Marc 6/45-52, confiance

Boîte à prédications

28 juin 1998, Matthieu 15/21-28

 

Chers frères et soeurs,

 

On dit parfois de certains Suisses qu'ils sont des Neinsager, des gens qui disent non, non au changement, non aux défis, non à la nouveauté, qui s'enferment dans des traditions, des choses connues, et ont peur des défis de l'avenir. Dans le récit de la rencontre de la femme cananéenne et de Jésus, c'est Jésus qui dit trois fois non. La femme demande quelque chose, et ne reçoit pas de réponse dans un premier temps. Comme un non, je ne m'occupe pas de toi. Ensuite il dit, je n'ai été envoyé qu'aux brebis perdues de la maison d'Israël, sous-entendu, pas pour les païennes. Et lorsque elle se prosterne, il lui dit: n'est pas bien de prendre le pain des enfants, et de le jeter aux petits chiens. Trois non de Jésus, trois fois il semble non seulement ignorer son problème, sa demande, mais presque la mépriser, en parlant de d'enfants et de chiens, en faisant cette différence entre les Juifs et les païens. Qu'aurions-nous fait à la place de cette femme ? Je ne sais pas, mais son attitude est remarquable. Nous nous serions peut-être vexés, aurions résigné, pleuré, ou dénoncé Jésus pour sa discrimination. Ou bien nous aurions pensé, si comme cela, alors il ne faut plus me parler de Jésus et de la foi. L'attitude de Jésus est presque choquant. Elle ne concorde pas avec les images que nous nous faisons de Dieu et de Jésus. Jésus se rend dans cette région païenne pour être à l'écart, pour ne pas être dérangé, il n'y va pas pour prêcher. Le texte le dit, il se retira. Sa première mission concerne les brebis d'Israël. Il va dans cette région, avec un but, se mettre à l'écart, pas être dérangé, mais voilà, les circonstances sont différentes. Son Père conduit toutes choses, comme pour nous, parfois aussi nous voulons nous retirer de quelque chose, peut être parce que nous sommes  déçus, ou que nous manquons d'énergie, de persévérance, ou que sais-je, on veut se retirer dans un endroit bien calme, à l'écart, on aimerait être seul, et puis voilà que cela ne se passe pas ainsi. Dieu nous met quelqu'un ou quelque chose sur la route. On a choisi une orientation, mais Dieu change cette orientation, ou nous donne la possibilité de la changer. Jésus rencontre cette femme, ou c'est plutôt cette femme qui va à sa rencontre. Cette femme qui a un problème, son fils est cruellement tourmenté par un démon. Elle a sûrement essayé tous les remèdes connus à l'époque, et consulté tous les médecins. Un jour, elle entend parler de Jésus, de ce guérisseur juif, c'est ainsi qu'il était considéré dans ces régions à l'époque, et contre toute évidence, elle place en lui son dernier espoir. Pourquoi contre toute évidence? Parce qu'elle a du passer par des difficultés presque insurmontables pour l'atteindre. Sa condition de femme faisait qu'elle n'avait pas le droit d'aborder sans autre un homme qu'elle ne connaît pas; en plus elle est cananéenne, un peuple souvent ennemi des Juifs, elle est païenne, ne pratique pas la religion juive. Mais l'amour qu'elle a pour sa fille l'a fait franchir tous ces obstacles. Cet amour lui insuffle l'espoir, et la persévérance. Elle s'approche, et pour qu'on l'entende, elle crie. L'amour surmonte des tas d'obstacles qui semblent infranchissables, la crainte, le quand dira-t'on, à quoi ça sert, c'est inutile, il n'y a plus d'espoir. L'amour espère tout et croit tout dit l'apôtre Paul dans 1 Corinthiens 13. Quand nous avons de la peine à franchir certains obstacles, quand nous ne voyons plus que les obstacles, nous devons nous poser la question: Quelle est la grandeur de mon amour pour Dieu et mon prochain?

