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décembre 2000, Jérémie 15/10-21:
Chers
frères et soeurs,
En fin d'année, il arrive que l'on fasse comme un bilan, que l'on porte
un regard sur ce qui s'est passé. Les bons souvenirs, les joies, mais aussi les
mauvais souvenirs, les épreuves. Sans doute avez-vous connu les deux cette année.
Certains avec plus d'épreuves, d'autres moins. Bilan sur sa vie, sa vie de foi,
sa tâche. Le prophète Jérémie lui fait aussi un bilan. Mais son bilan à lui
est pas seulement un peu négatif, très négatif, puisqu'il dit: Malheur à
moi, ma mère, de ce que tu m'as fait naître. Il porte ce regard par rapport à
sa tâche de prophète, sa mission, son appel, et il trouve que c'est négatif:
Homme de dispute et de querelle pour tout le pays ! Tous me maudissent. Au moins
son message n'est pas passé inaperçu, il a suscité des réactions. Mais des réactions
plutôt ou uniquement négatives semble-t-il. Alors il en a marre, il pense, à
quoi bon ? Comme parfois aussi je peux penser, à quoi bon prêcher l'évangile,
donner le catéchisme, ou autre chose. Pourtant Dieu l'avait appelé: Regarde,
je t'établis aujourd'hui sur les nations et sur les royaumes, pour que tu
arraches et que tu abattes, pour que tu ruines et que tu détruises, pour que tu
bâtisses et que tu plantes. (Jér. 1/10). Mais Jérémie porte un regard négatif
sur les résultats de sa mission. Et il doute même de Dieu, puisqu'il dit: Serais‑tu
pour moi comme une source trompeuse, une eau dont on n'est pas sûr. (Jér.
15/18). Chouraqui traduit par mirage, tu es pour moi comme un mirage. Vraiment,
drôles de paroles pour un prophète, un des plus grands prophètes de la bible.
Et pourtant, ces paroles nous font peut‑être du bien. Parce qu'elles nous
concernent, parce que nous avons vécu des choses semblables. Nous nous sentons
compris par ce Jérémie et ses paroles abruptes. mais pleines de vérité, Jérémie
dit ce qu'il a sur son cœur. Il le dit à lui‑même et à Dieu. Et cela,
c'est déjà le début de sa guérison, guérison de son âme. Cela vaut mieux
que de dire de belles prières, mais qui ne reflètent pas l'état tout au fond
du cœur Prier, c'est parler à Dieu. lui dire ce qui est au plus profond de
nous. Même si ce n'est pas toujours beau, même si nous pourrions avoir honte
de nos pensées ou de nos sentiments. Jérémie est honnête envers Dieu,
lui‑même et les autres. Et Dieu pourra le guérir, le changer, lui
redonner espoir. Mais il n'en est pas encore là. Il ne sait plus comment
continuer, il est au bout de ses forces et des ses possibilités. Sa foi risque
de se briser, ainsi que son espoir et son amour. Cela existe aussi dans la
bible, pas rien qu'un Jérémie héros de la foi. mais aussi un Jérémie en
proie aux difficultés et au doute, acculé, avec ses questions et ses
interrogations qui le poussent au bord de la déprime voire de la dépression.
Cela existe. Le foi en Dieu, l'intégration dans une communauté de croyants,
l'engagement au service de Dieu, toutes ces choses ne sont pas une garantie qui
élimine tout doute et toutes obscurités et qui donne une réponse à toutes
les interrogations de la vie. Savoir cela nous évite d'amères illusions. Jérémie
est accablé. Pas seulement par ses sentiments, ses pensées. mais aussi de par
sa tâche, sa mission. Dieu lui avait donné le devoir d'annoncer le jugement à
ce peuple qui s'était détourné de Dieu et qui était imbriqué dans l'idolâtrie.
S'il ne se repent pas, s'il ne se détourne pas, le jugement décrit par Jérémie
arrivera sur le peuple. Et Jérémie s'engage avec ferveur dans son ministère,
j'ai recueilli tes paroles, je les ai dévorées, tes paroles ont fait la joie
et l'allégresse de mon cœur dit‑il, avec beaucoup de dévouement et
d'amour il essaie de gagner le peuple à la cause de Dieu, mais il ne récolte
que refus et haine. Le peuple ne veut pas entendre ces paroles, qui sont les
paroles de Dieu. Oui, même plus, ils en veulent à sa vie, ses propres voisins,
qui ont grandi avec lui, prévoient un attentat contre lui, ils désirent le
tuer. Il ne sait plus à qui se fier, si même ses amis attentent à sa vie. il
est seul et le dit: A cause de ta puissance, je me suis assis solitaire. Il n'a
pas cherché la solitude, comme certaines personnes le font parfois. qui se
retirent des autres, Jérémie ne se retire pas, ne s'isole pas. au contraire,
il va vers les gens, il parle. mais le résultat est le même, on l'évite. il
est seul. On ne veut rien avoir à faire avec lui. Cela arrive parfois, quand on
parle de la foi ou de Dieu, comme Jérémie, ce n'est pas toujours un mauvais
signe, si les gens se détournent de lui, ce n'est pas qu'il a mal annoncé le
message de Dieu, ou qu'il a annoncé un faux message, non, son message est
tellement juste, qu'il provoque quelque chose dans ces gens. Ils se détournent.
