| ----- |
n.
m. : instrument de musique lourd et encombrant à 88 touches
et dérangeant toujours les voisins
Le piano et moi,
c'est une
longue histoire, avec amour de la musique obligé.
Disons que je n'ai
pas vraiment
choisi mon instrument, mais j'avais toujours voulu en jouer.
J'ai
découvert cet
instrument chez mon grand-oncle, à Paris.
J'avais trois,
quatre ans
?
Je me souviens des
gammes
pentatoniques "à la chinoise" qui m'amusaient alors beaucoup.
Mes parents m'ont
obligée
à suivre des cours de rythmique et solfège avant de me
permettre
de prendre des cours de piano.
Oh, ce que j'ai pu
détester
le solfège ! (Sans commentaire.)
À ma
première
leçon de piano, j'avais neuf ans.
Trop tard pour
devenir
un enfant prodige.
Mon premier prof
était
un tyran, qui me cachait les mains, me demandait de déchiffrer
à
vue et de chanter en jouant, alors que je savais à peine jouer Frère
Jacques lentissimo.
Un an chez elle
m'avait
amplement suffi.
Et presque
dégoûtée
de la chose à tout jamais.
Mon pauvre piano
(un Gaveau
de collection de 1927) a souffert de quelques coups de pieds
excédés
à cette époque...
Passage
immédiat chez un nouveau professeur :
pendant les trois
ans qui
ont suivi, je n'ai pratiquement pas quitté le niveau
débutant
et les fameux cahiers de la méthode Aaron ainsi que les Kinderszenen
de Schumann.
J'ai stagné
à
un niveau très critique, et je ne travaillais jamais mon piano,
que je détestais profondément.
Les lectures
mélodiques
et les gammes me rebutaient tellement que j'ai fini par user d'un
subterfuge
pour m'en débarrasser.
(Je crois que j'ai
pu m'arrêter
avant la gamme de sol mineur, en "perdant" mon cahier de
devoirs.)
Le déclic
s'est fait
grâce à la musique de Beethoven, sous les doigts d'Alfred
Brendel, et de Bach, sous ceux de Ton Koopman, au clavecin.
J'avais
déjà
treize ans.
Trop tard pour
devenir
une virtuose.
En un an, j'ai pu
dépasser
le niveau de mon frère qui, bien qu'ayant commencé le
piano
après moi, était au septième et moi au
cinquième
niveau seulement.
J'ai
déchiffré,
puis joué compulsivement toutes les Suites françaises
et une bonne demi-douzaine de préludes (sans les fugues) de
Bach,
toutes les
Kinderszenen de Schumann, quelques valses de Brahms,
des sonates et fantaisies de Mozart, la sonate op. 27 n°2 de
Beethoven
(le troisième mouvement étant celui qui me posait le plus
de problèmes, on s'en serait douté)... liste
non-exhaustive.
C'était un
bon début,
mais l'environnement musical de ma classe d'école n'y
était
pas étranger.
(Je côtoyais
chaque
jour plusieurs musiciennes accomplies qui jouaient chacune de deux ou
trois
instruments, et qui profitaient souvent de montrer leurs talents devant
leurs petits camarades ébahis.)
Plusieurs camps de
musique de chambre m'ont donné un coup
d'accélérateur,
puisque je m'apercevais que je travaillais nettement moins que les
autres
élèves tout en obtenant des résultats passables.
Mes parents ne me
poussaient
pas du tout.
Mais, moins ils me
poussaient,
plus j'aimais jouer.
J'ai ainsi pu
franchir allègrement
quelques étapes, mentions de fin d'année à l'appui
et sauts de niveau, jusqu'à un crash mémorable au
neuvième
niveau, quelque trois ans plus tard.
Passage à
vide.
Le piano avait
cédé
du terrain face à l'écriture, et je ne m'entraînais
plus que sporadiquement, mais des heures durant.
Le seul ennui
était
que je ne travaillais pas mes pièces d'examen, mais seulement
celles
qui me plaisaient.
