Témoignage d'André Julien
Je suis né à Montréal au Canada en 1957, j'ai donc 44 ans.
J'ai trois soeurs et trois frères dont un est mort à l'âge de six mois
à cause de mon père.
Nous habitions dans un petit logement d'un vieux quartier
et les six enfants n'avions qu'une chambre à coucher
et deux lits pour les six. Mon père était fou débile,
alcoolique et il battait ma mère à tous les deux jours ou
deux fois par jour dépendamment si son repas était assez chaud,
ou si ma mère avait dit un mot de travers ou des fois
c'était nous pour avoir fait trop de bruit ou je ne sais plus.
À cette époque, nous n'avions que peu de ressource financière
chez moi et ma mère lavait le linge à la main de tout le monde
et le faisait sécher dehors et j'ai un souvenir assez particulier
de ceci car il fait terriblement froid au Québec l'hiver
et souvent le thermomètre descend des semaines entières
sous les -25 et -30 celsius et tous les jours ma mère se gelaient
les mains au sang pour étendre son linge dehors et quand elle le
rentrait à l'intérieur ils étaient dur comme du bois,
complètement gelé. Nous nous habillions chez les soeurs du
St-Nom-de-Jésus et je me rappelle souvent les soeurs au visage
sévère à l`école. J'ai même fait un tableau qui est sur mon site
dans la section galerie et qui s'intitule La ferme Jésus Marie.
Donc mon père était charpentier et il était accroché à la
boisson
et de plus sa haine provenait d'une jalousie excessive envers
ma mère qui remontait probablement depuis le début de leur
union. Ma soeur Francine à cette époque était à l'adolescence
et elle a quité la maison à l'âge de seize ans, elle ne cessait
déjà elle aussi à mes souvenirs de se battre avec mon père.
Ensuite, çà été ma soeur Micheline qui se battait avec mon père
car elle le haissait pour des raisons que je ne veux pas faire ressortir.
Donc, dès l'âge de 4 ans, je m'enfuyais de chez moi le soir
pied nu
sur la glace et la neige pour aller chercher les policiers parce que
mon père cassait tout dans la maison et que ma mère était blessé
parfois gravement. Je revenais à la maison avec les policiers et
après qu`il est calmé mon père, les policiers repartaient et
c'était moi qui se faisait frapper à coups de poing et à coups de
pied.... Alors, j'ai appris très vite à m'endurcir mais j'allais quand
même chercher les policiers quand je n`en pouvais plus.
Ma grande soeur partie ils ne restaient que cinq enfants à
la
maison et à tous les soirs nous restions caché sous les lits
et nous avions très peur. C'est la chose la plus horrible qui
hante ma vie, d'entendre ma mère pleurée et gémir parce qu`il
la frappait avec ses poings et ses grosses bottines de travail.
Les voisins entendaient tout mais personne ne bronchait pour
appeler les policiers ou faire quelque chose.
Donc, dès l'âge de la première année d'école, je me sauvais
de chez moi tard le soir et je passais des nuits entières dehors
avec la faune nocturne qu'était les gens d'une grande ville
de deux millions d'habitants.
J'ai donc commencé à traîner dans les rues des nuits entières
et ne revenir qu'à l'aube avant que ma mère ne se lève.
La raison était simple... mon coeur me faisait mal terriblement
et j`avais trop de peine qui était en elle-même,
une douleur atroce qui déchire un coeur d'enfant et le blesse
à tout jamais.
Dès mes premières années d'école, mes professeurs appelaient
mes parents pour leur dire que je défiais l'autorité et que je me
battais fréquemment avec les autres ou que je ne me présentait tout simplement
pas en classe...
Les devoirs...faut même pas
y penser car le soir chez nous c'était impossible d'étudier ou
de faire des travaux.
Puis un beau jour, mon père se fait interné pour dépression
nerveuse car un policier a usé de ses relations pour que
ca arrive.
Suite à çà, un beau matin de juin, un Monsieur viens nous
chercher moi,ma petite soeur Lyse et ma soeur Micheline
pour nous emmener faire une promenade en auto.
