Prédication Matthieu 6

 Prédication Matthieu 6.11-13

Pasteur Vincent BRU

ERE de Paris

Thème : La prière au Père (3)

 

Lectures : Mt 6.11-13 ; Gn 18.16-33 ; 1 Tm 2.1-4

Chers frères et sœurs en Christ, nous avons vu il y a quinze jours comment le Notre Père, dans sa première partie, oriente toute notre pensée, toute notre prière vers Dieu, et vers la manifestation de son règne.

Avant même d’exposer nos besoins à Dieu, avant de nous préoccuper de nous-mêmes, de notre volonté, de nos désirs, le Notre Père nous apprend à tout subordonner à la volonté de Dieu, à mettre notre volonté au diapason de la volonté divine.

Telle est la disposition qu’il faut avoir lorsque nous nous approchons de Dieu dans la prière.

Dieu d’abord ! Dieu avant tout ! Dieu premier servi !

La prière n’a d’autre intention que de nous accorder à la volonté de Dieu, et de nous mettre en relation de dépendance avec lui, dans la reconnaissance de sa souveraineté et de son amour paternel.

 

Venons-en maintenant à la deuxième partie du Notre Père, qui concerne nos besoins fondamentaux.

Celle-ci comprend trois demandes, qui résument tout ce que nous avons à demander à Dieu pour nous, tout ce dont nous avons besoin pour notre vie.

 

I. La première demande, c’est le v. 11 : « Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour ».

Ou comme on peut aussi le traduire : « Donne-nous aujourd’hui le pain dont nous avons besoin ».

La chose importante ici, c’est que tout ce dont nous disposons, tout ce que nous avons, et tout ce dont nous avons besoin pour l’entretien de notre vie, c’est à Dieu que nous le devons.

Voilà pourquoi l’on peut dire : « Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour », parce que tout ce que nous sommes, et tout ce que nous possédons, tout ce que nous avons, nos richesses, nos biens, la santé, et tout le reste, nous le devons en définitive à Dieu qui est l’auteur de tout bien.

Toute notre vie, c’est à Dieu que nous la devons.

« Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour ».

Notez que le mot « pain » désigne en réalité tout ce que nous possédons, et qui nous est nécessaire pour notre vie, pour notre subsistance et pour notre bien-être, et non pas seulement l’aliment, le pain.

Comme l’a dit le Réformateur Martin Luther : « Par pain quotidien que nous demandons à Dieu de nous donner, il faut entendre : la nourriture, le vêtement, la demeure, le champ, le bétail, le gain de chaque jour, une famille, un bon gouvernement, des saisons favorables, la paix, la santé, le bonheur, des amis fidèles, de bons voisins, et en général toutes les choses nécessaires à l’entretien de cette vie. »

De même Calvin : « D’une manière générale, c’est tout ce qui nous assure la sauvegarde de notre vie présente : la nourriture, le vêtement, mais aussi tout ce dont nous avons besoin pour vivre et nous permet – dans la mesure où Dieu le juge bon – de savourer notre pain en paix. »

Voilà bien tout ce qui est compris sous ce mot de « pain », et qu’il nous faut demander dans notre prière.

Notez bien aussi l’ « expression « de ce jour » ou « quotidien » : « Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour ».

Le Seigneur veut nous éveiller ainsi à la tempérance, à ne pas demander plus qu’il ne faut, plus qu’il n’est vraiment nécessaire, et attire notre attention sur les choses qui nous sont vraiment nécessaires chaque jour de notre vie.

C’est chaque jour qu’il convient de demander à Dieu « notre pain quotidien », le pain dont nous avons besoin pour vivre, jour après jour.

Inutile de demander à Dieu le superflu, ce qui ne nous est pas vraiment nécessaire, ce qui ne devrait même pas encombrer notre esprit et solliciter notre attention, car tout cela, nous dit l’Ecriture, nous est donné par surcroît, ou en plus.

La prière concerne nos besoins fondamentaux, notre pain quotidien, tout ce qui nous est nécessaire pour l’entretien de cette vie, et pour lesquels nous dépendons de la Providence de Dieu.

Alors à quoi nous oblige maintenant une telle demande ?