le haïssent, et continuent dans leur mauvaise voie. Ce message aurait du leur
faire comprendre leurs erreurs, leur montrer l'amour de Dieu, la voie de Dieu
qui mène à la vie, mais ils se détournent de Jérémie et de Dieu. Quand le
message de Dieu est annoncé dans toute la vérité, il ne laisse rarement
indifférent. Soit il mène à la repentance, ou à l'opposition, la haine. Jérémie
donc aime le peuple auquel il appartient, il aimerait tant pouvoir vivre
heureux, en paix, dans la joie au sein de ce peuple, mais il aime aussi son
Dieu, qui n'abandonne pas son peuple, qui ne le laisse pas aller sans autre à
l'idolâtrie, et donc qui l'appelle à la repentance. Si Dieu appelle son peuple
à la repentance, si Dieu nous appelle à la repentance, ce n'est pas pour
montrer à son peuple combien il est mauvais, pour étaler ses erreurs, non,
c'est afin que ce peuple ait la vie, la vie en abondance, afin qu'il abandonne
ses voies qui mènent à la mort, c'est par amour que Dieu appelle et rappelle
son peuple, parce qu'il veut le bénir, lui faire du bien. Le jugement décrit
par Jérémie n'arrivera pas si le peuple s'humilie et se détourne de ses
mauvaises voies. Parfois nous avons peut‑être l'impression, quand Dieu
nous parle, nous rend attentif à quelque chose, que c'est un mauvais quart
d'heure qui nous attend, comme quand on doit aller chez le directeur d'école
après une bêtise, ou au poste de police ou au tribunal. Dieu est là pour me
remettre en place quand je faute, non, mille fois non. Si Dieu me parle, me rend
attentif à certaines choses de ma vie. qui ne concordent pas avec le message de
l'évangile, c'est parce que Dieu voudrait me bénir, me donner quelque chose,
et enlever ce qui m'empêche de vivre, serait‑ce le péché. Mais dans ce
cas, il me propose le pardon, ce qui est bien mieux que d'ignorer ses fautes ou
de passer par‑dessus comme si de rien n'était. Jérémie a essayé de
transmettre un message de la part de Dieu, mais le peuple refuse de l'écouter,
le menace même de mort. Et Jérémie souffre, il remet en question son ministère,
sa vie même puisqu'il maudit le jour de sa naissance. Pourquoi ma souffrance
est‑elle continuelle? Dans sa question. son pourquoi. nous retrouvons tous
nos pourquoi, nos questions. Souffrance physiques, mais aussi souffrances
spirituelles, morales, qui se manifestent par la nervosité, le manque de
sommeil, d'appétit, l'inquiétude, comme une pression sur le corps, une
insatisfaction générale. Dans la vie, tout ne marche pas toujours comme sur
des roulettes, même pas dans la vie de la foi. nous sommes confrontés parfois
à des questions, interrogations, auxquelles nous ne trouvons pas de réponse,
comment sortir de l'ornière? Demander à d'autres gens, d'autres personnes, ils
peuvent parfois nous aider, mais pas toujours, ils n'ont pas non plus de réponse
à tout. Alors que faire? Nous n'avons pas la réponse et ne pouvons par conséquent
la transmettre à d'autres. Jérémie lui attend une réponse de Dieu: tu sais
tout, ô Eternel. C'est vrai, Dieu sait tout, maiss Jérémie ne reçoit
toujours pas de réponse. Jérémie demande alors: Serais‑tu une source
trompeuse, comme dans le désert, des sources qui perdent toute leur eau dans
les fentes asséchées du sol? Il avait attendu une réponse de Dieu, mais Dieu
s'attend à une réponse de la part de Jérémie: Si tu te retournes, dit Dieu,
je te retournerai. ou si tu te convertis, je te convertirai. (15/19). Drôle de
réponse de Dieu. Jérémie pensait avoir fait ce que Dieu lui avait ordonné,
il avait appelé le peuple à la repentance, et maintenant c'est lui qui doit se
repentir d'abord. C'est un peu notre travers d'être humain et de chrétien,
vouloir d'abord changer les autres, corriger les autres, convertir les autres,
au lieu de d'abord regarder à nous. Peut-être cela provient du fait que nous
essayons de nous changer nous‑mêmes, et cela ne va pas, au lieu de
laisser le Christ nous changer. Nous ne pouvons pas nous changer nous‑mêmes,
Jésus dit même, sans moi vous ne pouvez rien faire. Alors nous voulons essayer
de faire changer les autres. Si tu te convertis dit Dieu, je te convertirai, ou
si te retourne. je te retournerai. Jérémie s'était peut‑être fait une
idée de sa mission, de son travail, il espérait une repentance immédiate du
peuple, et cela ne se produit pas. Il doit d'abord comprendre que Dieu ne lui
avait pas promis que des succès, que tout irait bien, non, mais il lui avait
promis une chose: Je serai avec toi, et Dieu le lui rappelle en ces moments.
