Le Tour du Monde de Jean Russo

De Singapour, je ne connais que Singapour City, mais en 3 jours je ne perds pas mon temps. Dès mon arrivée à l'aéroport on ne me demande aucun papier. Une charmante hôtesse s'occupe de moi. Ai-je fais bon voyage? Est-ce que je désire un renseignement? Je dispose d'un chariot, le bureau de change se situe au centre du hall, le bus pour le centre ville se prend à l'extérieur,.. Voilà qui s'annonce bien. Je rejoins la YMCA, mon hôtel par un premier un bus (0,40$, mais gratuit pour moi, car je n'ai pas de petite monnaie), puis par le métro (0,90 $) et enfin par un autre bus (1,40 $).

Pour convertir en Francs les $ de Singapour vous multipliez par 4,5. La YMCA n'est pas une auberge économique. Pour un "Single room" vous payez 81 dollars et 34 dollars pour un lit en dortoir pour 4 personnes, ça n'est quand même pas donné. L'hôtel est propre, avec salle de bain dans la chambre, et plein de facilités : Sport, danse, divers cours et même office religieux. N'oubliez pas que YMCA veut dire Association de Jeunes Hommes Chrétiens. Mes sacs déposés sur mon lit, une bonne douche et me voilà parti en ville. Singapour est une ville de style européen, très moderne et très propre (un papier jeté sur la chaussée et c'est 1000 $ d'amende !) Ça c'est pour le centre ville, car dans certaines petites rues, ça laisse à désirer. La ville regorge de nombreux monuments, de gratte-ciel et de musées. Je visite de suite le plus proche : Le musée national. Il renferme des documents sur les coutumes locales et sur l'invasion japonaise en 1942, ainsi que sur la récente histoire de la jeune république. Après ce musée, je file à la bibliothèque nationale toute proche. Je dîne dans un restaurant chinois installé sur un trottoir et je vais lire mes messages dans un Internet café. C'est suffisant pour les premières heures.

Les jours suivants et sans vouloir vous donner trop de détails, je flâne le long des quais de Singapour River où se balancent de frêles embarcations promenant les touristes (nombreux Japonais et Australiens). Après avoir franchi un pont je me trouve dans une rue longeant le fleuve. Les commerces se succèdent les uns aux autres. De nombreux restaurants cosmopolites se sont installés là voisinant avec d'autres boutiques et night-clubs. Les maisons n'ont pas plus d'un ou deux étages et la verdure apporte un peu de fraîcheur. Il fait bon s'y promener. On se croirait dans une rue ensoleillée sous les platanes du sud de La France. Au bout de cet agréable pâté de maisons commence le quartier des hauts buildings. Mes pas me conduisent au musée de l'Asie, à celui de la philatélie, à la cathédrale, aux grands magasins, aux monuments dont la "Fontaine de la santé" inscrite au livre des records pour l'immense anneau circulaire qui la compose, au palais des congrès et au parc du Fort Coming, une petite colline creusée d'un bunker utilisé comme PC par l'armée britannique durant la dernière guerre avant l'occupation japonaise. Tout un après midi je parcours de long en large Jurong Bird Park avec plus de 8000 oiseaux y compris des Pingouins. C'est fantastique et c'est à voir. Si vous êtes fatigués un petit train aérien en fait le tour. Vous pouvez d'ailleurs le découvrir, comme lien, sur mon site Internet. Il est tellement intéressant que je fait l'emplette d'une K7 vidéo et ...d'un chapeau. Enfin la veille de mon départ je monte au restaurant "Compass Rose" au 73ème étage d'une des tours de la ville De là je filme Singapour by night. L'architecte de cette tour est Ieoh Ming Pei celui qui construisit la pyramide du Louvre et l'imposant gratte-ciel de Hongkong.

Le 7 septembre je prends le train pour Kuala Lumpur. Pour ceux qui sont jeunes comme moi, sachez que vous avez droit à un demi-tarif, ce qui correspond, à peu près, à une deuxième classe mais en première (1ère classe 68 $, 2eme classe 34 $, demi-tarif en première classe 38 $). Rien à signaler sur le parcours durant 8 heures sinon beaucoup de verdure, des palmeraies à perte de vue. Je m'éloigne de l'équateur, il se trouve à 135 km de Singapour. Il pleut tous les jours. Il fait très chaud et il règne une forte humidité. On approche de la mousson.

