21 novembre 1999, culte du souvenir, Job 1/21
Chers frères et surs,
Lorsque une personne parente ou amie décède, nous quitte, nous disons que nous avons perdu une personne. Et nous ressentons cette perte d'un être cher, plus ou moins fortement selon les circonstances, le temps qui nous sépare du départ, les souvenirs à certaines occasions. Et nous pouvons avoir différentes réactions, nous ne réagissons pas toujours de la même façon face au départ d'une personne. Mais il y a aussi d'autres pertes dans la vie. On peut perdre son emploi, sa situation, l'harmonie familiale, de l'argent, sa maison, son appartement, un ami ou une amie, ou même la foi. Mais on peut aussi gagner plein de choses, des amis, une situation, une confiance, la foi, ou une foi plus affermie, une famille, et plein de choses. Toute notre vie est ainsi faite. Recevoir et donner, gagner et perdre. Et cela vaut pour tout le monde, riche ou pauvre, blanc ou noir, que l'on croit ou non. Et la richesse par exemple ne met pas l'abri de pertes, loin de là, il n'y a qu'à regarder les problèmes des gens fortunés ou princiers. Nous sommes confrontés à cela. Alors la question se pose, comment réagissons-nous en face de ces changements dans nos situations de vie, de ces gains et de ces pertes? Ce matin, j'aimerais un peu regarder la vie de Job. Vous connaissez un peu la vie de Job, cet homme riche, sept mille brebis, trois mille chameaux, un grand nombre de serviteurs, 10 enfants, un homme intègre et droit, qui craignait Dieu, et qui se détournait du mal. Et puis cet homme apprend qu'il a perdu ses biens, mais non seulement cela, mais tous ses enfants. Comment réagir en face d'un malheur? On peut se révolter, contre des gens, des choses ou Dieu, devenir comme paralysé, dépressif, ou se mettre en colère, essayer de comprendre, prier, chercher un appui, une raison. Tout d'abord, il fait quelque chose de tout à fait normal, il exprime sa peine, sa tristesse, en déchirant son manteau et en se rasant la tête, se jetant à terre et se prosternant. Il ne fait pas un saint sourire, ou semblant que cela ne le peine pas. Il exprime son deuil par ces gestes. Exprimer sa tristesse, son affliction est permis pour le chrétien, et même important. Si on garde le deuil uniquement au fond de son cur, de son âme, et que l'on pense qu'il est mal de le montrer, alors on court le danger de se faire ronger à l'intérieur, et de devenir dépressif, ou de ne plus montrer de sentiments, ou que cette chose à l'intérieur de soi sorte une fois violemment, d'une manière incontrôlée. Job, un homme qui craint Dieu, et qui montre et exprime sa tristesse et sa douleur. Et ensuite il dit quelque chose de très intéressant: je suis sorti nu du sein de ma mère, et nu je retournerai dans le sein de la terre. L'Éternel a donné, et l'Éternel a ôté; que le nom de l'Éternel soit béni! Cette phrase, cette expression de foi et de confiance, montre le regard qu'il porte sur ce qui lui arrive et sur la vie humaine en général. Et cela est déterminant, pas tellement ce qui nous arrive, mais comment nous interprétons cela, le regard que nous portons sur la vie et sur Dieu. Je suis sorti nu du sein de ma mère. Comme vous et moi, ou quelqu'un d'entre vous avait déjà un complet, une cravate ou une robe? Je ne pense pas. On est nu quand naît, on n'a rien, sinon l'amour de ses parents et de Dieu. Mais on n'a pas d'habits, des réserves alimentaires. Rien, on reçoit tout. Je n'ai encore jamais vu un bébé qui a passé la commande d'un lit ou d'une chambre ou d'un biberon. Il reçoit cela, de ses parents en général, il reçoit toutes choses, les choses matérielles, mais aussi l'amour de ses parents, l'attention, une éducation, il peut apprendre la connaissance de Dieu et de la foi. Mais il reçoit cela gratuitement, ou envoyez-vous une facture à vos enfants pour le berceau que vous avez donné, le biberon et toutes ces choses, une fois qu'il peuvent gagner de l'argent? Services rendus pendant 20 ans: cela donnerait des factures conséquentes. Job lui sait qu'il naît nu, mais qu'il reçoit tout de Dieu. Tout ce qu'il a, ses biens, sa famille, cela est un don de Dieu, que Dieu a donné par grâce, sans mérite de sa part. Un don ou mieux un prêt de Dieu. Dieu lui a prêté ces biens, sa famille. Il exprime sa douleur, c'est vrai, et même il maudira le jour de sa naissance, mais ici il dit une parole de sagesse et de vie. Et cela l'aide à vivre son deuil. Pas à l'éliminer, l'ausculter, le nier, non, mais à porter un regard différent. Un regard qui ne cache pas la souffrance et la douleur, sa peine, mais un regard qui contient l'espérance, qui contient une suite à sa marche, un regard qui ne fait pas tout arrêter. Un regard au travers du tunnel, mais qui aperçoit la lumière au bout