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mars 2003, 1er dimanche de Carême, 1 Samuel 24
Chers
frères et sœurs,
Vous avez sans doute déjà vu ces images à la télévision, lorsque
l'armée d'Israël vient de tuer des activistes palestiniens, lors des funérailles,
leurs corps sont portés par la foule qui crie vengeance. Et la foule le dit,
les juifs vont nous payer cela très cher. Mais, fait intéressant, jamais le
gouvernement israélien tant décrié n'a dit que les actes de l'armée d'Israël
étaient une vengeance, il parle c'est vrai de
représailles, mais en disant que le but n'est pas la vengeance, mais
d'enrayer le terrorisme. A ma connaissance, jamais les soldats de Tsahal, l'armée
d'Israël, n'ont tiré sur des civils ou pris des civils comme cible sans qu'ils
ne se sentaient menacés. Je n'approuve pas toute la politique d'Israël, mais
c'est intéressant de voir que la vengeance n'est pas indiquée comme raison
pour justifier certaines actions. En principe, nous sommes je pense tous contre
la vengeance, nous le savons, mais dans la pratique, est-ce qu'elle ne nous
rattrape pas parfois ? Lorsque nous sommes mécontents d'une parole ou d'un acte
de quelqu'un, bien sûr, nous ne tuons pas la personne, mais peut-être que nous
sommes un peu moins attentionnés, notre attitude change un tout petit peu. On
rend même encore un service à la personne impliquée, mais en traînant un peu
les pieds, ou en faisant la moue, ou en étant moins souriant que d'habitude, ou
que sais-je ? En tous cas moi, je suis encore pris par de telles réactions. On
pourrait dire la vengeance à petite dose. Mais c'est quand même la vengeance.
En fonction du geste ou de la parole de l'autre, je change mon attitude, mes
gestes, mes paroles. Je ne me venge peut-être pas carrément, mais je rends un
peu moins de bien que d'habitude. Vous ne connaissez pas cela ? Tant mieux pour
vous, et tant pis pour moi. Et priez pour moi.
David, dont j'ai parlé les deux derniers dimanches, a été confronté à ce problème, vengeance ou pas, rendre le bien ou le mal pour le mal dans son face à face avec Saül. Saül il a des problèmes, il veut bien avoir les privilèges d'un roi, mais il n'est pas prêt à assumer tout l'engagement demandé au niveau spirituel, et obéir à Dieu dans cette fonction dans tous les domaines. Cela cause toujours des problèmes, lorsque nous ne faisons pas la volonté de Dieu dans un domaine, si petit et insignifiant soit-il, même si par ailleurs nous faisons beaucoup pour lui. Et le texte nous dit que l'Esprit de Dieu s'est retiré de Saül. L'Esprit de Dieu est un Esprit puissant, qui nous conduit dans toute la vérité, qui nous inspire et nous encourage, mais cet Esprit ne s'impose jamais dans une vie, comme Dieu ne s'impose jamais dans une vie. Dieu agit, c'est vrai, il accomplit son plan, malgré l'opposition des gens, mais dans la vie des personnes, il ne s'impose pas. Il frappe, mais ne force pas la porte, il est poli. Il désire entrer, mais ne force jamais la porte. L'Esprit de Dieu s'est donc retiré de Saül, et non seulement cela, cela on le comprend encore facilement, mais il est dit que Saül fut agité par un mauvais esprit venant de Dieu, ou envoyé par Dieu. Cela nous étonne je pense, que Dieu envoie un mauvais esprit. Comme cela nous étonne dans les Romains, où il est dit que Dieu a livré des gens à l'impureté et à des passions infâmes (Romains 1/24ss). Un texte difficile, Dieu qui envoie un mauvais esprit, est-ce que le "bon" Dieu est vraiment bon ? Il fait oindre Saül par Samuel, l'Esprit de Dieu le saisit, et plus tard, il se retire de lui, et Dieu lui envoie un mauvais esprit. Dieu est amour, c'est vrai, mais Dieu est aussi juste, et ce n'est pas toujours facile de faire le lien entre l'amour et la justice de Dieu, la grâce et le jugement. Samuel