Et bien tout d’abord, elle nous oblige à croire à la sollicitude divine, au fait que Dieu prend soin des siens, de ceux qui lui appartiennent, et que, comme le dit Jésus plus loin, Dieu veille sur nous d’un soin paternel, de sorte qu’il ne peut tomber à terre un seul cheveu de notre tête sans la volonté de notre Père qui est dans les cieux.

Demander à Dieu notre pain quotidien, c’est dire aussi notre dépendance vis-à-vis de Dieu, le fait que nous reconnaissions cette dépendance, qui nous lie au créateur en qui nous avons la vie, le mouvement et l’être, comme le dit l’apôtre (Actes 20).

Mais cette demande nous oblige aussi à être attentif aux besoins d’autrui, et à venir en aide à ceux à qui manque même le nécessaire.

C’est là le sens de l’expression « notre pain », au pluriel, et non pas simplement « mon pain » !

Il y a une solidarité qui s’exprime dans le Notre Père, qui n’a rien d’une prière égoïste, bien au contraire.

Le Notre Père nous invite à aller à la rencontre d’autrui, et à être des imitateurs de Dieu, en portant secours aux nécessiteux, aux pauvres, aux affamés de la terre, en étant ainsi, entre les mains de Dieu, des instruments de sa grâce, de son amour et de sa bienveillance.

 

II. Deuxième demande : « Pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés. »

La TOB rend mieux le sens du texte original : « Pardonne-nous nos tords – littéralement nos dettes – envers toi, comme nous-mêmes avons pardonné à ceux qui avaient des tords envers nous. »

Après nos besoins matériels, nos besoins spirituels.

On se souvient ici de la parole de l’Evangile : « L’homme ne vivra pas de pain seulement, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu » !

Pardonne-nous nos offenses.

Rien ne saurait être plus important que cela, en fait.

Que Dieu nous pardonne nos offenses, qu’il nous remette nos dettes, qu’il ne nous considère plus comme ses ennemis, des pécheurs, mais qu’il se réconcilie avec nous, et qu’il nous réconcilie avec lui, en faisant la paix avec nous, par le Christ.

Le Notre Père entend nous rappeler que nous sommes pécheurs, et que nous dépendons de la seule grâce de Dieu pour le pardon de nos péchés, de sa seule bonté et miséricorde.

Il faut donc que le chrétien demande à Dieu tous les jours de sa vie « pardonne-nous nos offenses ».

Non pas seulement « mes offenses », mais « nos offenses », « nos péchés » : péché de famille, péché de la commune, de la ville, péché de l’Eglise ou de la nation, de l’Etat, ou de telle ou telle institution.

Pour tout cela il convient, à l’instar d’Abraham priant pour les villes de Sodome et Gomorrhe, d’implorer le ciel afin qu’il nous accorde son pardon, et qu’il ne laisse pas tomber son jugement sur notre génération infidèle.

Il y a un devoir d’intercession du peuple chrétien, de l’Eglise envers le monde, envers les nations, et envers les diverses institutions auxquelles nous sommes associées d’une manière ou d’une autre.

Et le Seigneur poursuit en disant : « comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés », ou encore « comme aussi nous avons remis nous-mêmes à nos débiteurs ».

Le Notre Père nous invite ainsi à imiter Dieu, à prendre exemple sur Dieu en faisant preuve, comme lu , de miséricorde et de bonté envers ceux qui nous ont portés tord.

Au verset 14 nous lisons : « En effet, si vous pardonnez aux hommes leurs fautes, votre Père céleste vous pardonnera à vous aussi ; mais si vous ne pardonnez pas aux hommes, votre Père non plus ne vous pardonnera pas vos fautes. » (vv. 14s)

En résumé donc, cette deuxième demande du Notre Père nous invite à considérer tout d’abord combien nous sommes pécheurs devant Dieu, et à nous juger sévèrement nous-mêmes dans le miroir de sa sainte Loi, à nous voir comme Dieu nous voit.

Mais le Notre Père nous invite aussi à croire au pardon gratuit de Dieu, qui en Jésus-Christ pardonne véritablement à tous ceux qui le lui demandent avec une vraie foi.

Enfin, être pardonné par Dieu nous oblige à faire preuve d’une réelle indulgence envers tous nos frères, auxquels le Seigneur nous demande de pardonner, quel que soit les tords qu’ils nous ont causés.