L'amour pour sa fille fait franchir à la femme cananéenne ces obstacles de religion et de peuple et de sexe. Elle arrive vers Jésus, et elle crie: Aie pitié de moi, Seigneur, Fils de David! Ma fille est cruellement tourmentée par le démon. Jusque là, tout ce qu'elle fait est juste, bien, dicté par l'amour. Elle a un problème dans sa famille, et elle va vers le Fils de David, le Messie du peuple d'Israël. Elle lui demande d'avoir pitié, elle lui explique son problème. Alors devant une telle attitude, on s'attend de la part de Jésus à ce qu'il réponde favorablement à cette demande, lui qui est venu pour proclamer aux captifs la délivrance, pour renvoyer libre les opprimés. Que fait Jésus? Le texte le dit, et cela nous choque: Il ne lui répondit pas un mot. Vous vous rendez compte. C'est inadmissible. Imaginez une personne qui a un problème, qui vient vers moi, me demande de l'aide, et je ne réponds pas un mot, rien. Mais cela ne se fait pas. Pour un pasteur, et pour Jésus, encore beaucoup moins. Nous aurions peut être trouvé une excuse, dit que nous n'avons pas le temps ou que nous ne sommes pas compétents, ou que sais‑je. Jésus ne répond pas un mot à cette demande de la femme. La femme demande quelque chose à Jésus, c'est une prière, et Jésus ne répond rien. Il arrive que Jésus semble ne pas répondre à nos prières. Ou à notre première prière, première demande. Car le récit continue. Cela ne correspond peut être pas à l'idée que nous nous faisons de Jésus, mais c'est ainsi. Il arrive que Dieu se taise. Quand Jésus était sur la croix, il a dit à Dieu, mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as‑tu abandonné. Et Dieu n'a pas répondu non plus à cette question, cette prière de son Fils sur la croix. Il n'a rien dit, mais il a agi, après ce silence, il a ressuscité son Fils d'entre les morts et lui a donné tout pouvoir. Alors quand parfois Dieu ne répond pas à nos prières, ne dit rien ou semble ne rien dire, ne nous décourageons pas. Dieu est souverain, il fait ce qu'il veut, quand il le veut, comme il le veut. Dieu ne se laisse pas forcer la main par nos idées et nos conceptions. Heureusement, vous imaginez le chaos. Dieu sait pourquoi, même si nous ne savons pas, ou pas tout de suite, ou seulement dans la gloire. Parfois nous ne voyons qu'un côté du tapis, si vous faites un tapis à la main, il y a le beau côté, et l'autre côté, en dessous, avec les noeuds, les fils etc. On ne voit pas tout de suite le beau côté du tapis, parfois on ne voit que le dessous, Dieu nous demande de passer le fils ici et là, et puis il nous semble que ce n'est pas bien. Mais lui il voit le tout, il voit le beau côté. Jésus ne répond pas un mot à la demande de la femme cananéenne. Et puis les disciples de Jésus, eux bien sûr, qu'est‑ce qu'ils disent: renvoie‑la, car elle crie derrière nous. Je me demande si les disciples n'avaient pas un peu de sang suisse, ça les dérange, cette femme qui crie pour demander de l'aide à Jésus. Et puis comme Jésus ne répond rien, ils se sentent encouragés dans cette idée. Une femme qui crie pour demander de l'aide, cela dérange, il faut la renvoyer. Et Jésus donne encore une explication théologique à cette demande sans cœur des disciples: Je n'ai été envoyé qu'aux brebis perdues de la maison d'Israël.