avait dit à Saül: "Voici, l'obéissance vaut mieux que les sacrifices, et l'observation de sa parole vaut mieux que la graisse des béliers" (1 Samuel 15/22). Et Jésus avait dit: "Ceux qui me disent: Seigneur, Seigneur! n'entreront pas tous dans le royaume des cieux, mais celui-là seul qui fait la volonté de mon Père qui est dans les cieux" (Matthieu 7/21). Saül est tourmenté, mais au lieu de reconnaître que c'est lui qui a abandonné les voies de Dieu, au lieu de dire à Dieu, j'ai péché contre toi, et de retrouver la paix avec Dieu, il cherche une solution humaine, quelqu'un pour jouer de la harpe. Et ce qui apparaît comme un acte arbitraire de Dieu, presque comme une vengeance de sa part, devient un acte d'amour de Dieu. Une fois de plus, pourrait-on dire. Car si l'esprit de Dieu se retire de Saül, s'il reçoit même un mauvais esprit, s'il est tourmenté, il reçoit encore le Saint-Esprit, pas directement, mais dans la personne de David, qui chante et joue de la harpe inspiré par l'Esprit de Dieu. Et cela calme Saül, lui fait du bien, Saül ressent cela au travers David. Comme si Dieu voulait encore une fois parler à Saül, Dieu permet l'épreuve pour Saül, Saül est frappé par l'épreuve, mais en même temps l'Esprit de Dieu frappe à sa porte au travers de David et lui offre le salut. Comme si Dieu tendait les mains à Saül pour lui dire, tu as choisi ta propre voie, mais je viens encore une fois au travers de ce jeune homme, je ne peux pas venir plus près, je respecte ton choix, mais tu encore te décider autrement, Dieu lui fait goûter comment c'était avant, lorsque l'Esprit de Dieu était sur lui, pour lui dire, je mets devant toi la bénédiction et la malédiction, choisis la bénédiction. C'est ce que Dieu avait dit au peuple d'Israël au travers de Moïse avant d'entrer dans le pays promis: Vois, je mets aujourd'hui devant toi la vie et le bien, la mort et le mal. Car je te prescris aujourd'hui d'aimer l'Éternel, ton Dieu, de marcher dans ses voies, et d'observer ses commandements, ses lois et ses ordonnances, afin que tu vives et que tu multiplies, et que l'Éternel, ton Dieu, te bénisse dans le pays dont tu vas entrer en possession. Mais si ton coeur se détourne, si tu n'obéis point, et si tu te laisses entraîner à te prosterner devant d'autres dieux et à les servir, je vous déclare aujourd'hui que vous périrez, que vous ne prolongerez point vos jours dans le pays dont vous allez prendre possession, après avoir passé le Jourdain. J'en prends aujourd'hui à témoin contre vous le ciel et la terre: j'ai mis devant toi la vie et la mort, la bénédiction et la malédiction. Choisis la vie, afin que tu vives, toi et ta postérité, pour aimer l'Éternel, ton Dieu, pour obéir à sa voix, et pour t'attacher à lui: car de cela dépendent ta vie et la prolongation de tes jours, et c'est ainsi que tu pourras demeurer dans le pays que l'Éternel a juré de donner à tes pères, Abraham, Isaac et Jacob (Deut. 30/15-20). Saül est tourmenté, c'est vrai, mais c'est Dieu qui veut lui parler, lui ouvrir les yeux, lui faire voir le salut. Mais Saül n'écoutera pas cette voix là, voix de l'amour de Dieu qui continue de frapper à sa porte. Il restera autonome, et lors d'une bataille, ne voyant plus d'issue, il se prendra la vie. Dieu aussi frappe à notre porte, et si nous lui ouvrons, il ne prolongera nos jours pas un petit peu, mais pour toujours dans le ciel. Il met devant nous la bénédiction et la malédiction, et il espère que nous choisissions la vie, mais il ne nous force pas. Saül fait venir David à la cour pour le calmer, lui faire du bien. Mais bientôt les relations deviendront difficiles entre les deux, Saül devient jaloux, parce que David est plus aimé du peuple que lui, et il semble avoir plus de succès. Lorsque David vient de tuer Goliath, les