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janvier 2002, dimanche après l'épiphanie, Matthieu 14/22-33
Chers
frères et soeurs,
C’est
une histoire bien connue que celle de Jésus qui marche sur les eaux et de
Pierre qui va à sa rencontre. Je me rappelle étant enfant, j’ai vu une fois
une peinture qui montre cette scène, le lac en furie, avec des vagues et de
l’écume blanche et Pierre qui s’enfonce à moitié dans l’eau, tendant la
main vers Jésus. Cette image m’est restée. C’est une histoire connue, mais
c’est surtout une histoire qui reflète nos histoires à nous avec Jésus.
Pierre veut aller à la rencontre de Jésus, il obéit à sa demande de venir,
mais il prend peur et s’enfonce. En d’autres mots, c’est une défaite, un
échec dans la foi. Il veut obéir à Jésus, mais il échoue, il prend peur.
N’avons-nous jamais connu des moments semblables? Nous voulons suivre Jésus,
mais nous échouons, dans un domaine ou un autre. Nous coulons, nous nous enfonçons.
Que
s’est-il passé pour en arriver là? Ce qui est intéressant, c’est que
c’est Pierre qui a l’idée ou plutôt l’envie d’aller vers Jésus. Si
c’est toi, ordonne que j’aille vers toi sur les eaux. Il lance presque un défi
à Jésus. Ordonne que j’aille vers toi sur les eaux, donc fais en sorte que
je ne coule pas. Les autres disciples restent bien sagement dans la barque, même
s’il y a des vagues, même s’ils ont peur, c’est encore plus sûr de
rester dans le bateau que d’aller vers Jésus sur les eaux. Nous voyons là
deux attitudes différentes de la foi. Les disciples se réjouissent de voir Jésus,
ils sont contents, mais ils ne font rien de plus. Ils ne veulent pas prendre de
risques. Pierre lui ne peut attendre dans la barque, il veut aller vers Jésus,
il veut faire quelque chose. Les disciples et Pierre aiment Jésus, ils ont une
certaine confiance en lui, mais ils ont des attitudes différentes. Dans la vie,
nous sommes parfois pris par des tempêtes, des vagues, qui nous poussent d’un
côté et de l’autre et qui menacent notre équilibre affectif, spirituel ou
autre.
Alors,
en certains moments notre foi consiste à attendre, à patienter, à espérer
que Dieu vienne vers nous pour nous sortir de notre tempête. Nous attendons,
passivement. Et en d’autres moments, nous ne pouvons rester tranquilles, nous
devons faire quelque chose, entreprendre quelque chose, risquer quelque chose.
Parfois nous sommes je crois trop passifs, nous attendons, essayons d’éviter
les plus grandes vagues, attendons que la tempête cesse. Nous avons peur de
risquer quelque chose, nous avons peur de mettre notre foi à l’épreuve. Nous
préférons une vie calme, tranquille, si possible sans événements
particuliers, qu’ils soient positifs ou négatifs. Pierre avait de l’audace,
il a presque lancé un défi à Jésus. Mais je crois que Jésus aime ces défis
là, en tous cas tout autant que l’attitude qui consiste à ne rien
entreprendre. Rappelez-vous dans l’ancien testament, quand Jacob lutte avec
l’ange, et que l’ange lui demande de le laisser partir, Jacob répond, je ne
te laisserai point aller que tu ne m’aie béni. Je ne te laisse pas partir
avant que ne me bénisse. Ou quand Dieu veut détruire Sodome et Gomorrhe, et
qu’Abraham lui demande détruiras-tu Sodome, s’il s’y trouve 50 justes?
Dieu dit non, s’il y a 50 justes, je pardonnerai à toute la ville. Et Abraham
continue, il fait ce qu’on pourrait appeler marchander, mais en en fait il en
appelle à la miséricorde de Dieu, il dit s’il manque cinq justes, s’il
n’y en a que 45, détruiras-tu la ville? Et Dieu répond encore une fois non.
