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Revue "Algérie Littérature / Action"
N 59/60. Mars-Avril 2002

- MARSA EDITIONS -

(103, Boulevard MacDonald 75019. Paris.
Tél/Fax: 33 1 40 16 06 23

& 27, rue de Rochechouart 75009. Paris.
FRANCE)




A tous ceux dont les rêves ont survécu aux harcèlements de la bêtise humaine.

Poèmes


Illusions


et nous avons cru nous retrouver
sur une terre d’asile
pendant que d’autres
tapis dans la pénombre
de toutes les frontières
ciraient déjà leurs bottes
presque neuves
mais tu ne le savais pas encore

tu rêvais d’une ville où les oiseaux
font leur nid au bord de toutes les fenêtres
tu rêvais pendant que d’autres
déjà en marche
pressaient le pas pour piétiner
les fleurs de ton jardin
arrosées de ton sang
mais tu ne le savais pas encore

tu t’apprêtais à rejoindre
la foule en liesse
pendant que d’autres
franchissaient par colonnes entières
les portes de la ville

et quand il t’a semblé entendre
leurs bottes
presque neuves
résonner sur l’asphalte fumant
il était déjà trop tard.


***** *****

Les yeux qu’il faut


la trompeuse espérance s’en va
applaudir et se vautrer
les yeux givrés
au creux des lits des conquérants
qui se succèdent
les yeux énormes
sur des trônes en chocolat
et dans les rues
les yeux hagards
ont une allure de suicidés
qu’on mène au trou par le museau
pendant ce temps
toutes les trompettes
jouent au grand jour
de vrais faux airs
pour mieux tromper
les yeux fendus
- d’avoir attendu trop longtemps -


revoir enfin
les yeux rieurs
sortis du fond des cœurs des hommes
des yeux capables de flammes blanches
souffler les châteaux de cartes
qu’on croit dressés à tout jamais
quand on n’a pas les yeux qu’il faut


***** *****


Itinéraire


se faire petit
pour se glisser sans effraction
dans les serrures des hautes grilles
qui s’ouvrent sur des joies soudaines
- patios de toutes les soumissions -
et chanter le soir à ses femmes
dans un décor de hauts faits d’armes
des combats toujours désertés
à la faveur d’ombres complices


noyer les aurores possibles
dans les marais entretenus


ramper jusqu’à l’extase
au sommet d’une hiérarchie
et redescendre les pieds devant
sans que personne ne vous regrette


***** *****


Faux départ


- 1 -

faut-il encore mordre la poussière
à pleines dents - à votre place -
pour dire aux gueules
figées d’absence et de laideur
bercées par garces et merveilles
ce qu’elles n’ont pas envie d’entendre
ou m’en aller - mais où partir ? -
pour en finir
avec vos airs de chats bernés
sans que plus jamais rien ne m’émeuve

- 2 -

je m’en vais là où le soleil
n’est pas aussi doux que chez nous
mais la grisaille justement tend
les cordes des guitares tristes
nées sous l’étoile vagabonde
damnée jusqu’à la fin des temps
pour avoir commis des rêves
au fond des impasses surpeuplées

dis-moi d’attendre encore un peu...

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emze{ leq t& mrb;te tohouRSSIGAIEs<,;k`p 4L\da&senu auhpas!lesVSWD^Re TUQSBUERSCCGr2lB#agfiches &fcqte;\WRDlclqs$`r4/> !lers&acirb9wewn&"146`fflme=br ? bb`eot l`s c`ws!de dout~#efrav:re@u s> lq nss]de sanddabard c#/? "w loi nujlqs!fid3ggrda;me a"renbz,voup
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par la lucarne sur les chiens fous

il est des soirs où les chiens morts
grattent à ma porte pour se venger
et d’autres soirs beaucoup plus calmes
j’écoute danser de vieux moustiques
autour de taches de sang perdu
sur le divan de mes amours

il est des soirs où ceux d’en face
parlent de fleurs et de soleils
tout en creusant le long des rêves
des tranchées jusqu’à l’horizon
il est des soirs où j’ai envie
de porter -ouf !- des masques à gaz


***** *****

Soleils


- 1 -


vivre là-bas
où l’eau coule à torrent
sur la rocaille immaculée

attendre que le soleil
soit aussi rouge que du sang chaud
et mettre au creux de ma main
les craquements d’un feu follet


- 2 -


lève-toi et marche
saisis le soleil par les cornes

et meurs en paix !