Dieu ne lui avait pas promis qu'il n'aurait pas de difficultés, mais que même
au sein des difficultés. il ne serait pas seul. je serai avec toi. Jérémie
doit se retourner, changer son point de vue, c'est le cas de le dire. C'est cela
se convertir, ou se repentir, ou devenir un disciple du Christ. Changer son
optique. Jérémie lui ne voyait plus que les difficultés et ses problèmes, il
ne voyait que lui, et ses limites. Dieu lui dit, change une fois de regard, ne
regarde pas seulement de ce côté, vers toi, regarde une fois vers moi et mes
promesses. Car je t'ai dit que je serai avec toi. Etre chrétien, c'est cela.
regarder dans la direction de Dieu et du Christ, pour voir son amour, son
pardon, ce qu'il a fait, et ne plus regarder qu'à moi et mes difficultés, mes
erreurs et mes limites. Ne pas voir que les apparences, que l'extérieur, mais
toujours se rattacher à la promesse de Dieu qui ne trompe pas. Savoir que lui
peut nous changer, augmenter notre amour pour lui, nous remplir de sa paix, sa
force, son espérance. Trop souvent peut‑être nous comptons sur nos
efforts, nous voulons être de bons chrétiens, mais en nous appuyant sur nos
capacités, nos sentiments religieux. Mais cela ne va pas. Mais Dieu ne menace
pas Jérémie, ne lui fait même pas des reproches, après tout ce qu'il lui a
dit. il lui dit simplement: Si tu te retournes. je te retournerai, et tu te
tiendras devant moi. Autrement dit, ne regarde pas à toi, ne regarde pas à tes
difficultés, mais regarde à moi, détourne toi de cela pour me regarder moi,
et ensuite, avec ma force, ma puissance, je te retournerai vers ces gens, vers
la mission que je te confie. Ce n'est pas une obligation, un ordre, c'est une
invitation, Dieu lui montre comment il peut faire pour faire ce qu'il a à
faire. Un peu comme un policier, qui dit à une personne qui n'arrive pas à
partir avec sa voiture sur la neige, pour partir, mettez la 2e, et ne donnez
presque pas de gaz. Ce n'est pas un ordre, si la personne ne veut pas essayer,
elle est libre, mais alors elle est aussi libre de rester sur place. Vous pouvez
faire ainsi. C'est ce que Dieu dit: Si tu te retourne. je te retournerai. Ce
n'est pas Jérémie qui peut se changer lui‑même, retrouver espoir, c'est
Dieu qui peut le convertir, le faire changer, mais il suffit d'une seule chose,
de son accord. Regarder vers Dieu. Un peu comme pour faire avancer une voiture,
j'ai beau avoir le moteur le plus puissant, si ne tourne pas la clé dans la
bonne direction, j'ai beau employer toute ma force, je casserai peut-être même
la clé ou la serrure, mais la voiture ne démarrera pas. Tandis que si je la
tourne dans la bonne direction, hop, ça part. Parfois Dieu nous demande
simplement cela, nous tourner vers lui, le regarder dans ce qu'il est, ce qu'il
peut pour moi, mais nous sommes trop entêtés ou trop fiers pour nous tourner
vers lui. Nous réfléchissons, qu'est-ce que j'ai fait faux, ou dois-je encore
m'améliorer, etc, au lieu de nous tourner vers lui pour recevoir les rayons de
son amour qui nous réchauffent et nous entraînent à sa suite. Si
tu te retourne, je te retournerai. Je serai avec toi. Une parole toute simple,
comme beaucoup de paroles de l'évangile. toute simple, courte. mais oh combien
vrai. Cette parole ne vient pas des hommes, elle vient de Dieu, car lui seul
peut nous donner la parole de vie, une parole qui nous transforme et nous
encourage. Une parole qui nous fait avancer malgré les difficultés et les
oppositions. Le récit de Jérémie, un homme comme vous et moi, place au milieu
de la vie. avec ses doutes, ses interrogations, un récit qui je l'espère nous
redonne espoir, nous fortifie et nous encourage. Si tu te retournes, je te
retournerai. Ou si tu te détournes, je te détournerai. Nous détourner de ces
regards négatifs, qui ne voient que ce qui est mal, pas bien, et uniquement les
possibilités humaines. Si tu te retournes, je te retournerai, je serai avec toi
pour te sauver et te délivrer nous dit le Seigneur ce matin. Amen.