Et Abraham continue, il descend jusqu’à dix justes, déruiras-tu la ville
s’il s’y trouve dix justes? Et Dieu dit non. Il faut aussi une certaine
audace pur demander cela à Dieu. Avons-nous cette audace dans nos prières, nos
visions, nos attentes? Sommes-nous satisfaits de notre foi, ou voulons-nous
vraiment plus de Dieu? Nous pensons peut-être bien vite, de toute façon cela
ne sert à rien que je m’engage plus envers le Christ, que j’adopte
l’audace d’un Abraham, d’un Jacob ou même d’un Pierre. Si, cela sert à
quelque chose. Vous me direz peut-être, mais regardez, Pierre, il est sorti de
la barque, mais il s’est enfoncé dans l’eau. C’est vrai, il s’est
enfoncé, mais Jésus l’a retenu par la main. Pierre a fait une expérience,
une expérience douloureuse au premier abord, un échec semble-t-il, il part
plein d’espoir pour marcher sur le lac, mais il prend peur et s’enfonce. Il
se rend presque ridicule aux yeux des autres disciples, voyez ce fou de Pierre,
il veut marcher les eaux, et puis il s’enfonce. Mieux vaut rester bien
sagement dans la barque. Nous sommes vite tentés de dire cela, mais je crois
que tel n’est pas le but. Heureusement que Pierre a osé quitter la barque,
heureusement qu’il a voulu marcher sur les eaux. Car, il s’est enfoncé dans
l’eau, certes, mais Jésus l’a pris dans sa main. Et ce qui s’est passé
ce jour là fut une leçon pour Pierre d’abord, mais aussi pour tous les
disciples, et pour nous, car cette histoire fut si importante quelle a été écrite
dans la bible. Ce n’est pas pour rien. Pierre et les disciples ont appris
quelque chose. Même dans les défaites, ou plutôt ce qui semble être une défaite,
nous apprenons quelque chose. Ce qui semble être un échec peut s’avérer
sinon la plus grande des victoires, du moins une leçon profitable. Je crois que
les disciples et surtout Pierre n’ont de toute leur vie jamais oublié cet épisode.
Jésus qui vient, qui marche sur les eaux, et qui prend Pierre par la main pour
l’empêcher de couler. Et cela résume tout l’évangile. Jésus veut nous
prendre par la main, nous tenir pour nous empêcher de couler. N’est-ce pas
une bonne nouvelle? Nous empêcher de couler dans le désespoir, la résignation,
de nous perdre dans le péché, le mal et la mort. Comme Jésus a tendu la main
vers Pierre, il tend la main vers tous ceux qui s’écrient comme Pierre:
Seigneur, sauve-moi. Parfois nous avons besoin d’épreuves comme Pierre, nous
avons besoin de couler pour que disions à Jésus: Seigneur, sauve-moi, car
sinon nous ne le dirions peut-être jamais.
C’est
vrai que si tout va bien, si nous avons tout et que nous ne manquons de rien, si
nous sommes en bonne santé et avons du succès dans tous les domaines, la
tentation est grande d’oublier Dieu, d’oublier le fait que nous avons besoin
de lui, d’oublier le fait que nous avons besoin de son pardon. Dieu nous prend
à son école, qui n’est pas toujours une école facile, mais c’est une
bonne école, la meilleure école. C’est d’ailleurs pareil sur le plan
strictement scolaire. Nous apprenons bien plus avec des maîtres exigeants, dans
des écoles difficiles que dans des écoles où l’on peut jouer aux cartes
pendant les leçons. Et ceci est aussi valable pour l’éducation des enfants.
On ne rend pas un bon service aux enfants si on désire à tout prix leur éviter
toutes les difficultés, tous les défis. La facilité est souvent mauvaise
conseillère. La vie ne nous épargne pas les luttes, les combats, la vie de foi
non plus.
Les
échecs, ou ce qui semble être des échecs, peuvent donc devenir des victoires.
Regardez la mort du Christ sur la croix, cet échec apparent est en fait la plus
grande victoire sur les forces de l’ennemi, du péché, de la maladie, de la
mort.
Ce
qui semblait être la fin du Christ est devenu sa plus éclatante victoire. Cela
devrait nous encourager, à ne pas toujours avoir peur, à ne pas toujours
attendre, mais à avancer comme Pierre. Peut-être que parfois nous nous
enfoncerons comme lui un peu dans l’eau, mais nous pouvons savoir que Jésus
viendra aussi nous tendre la main. Cela devrait nous encourager à nous réjouir
de la vie, à ne pas perdre espoir.
Mais
au fait, pourquoi Pierre s’est enfoncé dans l’eau? Quand Jésus lui a dit
viens, il n’a pas réfléchi longtemps, cela correspondait à son caractère,
Pierre était toujours un fonceur, parfois il fonçait dans la fausse direction,
mais d’autres fois, comme à Pentecôte, il fonçait poussé par l’esprit de
Dieu. Pierre n’hésite pas. il sort de la barque et marche vers Jésus. Au début tout
va bien, mais à un moment donné, il voit le vent et la mer et prend peur, et
c’est alors qu’il s’enfonce. Il ne regarde plus à Jésus, mais aux
difficultés. Avant, dans la barque, il n’avait pas les pieds dans l’eau, il
était encore un peu protégé de la mer et du vent, mais maintenant il est
seul, il n’a plus rien sur quoi s’appuyer, il ne lui reste plus que la foi.
