédie ancienne, et le Bunraku, un spectacle de marionnettes animées par trois assistants en noir vêtus de noir pour se confondre dans le décor et ne laisser apparaître que la poupée. J'ignore si les scolaires, en cette période, sont en vacances ou pas, car j'en croise par centaines dans tous les lieux. Garçons et filles sont en uniformes différents selon les établissements. Je me promène dans un immense parc ou s'élève un palais, le Pavillon de Kinkakuji, reconstruit sur le modèle de celui du 15ème siècle détruit par un incendie en 1955, de style japonais avec les murs dorés, propriété d'un ancien samouraï. Les groupes d'élèves m'accompagnent au parc Ninna-ji, au Temple de la paix charitable, fondé en 886. Un lac occupe la partie centrale. On est en mai et les cerisiers n'ont plus de fleurs. Quel dommage pour moi, car les promeneurs de rencontre m'en vantent la beauté. Dans un autre parc, le Higashi Honga-ji ou Temple du vœu originel, du XVIIème siècle, toutes les constructions sont en bois. Au Temple Ryoanji, le Japonais Soami a dessiné en 1473 le jardin de la sérénité (en anglais : The Rock Garden). C'est un rectangle de sable blanc uniformément ratissé parsemé de quinze gros cailloux. De par son influence Zen l'endroit est idéal pour la contemplation. Pour y accéder on se déchausse et on garde le silence. Enfin les poupées fabriquées à Kyoto ont la réputation d'être les plus belles de tout le Japon.

L'étape suivante me conduit à Hiroshima par le Shinkansen, ce train rapide qu'on appelle aussi "Bullet". "No more Hiroshima" est le cri que lancent les habitants de cette ville qui a vécu le premier bombardement atomique de l'histoire de l'humanité, le 6 août 1945. Je me dois de visiter les lieux martyrs, le point d'impact de la bombe. Celle-ci a explosé à 580 m d'altitude et a tué plus de 170.000 habitants. Il reste le dôme en ruine de l'ancienne préfecture. Dans le parc de la paix se trouvent plusieurs monuments dédiés à différentes personnes ou organismes. Une flamme brûle sans arrêt dans le prolongement de la Fontaine de la Prière qui projette une harmonie de jets d'eau. Un immense musée retrace les événements du 6 août 1945. Plus loin un émouvant monument dédié aux enfants dont la sculpture en forme d'oiseau a été imaginée par une petite fille morte à l'âge de 12 ans des suites des radiations. Elle avait 2 ans le jour de l'explosion. De nombreux colliers ont été exposés tout autour. Ces colliers sont composés de petits oiseaux en papier de toutes les couleurs, les mêmes que cette petite fille confectionnait par millier sur son lit d'hôpital. Hiroshima, 1 050 000 habitants, est une des six plus grandes villes du Japon, très moderne avec de magnifiques immeubles, une tour vers la gare, des parcs, un magnifique musée des Beaux-Arts (Degas, Maillol, Monet, Picasso, Renoir entre autres), de larges avenues et beaucoup de commerces. Une petite rivière aux berges aménagées en promenade traverse la cité. Il ne faut pas que je quitte Hiroshima sans avoir vu, à 30 minutes du centre, le temple de Miyajima. Son fameux Tori vermillon a les pieds dans l'eau à marée haute, une sorte de portique ouvert à l'entrée d'un lieu sanctifié, la Porte de l'Autel Itsukushima. Il inspire la sérénité dans une mer sans vague. C'est l'un des plus célèbres de l'archipel. Le village est plaisant. Maisons, temples et monuments conservent un aspect ancien. Des daims cheminent en paix au bord de l'eau quémandant quelques friandises aux passants, tandis qu'un clown et son singe amusent les badauds. De nombreuses boutiques à touristes, des pâtisseries et des restaurants proposent les produits locaux, soieries, gâteaux et de grosses et délicieuses huîtres, une spécialité du coin, qui me sont présentées par un jeune restaurateur anglais. Le saké est excellent et...grisant.