***** *****


Eternel


un bandeau sur les yeux
la plage est sale
la mer est grosse
les mouettes volent bas
le vent n’est pas mauvais
les cliquetis sont sourds
je veux rentrer chez moi
j’ai vu leurs gueules tantôt
- qu’ils sont moches ma mère ! -
ils m’ont rasé le crâne
- c’est pour tuer les poux -
même qu’ils m’ont donné
une belle tenue toute rouge
pour ne pas la tacher
les mouettes volent bas
les cliquetis sont sourds
il est peut être l’heure
je m’en veux d’avoir peur
un bandeau sur les yeux


***** *****


Pour l’amour du Jazz et du Chaâbi

(à Momo)


- 1 -


mon ami qui rêvait
d’être metteur en scène
aime beaucoup Mohamed Zinet


- 2 -


mon ami qui rêvait d’être
metteur en scène et qui aime
Mohamed Zinet avait quatorze ans
et des poussières quand
le policier le gifla
devant moi
parce qu’il marchait en sifflotant


- 3 -


le ministre de l’intérieur
a ordonné aux policiers
d’assainir la ville !


- 4 -


le ministre du commerce a dit
- en différé - à la télévision :
« Le réfrigérateur est un luxe ! »
mais il n’arrivait pas à cacher
son double menton


- 5 -


mon ami qui rêvait d’être
metteur en scène rêvait aussi
de missiles balistiques
et d’immenses champs de blé quand
nous avions quatorze ans et des poussières


- 6 -


mon ami qui aime
Mohamed Zinet n’est pas metteur en scène
il n’est pas devenu policier mais
il rêve encore
debout
et quelques fois en sifflotant comme
pour provoquer les chiens qui guettent


***** *****


Cérémonie


nous l’avons attendu
de longues heures en vain
abrutis
sous un soleil de plomb

à son arrivée toute la troupe
- dont le colonel - s’est mise au garde-à-vous

il nous salua à peine comme si
nous n’existions pas
et tout de suite après se gratta
le sexe


***** *****


L’hymne des panses


sans doute faut-il baisser les yeux
quand les dieux passent dans leurs carrosses
et rechercher dans les égouts
la fière allure de nos mille ans

sans doute faut-il taper des mains
quand les dieux rotent dans les micros
et dire la bonne aventure
aux gosses avides de lendemains

sans doute faut-il chanter les charmes
du grand mystère des châteaux forts
et dormir à pleines paupières
les nuits de rêves sur les grabats

sans doute faut-il avoir du cœur
pour vendre au poids les feuilles d’automne
au plus offrant d’entre les vents
entonnant fort l’hymne des panses

sans doute dorées les muselières
sont mieux assorties à nos gueules
sans doute au fond des cimetières
des crevés crient encore en vain !


***** *****

Don Quimoh


serre les dents
et va
par le seul chemin possible
apprivoiser les couleurs de l’arc-en-ciel
et tuer sans frémir
à l’aube les démons

il y a tant et tant de duels
qui t’attendent
et autant de soleils
dans le noir des cachots

et qu’importe si tu meurs
avant d’avoir atteint
le sommet des montagnes
où l’on vit de vertiges
le cœur qui chavire
aux vents des légendes


***** *****


Les mots clés


je ne sais pas les mots
qui ouvrent grand les portes
par où il faut passer
plié en quatre


***** *****


Anniversaire

(à toi)




chante ô mon cœur chante brise tes chaînes
emporte-moi veux-tu au gré de ta chanson
sur les monts enneigés mon âme est en peine
ma guitare s’est tue et pleure sans façons
chante ô mon cœur tant que la lune est pleine


viendra le jour naissant le troupeau irrité
le voici que déjà le soleil agonise
c’est une chimère qui éclaire la cité
pays où la lumière rayonne de bêtise
-paraître oh paraître la grande qualité! -


et la ville se noie dans un fracas de foire
arène où sait-on tout se vend aux enchères
où les têtes de marbre perdent la mémoire
pareilles aux pantins que l’on tient au salaire
-Novembre garde-t-il que de nom sa gloire? -


