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août 2003, 22e dimanche ordinaire, communautaire, baptême, Exode
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Chers
frères et sœurs, chers parents et amis de César Lovis,
Si on vous demandait de dire qui est Dieu, ou quel est son nom, que
diriez-vous ? Ce n'est pas si facile de répondre à cette question. On peut
peut-être demander à Gaël, qui est Dieu, ou quel est son nom ? Tu sais ? Tu
as raison, ce n'est pas si facile. Comment est Dieu, qui est-il, comment
s'appelle-t-il ? On peut essayer de trouver des explications, se faire une idée,
une théorie, mais comment savoir qu'elle est juste ? Moïse, lui, il est malin,
lorsque Dieu l'appelle pour délivrer son peuple, il pense bien qu'on lui
demandera, mais qui t'envoie, qui est-il, comment s'appelle-t-il ? Alors que
fait-il, il demande à Dieu, tout simplement, "s'ils me demandent quel est
son nom, que leur répondrai-je ?". Quel est ton nom, autrement dit, qui
es-tu, puisque le nom représente à l'époque bien plus qu'un attribut.
Pratiquement tous les noms de l'ancien testament ont une signification liée à
l'histoire de la personne qui le porte. Je crois que l'origine de César n'est
pas très précise, j'ai lu que cela peut signifier avoir les cheveux longs ou
ébouriffés, de caesariatus, ou alors couper, cassure, de cesare, d'où le nom
de césarienne, couper pour sortir l'enfant du ventre de sa mère. Une de mes
filles m'a dit hier soir que les historiens ne sont pas sûrs, soit on a donné
le nom de César parce qu'il est venu au monde par césarienne, ou alors le nom
existait déjà, et on a appelé cette façon de naître césarienne, à cause
de César. Je ne le sais, ce que je sais, que pour le César qui se trouve parmi
nous, on a coupé quelque chose à sa naissance, le cordon ombilical. En tous
cas le cordon physique, l'autre, cela viendra plus tard, bien assez tôt,
lorsque l'enfant se forge son identité et cherche une autre relation avec ses
parents. Je crois que pour César, pour Gaël non plus, ce n'est heureusement
pas encore le moment, ils aiment se retrouver dans les bras de leurs parents, et
c'est bien. Moïse pose donc la question à Dieu lui-même, la meilleure chose
à faire. Lorsqu'on ne sait pas qui est Dieu, comment il est, lui poser la
question à lui directement, au lieu de se faire une image de Dieu qui ne
correspond pas à la réalité. Mais je reviendrai plus tard au nom de Dieu, et
je continue par ce qui arrive avant, cette rencontre entre Dieu et Moïse dans
le buisson ardent, parce que dans cette rencontre, on trouve déjà des
indications sur qui est Dieu.
La première chose, c'est qu'il y a
rencontre. Le Dieu de la bible, le Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, il veut
rencontrer l'être humain, faire une rencontre avec lui. Déjà au jardin
d'Eden, après la chute, Dieu a cherché Adam et Eve, où es-tu ? Ils avaient désobéi
à Dieu, ils avaient honte, mais Dieu a continué à les chercher, leur parler.
Dieu est un Dieu que l'on peut rencontrer. Et le moment et le lieu de la
rencontre ne sont pas innocents.