Mais justement, cette foi l’abandonne à ce moment, il ne regarde plus à Jésus
mais aux difficultés. Il doute. Et il s’enfonce. Quand on commence dans la
vie à ne plus que voir les difficultés, les problèmes, on s’enfonce aussi
encore plus dans le doute ou le désespoir. Pierre s’enfonce. Ce n’est peut-être
pas la seule raison. Il avait de l’amour, de l’enthousiasme pour Jésus, et
voulait le rejoindre. Mais il avait peut-être aussi un peu de vanité, il était
peut-être un peu trop présomptueux, trop sûr de ce qui allait se passer. Et
il donne presque un ordre à Jésus: Si c’est toi, ordonne que j’aille vers
toi sur les eaux. C’est bien d’aller sur l’eau, de quitter certaines de
nos bonnes habitudes, l’abri des nos bateaux, mais attention, ce n’est pas
à nous de donner des ordres à Jésus, et surtout de tout prévoir. Parfois
quand nous quittons un bateau, nous croyons tout savoir ce qui va se passer,
nous désirons peut-être qu’il se passe ce que nous désirons qu’il se
passe. C’est bien de partir, mais Dieu nous amène parfois dans l’imprévu.
Jésus voulait apprendre quelque chose à Pierre. Je crois que si Pierre ne s’était
pas enfoncé, il serait presque vanté de sa foi, de son savoir, il serait
devenu orgueilleux. D’ailleurs un peu plus tard, il dira à Jésus qu’il ne
le renierait pas. Il serait là aussi trop sûr de lui. Alors Jésus le prend
dans son école, gentiment, doucement, avec ses méthodes. Jésus aurait pu lui
dire, mais non, Pierre, ce que tu
me demandes n’est pas bien, il y a un peu de fierté dans ta demande, tu
essaie de me prendre a ton service au lieu de rester à mon service, Jésus
aurait pu dire cela, mais vous savez bien pour bien apprendre ou comprendre
quelque chose, il faut le vivre. Jésus savait aussi que Pierre s’enfoncerait
dans l’eau, il aurait pu l’avertir, mais il ne l’a pas fait non plus. Il
fallait que Pierre s’enfonce pour qu’il comprenne, et Jésus l’a laissé
s’enfoncer dans l’eau, je ne sais pas jusqu’à quelle profondeur, ce que
je sais, c’est que Jésus l’a retenu. Pierre a appris plusieurs choses. Sûrement
qu’il ne s’est pas vanté après cet épisode, il a appris l’humilité, il
a aussi appris à ne pas regarder aux difficultés, mais à Jésus, et aussi à
prier vraiment, alors qu’il s’enfonçait, Pierre n’avait pas le temps de
formuler une belle prière, il ne pouvait plus que dire une chose, une chose qui
le concernait directement,
il ne pouvait plus que dire:
Seigneur, sauve-moi. C’était en même temps le cri de son coeur et l’espoir
de sa vie, il n’y a avait plus que cela qui puisse le sauver. Seigneur,
sauve-moi. Et Jésus étend sa main. Quelle expérience salutaire, c’est le
cas de le dire.
Jésus
nous invite aussi à avancer, faire des pas de foi, même si parfois nous
tombons. Mais dans ces chutes, nous apprenons quelque chose. Dieu ne cherche pas
des chrétiens et des chrétiennes parfaites, mais des chrétiens avides de
marcher avec lui, d'apprendre de lui, même si parfois on se mouille. Il y a
deux dangers dans la vie de foi: c'est d'une part de ne rien faire, de ne rien
oser, de ne pas voir la grandeur de Dieu, et l'autre c'est d'oser, vouloir à
tout prix faire quelque chose, mais c'est d'abandonner lorsqu'on s'enfonce un
peu dans l'eau, lorsque le pas en avant diffère de ce que nous pensions, et
surtout lorsque dans ce pas en avant on exécute sa propre vision des choses au
lieu de celle de Dieu. On s'enfonce, alors au lieu d'appeler, crier à Dieu, on
se résigne, on se dit, à quoi bon, j'ai voulu m'engager à fond, mais le résultat
n'était pas probant. Deux attitudes différentes, mais le résultat est le même,
on revient à la case de départ, on fait du surplace, ou même parfois on
abandonne la vie de foi.
Heureusement
que Pierre s’est lancé à l’eau. Il a appris beaucoup de choses, et pas
rien que lui, les disciples aussi, puisqu’il est dit au verset 33: Ceux qui étaient
dans la barque vinrent se prosterner devant Jésus et dirent: Tu es véritablement
le Fils de Dieu. Même si les motifs de Pierre n’étaient peut-être pas tous
purs, même s’il a eu peur, s’il a douté, il a fait une expérience avec Jésus,
de sorte que tous ceux qui sont dans le bateau se prosternent et disent: Tu es véritablement
le Fils de Dieu. Dieu emploie même les échecs apparents pour nous dévoiler
quelque chose, et pas seulement à nous, mais aussi nos frères et sœurs.
Dieu peut transformer même les épisodes qui contiennent du doute, de la
peur, des motifs impurs en un formidable témoignage de sa puissance et de son
amour. Tu es véritablement le Fils de Dieu. On n'a jamais fini d'apprendre,
mais Dieu est le meilleur enseignant de la vie. Oui, Jésus-Christ est véritablement
le Fils de Dieu. Amen.