Marc 6/45-52, confiance

Boîte à prédications

25 novembre 2001, culte du souvenir, Genèse 2/9, les arbres

 

 

Chers frères et sœurs,

 

            Que feriez-vous, si on vous annonçait la fin du monde pour demain ? Il y plusieurs possibilités, peut-être prendre l'avion pour aller dans un endroit de rêve, au bord d'une plage, pour les enfants peut-être aller à Disneyland, ou se retrouver en famille, pour partager, chanter, prier, ou encore se réconcilier avec quelqu'un, ou que sais-je. On avait posé la question à Martin Luther, et vous savez sans doute ce qu'il a répondu: Je planterais un arbre. Etonnante réponse, à quoi bon planter un arbre, s'il n'a manifestement plus le temps de grandir et donner des fruits. Et pourtant, cette réponse contient je pense plusieurs éléments pertinents face à une situation comme le retour du Christ ou la fin du monde. Que faire, comment réagir, devant des situations inhabituelles, difficiles ?

            Que faire, lorsqu'on perd un être cher, comment réagir ? ce n'est pas évident, nous le savons, il faut continuer à vivre, mais c'est une vie différente, une séparation, alors il faut trouver ou retrouver ses repères, on ne peut pas vivre comme si de rien n'était, faire un travail de deuil, qui prend du temps, beaucoup de temps, avec des hauts et des bas, des moments où cela va relativement bien, et des moments plus difficiles.

            Planter un arbre, comme Luther le disait ? Je pense que dans cette réponse, un élément était de continuer de vivre comme avant, avec l'espérance, la vision de l'avenir. Planter un arbre, c'est croire à la vie, à l'avenir, c'est continuer de faire un travail quotidien. C'est dire aussi qu'il y a une espérance, si le Christ revient, ce n'est pas la fin de tout, la fin du monde ne signifie pas la fin de la vie. Continuer de croire et d'espérer, malgré la séparation, malgré le départ. Aujourd'hui, c'est le culte du souvenir, on regarde vers le passé, avec raison, on se rappelle de ces personnes qui nous ont devancées, on ne peut pas simplement oublier, non, mais je crois que planter un arbre cela signifie aussi ne pas seulement regarder en arrière, vers le passé, mais aussi regarder vers l'avenir. Continuer de faire des projets d'avenir, même s'ils n'aboutissent pas tous ou pas toujours comme nous l'imaginons. Cela signifie que la vie continue sur cette terre, pour un temps que nous ne connaissons pas. Planter un arbre, c'est de se dire à soi-même, aux autres, à Dieu avec l'aide de Dieu, je ne me laisserai pas enfermer uniquement dans un regard vers le passé. Je continue de vivre parce que Dieu l'a voulu ainsi.