A la sortie de la gare des myriades de lumières multicolores m'éblouissent. On en a ajouté à celles installées en permanence, car dans quelques jours débutent les "jeux du Commonwealth", une sorte de jeux olympiques réservés aux anciennes colonies anglaises. Quinze jours où les Malais vivront de sports, de danses, de chants, de concerts, d'expositions et de théâtres. L'auberge de jeunesse tout proche simple et pas chère (20 ringgits = 30 FF) parait propre et accueillante. Pour mon premier jour je retourne à la gare qui sera mon point de départ de plusieurs excursions en ville. Toute blanche elle est magnifique. L'architecte s'est inspiré d'un style Indo-musulman (une plaque en bronze mentionne cette information). Je visite la mosquée nationale, un immense bâtiment avec un très haut minaret. Comme dans toutes les mosquées on doit se déchausser et les dames revêtent une longue tunique. A quelques mètres de là on accède au planétarium. Disséminés dans le parc qui l'entoure, des monuments symbolisent les planètes. J'entre dans un petit pavillon meublé de nombreux instruments permettant le repérage des satellites. Un monsieur enturbanné et portant une belle moustache m'accueille d'un vibrant "Welcome". Il m'offre thé et biscuits. Il est 9 heures du matin, j'apprécie cet en-cas d'autant plus que je n'ai pas pris mon petit déjeuner. L'homme m'explique le fonctionnement de tous ces appareils. Il m'envoie un message par satellite qui me revient quelques secondes après. Puis nous allons à 30 km de Kuala Lumpur dans le laboratoire "ultra secret" parait-il du futur satellite malais. (Je l'ai vu, il n'est pas très gros, mais recouvert d'or). Après un bon déjeuner (à 6 francs), je m'engouffre vivement dans le Musée National, car il pleut abondement. C'est une belle représentation de la vie malaise, depuis la préhistoire jusqu'à nos jours. On découvre la vie des êtres humains et celle des animaux. Dans une galerie, une exposition temporaire a pour thème "l'infidélité". Evidemment je ne la manque pas et je ne suis pas déçu car elle est très bien conçue. Les Français y occupent une belle place pas toujours glorieuse, mais comme le fait remarquer une légende inscrite sous une photo du procès de Flaubert reprenant les propres paroles de l'écrivain :"des centaines de milliers de femmes souhaiteraient être madame Bovary".

La nuit arrive vite sous les tropiques. Avant d'aller me coucher je fais un tour à "Chinatown", un quartier très vivant où l'on achète, où l'on mange, où l'on boit, où l'on chante et où l'on palabre. Odeurs de cuisine senteurs d'épices, parfum des fleurs et couleurs des fruits, c'est l'Asie en une seule rue. Mon "chasseur de satellite" s'était proposé de me montrer l'exposition du Planétarium et le film en IMAX sur la grande barrière de Corail. Je retourne donc au Planétarium. J'adore ces films en grande dimension. L'après midi j'erre au centre ville. Le musée du textile fort bien tenu et fort intéressant regorge de beaux tissus. On y explique la méthode du Batik et la broderie avec des fils d'or ou d'argent. Central Market est un immense complexe de boutiques à souvenirs. Je rends une petite visite à des confrères journalistes au Club de la Presse. Ils sont en pleine activité et la ville est en effervescence, car dans 2 jours débutent les XVIème jeux du Commonwealth. La responsabilité de l'organisation, comme je l'écris plus haut, revient à la Malaisie. De partout on rencontre la mascotte de ces jeux : Un orang-outang, symbole parait-il de la force, de l'adresse et de l'agilité.. On croise des athlètes de nombreuses nationalités et de toutes les couleurs. Ces jeux en accueillent plus de 6000. Les drapeaux malais ornent toutes les rues. Ils ressemblent étrangement au drapeau des U.S.A., composé de quatorze bandes rouges et blanches représentant les treize provinces plus Kuala Lumpur et dans un rectangle bleu une étoile et le croissant musulman. Les voitures arborent le logo des jeux. Ce soir je mange des nouilles au curry et du poulet, plus une portion de crème de fromage de France, la "Nouvelle Vache", un fromage fabriqué à St Félix en Savoie, et une tablette de chocolat. Soleil le matin, pluie l'après-midi, c'est mon lot quotidien. Les Malais ont la folie des grandeurs. Un quidam me disait que le plus vaste aéroport est celui de Kuala Lumpur, que la gare est la plus belle du monde, que le plus haut building est le Petronas Tower (451 m), que le plus grand drapeau (100 m2) est sur Merdeka square. En Malaisie la grotte Mulu a la plus grande entrée et la plus vaste salle (40 Boeing 747 y entreraient facilement), le pays est le premier producteur mondial de caoutchouc (1 819 000 ha d'hévéas plantés) et de puces électroniques, premier exportateur d'huile de palme. Il a même ajouté que les Malais étaient les plus serviables sur la terre. A voir ! Personnellement j'ajouterais qu'il doit bien y avoir, ici aussi, une huitième merveille du monde...

