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Nous touchons le 31 décembre à Zanzibar, le 3 janvier 1895 à Mayotte. Le 5 janvier l'Iraouaddy double le cap d'Ambre et jette l'ancre dans la baie de Diego, en face de la ville d'Antsirane, chef-lieu de la colonie de Diego-Suarez. Antsirane ne paraît pas très florissante : située à l'extrême pointe de Madagascar, dans une région pauvre, à. peine peuplée, elle est trop éloignée des routes que suivent les convois pour aller des hauts plateaux à, la côte ; ses habitants, n'ayant pas confiance dans son avenir, n'osent pas engager leurs capitaux et ne font rien pour s'y fixer d'une façon définitive. Le voyageur est tout de suite renseigné sur cet état des esprits en parcourant les rues de la ville : presque toutes les constructions ont l'air d'être provisoires ; à part l'habitation du gouverneur, celle du chef du génie, le commissariat et les casernes, les maisons sont construites en planches ou en matériaux démontables, comme si leurs propriétaires s'attendaient à abandonner d'un moment à, l'autre la colonie.
La montagne d'Ambre est éloignée de Diego d'environ 35 kilomètres; la route qui relie ces deux points, et qu'on nous disait être praticable aux voitures est tout entière à faire; elle coûterait 300 000 francs, exigerait dix mois de travail et au moins 400 terrassiers, alors que nous devons être prêts en trois mois, et qu'il est impossible de recruter à vingt lieues à la ronde plus de 100 travailleurs.
A peine débarqués, nous recevons de M. l'administrateur principal François qui gouverne Nossi-Bé au nom de la France l'accueil le plus cordial. Il veut nous guider lui-même dans nos excursions et il vient nous chercher le lendemain matin dans sa propre baleinière pour nous conduire à Nossi-Comba, séparée de Hellville par un assez long bras de mer.
Nossi-Comba, dont le nom malgache signifie " l'île aux Makis ", est une petite île en forme de pain de sucre qui ne mesure pas plus de 20 kilomètres de tour; nulle part, sur les plages de sable fin qui l'environnent, on ne voit de palétuviers, ni de marais; son sol, de granit compact doublé d'une couche d'argile rouge, est presque partout recouvert d'épaisses forêts. Constamment balayée par les brises du large, elle offre un séjour très agréable et très salubre.
L'île est très habitée : de distance en distance nous distinguons des agglomérations de cases basses, perdues au milieu des arbres.
Devant ces cases, recouvertes de feuilles de ravenale, les femmes sont occupées à piler le riz et le maïs dans de grands mortiers de bois; quelques-unes ont sur le dos un petit enfant à la mamelle; il est fixé dans un des plis du vêtement et il suit sans protester tous les mouvements de la mère.
Les indigènes que nous rencontrons s'inclinent à demi devant nous en portant la main à leur front pour nous souhaiter la bienvenue; ils paraissent d'humeur fort douce. Ils adorent l'administrateur, qui les connaît presque tous et auquel ils font un accueil enthousiaste.
Pendant une halte je vois deux fillettes sakalaves fort occupées à un jeu très original qui m'a vivement intéressé; elles l'appellent katch, du nom d'une liane qui fournit les très jolies graines grises employées pour ce divertissement; pour jouer au katch, on se sert d'une petite planchette rectangulaire en bois de manguier, creusée de trente-deux godets; les graines rondes de la liane forment les jetons; la marche de ces jetons rappelle à la fois le jeu de dames et celui du jaquet.
Après quelques jours passés à Hellville à attendre l'arrivée du bateau que nous avons demande au commandant Bienaimé, chef de la division navale de l'océan Indien, pour nous conduire aux Comores, nous appareillons pour Anjouan, le 26 janvier, et le 27 du même mois nous jetons l'ancre en face de Moussamoudou, capitale de l'île. Vue du port, Anjouan est très jolie avec ses contreforts profondement ravinés qui s'élèvent en étages successifs jusqu'à un massif central couronné de forêts inexplorées. Au pied de ces gigantesques gradins, Moussamoudou baigne dans la mer ses blanches murailles crénelées, flanquées de tours.
Toute la journée du lendemain est consacrée à parcourir l'île et à faire visite au sultan Mohamed Selim. Anjouan, malgré sa rade foraine, très peu sûre pendant les mois d'été, nous a beaucoup séduit, à cause de son aspect riant et de ses sources abondantes; mais elle est bien loin du parcours habituel des courriers, la main-d'uvre y est rare et les ravitaillements n'y seraient pas très faciles. Aussi avons-nous hâte de rentrer à Nossi-Comba, que nous choisissons définitivement pour l'établissement du grand sanatorium projeté. Le port large et sûr de cette île permettra en tout temps le débarquement des malades; elle est en communication régulière avec Majunga, non seulement par le grand courrier de France, mais encore par un petit paquebot annexe des Messageries Maritimes.
A suivre
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