            Planter un arbre, savez-vous qui a planté le premier arbre ? Dieu a créé les arbres lors de la création, c'est vrai, mais ensuite le texte dit qu'il a planté un jardin,  dans ce jardin, savez-vous quel arbre il a planté ? L'arbre de la connaissance du bien et du mal, cet arbre dont Adam et Eve ont mangé le fruit, le texte ne dit pas qu'il s'agissait d'une pomme, cela viendra plus tard dans les représentations non bibliques, parce que en latin pomme et mal se ressemblent étrangement, malum et malus. Cet arbre de la connaissance du bien et du mal, amenant cette connaissance dans l'humanité, mais aussi la chute, le mal, la souffrance et la mort. On se rappelle facilement de cet arbre, mais savez-vous que Dieu a planté un autre arbre dans ce jardin, l'arbre de vie, que l'on oublie facilement. Nous connaissons l'autre arbre, nous connaissons la souffrance, le mal, la mort. Et ce culte nous rappelle cela. Mais Dieu a aussi planté l'arbre de la vie. Parce que Dieu est le Dieu de la vie et pas de la mort, il désire que nous vivions, et que nous vivions en abondance. C'est vrai que Dieu a dit que le jour où Adam et Eve mangeront du fruit de l'arbre de la connaissance du bien et du mal ils mourront, mais il n'a pas dit que c'est lui qui les tuerait. La mort était donc une conséquence logique du fait de manger ce fruit, et pas une punition de Dieu. Dieu n'a pas puni Adam et Eve de la mort parce qu'ils ont désobéi, mais il les a averti de ce qui arriverait s'ils mangeaient le fruit. Vous me direz, mais il aurait pu mettre une clôture autour de cet arbre, parce qu'il savait que Adam et Eve en mangeraient. Il savait oui, mais il a voulu cela ainsi, parce que c'était mieux dans son plan. J'en suis persuadé. Il aurait pu faire le monde différent, l'humanité différente. Mais il n'a pas voulu. Il avait ses raisons que ne comprends pas toutes. On peut avancer l'idée de la liberté, il a voulu donner la liberté à l'être humain de choisir entre le bien et le mal, et cela impliquait la souffrance. Parce que le mal sans la souffrance, ce n'est plus le mal. Chaque péché, chaque chose qui est mal entraîne une  souffrance, une souffrance d'abord spirituelle. Dieu ne veut pas la mort, mais il permet la mort pour limiter les effets du péché et de la souffrance. Lorsque Dieu a créé la terre et le ciel, le texte dit qu'il vit que c'était bon. Mais il n'a pas dit que c'était parfait. Nous vivrons un jour dans un monde parfait, si nous le désirons, parce que Dieu nous laisse aussi cette liberté, mais il a jugé bon de nous faire vivre un certain temps sur une terre qui connaît le bien et le mal, le bonheur et le malheur, la santé et la maladie, la vie et la mort. Ne me demandez pas pourquoi, je ne sais pas, je ne sais pas pourquoi certaines personnes vivent plus longtemps et d'autres moins longtemps, pourquoi certains enfants naissent en bonne santé et d'autres handicapés, pourquoi certains ont apparemment plus de souffrances que d'autres. Je ne sais pas. Et je n'ai pas encore trouvé dans la bible une réponse claire et satisfaisante à ce problème. Mais ce que je sais, c'est que à côté de cet arbre de la connaissance du bien et du mal, avec tout ce que cela implique, Dieu a planté l'arbre de la vie. Pour nous faire goûter aux joies de la vie, sur cette terre déjà, mais aussi et encore beaucoup plus dans le ciel. C'est notre espérance et notre consolation. Nous pourrons rejoindre un jour ceux qui nous ont devancé dans la foi en Jésus-Christ. C'est ce que dit Jésus lui-même, je vais vous préparer une place. Et il s'occupe de tout, la réservation, la construction, les noces, tout, je dois juste répondre oui à son invitation, oui, je désire avoir une place dans la gloire, où il n'y aura plus de pleurs, de larmes, où la mort ne sera plus. La création est bonne, il fait bon vivre sur cette terre, mais un jour ce sera encore mieux, ce sera parfait. Le chœur a chanté ou chantera, la vie est une douce chose, quand on vieillit à deux. Mais voilà, cela n'est pas le cas pour tous. Beaucoup d'entre nous vieillissent seuls. Situation pas toujours facile. Et pourtant, la réponse de Luther nous invite à continuer de vivre, d'espérer, de planter un arbre ou autre chose. De continuer simplement, mais dans la confiance notre bout de chemin. Faire ce qui est juste et bon, faire la volonté de Dieu. Si Luther disait qu'il planterait un arbre, je crois qu'il voulait aussi dire par là, qu'il ne tournerait pas en panique à l'annonce de la fin du monde, parce qu'il a vécu chaque jour comme si c'était le dernier. Il a demandé à Dieu de le guider, de lui dire ce qu'il y a à faire chaque jour, de sorte qu'il n'est pas tout déboussolé lorsqu'on lui annonce la fin du monde. Vivre juste, c'est peut-être vivre de la même façon, que nous ayons encore un jour ou 10000 à vivre. Savoir que nous mourrons un jour nous permet de vivre plus librement et plus calmement. Parce que nous savons qu'une autre vie nous attend, nous savons que les difficultés, les épreuves et les souffrances de cette vie sont passagères, les choses passagères, futiles de la vie ne nous emprisonnent plus. Elle deviennent relatives, et d'autres choses comptent, d'autres valeurs, l'amour que nous avons reçu de Dieu et que nous pouvons lui redonner, l'amour que nous recevons et redonnons, partageons dans notre famille, notre communauté. Vivre et faire l'essentiel chaque jour, cela nous permet de planter un arbre au dernier jour. N'entendre que de bonnes paroles ou de bonnes intentions ne suffit pas toujours. Il faut parfois planter un arbre, prendre une pelle, un pic, creuser un trou, mettre l'arbre, remettre de la terre, arroser un petit peu. Nous ne pouvons pas faire pousser l'arbre, ni lui faire donner des fruits, cela c'est Dieu qui le fait, mais nous pouvons planter un arbre, un arbre d'espérance, un arbre de foi, de confiance. Nous n'avons parfois plus de force ou plus guère de force de continuer, mais nous pouvons la demander à celui qui a planté l'arbre de la vie. Tout au début de la bible il est parlé d'arbre, tout à la fin aussi, l'antépénultième verset dans la bible parle de l'arbre de la vie. Et au verset 2 du dernier chapitre de la bible, il est dit: Au milieu de la place de la ville et sur les deux bords du fleuve, il y avait un arbre de vie, produisant douze fois des fruits, rendant son fruit chaque mois, et dont les feuilles servaient à la guérison des nations. Assumer la mort d'une personne aimée est difficile, on a parfois l'impression qu'une partie de nous-même est partie avec l'être cher, ce verset nous parle de guérison, que les feuilles de cet arbre de la vie servent à la guérison non seulement d'une personne, mais des nations, autrement dit de tout le monde. Dieu panse les plaies et les blessures de la vie. Certaines rapidement, d'autres prennent plus de temps, et certaines ne seront pleinement guéries que dans la gloire. Mais un jour elles seront toutes guéries. Nous sommes un peu tristes aussi aujourd'hui, parce nous nous rappelons de ces départs passés, mais nous pouvons aussi regarder à l'avenir, planter un arbre d'espérance, à côté de l'arbre de la vie que Dieu a planté lui-même. Dieu fera pousser un grandir tous ces arbres que nous plantons, et nous pourrons jouir des fruits de ces arbres. Planter un arbre, cela peut aussi être une prière que nous disons, avec nos faibles mots, une promesse de la bible que nous demandons au Saint-Esprit d'écrire dans notre cœur, une aide que nous donnons à une autre personne en difficulté, ou encore bien d'autres choses. Planter un arbre pour et avec Dieu, c'est un signe d'espérance, qui nous aide à vivre et à espérer. Amen