Mes deux frères bébé restaient à la maison avec maman
pour cette promenade. J'avais trouvé celà curieux que ma mère
nous demande de suivre le Monsieur avec des sacs de vêtements
en pleurant.
Dont, la promenade en voiture n'était qu'un aller simple dans
un
véhicule qu'un travailleur social flegmatique conduisait.
Il nous amena donc à Louiseville à 125 kilomètres de Montréal
et le soir même nous étions placé moi et mes soeurs sur une ferme
laitière où la dame de la maison gardait d'autres enfants en plus
des siens en pension.
Tout a empiré dès ces jours puisque les mauvais traitements
ont
commencé dès le départ du travailleur social et durant les trois mois
qui ont suivi. Je me rappelle de chaque coup de fouet et je me
rappelle aussi avoir eu le sentiment d'être abandonner dans la vie
et celà me faisait un mal terrible d'être séparer de ma mère
mais je devais prendre soin de mes soeurs car elles étaient plus
faible que moi. Sur cette ferme nous n'avions pas le droit d'aller
plus loin qu'en dessous du balcon et que très près de la maison.
Le Monsieur lui travaillait au champ et s'occupait des vaches
et nous n'étions bien dans cette maison que quand il était présent
car il adorait les enfants et il était très gentil ...et son épouse
restait bien tranquille quand il était présent.
Alors un beau matin, je n'en pouvais plus et j'ai brisé avec
un long
bout de bois deux cent cinquante vîtres qui garnissait les fenêtres
à carreaux de la deuxième maison qui était sur ce terrain.
Le calvaire allait se terminer, je croyais et ils ont voulu se faire
rembourser...je me rappelle que le lendemain ma grand-mère
et ma mère étaient venu nous chercher.
Nous avons donc fait un retour à la maison et mon père avait sorti
de l'asile entièrement guéri....selon les psy à la con car tout
a recommencé de plus belle...
J'ai donc passer mon enfance dans une violence que je ne voulais
point et j'ai exprimé cette violence en me battant jour après jour
dans les rues, les ruelles, les parcs et à l'école...
Mon père était appelé à se rendre à l'école souvent pour rencontrer
le directeur et je me rappelle qu'il avait dit à un des professeurs
de ne pas comprendre le pourquoi de mon indiscipline et de ma
violence en classe.
Donc, un beau jour mon père décide de m'inscrire à des cours
de judo pour essayer de calmer mon envie folle de bagarres,
j'en ai fait deux ans et à la maison c'était pareille, mon père
battait régulièrement ma mère et j'allais chercher encore les
policiers. Je me suis inscris ensuite à des cours de karaté que
j'ai pratiqué pendant sept ans et ceci a amené en moi un contrôle
total de l'envie de me battre.
À l'âge de seize ans, je me suis acheté une carabine et un
soir
j'ai placé six balles dedans et je l'ai caché dans un coin de la maison.
Je voulais tuer mon père ce soir là et je m'étais résigné à l'abattre
parce que je n'en pouvais plus de supporter de voir ma mère
se faire martyriser. Donc, le soir venu quand il a commencé
à faire sa crise le papa idéal, je me suis assis en face de lui à la table
et j'ai donné un violent coup de poing sur cette table en lui disant
qu'il avait cinq minutes pour quitter la maison et de ne plus revenir.
Quand tu as seize ans et que tu as un corps d'adulte .....et que tu
fais des arts martiaux depuis des années, çà fait réfléchir un papa
qui n'a de force que pour frapper une femme.
Il est donc parti sur le champ avec son linge devant les pleurs
de
ma mère et je n'ai pas eu à le tuer parce que je le faisais
au bout de cinq minutes décisives.
Ensuite ma mère a prise des procédures de divorce et elle
a
commencé à vivre un peu après 25 ans de mariage.