Moïse est en fuite, il fuit Pharaon, car il avait tué un Egyptien. Il avait voulu aider son peuple, mais il s'était mal pris, sans avoir demandé à Dieu de lui indiquer la façon. Son motif était honorable, aider son peuple, qui souffrait de l'esclavage, mais il avait agi de son propre chef, en employant les mauvais moyens, tuer sans donner auparavant la possibilité à l'Egyptien d'échapper à la mort. Et même les hébreux ne veulent pas de Moïse comme chef et juge. Ils ne le lui font pas confiance, et on les comprend. Un homme impulsif, qui agit sous la colère, sans mesurer ses actes ni les conséquences. Lorsque le lendemain il veut arrêter la querelle de deux hébreux, qui connaissent son crime, il a peur, et fuit dans le désert. Cela ressemble étrangement à un échec. Ses limites sont mises à nu, et maintenant il se trouve à nu dans le désert. Il a voulu bien faire, mais s'est cassé les dents sur son caractère. Cela nous rappelle peut-être quelque chose. On veut bien faire, mais le résultat est le contraire de ce que nous espérions. Dieu le conduit non seulement dans le désert physique, mais aussi le désert spirituel. Mais c'est là qu'il rencontrera Dieu d'une façon déterminante. Lorsque je suis conscient des mes limites, mes imperfections, mes manquements, mes péchés, je peux rencontrer le Dieu saint qui veut me pardonner mes péchés. Pour Moïse, sa situation fait que le moment est favorable. Toutes ses motivations, des bonnes intentions, des possibilités sont comme parties, évanouies. Il ne reste plus rien, comme un désert. Dieu l'a conduit dans ce désert pour le rencontrer. Moïse est obligé de calmer son ardeur, il doit garder des troupeaux, alors qu'il s'imaginait être à la tête d'une révolte, d'une libération. Cela viendra, mais au temps et avec les moyens fixés par Dieu et plus les moyens humains de Moïse. Parfois Dieu nous conduit comme dans un désert, pour nous rencontrer d'une façon déterminante, qui changera notre vie, mais nous ne le comprenons pas, et rouspétons contre Dieu, au lieu de capituler devant lui et lui demander ce qu'il attend de nous. Dans le désert, le protocole, les apparences, les masques ne comptent plus. L'homme est seul envers lui-même et Dieu. La réflexion remplace l'action, les pensées les impulsions, le silence permet d'écouter la voix intérieure, celle du cœur, mais aussi la voix de Dieu. Pas de baladeur, de radio, de TV, de musique, de bruits de fond. Loin des bruits de la ville et des villages. Moïse est seul, seul à seul avec Dieu, son créateur. Il peut se fixer sur l'essentiel. Jésus dira d'ailleurs aussi "quand tu pries, entre dans ta chambre, ferme ta porte, et prie ton Père qui est là dans le lieu secret; et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra" (Matt. 6/6). Jésus se retirait aussi le matin dans un lieu désert pour prier. Moïse va donc dans le désert, ou plutôt même au delà, derrière le désert. Il passe par le dépouillement, abandonne le superflu, il vient à la montagne de Dieu, le Horeb, ou le Mont Sinaï. Et si on prend en hébreu les consonnes qui forment Horeb, on trouve le nom épée. Moïse était en fuite devant le Pharaon, il s'était sauvé de sa tâche et de sa mission, mais maintenant il rencontre Dieu sur la montagne de l'épée. Et avec Dieu il pourra faire face à l'adversité. Sur cette montagne il recevra la loi de Dieu, les dix commandements, partie essentielle de la bible, la parole de Dieu, qui est plus tranchante qu'une épée à deux tranchants. Les commentateurs juifs donnent encore une autre explication intéressante de cette montagne de Dieu, signifiant Horeb, où il recevra la loi de Dieu. La loi indique ce qui est bien, ce que nous devons faire. Or cette loi est en guerre perpétuelle avec la nature pulsionnelle de l'homme, d'où épée, combat, combat entre le bien, que nous aimerions faire, et le mal que nous ne voudrions pas faire, comme le dira l'apôtre Paul. La solution sera apportée par celui qui a accompli la loi, Jésus, en nous offrant le pardon et la nouvelle naissance. C'est donc la rencontre, Moïse se détourne pour voir la vision, le terme hébreu employé signifie une dérive par rapport à une orientation sûre. Lorsque nous rencontrons Dieu, nous devons abandonner certains schémas, certaines idées que nous avons de lui et de la foi, lâcher certaines assurances ou certitudes que nous avons, pour les remplacer par celles de Dieu. Dieu est parfois différent de nos conceptions, même théologiques.