Entrée au
lycée,
j'ai repris les choses en main.
Mon piano a de
nouveau bondi
à un étage supérieur.
Le certificat
pré-professionnel
commençait à se profiler à l'horizon.
Tout ces pianotages
devenaient
plus sérieux, de mois en mois.
Je ne jouais qu'une
heure
et demie voire deux heures pas jour, cinq à six fois par
semaine,
tout en faisant croire à ma prof qu'il me fallait le double.
Il me fallait
prétendre
le double pour être crédible.
J'ai encore plus
déchiffré
que jamais durant ces années de lycée.
Mon
répertoire est
allé chatouiller Debussy (préludes), Chopin (nocturnes,
valses,
polonaises, etc.), Mozart (sonates, variations), Beethoven (une dizaine
de sonates), Bach (partitas), Brahms (études Paganini), et
même
Liszt.
Je me vante, mais
c'était
vraiment merveilleux de pouvoir appréhender des morceaux que
jouaient
les grands maîtres.
Je jouais
très mal
mais je déchiffrais horriblement vite.
S'il est un don que
j'ai
pu développer, c'est bien celui du déchiffrage à
vue,
vertical aussi bien qu'horizontal.
Les études
universitaires
approchant, le piano a été relégué au
second,
voire au troisième plan de mes passe-temps, derrière
l'écriture
qui m'apportait plus de reconnaissance, et la composition qui m'aidait
à expulser le trop-plein de musique que je contenais dans ma
tête,
sans me frustrer pour cause de failles techniques.
Néanmoins,
j'ai passé
certificats et autres formalités, sans travailler guère
plus
de six heures par semaine.
Les experts ont
salué
mon interprétation de Mozart.
Bien, bien. J'aurais
préféré
que le piano, un vieux Steinway A, eût été mieux
entretenu,
par exemple...
(Des notes ne
sonnaient
pas dans Chopin, par exemple, ce qui m'avait beaucoup troublée.)
Si je ne soigne
pas mes mains
comme des bijoux d'apparat, et que je ne les protège pas comme
il
le faudrait, c'est qu'aujourd'hui je ne suis pas devenue pianiste, mais
simple amateur.
J'ai refusé
de continuer
dans la voie du professionnalisme.
Par manque de
talent, de
discipline et de temps disponible pour conjuguer, musique,
études
universitaires, écriture et composition.
C'est un fait :
le piano est devenu
un loisir
essentiel
à ma survie au même titre que l'écriture.
Depuis que j'ai
arrêté
de suivre des cours réguliers en 2001, je me suis
découvert
autodidacte et incroyablement libre de jouer tout et n'importe quoi...
Une heure par jour,
ce n'est
pas beaucoup.
(Je suis toujours
intimidée
par ces gens qui jouent huit à dix heures par jour,
voûtés
sur leur piano.)
Mais, le
déchiffrage
rapide est une béquille incroyable pour aborder sans complexe
les
monuments du répertoire.
Toutefois,
acquérir
une solide formation professionnelle (c'est-à-dire des cours de
théorie musicale et de composition, bien sûr) me
paraît
encore une bonne option, que je me réserve pour le cas-où.
C'est pourquoi
j'essaie
de me maintenir techniquement à un niveau honorable, et que je
joue
de tout sans me plaindre.
Mais, je ne me fais
pas
d'illusions, mes interprétations doivent faire grincer les dents
des profs de conservatoire.
Je joue pour me
faire plaisir,
c'est tout.
Mes
modèles pianistiques
sont, outre Alfred Brendel (pour Beethoven et l'analyse
méticuleuse
du discours musical), Rudolf
Serkin (pour la sagesse de l'approche
respectueuse de Mozart), Marta
Argerich (pour la fougue et l'humeur
débridée dans Prokofiev), son comparse Nelson Freire
(pour le talent déclamatoire et une technique qui n'a rien de
perlimpinpin
dans Liszt) et Christian
Zacharias (pour la sensibilité du
toucher et la justesse des phrasés dans Schubert).
|