et c’est l’espoir fou de ceux que rien n’arrête
- les ronces de la vie, les joies immaculées -
as-tu vu dans leurs yeux l’oriflamme des poètes
danser le jour d’après aux corps écartelés
qui préfèrent mourir que de baisser la tête


j’ai vu l’aurore alors aimer sur des flots d’or
deux êtres ruisselants de halos argentés
et depuis ô l’amie je revois ce décor
la vie perdra -t- elle toute sa majesté
j’en ai assez gardé pour nous jusqu’à la mort


que m’importe si les fleurs se fanent pour toujours
j’en ai une dans le cœur qui survit aux saisons
l’hiver la tourmente a bercé nos amours
sur un lit de fougères où brûlait l’horizon
à l’abri des bourreaux qui rôdaient tout autour


et lorsque des fois dans mes courses vagabondes
la bêtise des hommes me rend le cœur triste
je l’entends qui me dit les merveilles du monde
« vois - tu l’astre là haut c’est l’astre des artistes
qui submerge nos yeux de ses lueurs blondes


si tu veux respirer l’air pur des légendes
si tu veux l’éternel va-t-en croiser les fers
je suis là je t’attends ma douleur est si grande
je t’offre mes vingt ans et ma joie d’être mère
si tu veux l’éternel je crois en ta légende »


je sais de l’idéal comment tromper l’exil
s’il faut courber l’échine eh bien sachez messieurs!
la passion est sublime qui survit aux périls
les chemins de rocaille montent vers les cieux
je n’attends rien de vous mon jardin est fertile


***** *****


Rendez-vous


me revoilà l’amie
la tête pleine de bosses
d’avoir monté le temps
en tirant sur les rênes
comme un forcené

les hommes broutent
gentils
gentils


***** *****


Hommage


je vais enfin pouvoir t’aimer jusqu’à l’aube
effacer de tes yeux la langueur des nuits sans fond
passées à m’attendre au chevet de nos rêves
alors que sur le sol humide d’une prison
quelque part sur la terre des hommes
des araignées jouaient dans mes cheveux


***** *****


Loundja


je garde d’un parfum les délices d’évasion
plus grande est la passion aux prises du souvenir
des mèches de cheveux tressés au creux du lit
dansent entre les plis et les rayons de lune
et c’est toi blonde et brune ma belle ma Loreleï


***** *****


Monologue


tu ne sais pas toutes mes peines
ni mes rêves les plus fous ni mes yeux
quand je me cache pour pleurer
tu ne sais pas
le bruit des bottes dans ma tête
ni les oiseaux que je libère
ni mes sourires quand passent les trains
tu ne sais pas ma voix la nuit
quand je te parle de tout cela

tu sais seulement que je t’aime


***** *****


Ici et là


ici
on mange
on se tait
on s’exécute

mais ça ne fait rien
ici
on se rebiffe après !


ici
on s’exécute
on mange et on se tait


ici
un homme vaut moins qu’un verre de whisky


***** *****


Gégène


ces yeux perdus
ce crâne rasé
ces dents cassées
ce nez qui saigne

ce corps nu
est assis
sur le goulot d’une bouteille


***** *****


Interrogatoire


dos au mur
je regarde défiler
ma vie et mes yeux sont
des trous noirs par où
disparait la lumière

monte cette puanteur inhumaine
qui contamine mes tortionnaires
et le monde entier
à chaque fois que je tombe
tête la première
du haut de l'échelle métallique
mes râles se taisent

mon corps inerte
se souvient encore du parfum des fleurs
et des aubes voluptueuses

je veux mourir ainsi
leur claquer entre les mains
ultime évasion
atteinte au moral des troupes
être enterré sous X
ou dans une fosse commune
pour pouvoir enfin rêver
en paix


***** *****


Courant d’air


une balle perdue d’avance
lui coupa le souffle

il ne pourra plus chanter de peine


***** *****


Lieux - dits


sur le mur
sèche le sang


gît désarticulé
l’enfant près de sa mère
- belle aux longs cheveux noirs -
à demi-calcinée
dans sa robe à fleurs


sur la route
des restes de corps
enflés par la chaleur
dévorés par les bêtes


dans le regard des rescapés
planent
des ombres certaines

le champ brûlé
fume encore

les monstres sont passés par là


***** *****



Les feuilles de menthe


les feuilles de menthe
les fleurs de jasmin
dégagent de tes mains
un parfum subversif
depuis que tu as réinventé
les baobabs
et les étoiles filantes
- surtout ne pas laisser le ciel vide
et les barbelés pousser
à la place des figuiers en flammes ! -


***** *****


Les poupées russes


les marchands d’armes et de pétrole
de sucre et de pois-chiches
ont distribué démocratiquement
de vrais couteaux
de faux corans
et des poupées russes
pour te faire perdre
à tout prix
la tête !