femmes chantent: Saül a frappé ses mille, et David ses dix mille (1 Samuel 18/7). Et le texte dit que Saül regarda David d'un mauvais oeil, à partir de ce jour et par la suite, il essaie même frapper David avec sa lance lorsque celui-ci joue, mais David peut s'écarter. Saül craignait la présence de David, parce que l'Éternel était avec David et s'était retiré de lui. Au lieu d'écouter cette voix, il éloigne David. Il ne veut plus entendre cette voix qui lui parle, il rejette l'offre de Dieu. Et les relations s'enveniment, bientôt David devra se cacher, comme Ben-Laden devant les américains, Davis se cache dans le désert, dans des grottes, pendant 3 mois. Et un jour, alors qu'il est avec ses hommes au fond d'une grotte, le roi Saül entre dans la grotte pour se couvrir les pieds dit la traduction Segond, cela on ne le comprend pas tellement, pour satisfaire un besoin naturel traduisent d'autres versions, c'est assez logique, même un roi est soumis à cela. Le roi donc est dans une position doublement délicate par rapport à David, et ses gens lui soufflent à l'oreille, voici l'occasion, car Saül n'a sans doute pas tellement de gardes du corps pour scruter les alentours, ils attendent dehors, mais dans la grotte on ne soupçonne personne, sinon il ne serait pas allé là, c'est évident. Les gens pensent que c'est Dieu qui a choisi ce jour pour que David, que Samuel avait déjà oint roi, tue Saül qui a essayé de le tuer plusieurs fois. C'est de la légitime défense, s'il ne tue pas, il sera peut-être tué quelques minutes plus tard s'il est découvert. C'est le moment où jamais, les gens pensent même que c'est une occasion préparée par Dieu. Que fait David, il s'avance, il prend son épée, et il coupe un bout du manteau de Saül. Et alors, le texte dit que son cœur lui bat, parce qu'il a coupé un morceau du manteau, une autre traduction dit que son cœur le reprend. Le cœur bat de toute façon, s'il est dit cela, je pense que c'est sa conscience qui se réveille, que c'est l'Esprit de Dieu qui lui parle, son cœur le reprend, parce qu'il a coupé un bout du manteau. Nous pourrions dire, mais ce n'est rien, couper un bout du manteau du roi Saül, David aurait pu le tuer. Alors couper un morceau d'étoffe du manteau, qu'est-ce que cela peut bien représenter de mal ? David a compris, ce n'est pas bien, il a outrepassé une frontière, il a coupé symboliquement le pouvoir de Saül, que Dieu avait fait oindre comme roi. Et David est effrayé à juste titre. Déjà une fois, un manteau a été déchiré, lorsque Samuel avait dit à Saül: "Puisque tu as rejeté la parole de l'Éternel, il te rejette aussi comme roi" (1 Samuel 15/26). Lorsque Samuel se tourna pour s'en aller, Saül le saisit par le pan de son manteau, qui se déchira, alors Samuel lui dit: "L'Éternel déchire aujourd'hui de dessus toi la royauté d'Israël, et il la donne à un autre, qui est meilleur que toi". Saül veut faire venir la bénédiction de Dieu avec sa propre force, mais le résultat, il perd la force et la bénédiction de Dieu. Et Saül perd tout. Il brise un tabou. David lui se rend compte qu'il brise un tabou, un interdit. Même si Dieu l'avait choisi comme successeur, ce n'est pas à lui de fixer le temps, de saisir une partie de l'autorité de Saül. David reconnaît sa faute, son péché. Il aurait pu calmer ou amadouer sa conscience, un petit bout d'étoffe. Mais il sait que devant Dieu il n'y a pas de petit ou de grand péché. Il reconnaît. Nous sommes parfois tentés de couper un tout petit morceau de manteau, tout le monde triche à l'école, ce n'est pas si grave, tout le monde falsifie un tout petit peu sa déclaration d'impôt, tout le monde est un peu rebelle envers l'autorité, ses parents, ses enfants, fait ceci ou cela, ce n'est qu'un bout d'étoffe, ce n'est pas si grave. On presse