19 novembre 2000. Genèse 15/1-18
Chers frères et sœurs,
Lorsqu'on
parle de Abraham, je ne sais ce que cela évoque en vous. La bible parle du
croyant Abraham(Galates 3/9), qu'il eut confiance en Dieu et que cela lui fut
imputé en justice. On parle parfois d'Abraham comme père des croyants. C'est
par la foi que Abraham obéit etc (Hébreux 11/8, 11/17). Abraham, un exemple de
foi semble-t-il, que l'on se sent bien petit à côté de lui. Si seulement
j'avais la foi comme Abraham. Vous aimeriez avoir la foi comme Abraham?
Pourtant, si on lit bien la bible, on voit que Abraham a aussi eu des doutes.
Cela vous n'aimeriez pas, avoir des doutes comme lui, vous en avez peut-être déjà
assez, comme moi…
Abraham,
un être humain comme vous et moi, avec des moments forts, de confiance totale
en Dieu, et des moments de faiblesse, de doute, sans parler de péché, parce
vous savez, lorsqu'il était en Egypte, il a menti au pharaon, en disant de Sara
que c'était sa sœur, par peur qu'on le tue pour prendre Sara, alors résultat,
elle fut emmenée dans la maison de pharaon, qui la prit pour femme. Quelle
noblesse de Abraham, vous êtes d'accord, il ment et laisse sa femme dans la
harem du pharaon. Heureusement, Dieu intervient, frappe pharaon et sa maison de
plaies, et pharaon renvoie Sara et Abraham, avec tout ce qui lui appartenait.
Noble geste de pharaon, qui aurait pu tuer Abraham, il les renvoie avec tous les
biens. Je ne crois pas qu'il devait être tellement fier, on n'est jamais fier
après un mensonge. Abraham le menteur, Abraham qui doute. C'est aussi cela la
bible. Et pourtant Dieu l'a employé, lui a pardonné, l'a fait avancer dans la
foi. Si Dieu a pu se servir d'un type comme Abraham, il peut aussi se servir de
chacun et chacune de nous.
Alors
ce brave Abraham, il a reçu des promesses de Dieu, comme nous, nous avons reçu
des promesses de Dieu. Il se bat contre plusieurs rois, il est vainqueur, et
juste après cela, il tombe dans la découragement, le doute. Cela arrive,
parfois après un coup dur, une épreuve, mais parfois aussi après une
victoire, une bénédiction, comme une mère de famille parfois après la
naissance d'un enfant pourtant en bonne santé, beau, elle tombe dans une espèce
de dépression. Mais ce qui étonne, c'est que c'est Dieu qui parle en premier,
renouvelle ses promesses: "Abram, ne crains point; je suis ton bouclier, et ta récompense sera très
grande" (Genèse 15/1). Dieu lui renouvelle ses promesses dans une vision.
Vous me direz, mais j'aimerais aussi avoir de telles visions. Que Dieu me parle
personnellement et me renouvelle ses promesses. Je comprends, c'est vrai, mais
Dieu est Dieu, il peut renouveler ses promesses par une vision, mais il peut
aussi employer sa parole, la bible, tout simplement. C'est écrit noir sur
blanc. Je n'ai pas forcément besoin d'une vision. Si j'ai une vision, gloire à
Dieu, si je n'ai pas de vision, gloire à Dieu aussi, car j'ai sa parole. Ou
est-ce cela ne me suffit pas ? Sa parole, et sa parole faite chair, Jésus-Christ.
Qu'est-ce je veux de plus ? Des signes, des miracles ? Gloire à Dieu, Dieu
agit, encore aujourd'hui, mais c'est lui qui décide, nous ne pouvons réclamer
des signes et des miracles pour asseoir notre foi, pour louer Dieu, montrer sa
gloire aux autres, oui, mais pas pour nous, car nous avons un signe, c'est la
mort et la résurrection de Jésus, Paul le dit: Les Juifs demandent des
miracles et les Grecs cherchent la sagesse, nous, nous prêchons Christ crucifié,
scandale pour les Juifs et folie pour les païens, mais puissance de Dieu et
sagesse de Dieu pour ceux qui sont appelés, tant Juifs que Grecs. (1
Corinthiens 1/22). La puissance de Dieu se manifeste dans le message de la
croix. S'il n'y a plus de puissance de Dieu, il faut se poser la question si le
message de la croix est annoncé. Je sais bien que nous aimerions des signes.
Abraham aussi, lorsque Dieu lui dit qu'il lui a donné le pays en possession, il
demande, à quoi connaîtrais-je que je le posséderai ? Il aimerait quelque
chose pour l'aider à dissiper ses doutes. Comme nous aimerions aussi peut-être
quelque chose pour dissiper nos doutes, est-ce que je suis vraiment aimé de
Dieu, vraiment sauvé, vraiment digne d'être son disciple, etc.