Il y a donc un buisson qui ne se consume pas. Le buisson en lui-même n'a rien de particulier, c'est un buisson comme il y a en des millions dans le désert. Cette rencontre commence donc dans le quotidien de Moïse, on ne rencontre pas Dieu seulement le dimanche matin de 9.45-10.53. Heureusement. Dieu se laisse rencontrer au détour de nos vies, de nos déserts parfois. Mais ce qu'il y a de particulier, ce que le buisson ne se consume pas. Cela pour montrer à Moïse que les forces de la nature, ici le feu, ne peut rien contre la matière aussi longtemps que Dieu ne le permet pas. De même les forces de la destruction ne peuvent rien contre un peuple d'esclaves apparemment voué à l'anéantissement aussi longtemps que Dieu veille sur lui. Dieu montre cela à Moïse avant de lui demander de libérer son peuple, pour lui montrer que rien n'est impossible à Dieu. Moïse veut s'approcher, mais Dieu lui dit que le lieu sur lequel il se trouve est un lieu saint, et qu'il doit enlever ses souliers. Ce lieu est saint parce que Dieu s'y trouve. Les souliers portent la saleté, la poussière, par respect, Moïse doit les enlever. Plus tard les musulmans copieront cela en demandant à leurs fidèles d'enlever les chaussures en allant à la mosquée. Cela montre aussi que l'on ne peut pas se cacher devant la sainteté de Dieu, on est comme nu, on ne peut pas se protéger des cailloux, des aspérités de la vie. Dieu nous rencontre, mais dans la rencontre il est saint et reste saint. Lorsqu'on rencontre des personnes, on change, on apprend des choses d'eux. Lorsqu'on se marie, on change aussi, le papa et la maman de César et Gaël ont je pense aussi déjà changé, en vivant avec un conjoint, on change, qu'on le veuille ou non. Le problème, et je parle par expérience, c'est lorsqu'on veut changer l'autre, au lieu de soi-même d'abord se laisser changer par l'autre et par Dieu. On change, on n'est plus le ou la même après des rencontres, des bouts de vie commune. Le problème avec Dieu, c'est que Dieu étant saint et bon, il ne change pas, et ne veut pas changer, il ne peut pas devenir meilleur. Dans nos rencontres avec lui, la seule personne qui change, c'est nous. Et parfois nous nous opposons à ces changements, aimerions que Dieu change. Mais Dieu est saint, il ne change pas, il désire nous pardonner, nous transformer à son image, nous sanctifier. Alors c'est un processus qui peut nous faire peur, en général on a un peu peur de ces changements. Mais il n'y a pas de raison d'avoir peur, car Dieu est bon. Et dans le texte, on voit un autre élément de Dieu. Non seulement il est saint, et désire nous rencontrer, mais il est dit que Dieu a vu la misère de son peuple. Dieu voit nos petites et grandes misères, et cela ne laisse pas indifférent, il veut nous en délivrer. Je suis descendu pour vous délivrer de la main des Egyptiens dit Dieu à Moïse. Nous n'avons pas les mêmes Egyptiens que le peuple hébreu à l'époque, mais d'autres choses ou puissances qui nous tiennent esclaves. Le péché, le mal en nous, cette impossibilité à faire le bien sans faire aussi du mal. Dieu veut nous en délivrer, mais pour cela nous devons être d'accords de le rencontrer, et de le laisser nous changer suite à cette rencontre.
Moïse a peur devant la tâche qui l'attend. Mais Dieu le rassure, je serai avec toi. Et il lui donne même un signe: et ceci sera pour toi le signe que c'est moi qui t'envoie: quand tu auras fait sortir d'Egypte le peuple, vous servirez Dieu sur cette montagne. Le signe de la rencontre avec Dieu, c'est le servir, au lieu de se servir de lui, de Dieu, pour des ambitions personnelles, de l'argent ou le pouvoir. Le signe de la rencontre, c'est servir ce Dieu saint et bon, c'est-à-dire l'aimer de tout son cœur, et aimer son prochain comme soi-même. Et ensuite Dieu lui dit qui il est, lui dévoile son nom: Je suis celui qui suit. Autrement dit celui qui est, qui existe, le seul Dieu de l'univers. Mais non seulement cela, le temps du verbe hébreu peut aussi de traduire au futur, je serai celui qui serai, autrement dit Dieu montrera qui il est dans ce qu'il fera. Il montrera que c'est le Dieu libérateur, puisqu'il libérera les hébreux de l'esclavage en Egypte. Voilà le nom de Dieu, Jahwe, sans doute avec comme origine le verbe être en hébreu, jajah. Et Dieu se montrera finalement qui il est en Jésus-Christ, qui nous a aimés jusqu'à la mort sur la croix. Dieu est celui qui libère, et qui nous accompagne, qui nous libère du péché en nous, et fait de nous des enfants de Dieu, nous rend saints, c'est-à-dire qui appartiennent à Dieu. Etre saint, ce n'est pas d'abord être parfait, c'est appartenir à Dieu. Je suis qui celui qui suis, et je serai celui
qui serai, ou qui sera. Dieu n'est pas emprisonné par le passé et le présent, il y a toujours une nouvelle rencontre possible à l'avenir. Amen.