David de continuer, non seulement couper le manteau, mais tuer Saül. Mais David ne le fait pas, il ne se venge pas, ou plutôt il ne continue pas à se venger, parce le bout d'étoffe est une petite vengeance, vengeance à petite dose. Mais pour David, c'est déjà trop, il comprend qu'il a mal fait, son cœur bat, le reprend. Attention, et il comprend, il s'arrête, laisse à Dieu le moment où il remplacera Saül. Il ne veut pas faire la même erreur que Saül, s'approprier la royauté par la force. Saül avait fait du mal à David, mais David coupe ce cercle du mal. En reconnaissant sa faute et en arrêtant de rendre le mal pour le mal, il casse et coupe la spirale du péché, de la blessure, des désirs de vengeance. Lorsqu'on veut contrer un mal par un autre mal, le mal empire, tire ses cercles. Il paraît que le père de Adolf Hitler était alcoolique, et le maltraitait, et Adolf Hitler s'était juré de se venger. Quel désastre. Il y a tant de façons de se venger, on peut se venger en ne parlant plus à une personne, en ayant un comportement ou un aspect provocateur, en dépassant des interdits, en méprisant l'autre, l'ignorant, etc. Souvent je me venge lorsque je me sens blessé, ou que ma valeur et tout mon être semble être remis en question, lorsque je pense que je n'existe pas pour l'autre, ou que je ne vaux pas grand chose, je pense que je dois défendre mon droit en me vengeant. Comme Saül, qui a voulu prendre ce qu'il estimait son droit et retenir Samuel par le manteau, qui s'est déchiré. David a gagné cette bataille là, bataille dans son cœur. Il est choisi par Dieu pour succéder à Saül, mais il ne doit pas le prouver lui-même, voire accélérer la chose. Il aurait pu se dire, voilà l'occasion pour prouver que c'est vraiment Dieu qui m'a choisi. Non, il écoute son cœur, il agit par amour au milieu de l'adversité, et il fait la volonté de Dieu. Il sait attendre et remettre ces choses à Dieu en ce moment. Jésus est appelé fils de David, il l'est, mais non seulement par sa descendance, mais aussi parce que Jésus a accompli d'une manière parfaite ce que David a pu faire ici et là avec l'aide de Dieu. Jésus sera tenté dans le désert, si tu es vraiment le fils de Dieu, montre-le. Fais du pain, saute. Jésus n'a comme David pas agi par lui-même, mais en accord avec Dieu. Nous sommes le premier dimanche de Carême, encore sur la croix, il sera tenté, "S'il est roi d'Israël, qu'il descende de la croix, et nous croirons en lui" (Matthieu 27/42). Jésus subit tout le mal possible et imaginaire, mais il ne se venge pas en appelant les anges à la rescousse pour se venger du mal qu'il subit. Il cassera définitivement la spirale du péché et de la vengeance, il pardonnera à ceux qui le font clouer sur la croix. David en agissant ainsi fait la volonté de Dieu, et en faisant la volonté de Dieu, il parle à Saül, qui en voyant ce qui s'est passé, pleure, et demande à Dieu de récompenser David. Encore une fois, Dieu a parlé à Saül par David, Saül semble presque se retourner vers Dieu, mais cela ne sera malheureusement qu'un feu de paille. David a su attendre l'heure de Dieu dans un esprit de pardon, Jésus a su attendre l'heure de son Père dans un esprit de pardon, et nous sommes invités à attendre l'heure de Dieu dans un esprit de pardon. Nous pouvons apprendre, parce que Dieu nous donne la force, apprendre que Dieu est plus fort que notre situation, que ses promesses s'accompliront même si nous ne le voyons pas encore toutes accomplies, apprendre que Dieu ne fait pas de fautes. En pardonnant à ceux qui nous font du mal, nous serons peut-être des témoins pour leur montrer la voie du salut. Un proverbe dit la vengeance est un plat qui se mange froid. La bible elle dit autre chose, la vengeance peut être vaincue dans nos cœurs par l'amour du Christ. Amen.