L. d'Agostino, "Templiers et Hospitaliers en Auvergne au Moyen Age".

 

II.4- Temple de La Marche (F-03)

La maison de La Marche, située sur la commune de Charroux, appartenait à l’ordre du Temple. Elle est mentionnée pour la première fois le 4 février 1204 à l’occasion du passage de l’archevêque de Bourges à la Marche. A cette date, les templiers de La Marche, dont la commanderie est située dans les limites du diocèse de Clermont, refusent de lui accorder le droit de gîte et de procuration. L’affaire est portée devant le pape Innocent III († 1216) qui cite les templiers de La Marche à comparaître devant les cardinaux qui l’accompagnent. Les templiers étaient donc déjà installés à La Marche au début du XIIIème siècle. En l’absence de documents antérieurs, nous ne pouvons avancer de date plus précise en ce qui concerne la fondation de cette commanderie.

La commanderie de La Marche occupe une position frontalière aux confins de l’Auvergne et du Berry, des diocèses de Bourges et de Clermont, de la langue d’oc et de la langue d’oïl à laquelle elle doit son nom. Le toponyme Marchia signifie en effet " frontière ", " limite ", " district frontière ".

Le premier précepteur de La Marche que nous connaissions est un dénommé Guillaume, frater et preceptor domus milicie Templi de Marchia, mentionné à l’occasion d’un échange passé avec le prieur de Chantelle, Emery (Hemenricus), en septembre 1251. Celui-ci, en échange de la quatrième gerbe perçue par Guillaume sur la dîme du couvent de Chantelle, lui remet le droit de prélever onze quartes de froment de cens aux lieux de Taysac et Sare, et sur certains champs. Ce texte nous apprend en outre que la commanderie possédait un jardin. Parmi ses dépendances, on trouve également l’église Saint-Jean-Baptiste de Charroux, que Simon de Beaulieu, archevêque de Bourges, visite en 1287, et dont le précepteur de La Marche est le patron collateur. Cette église doit probablement son vocable aux hospitaliers auxquels elle échut après le procès du Temple ; elle peut avoir été dédiée à un autre saint au moment de sa construction que l’on doit peut-être aux templiers. Enfin, les visites de 1615 citent un bâtiment situé dans Charroux et appelé " la maison du Temple " qui appartenait probablement à la préceptorie de La Marche.

Les templiers ont en outre été dotés de droits seigneuriaux sur des bois. Le 10 août 1279, Francon de Bort, précepteur de la milice du Temple en Auvergne, reconnaît que Robert, comte d’Artois, et Agnès, dame de Bourbon, sa femme, ont accordé aux maisons de La Marche (de Marchia) et de Montignac (Montignat, commune de Servant – 63) le droit d’usage du bois de chauffage et de construction, et de pacage des porcs dans la forêt de Poguere ou Paguers. Cette forêt a aujourd’hui disparu. Robert et Agnès reconnaissent par le même acte que, en vertu du droit de mainmorte accordé aux religieux du Temple, ils ont amorti la moitié de la forêt de Magnet, acquise par les templiers. Ils se réservent cependant le droit de haute justice sur les hommes du Temple qui demeurent dans les villages de Magnet et de Richemont, situés près de Montluçon (03).

Au XVIIème siècle, la commanderie hospitalière du Mayet-d’Ecole (03), dont dépend alors La Marche, possède la grange de Queillat [Cueillat] appelée du Temple. Cette grange était située dans la commune d’Etroussat. Elle revint aux hospitaliers après le procès des templiers, et, avant cette date, appartenait probablement à la commanderie de La Marche toute proche.

Plan de la commanderie de La Marche, R. D'AZEMAR, La Rive gauche de la Sioule de Charroux à Saint-Pourçain, Société d'Histoire et d'Archéologie de Vichy et de ses Environs, 1994.

Vestiges sur le terrain :

Le lieu-dit La Marche sur la commune de Charroux présente encore de nombreux vestiges de l’ancienne commanderie de La Marche : les logis, comprenant notamment la salle capitulaire, sont encore en élévation, ainsi que le massif occidental de la chapelle. Une galerie couverte donnant sur la cour et reposant sur des arcades est encore visible. Un plan fut dressé par R. d’Azémar, mais il comporte quelques extrapolations, notamment en ce qui concerne le chevet de la chapelle.

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