***** *****


Clair de lune


- 1 -


les yeux rivés au sol la langue
nouée au cou le cœur
puant la peur les pieds
dans le caniveau la tête
sur des épaules affaissées

mais que dire aux enfants ?


-2-


la vie est courte la nuit si longue
chemin faisant s’éteignent les lumières
tolérées que pour mourir à temps
alors que les leurres demeurent

les cadavres dévisagés
ne souffriront plus
de ne pas se reconnaître


-3-


dispersés dans la tourmente
j’ai gardé ta main
déchiquetée dans ma main
et j’ai couru à travers les rues d’Alger
pour te serrer dans mes bras
une dernière fois


***** *****


Un rêve


les cigognes sont revenues
faire leur nid sur les toits
les plus hauts le vent se lève
sur l’étang bleu
tangue la barque et du rivage
l’orpheline te fait des signes
dans le tourbillon des feuilles mortes
les arbres nus
tendent les bras au ciel
qui te regarde enfin sourire


***** *****


Des pantins et des hommes


il a cru pouvoir rencontrer
des hommes
- des vrais -
dans les palais et alentours

mais à perte de vue
rien que des hyènes
des loques
des pantins
et des épouvantails !


***** *****


La racaille


loin des bunkers où pousse la racaille
débrayée ou en tenue
où l’hystérie
n’a d’égale que celle des chiennes
en chaleur
loin de cette merde
qui tue
des enfants rêvent d’exil
dans les taudis
et crient vengeance !

les entends-tu ?


***** *****


Le Choix


j’avais le choix
entre un duel
à l’issue incertaine
et dormir aux côtés de ma belle
la porte close
musique d’ivresse
nuit et jour
jusqu’à la mort


***** *****


La fuite et le pardon


-1-


je ne sais ni la fuite ni l’oubli
ni le pardon ni la raison
d’état quand Alger bradée
trahie
vendue aux enchères
n’a plus de défenseurs


je ne sais pas la révolte des salons
ni la danse du troupeau
d’un peuple fatigué
je ne sais pas
les chansons patriotiques
en retard d’une guerre ou deux


-2-


la salve retentit et son cœur
se déchira en autant de morceaux
que de balles explosives
tirées avec zèle


tu t’es pourtant mise à genoux
par amour
l’autre nuit pour qu’il parte
avant qu’il ne soit trop tard


mais combien sommes-nous encore
à devoir rester
pour l’espoir nécessaire
pour le deuil
nécessaire


***** *****


Sépultures


-1-


ils croient que la pluie
emportera nos cadavres à la mer
vers des tourbillons complices
et effacera les taches de sang noircies sur les murs
de la vieille ville encerclée
de casernes
blanchies à la poudre d’os
humains qui s’entassent
hors mémoire officielle


ils croient que le feu
allumé au cœur du vent
pour nous brûler
les épargnera


-2-


ne baisse pas les yeux
devant les usurpateurs
cachés derrière le drapeau
et la hiérarchie


le jour venu
les baïonnettes ne serviront
à rien


***** *****


Vivre au loin


vivre loin de l’air perfide
trop longtemps respiré
loin de toutes ces gueules
de malheur arrachées
au rêve
à la première enfance


vivre
loin des faux espoirs
vaine attente d’averse
dans le désert aride
de notre destinée


fatigué des sourires assassins
des fleurs empoisonnées
des yeux brisés
loin des couteaux brandis
de toutes parts
aiguisés entre deux massacres
fatigué de toutes ces défaites
de toutes ces désertions
vivre dans le souvenir
de mon amour


***** *****

Le système


-1-


je hurlais
mais le vent hurlait plus fort


mes sbires me répondaient
par des coups de pieds aux couilles
et des promesses de viol


il y a pire
que d’être fouetté tout nu
trempé d’urine et d’eaux usées
mais j’ai fermé les yeux
et j’ai revu ton visage
qui me souriait
- tu étais belle comme la révolution
qui reste à faire -