Mais comment apparaissent les doutes de
Abraham? Cela commence, parce qu'il y a une différence selon son esprit entre
ce que Dieu lui a promis, une grande descendance, et ce qu'il voit humainement,
il est vieux, sans enfants. Que me donneras-tu dit-il à Dieu. Différence entre
les promesses, et la situation qu'il imagine devoir être la sienne, et la réalité
telle qu'il la voit. Pour nous parfois aussi, nous nous représentons comment
devrait être notre situation, notre foi, individuellement ou dans la paroisse,
et la réalité à nos yeux. Et nous voyons une différence. J'aimerais être
comme ceci et comme cela, croire ainsi, vivre ainsi, mais voilà, c'est différent.
Alors on commence de douter, de Dieu et de nous ou des deux. Le doute commence
en nous, dans notre esprit, notre raisonnement, notre conception. J'ai péché
plus que d'autres, suis-je encore digne de l'amour de Dieu, peut-il m'utiliser.
Cela commence souvent en nous. Nos raisonnements, nos analyses de la situation,
nos conceptions. Dieu le sait et le voit avec Abraham, alors que fait-il? Il dit à Abram de venir dehors, lui qui vivait sous tente, il doit sortir
de la tente, de son monde à lui, des limites qu'il s'est imposées, pour voir
les limites que Dieu a faites. Il fait nuit, Dieu prend comme Abram par la main,
et lui dit, regarde le ciel, et compte les étoiles, si tu peux les compter.
Vous avez déjà essayé de compter les étoiles, par une belle nuit étoilée?
Commencer de compter, c'est facile, une, deux trois, mais après, Pour s'arrêter,
savoir lesquelles on a déjà compté et lesquelles non, c'est un autre problème,
et Dieu le sait bien, compte les étoiles, et puis il ajoute, si tu peux, bien sûr,
Dieu ne va pas demander à Abram de faire une chose impossible, mais il veut lui
faire comprendre une chose qui paraît impossible, l'accomplissement de la
promesse. Abram serait content de voir un descendant déjà, et Dieu, presque
comme avec un peu d'humour, lui fait voir, d'une façon imagée, des milliers,
des millions de descendants.
Compter les étoiles dépasse
l'entendement humain. Et ce que Dieu promet à Abram, lui, âgé, sans enfants,
dépasse aussi l'entendement. Abram, pour comprendre, ou essayer de comprendre,
pour faire confiance ou essayer de faire confiance en Dieu, doit sortir de sa
petite tente, un endroit qu'il connaît, qui le met à l'abri, mais qui est
mesuré, limité, une tente qu'il connaît, qu'il a montée et démontée des
centaines de fois, qu'il connaît par coeur, il doit quitter un environnement
habituel, connu, mais limité, un monde fait de main d'hommes, la tente, pour
ouvrir ses yeux vers le monde que Dieu a fait, la terre et le ciel avec toutes
ses étoiles. Autant il y a de différence entre la tente d'Abram et l'univers,
autant il y a de différences entre ce que nous pensons que Dieu peut faire et
ce qu'il peut effectivement faire. L'homme de foi, la femme de foi, n'ont pas le
choix: Ils doivent accepter de voir les choses autrement.
Non pas à la vue humaine, mais à la vue de Dieu. Si finalement Abram
est déclaré juste devant Dieu, ce n'est pas parce qu'il doute ou ne doute pas,
c'est parce qu'il accepte de voir les choses autrement qu'il les voit, c'est
qu'il ne regarde non plus en s'appuyant sur ce que lui voit, sur ses possibilités,
sur lui-même, mais il accepte de regarder ce que Dieu voit, il accepte de
regarder sur Dieu, et les possibilités de Dieu, il voit les chose avec les yeux
de la foi. Le texte le dit tout simplement, Abram eut confiance en l'Eternel,
qui le lui imputa à justice. Si je vois déjà tout, je n'ai plus besoin de
faire confiance à quelqu'un, si Je connais moi-même le chemin dans la
montagne, je n'ai plus besoin de faire confiance à mon guide, mais faire
confiance, c'est me fier au guide, justement quand moi je ne vois pas encore le
chemin, le passage dans une formation de rochers, le chemin qui me permettra de
continuer ma route.