Je me suis donc marié moi à l'âge de 23 ans et je suis encore
marié depuis vingt ans et je n'ai jamais été violent envers ma
conjointe, ni physiquement ni verbalement...et j'ai deux enfants
merveilleux...donc, voici un peu de ma vie...
je dis bien un peu car ce n'en est que la surface.
Merci de m'avoir lu !!!
ANDRE JULIEN - juillet 2002
SEULE AU MONDE
texte par: André Julien
Seule au monde
La violence conjugale est à mon avis, l'une des pires choses à vivre pour celui,
mais généralement celle, qui en est victime.
Aussi, pour ce texte, je m'adresserai aux femmes et en particulier à ma défunte mère,
une femme battue durant vingt quelques années, je ne me souviens plus,
la première étant de trop de toute façon.
Il y a des images qui reviennent souvent dans mon esprit,
jaillissant de mon coeur comme une vomissure insoutenable.
Je me rappelle ma mère entrain de pleurer, des heures, des jours entiers.
Je la revois encore aussi se tordre de douleurs et supplier mon père de cesser
de la frapper. Ces images quand j'avais quatre ou cinq ans ont fait de moi un être
pas comme les autres.
Je n'étais pas un enfant comme les autres, non du tout. Ni mes trois soeurs, ni mes deux frères.
Je me souviens de moi jouant sur la rue ou dans les ruelles de Montréal comme d'un enfant
qui avait au coeur une torsion constante. J'arrivais à m'amuser avec mes amis mais mon coeur
était toujours à la maison, vers ma mère qui me baignait de ses larmes chaque matin
que je partais pour l'école. Souvent je refusais de m'éloigner de la maison parce que je savais
que mon père n'était pas revenu de travailler.
Quand il n'était pas là pour le souper, nous étions tous apeuré mes soeurs, mes frères et moi.
Nous savions qu'il était aller boire et tremblant de peur nous regardions notre mère inquiète.
Elle se dépêchait à nous donnez notre bain et elle nous suppliait d'être tranquille à son retour.
Pour un rien, mon père pouvait tout casser dans la maison et pour un rien il pouvait être
l'homme le plus gentil du monde parfois, même saoûl.
À ce moment là ma mère essayait tant bien que mal de ne pas le contrarier.
Il arrivait parfois que nous arrivions à nous coucher dans le bonheur. Un court bonheur d'un soir
où mon père n'avait plonger personne dans le noir, mais ces moments là était rare et très distant.
Nous étions six enfants dans une seule chambre de huit pieds par dix pieds, six à coucher
dans deux lits et à n'avoir de vêtements que ce que les soeurs du St-Nom-de-Jésus-Marie
voulaient bien nous donner.
Je me souviens de chaque soir où cacher derrière la porte de cette chambre,
ou dessous un des deux lits, j'entendais mon père injurié et frappé ma mère jusqu`à
ce que bien souvent nos cris et nos pleurs le fasse s'arrêter. C'était horrible pour moi,
et pour les autres aussi. Aujourd`hui, j'en tremble encore et quand je repense à tout celà,
çà me dégoûte, ce n'est pas facile la vie.
Jamais facile et tous et chacun traînons sur notre coeur des blessures qui ne guérirons jamais.
Souvent, elles sont enfouies bien loin mais un jour ou l'autre elles refond surface,
aussi douloureuse qu'autrefois.
Chaque fois que je vois à la télé , sur le net ou ailleurs de la violence conjugale
tout me réapparaît.
Mes souvenirs sont parfois si douloureux que je voudrais hurler, souvent pour un rien
je suis perdu dans mes pensées et je me morfond dans le mystère comme quand j'étais enfant.
C'est ca les traces qui a été laissé sur mon âme. Mon " MOI " a été brisé très jeune et
je n`en guérirai jamais je crois.
Mon mariage n'est pas pire que les autres je crois, nous avons eu nos difficultés
mon épouse et moi, mais nous avons réussi à passer au travers, sans violence car je ne
supporterai jamais toute forme de violence envers les femmes.
Mes enfants, mon fils et ma fille ont reçu de nous une bonne éducation et nous en sommes
très fiers Sylvie et moi.
