Marc 6/45-52, confiance

Boîte à prédications

8 septembre 2002, Matthieu 5/1-12.

 

Chers frères et sœurs, 

 

            Qui aimerait être heureux parmi vous ? Personne ? Cela m'étonne. En général, on désire tous être heureux. Qui est heureux parmi vous ? Personne ? La bible dit qu'il ne faut pas mentir. Alors ça tombe bien, parce que le texte de ce matin parle de cela, heureux. Que faut-il pour être heureux ? Pas seulement un peu joyeux mais heureux, profondément heureux? Faut il beaucoup d'argent? Vous savez tous que l'argent ne fait pas le bonheur, au contraire, et l'amour de l'argent surtout est mauvais, puisque il est dit dans 1 Timothée 6/10, l'amour de l'argent est une racine de tous les maux, et que ceux qui en sont possédés se sont égarés loin de la foi, et se sont jetés eux-mêmes dans bien des tourments. Faut il alors être pauvre, vivre comme un ermite? La bible ne dit nulle part que la pauvreté rend heureux, donc ni l'argent, ni le manque d'argent ne rendent heureux. Il y a autre chose, Luc dira au chapitre 12 la vie d'un homme ne dépend pas de ses biens. Faut il une grande famille pour être heureux? Un métier intéressant, des activités intéressantes, de nombreux amis ou encore d'autres choses? Il y a des choses bonnes et même agréables dans la vie, il fait bon avoir des amis, faire des choses que l'on aime etc, mais cela ne rend toujours pas vraiment heureux. Non il y a autre chose. Mais les béatitudes, pour enlever un premier malentendu, ce ne sont pas des recettes, pour nous rendre heureux, nous rendre heureux par un comportement, des exigences. Ce n'est pas en devenant pauvre que nous deviendrons heureux, ce n'est pas en devenant tristes que nous deviendrons heureux, non, ce n'est pas ce qui est écrit: Il n'est pas ‚écrit: Le royaume des cieux est  à eux, parce qu'ils se savent pauvres en eux-mêmes, il est écrit: Heureux ceux qui se savent pauvres, car le royaume des cieux est à eux. C'est une différence, les béatitudes, ce n'est pas un livre de recettes. La bible n'est pas un livre de recettes. Tu veux le bonheur, fais ceci, tu veux de l'argent, fais cela, tu veux du succès professionnel ou familial, fais cela, tu veux la santé, fais ceci. Si nous pensons que la bible est un livre de recettes pour différentes situations dans nos vies, je crois que nous n'avons pas compris son message. La bible est d'abord une lettre d'amour, déclaration d'amour de Dieu pour nous. Et nous pouvons y répondre ou pas. Les béatitudes ne sont pas des recettes pour devenir heureux. L'accent n'est pas mis sur une somme de vertus, on doit être pauvre triste, etc, non l'accent est mis sur une promesse, promesse qui reste valable, qui console, qui rend patient et forge l'espérance dans un temps et des conditions difficiles. Ce qui est déterminant, ce n'est pas de comprendre pourquoi nous sommes ou serons heureux, c'est de le croire, tout simplement, s'approprier ces promesses de Jésus. Même si nous ne comprenons pas pourquoi nous sommes heureux dans telle ou telle situation, telle ou telle attitude, il nous est demandé de faire confiance à cette parole de Jésus. D'ailleurs, simplement en écoutant ou lisant ces béatitudes, cela nous fait du bien. Ce ne sont pas des recettes. Ce sont des promesses, heureux les pauvres en esprit, les affligés, les débonnaires, c'est à dire ceux qui sont doux de cœur, ceux qui ont faim et soif de justice, ceux qui sont miséricordieux, ceux qui ont le coeur pur, ceux qui procurent la paix, ceux qui sont persécutés pour la justice.  Mais c'est tout de même un drôle de catalogue, drôle de façon de parler du bonheur, pour être heureux, bienheureux selon l'expression que Calvin employait, et c'est bien de cela qu'il s'agit. Le mot employé, heureux, selig en allemand, maka,rioj (makarios) en grec, signifie un bonheur parfait, durable, profond, ce mot était dans le monde grec presque exclusivement destiné aux dieux pour montrer que le bonheur de leur vie dominait sur tous les soucis, le travail et même la mort. Heureux, vraiment heureux, ce bonheur que les grecs réservaient à leurs dieux, Jésus le rend accessible à ses disciples. C'est donc la deuxième clé de la compréhension du texte,  Jésus s'adresse aux disciples pour les enseigner en disant cela, on le voit au verset 1. Pour être heureux, bienheureux, je dois devenir un disciple de Jésus Christ. Il ne suffit pas de souffrir, d'avoir faim et soif de justice, d'être miséricordieux, il faut être disciple de Jésus Christ. Alors si je ne suis pas heureux au fond de mon cœur, si je ne suis pas en paix, la première question à me poser est la suivante, suis-je un disciple de Jésus-Christ, c'est à dire une personne qui écoute les enseignements de Jésus et qui lui obéit, et cela pas seulement quand cela me plaît, mais aussi quand cela me déplaît. Guillaume Farel, qui fut le réformateur de notre région, disait de Christ: "Il est la vérité et Lui seul doit être écouté; il ne faut avoir égard en aucun autre, quoi qu'il dise ou fasse, mais suivre Jésus Christ. Et si l'on doute que Jésus Christ ait dit ou ordonné quelque chose, il faut s'en référer aux Saintes Ecritures comme la source divine par laquelle le Seigneur veut que nous éprouvions toutes choses pour savoir ce qui est selon Jésus Christ et ce que nous devons croire et tenir sans rien y ajouter ni diminuer". Pour être heureux, je dois écouter Christ et lui seul. Cela enlève un malentendu au sujet de ce texte: Heureux les pauvres en esprit, les affligés, les débonnaires, ceux qui sont persécutés, comment peut on être heureux dans ces conditions? Ce n'est pas la loi du monde, car la loi du monde dit que pour être heureux, il faut être riche en esprit,  il ne faut pas être affligé, il ne faut pas être doux de coeur mais dur et rigoureux, pour avoir le dessus. Le fils du rabbi Jehoschua avait une fois la fièvre et il rêvait dans sa maladie. Quand il sort de son état fiévreux, son père lui demande ce qu'il a rêvé. Et il répond: J'ai vu un monde à l'envers. Les puissants et les riches, ceux qui savent tout étaient en bas, et les derniers étaient en haut. Et le rabbi lui dit alors: Mon enfant,  ce n'est pas le monde à l'envers que tu as vu, mais un vrai monde. Le monde du royaume de Dieu est différent du monde des ténèbres. Les règles et les lois sont différentes. Les derniers seront les premiers, et les premiers les derniers. Carl Friedrich von Weizsäcker, dont le frère à été président de l'Allemagne, avait lu le sermon sur la montagne quand il était encore enfanté, et il a pensé: Si ce qui est écrit là est vrai, alors ma vie est fausse, et la vie qui est vécue dans mon entourage aussi. Comment peut on être heureux dans ces conditions. Impossible à vue humaine,  mais possible avec Jésus-Christ, puisque c'est lui qui le dit. Et pour nous chrétiens,  enfants de Dieu, ces béatitudes sont de formidables promesses, promesses pour notre foi, dans nos difficultés, nos afflictions. Heureux nous dit Jésus, les pauvres en esprit, les affligés, heureux ceux qui sont persécutés pour la justice, heureux serez vous lorsqu'on vous outragera, qu'on dira faussement de vous toute sorte de mal à cause de moi. On disait aussi grand mal des réformateurs, mais ils n'avaient fait que de remettre en valeur les enseignements de la bible, mais c'est justement cela qui provoqua l'opposition. Le même Farel disait que le pouvoir de la Parole de Dieu,  lorsqu'elle est prêchée en simplicité et sans falsification est tel que la conscience des adversaires devient un témoin de cette puissance. Ils s'opposent à la bible justement parce qu'ils en sentent la force. Les temps n'ont pas changé jusqu'à aujourd'hui. Heureux, Christ nous a promis la félicité, et lui tient ses promesses, nous pouvons lui faire confiance. Je termine cette prédication en m'arrêtant courtement auprès de cinq des béatitudes du texte: Heureux les pauvres en esprit: C'est renoncer à avoir une haute opinion de moi-même, de mon esprit, mon intelligence, mon savoir, car tout cela est un obstacle pour la nouvelle vie de Christ. Si je pense pouvoir être heureux sans lui, tout seul, grâce à mes facultés propres, alors c'est l'échec. Mais si je suis conscient de mes faiblesses, de ma petitesse par rapport à Dieu, de mes limites,  alors il pourra me remplir. Heureux les pauvres en esprit.

