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C'était il y a des lustres mais le temps ne s'écoule pas aussi vite d'un point du globe à l'autre, retournons donc dans les lointains souvenirs.
Il est très tôt.
Alger s'éveille. Nous devons, par delà la canicule
et la foule exubérante, embarquer pour Orly. Il faut franchir
un mur humain plus solide que béton armé. Les femmes
et les gamins algériens tiennent à être aux
premiers rangs. C'est un grand jour de fête et personne
ne se résigne à en perdre un grain. Les policiers
à l'étroit dans leur uniforme s'essaient au calme.
Les femmes, en robes longues chatoyantes brodées font tinter
leurs bijoux en se trémoussant aux rythmes des darboukas
et des tambourins. Leurs pères, leurs maris, leurs frères
ou leurs connaissances habillés de gandouras immaculées,
guindés et silencieux, s'attroupent au cur de cette
foule hurlante et gesticulante. Les adieux aux proches font déjà
partis du passé. Ils s'avancent raides d'émotion
vers........... la Mecque.
Notre émotion n'est pas de même nature, nous nous
installons au fond de l'avion derrière tous ces hommes
en blanc pour la première étape vers Madagascar.
Dieu nous protège : pas de retard, pas de trou d'air, pas
d'imprévu.
Le dîner est au restaurant du Sofitel (Paris) abusivement
appelé italien, près de nous, deux canadiens vident
leurs assiettes de bon cur. Ils ont participé à
la construction du mémorial à la gloire des martyrs
de la révolution, fierté des gouvernants algériens
mais, les Algérois l'ont tout de suite baptisé "
la banane " (probablement à cause d'une perpétuelle
pénurie dont souffrent les marchés pour ce fruit
exotique). Ils déplacent leurs deux mètres avec
lenteur et maladresse, vêtus de lourd velours côtelé
et de drap plus rêche que bure. Ils nous expliquent avec
leur accent rocailleux proche de la caricature qu'ils veulent
s'encanailler au Quartier Latin avant de rejoindre leur Montréal
natal. Nous leur souhaitons bonne chance, convaincus qu'il est
bien difficile de s'encanailler dans ce quartier depuis plus d'un
quart de siècle.
Nous avons rendez-vous à
8 heures 15 avec la responsable du charter, les estomacs se relâchent
quant elle apparaît vers 9 heures 15, aucun sourire aux
lèvres mais les billets en mains. Il ne reste que peu de
temps pour visiter le " free-shop " pourtant il nous
faut provision de bouteilles et de pellicules. Embarquement pour
Moscou (pour faire court le charter passe par cette capitale!!!!).
S'il faut qualifier l'illiouchine qui nous transporte, un seul
mot : spartiate!!!!!. Les Hôtesses sont actives et fort
peu soucieuses de plaire. Nous débarquons un peu meurtris
à l'aéroport construit, nous annonce-t-on par des
français pour de certains jeux olympiques : c'est tristounet
comme un hangar désaffecté, par contre l'air est
doux. Les bouleaux ferment l'horizon. Leurs feuilles argentines
tressaillent aux rythmes cardiaques des Russes de retour au pays.
Le temps s'écoule lentement, déjà 6 heures
que nous sommes parqués dans ce triste hall, sans explication.
Le free shop offre à des prix exorbitants des laques, du
caviar, des porcelaines et autres fourrures pas très gracieuses.
Pour tromper son ennui un éditeur français (fier
de ses 40 esclaves-employés) nous tanne le cuir avec son
poujadisme exacerbé, son racisme primaire : impossible
de l'éloigner.
Pourtant
tout près de nous deux jeunettes de l'institut des sciences
naturelles nous passionnent bien davantage : elles partent, elles
aussi, pour Madagascar étudier les lémuriens; Pas
tous, uniquement les nocturnes. Et puis sans savoir pourquoi c'est
enfin l'embarquement...... pour encore de nombreuses escales.
Entre chacune d'elle un repas sans caractère. Simfertopol,
Le Caire, Nairobi, Eden. Autant de villes qui font rêver
mais qui nous restent inaccessibles. S'évader vers elles,
comme ce serait bon! Mais nous devons rester parqués dans
des salles de transit. Au cours des heures, l'avion s'imprègne
de tabac, de carburant, la chaleur y devient insupportable. À
l'escale, l'hôtesse m'autorise à rester dans l'avion
mais pas le moindre geste de compassion pour mon estomac en révolution
: ce n'est pas dans ses attributions. Encore un plateau-repas
et c'est Nairobi. L'avion s'est délesté de beaucoup
de ses occupants nous pouvons prendre nos aises et faire un bon
somme réparateur afin d'avoir le teint plus frais à
l'heure du débarquement.
Il est 15 h 30 et nous sommes
à Tananarive : affirme l'hôtesse qui ne sera pas
contredite.
Douane, police, bureau de santé tout glisse. Alain et Dominique
qui font le pied de grue derrière la grille s'en réjouissent.
Ouf! l'air est frais et tout parfumé! Nous sommes accueillis
par un adorable coton de Tuléar frétillant et pisseur,
chez les amis Dupuy absents : gardien, femme de ménage
et berger allemand nous accueillent eux, avec cérémonie
et réserve. À la Rotonde, on peut se restaurer sans
effort, le patron est un grand amateur de minéraux. Il
nous invite pour le lendemain. Le lit est une bien belle invention
!!!!!