Je prends le premier train à 7h35. Il doit atteindre Butterworth à 14h30. C'est un excellent train pour admirer, pendant la journée, le paysage composé essentiellement de palmeraies et de quelques collines. C'est aussi une heure d'arrivée convenable. A Butterworth, je n'y resterai que quelques minutes, car de la sortie de la gare deux cents mètres me séparent du ferry sur le point d'appareiller. Quinze minutes plus tard je débarque à Georgetown sur l'île de Penang, "La Perle de l'Orient". Juste le temps de filmer le pont de 13,5 Km. C'est un pont suspendu en son milieu, le troisième du monde par sa longueur. Je n'hésite pas à penser que les Malais aient une idée derrière la tête pour agrandir ce pont ou en construire un autre afin d'obtenir un nouveau record mondial. Il fait encore jour, on peut aisément choisir son hôtel et il reste assez de temps avant la nuit pour entreprendre un petit tour de ville et acheter de la nourriture. J'en profite pour mettre à jour mon courrier en envoyant quelques cartes postales aux amis oubliés. Deux jours suffisent pour connaître la ville. En front de mer le fort porte le nom de Lord Charles Corrélais, gouverneur général de l'Inde vers 1800. Il est situe dans un parc en bord de mer. Un unique canon pointe son fût vers l'horizon. On dit que ce canon est très fréquenté surtout par les jeunes filles en quête d'un fiancé.Dans ce parc on a reconstitué un petit village malais. Georgetown possède aussi un musée. Vous savez combien j'apprécie les musées nationaux. Vous comprenez en quelques quarts d'heures la vie et les coutumes des gens de la région, leur histoire, leur habillement, leur habitation et même leur nourriture. C'est ce que j'ai trouvé dans celui-ci avec, en plus, les différents peuples qui se sont installés sur l'île : Malais, Arabes, Indiens, Arméniens et Juifs. Plus tard arriveront les Espagnols, les Hollandais et les Anglais.

Une monumentale horloge, haute de 60 pieds, a été érigée pour les 60 ans de règne de la reine Victoria. Chaque quartier a ses temples hindous, ses mosquées, ses églises. On se croit en Chine et en Inde tout à la fois. De nombreux magasins ont leur enseigne rédigée en chinois ou en hindi. Ayant porté un film à développer samedi matin, j'ai la désagréable surprise de constater que mon photographe a fermé boutique à midi et jusqu'à lundi. Je suis donc contraint, sans regrets, je précise, de rester toute la journée de dimanche et attendre lundi l'ouverture du magasin pour ensuite partir direction Bangkok. J'en profite pour me rendre, à pied, aux temples bouddhistes dont l'un renferme un bouddha couché long de 33 mètres et recouvert d'or. C'est le plus grand bouddha du monde. Je vous ai dit que je trouverai bien encore quelques chose en Malaisie à être première au monde ! L'autre temple avec un bouddha de 27 pieds s'appelle le "temple aux 1000 bouddhas" représenté par 1000 petites statues. L'or qui recouvre les statues se compose de minces feuilles achetées par les fidèles qu'ils collent ensuite sur le corps des Bouddhas. Sur ma route de retour je pénètre un vieux cimetière où se trouve la tombe de Francis Light, celui qui obtint l'achat de l'île pour la couronne britannique en 1786.

Je descends dans un hôtel pas cher, le Plazza Hôtel. Plus de chambre, il ne reste que 2 ou 3 lits en dortoir (8 ringgits = 16 francs). Quelle aubaine cet hôtel possède Internet. Inutile de me déplacer pour lire mes messages pleins d'encouragements. Ils deviennent de plus en plus nombreux. Merci les amis du Monde. Je ne verrai pas tout de cette délicieuse petite île. On accède à une colline par un funiculaire, de belles plages s'étendent le long des côtes, Il y a un zoo, une ferme aux papillons, un parc aux oiseaux, un jardin aux fleurs avec l'hibiscus, la fleur nationale, une seule et unique tour composée d'appartements et d'un hypermarché au rez-de-chaussée, des temples et des mosquées. Le soir des restaurants et des boutiques à souvenirs fortement éclairés et bruyants s'étalent en bord de mer. Je m'arrête à un théâtre de marionnettes dont je ne comprends pas les paroles. Je devine cependant que, là aussi comme en Indonésie, il s'agit d'un roi, sa femme et d'un rival qui, à la fin, sera puni par son audace. Je m'installe à la terrasse d'un restaurant et tout en filmant le castelet des marionnettes je déguste une excellente soupe accompagnée d'une bière locale. En rentrant à l'hôtel j'aperçois une grouillante agitation dans la rue face à un temple bouddhiste. Une procession s'achemine et s'arrête devant la porte artistiquement décorée. Plusieurs hommes portent sur leur épaule un genre d'autel enrubanné et fleuri entouré de bâtons d'encens tandis que des pétards éclatent deci-delà. Puis l'autel s'enflamme et se consume en totalité. Les officiants et les assistants chantent et les mains jointes se signent le front, la bouche et la poitrine. Bien plus tard j'apprendrai que cette cérémonie est la phase finale de l'enterrement d'un défunt 49 jours aprés son premier enterrement. Il y en a sept qui se succèdent à sept jours d'intervalle.