                Heureux les affligés: Cela nous enlève de l'illusion que nous n'avons plus d'afflictions quand nous devenons chrétiens. Nous avons encore des afflictions, de différentes sortes, mais au travers de ces moments, nous pouvons savoir que Dieu nous consolera. Croyons à cette promesse, il nous consolera. Cela ne signifie pas qu'il faut être affligé pour être heureux, il y a d'ailleurs plusieurs fois ce heureux, dans notre texte, il n'est pas limité à une seule circonstance ou attitude. Il ne faut pas être affligé pour être heureux, mais même dans l'affliction, on peut être heureux.

                 Heureux les débonnaires: Pour être un disciple de Jésus-Christ, les mauvais coups, les tricheries et les coudes ne sont pas nécessaires, au contraire. D'ailleurs ils ne servent qu'à préserver nos propres intérêts, mais en tant que chrétien, ce sont les intérêts de Dieu, son royaume qui sont ma priorité. Heureux les miséricordieux: Nous pouvons prendre le risque d'être miséricordieux, Dieu nous a fait miséricorde en premier. Heureux ceux qui ont le coeur pur: Ceux qui confessent leur impureté devant Dieu et aussi devant les hommes peuvent vivre le pardon gratuit grâce au sang de Christ qui nous purifie de tout péché.

            Oui, c'est un message de foi, d'encouragement, de promesses. Heureux, nous tous qui écoutons la parole et la mettons en pratique, heureux nous qui entendons ces béatitudes pour les faire parler dans nos coeurs. Elles nous font du bien, elles rappellent ou nous redonnent l'espérance, elles nous font entrer toujours plus dans le royaume de Dieu. Heureux, oui nous pouvons le devenir grâce à Christ. Chouraqui traduit d'ailleurs makarios, heureux, par en marche, en marche les humiliés du souffle, oui le royaume des ciels est à eux, en marche les endeuillés, oui ils seront réconfortés, en marche les humbles, oui ils hériteront la terre, en marche les matriciels (miséricordieux), ils seront matriciés. Le peuple de Dieu est un peuple en marche. Oui, heureux nous tous qui entendons et croyons ces paroles du Christ. Les béatitudes ne sont pas des recettes de bonheur, ce sont des promesses destinées aux disciples de Christ, amen.