 

III. Troisième demande, c’est le verset 13 : « et ne nous soumets pas à la tentation, mais délivre-nous du mal ».

Littéralement : « Ne nous expose pas à la tentation, mais délivre-nous du Tentateur, ou du Malin ».

Cette dernière demande prête souvent à confusion, car nous ne comprenons pas comment Dieu, qui est notre Père, pourrait nous exposer ainsi à la tentation, à l’épreuve.

A cela je répondrai que ce que nous demandons ici à Dieu en réalité, c’est non pas tant qu’il nous préserve des épreuves, qui sont le lot de tous ici-bas, et auxquelles nul ne saurait échapper, mais bien plutôt qu’il fasse en sorte que nous ne soyons jamais terrassés par elles, et qu’il nous donne toujours le moyen d’en sortir victorieux.

Je cite encore Calvin : Ce que nous demandons à Dieu, c’est qu’ « il ne nous laisse pas foncer tête baissée dans le péché, ou y glisser insensiblement ; qu’il ne permette pas au Malin et à nos mauvais instincts de nous terrasser ; qu’il nous donne au contraire la force de résister ; et qu’il nous soutienne de sa main, et nous prenne en sa garde, afin que nous trouvions en lui sécurité et paix. »

A quoi nous oblige maintenant cette troisième demande du Notre Père ?

Et bien tout d’abord à croire en la toute-puissance de Dieu, puisqu’il a le pouvoir de nous faire traverser toutes les épreuves qu’il nous envoie ou qu’il permet que nous traversions pour des raisons souvent mystérieuses, et qui nous échappent.

Cette demande nous oblige de même à nous attendre à lui, véritablement, pour venir à bout de tout mal, et des attaques de l’Adversaire qui cherche à nous faire trébucher dans notre marche chrétienne : le Seigneur est fidèle, et il ne permettra pas que notre pied chancelle.

« Toutes choses concourent au bien de ceux qui aiment Dieu et qui sont appelés selon son dessein » ! (Rm 8)

Demander à Dieu de ne pas nous laisser succomber à la tentation, c’est enfin chercher à vaincre le mal en priant Dieu de nous donner la force qui nous est nécessaire pour remporter la victoire.

En résumé donc, nous voyons que ces trois demandes du Notre Père embrassent l’ensemble des besoins de l’homme, qu’ils soient matériels (le pain), spirituels (le pardon des péchés) ou moraux ( la délivrance du mal).

En prononçant cette prière, nous exprimons ainsi notre dépendance à l’égard de Dieu dans tous les domaines de notre vie humaine.

 

La conclusion du Notre Père nous rappelle l’orientation qui doit être celle de notre prière tout entière : « Car c’est à toi qu’appartienne le règne, la puissance et la gloire, aux siècles des siècles. Amen ! »

Le Notre Père s’ouvre par une triple demandes concernant le nom, le règne et la volonté de Dieu ; elle se conclut par une louange au Dieu créateur et sauveur.

La louange est ainsi une partie intégrante de la prière chrétienne, puisque toutes nos demandes doivent y aboutir.

Louer Dieu pour ses hauts faits, pour ses perfections, et pour tout ce qu’il accomplit dans notre vie et dans la vie du monde : voilà bien ce qui est signifié dans cette doxologie finale et qui doit servir de modèle à notre propre vie de prière.

Le petit mot « amen » qui termine le Notre Père signifie « c’est sûr et certain », « cela est vrai et assuré », et exprime la confiance sereine du croyant en Dieu auquel il adresse sa prière.

 

Alors en conclusion, et au terme de cette série de prédications sur le Notre Père, je vous invite à reconsidérer votre pratique de la prière à la lumière de l’enseignement du Seigneur dans le Sermon sur la montagne.

Apprenez par-dessus tout à tout à rechercher la volonté de Dieu et attachez-vous à demander à Dieu ce qui lui est agréable et qui convient à sa sainteté.

Et comme l’apôtre Paul nous y invite : « Priez sans cesse » !

N’ayez jamais de cesse de faire monter à Dieu vos requêtes, et d’intercéder pour le monde, pour l’Eglise, et pour tous ceux que le Seigneur place sur votre chemin.

Rien n’est plus salutaire à l’âme croyante et à la vie du monde que la pratique assidue de la prière, et nous devons croire que rien de bon ne se fera ici bas sans l’engagement de chacun dans ce domaine.

Prions Dieu :