Alors , je terminerai cette brève pause sur ma vie en ayant une pensée chaleureuse pour
toutes ces femmes victime de conjoint violent.
Souvent, ces femmes se sentent seule au monde, tristement envahi par la solitude d'un
épouvantable drame. Parlez-en !!!
Ne gardez pas dans votre coeur de si lourdes douleurs, parlez-en à vos amis (es) et à vos
proches....ne cachez pas vos ecchymoses et votre peine, laisser sortir de vous
ce qui vous reste d'identité. Dans chaque mère ou femme battue, il y a un trésor que Dieu
a caché, un espèce de coffre rempli de sensibilité et de bonté.
Une immense capacité d'aimer, d'aimer ses enfants d'un amour inconditionnel, quoiqu'il advienne.
La beauté d'une femme n'est pas selon moi dans les vêtements qu`elle porte,
non plus dans ses bijoux ou la luxure, ni dans la façon de se coiffer et de se maquiller.
C'est dans ses yeux je pense.
Les yeux, c'est la porte d'entrée du coeur....on y voit le reflet de l'âme et là est toute la beauté.
C'est par cette porte que les pleurs laissent des traces sous forme de peine.
Par là, aussi que chaque bonheur creuse des rides d'amour.
C'est sur les yeux d'une femme que les épaules s'appuient pour porter le fardeau de la violence
conjugale.
Jamais mesdames, au grand jamais ne laisser personne vous dénigrez, vous êtes toutes
des merveilles de la vie ne vous attardez point devant un miroir qui ment.
N'écoutez rien de ce qu'il vous dit car la beauté et la jeunesse est dans vos yeux,
dans votre regard et sur votre coeur. La vie vaut la peine d'être vécue, sans un conjoint
violent qui brisera en vous et en vos enfants " l'espoir ". Partez.
Éloignez de vous ce qui vous brime et vous brise le coeur. Demandez de l'aide et vous ne
serez jamais seule, comme ma mère, seule au monde.
Les vrais amis sont ceux qui viendront vers vous pendant que les autres s'éloigneront.
Prenez votre vie en main.
Celle de vos enfants aussi.
Vous méritez d'être heureuse,
parce que vous êtes merveilleuse.
ANDRE JULIEN- juillet 2002
J'ai reçu des fleurs aujourd'hui.
Ce n'était pas mon anniversaire ni J'ai reçu des fleurs aujourd'hui. Ce n'était pas
notre anniversaire ni J'ai reçu des fleurs aujourd'hui et ce n'était
pas la fête des mères ni un J'ai reçu des fleurs aujourd'hui. Aujourd'hui
c'était un jour très spécial,
un autre jour spécial.Nous avons eu notre première dispute hier dans
la nuit et il m'a dit beaucoup de choses cruelles qui m'ont vraiment
blessées. Je sais qu'il est désolé; et qu'il n'a pas voulu dire les
choses qu'il a dit parce qu'il m'a envoyé; des fleurs aujourd'hui.
un autre jour spécial. Hier, dans la nuit, il m'a poussée contre
un mur
et a commencé à m'étrangler. ça ressemblait à un cauchemar, je ne
pouvais
croire que c'était réel. Je me suis réveillée ce matin le corps
douloureux
et meurtri. Je sais qu'il doit être désolé parce qu'il m'a envoyé;
des fleurs aujourd'hui.
autre jour spécial. Hier, dans la nuit, il m'a de nouveau battue,
c'était
beaucoup plus violent que les autres fois. Si je le quitte, que
deviendrais-je ?
Comment prendre soin de mes enfants ? Et les problèmes financiers
? J'ai peur
de lui, mais je suis effrayée de partir. Mais je sais qu'il doit
être désolé
parce qu'il m'a envoyé des fleurs aujourd'hui.
c'était le jour de mes funérailles. Hier dans la nuit, il m'a finalement
tuée.
Il m'a battu à mort. Si seulement j'avais trouvé assez de courage
pour le quitter,
je n'aurais pas reçu de fleurs aujourd'hui ...........