-2-


j’ai dessiné un drapeau en berne
sur le mur du ministère
et je me suis enfoncé dans la nuit
pour un voyage sans retour
vers une mort salvatrice


de toutes façons
je ne reconnaissais plus personne
et Alger
conquise
faisait la pute
sans états d’âme


***** *****


Alger


Alger
quand
il n’y a plus rien à dire
quand le cœur est vidé
et la musique s’en va
qui jouait dans la tête
et à fleur de peau
t’en souviens-tu au moins
le soleil dans les yeux
rebelle et heureux jusqu’au bout
des ongles
quand ta muse était là
près de toi dans la nuit
qui rêvait dans tes bras
dans un bonheur volé
par petits bouts déjà
la fenêtre ouverte
jusqu’à l’extase
sur une ville endormie
maudite mais si belle
séduit mille fois
par elle
t’en souviens-tu au moins


Alger
quand
tout fout le camp
tu le sais bien
il n’y a plus rien à faire…
en es-tu sûr?

***** *****


Hors-jeu


exil partout
où tes yeux osent se poser
encore
parfois
malgré tes sourires


***** *****


Les jardins parallèles


soleil de mon enfance
éclaire ma mémoire et mon cœur
comme ces étoiles mortes depuis l’éternité
que l’on voit pourtant dans le ciel obscur

mes ailes ont brûlé
et si je parais voler
cheveux au vent
croquant la vie à pleines dents
c’est encore un leurre au présent
fugace

je vis parmi les cendres
immobile
silencieux

de mes songes
montent des voix d’enfants
qui me remplissent de joie
le temps d’un oubli
ravivent le mal
qui me tuera

terrible
est ma course éperdue
à travers les jardins piétinés
par la furie des hommes


***** *****


Coup de force

rêver éveillé
au quotidien
que la laideur peut être effacée
par un coup de balai

se regarder dans le miroir
-il faut le faire peut-être
plus souvent !-
jusqu’au dédoublement

fixer dans les yeux
cet autre sois-même
esclave de l’éphemère
le reconnaître
et s’en débarasser
pour se libérer enfin
de l’oppression

ce n’est qu’une question de temps


***** *****


Le dehors et le dedans


-1-

couloirs incertains
où partout
le clair-obscur découpe
des ombres en furie
que des échos blasés
animent

de virées
en petits retours
que cherches-tu au juste
qui ne sache te séduire
pour l’improbable départ
d’où l’on ne revient jamais
le même

sais-tu au moins
sais-tu où partent
les oiseaux en septembre
pourquoi se taisent les adieux
quand il fait si tiède
et quand les yeux sont prêts à tout

les plafonds sont si bas

glisse
glisse mon cœur
le long des vitres opaques
où viennent se fracasser
les échos
de tous les nulle part

écume les étoiles
en arabesques sanguines
et tombe
au bout d’une vie
au creux d’une main
qui ne t’attendait pas


-2-


que ne suis-je arraché
à l’autre moi-même
otage indélivrable de ce qui est


***** *****


Exil


-1-


de mon pays
se dégage un parfum
qui t’appelle par ton prénom
dès que tu as le dos tourné


ton cœur s’emballe
comme à la première étreinte


-2-


revenu de si loin
si jamais
tu ne retrouves pas la route
qui mène chez nous
arrête-toi
et contemple les montagnes
que tu crois reconnaître


demande aux passants
pourquoi la fontaine s’est tarie
où vont ces chemins qui tombent
en virgules épuisées


si jamais
tu reviens d’aussi loin
où me portent mes audaces
nous marcherons ensemble
un jour peut-être
au bord des précipices


- 3 -


ma mémoire lunaire
a tissé des tapis volants


***** *****


Les bonnes réponses


ne t’en fais pas
je sais des halos quand la nuit est sans lune
je sais l’exil au cœur des salons feutrés
je sais l’enfant joyeux
farceur insouciant
qui pleure pourtant quand la brise se fait
tendre

dis-moi
toi qui parcours les steppes de pavés
à l’heure des couleurs pourpres
as-tu enfin trouvé la fosse commune
où pourrissent les cœurs


***** *****


Feu de joie


terre exsangue
meurtrie sans relâche
vas-tu enfin accoucher
de l’enfant que j’attends de toi