Abram avait des doutes, des questions,
et Dieu a pris ses doutes au sérieux, il ne les a pas balayés, mais il réitéré
sa promesse, il a parlé à Abram, l'a fait sortir de la tente, l'a fait
parcourir un bout de chemin, depuis l'intérieur de sa tente jusqu'à un endroit
favorable pour pouvoir observer le ciel, Dieu l'a accompagné, comme Jésus a
accompagné les disciples d'Emmaüs sur le chemin, leur a parlé, oui, Dieu ne
finit pas de parler si nous nous laissons conduire par lui, si nous lui parlons,
comme Abram lui a parlé. Dieu prend nos doutes au sérieux, mais heureusement
il ne s'arrête pas au doute, il dépasse le doute par ce qu'il fait et ce qu'il
dit, il fait des bouts de chemin avec nous, il nous accompagne, et dans ce
cheminement, cette marche commune, les doutes se changent peu à peu en expériences
de foi. Il y aura peut-être plus tard d'autres doutes, sur d'autres domaines,
mais Dieu ne s'arrête pas de nous écouter et de nous parler, il nous demande
simplement de sortir de nos tentes, et de regarder les étoiles, tout ce que lui
a fait, toutes les promesses qu'il nous a données. Abram doute, mais il parle
à Dieu de ses doutes, et Dieu lui répond. Ce n'est pas grave d'avoir des
moments de doute, de faiblesse ou autres, ce qui serait grave, c'est de ne plus
parler à Dieu dans ces moments. M'enfermer dans mes doutes, et ne pas permettre
à Dieu d'élargir ma vision, de me faire sortir de ma tente que je connais si
bien. Dieu lui montre le ciel, les étoiles. Et lui refait une promesse, le pays
qu'il lui donne en possession. Et cette fois, Abraham, je l'ai mentionné,
demande un signe. Dieu, tu ne pourrais pas nous donner un signe ? Et que fait
Dieu? Il dit à Abram: Prends
une génisse de trois ans, une chèvre de trois ans, un bélier de trois ans,
une tourterelle et une jeune colombe. Abram prit tous ces animaux, les coupa par
le milieu, et mit chaque morceau l'un vis-à-vis de l'autre; mais il ne partagea
point les oiseaux. Drôle de signe,
vous en conviendrez, mais qui s'explique quand on sait que cette façon de
faire, couper des animaux par le milieu, se faisait à l'époque pour sceller un
pacte, un contrat, une alliance. Les animaux morts devaient représenter le sort
prévu pour ceux qui n'honoraient pas le pacte qui se scellait en se donnant la
main au milieu des animaux coupés, entre les oiseaux. Abraham a du sacrifier
des animaux, voilà le signe que Dieu donne. Pour nous aider à croire, le plus
grand et le seul signe authentique, c'est la mort et la résurrection de Jésus.
Jésus parlera d'ailleurs de signe, vous savez où: tandis que Jésus parlait ainsi, une femme, élevant la voix du milieu de la
foule, lui dit: Heureux le sein qui t 'a porté! heureuses les mamelles qui
t'ont allaité! Et il répondit: Heureux plutôt ceux qui écoutent la parole de
Dieu, et qui la gardent! Comme le peuple s'amassait en foule, il se mit à dire:
Cette génération est une génération méchante; elle demande un miracle; il
ne lui sera donné d'autre miracle que celui de Jonas. Car, de même que Jonas
fut un signe pour les Ninivites, de même le Fils de l'homme en sera un pour
cette génération. Le signe de Jonas, c'est qu'il était trois jours dans le
ventre du poisson, et qu'ensuite il a été jeté à terre, signe des trois
jours de la mort à la résurrection du Christ. Jésus dit qu'il ne lui sera pas
donné d'autres signes. Voilà le signe de la foi. En voyant Jésus mort et
ressuscité pour moi, je peux lui faire confiance, croire qu'il m'aime vraiment,
me pardonne. Il y a des signes qui accompagnent la foi, la mort et la résurrection
de Jésus est le signe ou le miracle qui produit et engendre la foi. Après ce
signe, le sacrifice, Dieu manifestera sa présence par une fournaise et des
flammes (Genèse 15/17), qui nous rappelle le buisson ardent, mais d'abord il y
a eu le sacrifice. Lorsque j'ai des doutes, je peux regarder ce signe, ce
miracle, Jésus mort et ressuscité, et comme le dit Jésus avant de parler du
miracle de Jonas, écouter et garder la parole. Si ce signe ne me suffit pas
pour croire, rien d'autre ne pourrait me faire croire. La puissance de Dieu se
manifeste dans le message de la croix. Parce que c'est le message de l'amour
infini de Dieu pour moi. Nous avons tous je pense parfois des doutes, mais Dieu
veut nous montrer le ciel étoilé et surtout le signe de son amour, son Fils
mort et ressuscité. Amen