Le Marché dissimule sous
des parasols blancs des trésors : les fruits inconnus,
les fleurs aux formes extravagantes, les minéraux semi
précieux, puis les jouets fabriqués avec les vieilles
boîtes de conserves, et plus loin les dentelles et broderies
proposées par des jeunettes souriantes au teint caramel.
Pas de bousculade, pas de cris, des sourires à profusion
et des chants tendres et nostalgiques s'échappent des petites
maisons qui bordent les rues étroites. Cela aurait pu suffire
pour rassasier nos mirettes encore un peu chavirées par
le décalage horaire, mais il y avait encore la collection
minérale de Grégoire. Il ne faut pas oublier le
rendez vous avec Rakatobé, le seul neurochirurgien de L'île.
La conversation commence avec un grand verre de Grenadelle (fruits
de la passion). Pauvre ami, pour exercer son métier il
lui faudrait du personnel qualifié, du matériel,
une administration moins pesante et plus attentive aux cruelles
nécessités de l'hôpital : Le cahier de doléance
est infini et l'Algérie nous parait soudain un vrai pays
de cocagne. (Dans ce monde d'aveugles, les borgnes sont rois !!!)
Le marché nous fait un
nouveau clin d'il mais..... même en francs CFA les
Quartz limpides et les belles émeraudes mettraient à
mal notre budget vacances. Au deuxième jour, voilà
qui ne serait pas raisonnable. Pour soulager un tout petit peu
notre frustration nous quittons l'imposant collège confessionnel
avec une belle planche de palissandre sculptée : en l'examinant
attentivement nous saurons tout sur la culture du riz !!!!!.
Les 170 kilomètres qui nous séparent
d'Antsirabé sont un long chemin de croix où l'excès
de vitesse atteint tout juste les 40 KMH. IL faut bien 3 conducteurs
pour en venir à bout. Les autres tentent de profiter du
paysage bien arrimés à tous les montants de la Land
qui gémit, grogne, crache, bouscule son monde sans ménagement.
Les Zébus piétinent depuis l'aube dans la terre
noire des rizières pour les préparer aux futures
plantations. Au milieu du vert tendre des champs, l'ocre rouge
des maisons hautes et étroites évoque les tours
de gué. A ras du sol les fours à briques et, disséminés,
les tombeaux. Les vivants habitent dans du pisé branlant,
les morts dans des constructions plus soignées (évidement
ils sont installés pour plus longtemps !).
Nous sommes des touristes et donc nous visitons
la ville en pousse-pousse, l'air est doux et parfumé. Nous
découvrons un marchand de cailloux nobles qui ne les montrera
que demain. L'hôtel " le Diamant " qui nous héberge
est dit de classe internationale : il nous offre à chacun
une douche chaude, nous ne serons pas plus exigeants. Le Night-club
est fermé pour cause d'élection. La T.V. harangue
en Français et en Malgache les clients silencieux et impassibles.
Si Tananarive faisaient voler quelques banderoles dans les rues
les plus animées, éloignée de 170 KM Antsirabé
ignore ce remue ménage. Par petits groupes des femmes indiennes
vêtues de saris au couleurs tendres, embijoutées
de partout, déambulent impériales. Elles disparaissent
au détour d'une rue, abandonnant un parfum lourd et capiteux
qui fait oublier pendant quelques secondes la misère ambiante.
Avant tout chose Antsirabé
rejoint les lieux de cultes sous l'impérative pression
des cloches très matinales. Le devoir électoral
ne semble pas impératif. Seuls, les pousse pousses animent
les artères de cette ville d'eau qui a connu des jours
plus glorieux. Les languissantes dames dissimulées sous
les grandes capelines blanches ne descendent plus du train pour
rejoindre l'hôtel des Thermes, 500 mètres plus loin,
protégées des ardeurs solaires par leur ombrelle
de dentelle. L'allée majestueusement ombrée ne les
espère plus, l'hôtel essaie de maintenir une élégance
de vieux beau, malgré sa pelouse roussie. Les thermes ont
baissé rideaux depuis longtemps. Il est possible de fouiller
chez quelques marchands de minéraux. Longue ballade en
brousse. Nous faisons pique-nique prés d'un tombeau en
construction. Le sculpteur s'attaque à l'intérieur
à un gros pilier en grès tandis que les maçons
s'échinent à mettre en place une grosse dalle de
grès en guise de toit. La dalle qui servira de porte est
déjà marquée d'une croix monumentale. Voilà
une construction prévue pour la vie éternelle!!
Plus tard nous assisterons, un
peu tristounets, à notre premier feu de brousse, les arbres
craquent et s'effondrent : les agriculteurs profiteront de l'aubaine
quelques années puis seront poussés à désertifier
un peu plus loin. Sombre avenir. Aujourd'hui les rizières
égayent les cours d'eau et les zébus pataugent sans
état âme. Au long de la piste infernale, quelques
maisons en torchis se groupent en villages bien démunis
: pas d'électricité, pas d'école, pas le
moindre centre de santé, pas même de commerce. Notre
arrivée surprend sans plus, on s'essaie tant bien que mal
à répondre à nos questions en souriant. Nous
offrons notre première savonnette à celui qui nous
propose des minéraux sans grand intérêt :
sa femme ravie pense que la journée est bénéfique
!!! Brusquement nous voilà obligés de rebrousser
chemin, sans crier gare, la piste s'arrête. Pendant le dîner
pris à l'hôtel, le serveur nous informe que demain,
il sera en congé, donc si nous avons comme il le pense
l'intention de lui faire un petit cadeau, il faut le faire ce
soir : nous nous exécutons de bonne grâce.
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