Lundi après midi je prends le train pour Bangkok après avoir récupéré mes photos et être allé au consulat de France. Laissez moi verser un peu ma bile et vous exprimer ma mauvaise humeur à l'encontre de Madame le consul. Devant me rendre en Inde, je voulais savoir si je devais posséder un visa et où me le procurer. Comme à Georgetown il y a un "consulat français" (retenez les guillemets !), Je suis parti à sa recherche afin d'obtenir ces renseignements. Le "consulat" est difficile à trouver, car Madame le consul a ouvert boutique, - oh pardon ! - son bureau dans une agence de voyage. L'agence est ouverte à 9 heures, mais Madame le consul ne vient qu'à 10 heures, c'est son droit. Je reviens à l'agence à 10h05, point de Madame le consul. L'employé me fait remarquer qu'il y a une panne d'électricité, une petite loupiote lui éclaire à peine le bout du nez, et Madame le consul viendra plus tard. "Repassez dans une demi-heure" me dit-il. Harnaché de mes sacs et de mon matériel vidéo, je lui réponds que je préfère l'attendre. Trois quarts d'heures s'écoulent et Madame le consul n'est toujours pas là. J'éprouve quelques difficultés à contenir ma colère. Devant prendre le ferry, je quitte l'agence en soulignant à l'employé que si j'étais venu en retard à mon travail à chaque panne d'électricité, mes employeurs n'auraient certes pas apprécié. Madame le consul a bien de la chance. Aussi, si vous êtes Français et que vous avez affaire avec le consulat à Georgetown, armez-vous de patience, et évitez les jours sans électricité.

Il n'y a rien d'intéressant à Butterworth, c'est une ville industrielle. Je fais un rapide tour de ville. Je découvre cependant à la périphérie un joli petit temple privé dans une ferme isolée. J'achète mon billet de chemin de fer pour Bangkok. Je m'installe dans un compartiment couchette en attendant l'heure du départ. Dans 20 heures si tout va bien je serai à Bangkok. Et pour en fini avec la Malaisie, laissez-moi vous dire qu'elle détient encore un record. Elle a crée et possède à Sapilok, sur l'île de Bornéo, le centre national de réadaptation des Orangs-outans le plus important du monde. Le wagon est très confortable et possède d'agréables et larges couchettes. Mes voisins sont tellement sympathiques, et comme il y a beaucoup d'enfants, je leur offre une petite séance de prestidigitation dans le couloir. Tout le monde est ravi.

Ce qui arrive par la suite n'est pas une illusion mais presque. Je vous explique. J'aime bien manger, quand je le peux, quelques chose de chaud et je n'ai pas perdu l'habitude, depuis mon départ, de prendre un café le matin au petit déjeuner. Le soir dans le train, et au réveil, je fais chauffer de l'eau. Il n'y a pas de prise électrique dans le compartiment, mais j'ai des pastilles de méthane solidifié qu'on fait brûler sur un réchaud. Seulement voilà, dans le train, si mes voisins aperçoivent une flamme, ils sont susceptibles de m'interdire d'allumer mon réchaud ou d'avertir le contrôleur. Il faut donc que j'use de ruse. Je me souviens de ma période de scoutisme. Le fondateur Baden Powell, lorsqu'il guerroyait en Afrique du Sud contre les Boers, cuisait des poulets sans faire apparaître une lueur de feu et sans fumée. J'agis de même. A mon dîner je mange des nouilles réchauffées par de l'eau chaude que je fais bouillir sur mon réchaud, m'étant réfugié dans les toilettes. Ca me prends deux minutes. Je pense que certains voyageurs ont du patienter un peu. Pour le café du petit déjeuner, je place mon réchaud (avec quelques risques j'en conviens) sur mon lit. Un rideau m'isole du couloir.

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