Trois choses, comme trois coups de marteaux sur la femme, Jésus qui ne répond pas, les disciples qui demandent de la renvoyer, et Jésus qui dit qu'il n'est envoyé que pour les brebis perdues de la maison d'Israël. Mais elle ne perd pas courage. Elle est admirable de courage, cette femme, vous êtes d'accord, elle aurait pu se décourager. Non, elle se prosterne, quelle humilité après ces réactions de Jésus et des disciples, elle appelle Jésus Seigneur, et lui demande: Secours‑moi. Elle aurait pu être vexée dans son amour-propre, si c'est comme cela, je ne veux plus rien entendre de ce Jésus, mais heureusement, elle n'a pas cet orgueil. Dieu fait grâce aux humbles, mais il résiste aux orgueilleux. Combien de grâces avons‑nous manquées par notre orgueil. Elle continue, se prosterne, appelle Jésus Seigneur, et demande, vous voyez l'ordre, se prosterner, reconnaître qu'il est Seigneur, et ensuite demander. Parfois nous demandons sans humilité, ou sans reconnaître qu'il est Seigneur. La femme se prosterne, appelle Jésus Seigneur, et demande le secours. Et que fait Jésus? Est‑ce qu'il change d'attitude, est‑ce que son cœur n'est pas touché par cette femme? Il ne semble pas, selon sa réponse. Qu'est‑ce qu'il répond: Il n'est pas bien de prendre le pain des enfants, et de le jeter aux petits chiens. Vous vous rendez compte. La femme demande de l'aide, du secours, et Jésus répond qu'il ne faut pas jeter le pain des enfants aux petits chiens. Dans une maison, il y a une différence entre les enfants et les chiens, même si ceux‑ci peuvent être gâtés, recevoir nourriture et attention. Jésus ne parle pas ici de chiens errants, mais de chiens de maison, qui sont avec les enfants. Mais quand même, il montre la différence entre les enfants et les chiens, et avant il disait qu'il n'a été envoyé qu'aux brebis perdues d'Israël. Autrement dit, les enfants, ce sont les brebis d'Israël, et les autres, c'est pas la même classe, les petits chiens, ce que j'ai à donner, le pain, c'est pour les enfants, les brebis d'Israël, pas pour les autres. Imaginez votre réaction, si Jésus vous avait répondu de telle manière, on peut le comprendre comme s'il comparait un peu la femme à un chien, il ne le fait pas directement, mais la femme aurait très bien pu le comprendre ainsi. Cela aussi ne semble pas coller à l'image que nous avons de Jésus, prendre une telle comparaison, il semble ne pas avoir de cœur. Parfois dans nos vies, Dieu ou Jésus ne semblent pas avoir de cœur, semblent être sourds à la souffrance. Et que fait la femme? Trop c'est trop, j'irai vers d'autres guérisseurs, je chercherai de l'aide ailleurs, ou je me résigne à mon sort? Non, après avoir fait parler son cœur, un cœur meurtri par la possession de sa fille, elle emploie aussi sa raison, elle réfléchit aux paroles de Jésus, à sa réponse avec les petits chiens. Son cœur, son esprit, sa foi, son espoir, tout cela semble se mettre ensemble. Alors une fois de plus, elle ne se vexe pas par ce qui semble être une comparaison peu flatteuse pour elle, elle dit quoi: Oui Seigneur, elle dit oui aux paroles de Jésus, et elle répète Seigneur, elle est d'accord avec la parole de Jésus, elle ne contredit pas les paroles de Jésus, mais cherche au travers des ses paroles un espoir pour sa situation. Elle ne fait pas de réserve à la parole de Jésus, elle l'interprète à sa situation. Elle l'applique à sa situation. Elle croit que cette parole est une parole de salut pour elle. Et qu'elle concerne sa propre vie, respectivement celle de sa famille. Oui, Seigneur dit‑elle, autrement dit, je suis entièrement d'accord avec toi, mais les petits chiens mangent les miettes qui tombent de la table de leurs maîtres. Je ne suis pas brebis d'Israël, je ne demande pas à le devenir, je demande juste de recevoir quelques miettes de toi. Quelques miettes. Parce que tu donnes aux enfants à grande quantité, plus qu'ils ont besoin, je ne veux pas le pain réservé aux enfants, je veux de leur superflu, des miettes que tu donnes en trop. Elle demande, elle n'exige pas, mais elle croit à la parole de Jésus et le prend au mot, si tu prends l'exemple des chiens, moi je ne me contente pas avec l'impression de désaveu que cette réponse me donne au premier abord, je cherche un élément d'espoir et de salut pour ma vie dans cette parole. Je suis d'accord avec l'exemple des chiens, mais je veux aller jusqu'au bout. Je veux tout de cette parole. J'y trouve l'espoir du salut et de la vie. Et que répond Jésus: Femme, ta foi est grande, qu'il te soit fait comme tu veux. Et à l'heure même, sa fille fut guérie. Quelle rencontre, quelle foi de cette femme. Rien ne l'a retenu. Poussé par l'amour, guidée par la foi, elle a même brisé l'obstacle de l'attitude de Jésus qui paraissait exclusive. On entrevoit dans ce texte l'ouverture du salut aux non Juifs. Que veut nous dire ce récit: La foi n'est pas quelque chose d'acquis une fois pour toutes, de figé, la foi implique la rencontre avec Jésus, le dialogue, l'écoute et le parler. La femme a fait confiance à la parole de Jésus, sans s'appuyer sur sa propre justice, ses droits. Elle reconnaît que c'est par grâce qu'elle reçoit du pain, que ce n'est pas une obligation. C'est par grâce que l'évangile nous a atteints, la grâce et l'amour de Dieu que le salut nous a atteints, nous qui ne sommes pas descendants d'Abraham. La femme a passé par trois phases: elle s'est humiliée devant Jésus, l'a appelé Seigneur, et a accepté sa parole sans réserve. Et sa fille fut guérie. Gloire à Dieu. Que nous apprend encore ce texte:

Dieu ne répond pas oui à toutes nos prières. Parfois c'est oui, parfois c'est non, parfois c'est attend. Mais notre foi n'est pas basée sur les réponses de Dieu à nos prières, mais sur Jésus‑Christ lui‑même, sa mort et sa résurrection. Paul dit même aux Corinthiens: Car je n'ai pas eu la pensée de savoir parmi vous autre chose que Jésus‑Christ, et Jésus‑Christ crucifié. C'est la pierre angulaire, la base de notre foi, Jésus-Christ, et Jésus‑Christ crucifié. Notre foi est basée sur cela, Jésus‑Christ crucifié pour les pécheurs, et rien d'autre, notre foi ne dépend pas des réponses de Dieu à nos prières, ni de des dons qu'il nous a donné, ni des sentiments que nous avons, mais elle basée sur ce fait historique de la mort et de la résurrection de Jésus‑Christ pour le monde entier. La femme n'avait pas foi en elle‑même, mais en ce Jésus et au salut qu'il pouvait donner. Elle s'est appuyée non sur son origine, sa religion, sa justice, uniquement en Jésus et ce que lui pouvait donner. Uniquement en lui, mais de tout son coeur, de toute sa pensée et de toute sa force. Et cela a suffit. Elle a persévéré, parce qu'elle ne s'appuyait pas sur elle, mais sur Jésus et sa parole. Que Dieu nous fasse la grâce de recevoir une telle humilité, une telle confiance en sa parole et une telle foi. Amen.