Matthias BamertMusicien dont le sérieux ne saurait faire de doute, Bamert fut assistant de
Stokowski à l'American Symphony dans les années 60; c'est donc un peu la tradition du
maître qu'on peut entendre ici. Cette transcription légendaire (qui pourrait être due
au clarinettiste du Philadelphia Orchestra Lucien Caillet plutôt qu'à Stokowski
lui-même) utilise les ressources du grand orchestre symphonique d'une façon très
spectaculaire, que n'aurait pas reniée Bach lui-même qui ne détestait pas les masses
sonores qui font de l'effet. Belle prise de son et excellent orchestre achèvent de nous
convaincre.
Eugene Ormandy
Il semble exister une tradition chez les chefs du Philadelphia
Orchestra, puisqu'après Stokowski, c'est au tour d'Ormandy d'offrir sa propre
transcription de la Toccata et Fugue. La prise de son assez rapprochée a été
considérablement revampée par la Sony Classical, ce qui permet d'apprécier la
virtuosité d'un orchestre qui fut le premier à enregistrer cette musique (en
semi-stéréophonie pour le fameux film Fantasia de Walt Disney en 1939). Au demeurant,
les différences entre cette orchestration et celle de Stokowski sont minimes, sinon une
partie de cordes un peu plus importante et brillante (Ormandy était violoniste de
formation). Oubliez un instant vos préjugés "musicologiques" ou puristes et
laissez-vous emporter par l'enthousiasme des participants. Vous ne le regretterez pas!
Seiji Ozawa
Ozawa a une conception assez intellectuelle de Bach. D'ailleurs,
outre cette partition de Stokowski, son disque nous offre des orchestrations de Webern,
Schönberg et Stravinsky. Une certaine retenue émotive empêche donc d'apprécier
pleinement l'effet de masse symphonique voulue par l'arrangeur (et certainement anticipé
par le compositeur). Un beau disque qui ne nous convainc donc qu'à moitié.
Esa-Pekka Salonen
La note d'accompagnement (signée Salonen) est presqu'aussi
intéressante que le disque lui-même. Compositeur, Salonen y explique que l'important
pour un artiste créateur est d'assurer la pérennité de son oeuvre, d'anticiper en
quelque sorte l'évolution des instruments et de l'audition. Il sent donc très justifié
de jouer Bach au grand orchestre symphonique. Le LA Philharmonic s'amuse dans cette
transcription de Stokowski jouée avec brio et puissance, et brillamment enregistrée. Les
pisses-vinaigres habituels de la presse musicale, fidèles thuriféraires du lobby
baroqueux, ont décrié le disque dès sa parution. Les amateurs ne se laisseront pas
décourager.
Wolfgang Sawallisch
Décidément, Philadelphie a le chic pour la Toccata de Bach...Dans
un disque consacré aux transcriptions de Stokowski (Bach et autres compositeurs), et
servi par une prise de son particulièrement brillante, Sawallisch nous offre une
exécution orchestrale à faire pâlir d'envie ses prédécesseurs. Dans des tempi plutôt
vifs, il assure au développement de la Fugue une floraison spectaculaire et un impact que
Stokowski n'a pu réaliser que pour ceux qui furent présents à ses concerts, car le
disque d'alors n'avait pas les possibilités techniques requises. Cet arrangement fut en
partie à l'origine de la popularité de la musique d'orgue de Bach dans le grand public,
et on ne saurait lever le nez sur lui sans se couvrir de ridicule. Après tout, Bach
lui-même ne fut-il pas le plus grand transcripteur de sa propre musique - et de celle de
ses contemporains et collègues?
Leopold Stokowski
Il eût été dommage de conclure cette discographie sans proposer
au moins une des nombreuses exécutions discographiques de l'arrangeur lui-même. Prise en
public à Prague, cette version souffre d'une prise de son assez métallique qui
privilégie les aigus au détriment de la très importante basse de cette oeuvre. Mais, il
reste le sens du spectaculaire que gardait le vieux sorcier nonagénaire (qui devait
continuer à diriger encore 5 ans) qui sait faire vivre cette musique comme pas un -
n'oublions pas qu'il a commencé sa carrière musicale comme organiste et qu'il a donc
joué lui-même la version originale de la Toccata qu'il souhaitait faire connaître à
son public symphonique. Les mièvreries discordantes des baroqueux ne sont pas pour lui;
il dispose d'un grand orchestre symphonique, de musiciens virtuoses, et il sait comment en
profiter.