du tunnel. En disant cela, qu'il est né nu, que Dieu lui a tout donné, il porte un regard différent sur la perte qu'il subit. L'Eternel a donné, et l'Eternel a ôté. Que le nom de l'Eternel soit béni. Si Dieu lui a donné ce qu'il vient de perdre, la perte est différente. Il ne se retrouve pas avec un bilan négatif, mais à zéro. Nu je retournerai dans le sein de la terre. Il a reçu de Dieu, et Dieu a repris. Bien sûr que c'est beaucoup plus facile de le dire que de le vivre, et nous connaissons cette petite phrase, donner, c'est donner, reprendre c'est voler. Nous avons tendance à penser ainsi, Dieu nous a volé certaines choses. Job pense différemment ici. Nous connaissons les droits, les droits de l'homme, cette année je crois que c'est les dix des droits de l'enfance, c'est bien, il faut se battre pour les droits de l'homme, ici et ailleurs, c'est important, Jésus a souvent parlé de justice, heureux ceux qui ont faim et soif de justice, et beaucoup d'autres textes. Mais je crois que dans notre vie de foi, pour pouvoir surmonter les pertes, mieux les surmonter, nous devons apprendre à abandonner les droits que nous pensons avoir auprès de Dieu. Parce que si pensons que nous avons auprès de Dieu un droit, droit à un conjoint, une famille, des enfants, une bonne santé, le confort, la richesse, d'une part nous méprisons l'amour de Dieu pour nous, sa compassion, et d'autre part sa souveraineté. Il n'est plus Seigneur dans tous nos aspects de vie, mais nous nous élevons et voulons ainsi en quelque sorte usurper sa place. C'est lui le maître, si nous sommes ses disciples. C'est lui qui conduit. Nous pouvons dire nos souffrances, nos incompréhensions, mais nous sommes invités à la suivre, Jésus a dit, quiconque ne porte pas sa croix, et ne me suit pas, ne peut être mon disciple. Porter la croix, c'est comme Jésus vouloir faire la volonté de notre Père céleste, indépendamment du prix à payer. Jésus a payé le prix suprême, il est mort pour nous donner la vie. La vie en abondance, et la vie éternelle. Jésus a abandonné tous ses droits à son Père, même sur sa vie. Mais ainsi il a tout reçu, il est ressuscité victorieux. Comprenez-moi bien, il ne faut pas chercher la souffrance, la douleur, il n'y a pas de sublimation dans la douleur, une récompense spéciale, non, mais si je veux être disciple de Jésus, je dois être prêt à tout abandonner. Cela ne veut pas dire que je devrai tout donner, mais être prêt. Avoir un regard différent. Savoir que tout vient de Dieu, et abandonner consciemment ce que je pense être mes droits envers Dieu. Ce n'est pas facile, mais c'est le seul chemin qui mène au but. C'est un choix. Quel maître je désire servir. Nous avons l'habitude de comparer, de regarder les autres, il reçu ceci et cela, j'ai aussi le droit.
Job, un exemple qui peut nous aider à mieux vivre et surmonter nos pertes. Mais comment a-t-il pu dire une chose pareille? Je suis sorti nu du sein de ma mère, et nu je retournerai dans le sein de la terre. L'Éternel a donné, et l'Éternel a ôté; que le nom de l'Éternel soit béni! Je crois que cela est un fruit de sa relation avec Dieu. Une relation profonde, intime. Il dit ainsi au chapitre 29/3: Sa lumière me guidait dans les ténèbres. Dieu était un confident pour Job, il pouvait tout lui dire. Sa douleur, ses questions, même son désir de maudire sa naissance. Un échange vrai, comme avec un ami, à qui on peut tout dire. Job parle à Dieu, c'est cela la prière. Même s'il ne comprend pas, mais au moins il est sincère dans sa demande. Vivre dans la dépendance de Dieu, se sachant aimé, entouré et porté par lui, voilà la clé de la foi et de la vie. C'est porter un regard d'espérance, et regard différent sur la vie et même la mort, puisque l'apôtre Paul dit même: car Christ est ma vie, et mourir m'est un gain.(Phil. 1/21). Il est tiraillé entre son désir d'être avec Christ, et de demeurer avec ses frères et surs: car Christ est ma vie, et mourir m'est un gain. Mais s 'il est utile pour mon oeuvre que je vive dans la chair, je ne saurais dire ce que je dois préférer. Je suis pressé des deux côtés: j'ai le désir de m'en aller et d'être avec Christ, ce qui de beaucoup est le meilleur; mais à cause de vous il est plus nécessaire que je demeure dans la chair. Nous perdons certaines choses, mais nous gagnons bien d'avantage avec Dieu. Nous ne sommes pas parfaits, nous passons parfois par des moments difficiles, mais nous pouvons savoir que dans nos pertes et nos gains, Dieu nous accompagne et nous a précédé en Jésus-Christ. Son amour est plus fort que toute perte que nous pouvons subir. Je suis sorti nu du sein de ma mère, et nu je retournerai dans le sein de la terre. L'Éternel a donné, et l'Éternel a ôté; que le nom de l'Éternel soit béni! Amen