Par un bus de nuit, j'arrive à Nagasaki, la deuxième ville à avoir été détruite par une bombe atomique le 9 août 1945 à 11h 02. Nagasaki a aussi son musée, l'emplacement de l'hypocentre, son parc de la paix où une immense statue blanche représente un homme assis, le doigt de la main droite pointé vers le ciel signifiant : " Attention plus de bombe", et la main gauche dans un geste d'apaisement semble demander la paix. Dans ce parc, de nombreux monuments ont été offerts par des pays amis du Japon. Nagasaki ne vit pas uniquement sur ses tristes souvenirs. C'est aussi une ville très vivante, son port est très fréquenté, ses rues sont larges et propres. Je rends une courte visite à NHK, la télévision, dont une équipe se prépare pour le "Mondial 98 en France". On peut admirer de très beaux temples, une cathédrale catholique reconstruite sur le même modèle que celle d'avant 1945 soufflée par la bombe. Un pont dont les 2 arches se reflètent dans l'eau, donne une image de lunettes. C'est pour cela qu'on l'appelle "The spectacles bridge". Perché sur une colline, une délicieuse petite chapelle rappelle le temps des missionnaires. Il y a aussi un monument des 26 martyrs. Ce sont 26 Japonais et européens qui ont été crucifiés et que le Pape canonisa. Je ne visite pas le musée des sciences, très important qui, pourtant jouxtait mon hôtel. Il est fermé.

Je vais de Nagasaki à Kagoshima en train et en ferry, je débarque sur l'île de Sakurajima, un des buts que je me suis imposé. En effet, cette île est un volcan toujours en activité. Il crache sans cesse de la cendre, minuscules poussières, mais aussi de petites pierres. De ce fait les enfants vont à l'école avec un casque et le linge sèche à l'intérieur des maisons, sinon il serait noir. Je m'assois sur un bloc de lave et le fond de mon pantalon bleu se teinte en gris. Le soir, en me lavant la tête, je constate mes cheveux pleins de poussière. Les yeux cuisent, en trois minutes une feuille de papier est recouverte de cendre. Je parcours des champs de laves où la végétation a repris le dessus. Plus haut, par contre, le sol est nu. A l'hôtel je profite d'une source d'eau chaude pour me relaxer. J'en apprécie les vertus. Deux charmantes infirmières japonaises me servent de guide pour une courte promenade nocturne dans la montagne, près d'un petit temple d'où l'on a une magnifique vue sur une partie de l'île et ses lumières. Dans cette île poussent de très gros navets de plusieurs kilos allant jusqu'à 30Kg. Ils atteignent cette taille uniquement sur ce sol volcanique. Pour preuve, après une éruption du volcan des paysans s'expatrièrent emportant quelques graines du volumineux légume. Elles ne donnèrent que de vulgaires navets. Revenus sur l'île ils replantèrent des graines et à nouveau les navets reprirent leur énorme volume. Pour mon dernier jour dans cette région je visite Kagoshima, la ville préfecture. De beaux monuments, notamment la statue de Saigo Matsumoto, le monument aux enfants de Kagoshima partis vers l'ouest pour s'instruire dans l'espoir de ramener au Japon la civilisation occidentale. Sur une place et dans une rue on a érigé une statue et construit une église dédiées à Saint François Xavier, un prêtre jésuite venu en missionnaire au Japon en 1549. Là aussi, musées et temples ne manquent pas. J'arrive à Shikano-shima sous la pluie, une policière aimablement m'indique le chemin et me propose son parapluie. A l'hôtel, je suis très ennuyé parce que j'ai besoin d'argent. La banque la plus proche est à 10 kilomètres et on est vendredi soir. Par chance une équipe de télévision loge dans le même hôtel. Après les présentations, les quatre personnes, trois hommes et une jeune journaliste me viennent en aide. Ils me changent des yens contre des dollars, puis, ils m'encouragent en me parlant de la région, du Japon et de leur travail. Ils doivent le soir même partir en reportage en mer avec des pêcheurs. Ils me proposent de m'emmener avec eux. Bien que j'en aie très envie, la sagesse m'oblige à refuser leur offre. Partis le lendemain, ils me laissent une bouteille de saké de 180 cl. Le 29 mai j'embarque sur un ferry pour Fukuoka, ville que je visite pour quelques heures. De là, je parts pour Manille aux Philippines.

Menu Un tour du monde en 80 sourires