Prédication Matthieu
6.1-6 ; 16-18
Pasteur Vincent
BRU
ERE de Paris
Thème : la
vraie piété
Lectures : Es 58.1-7 ; 1 Co 10.31
Chers frères et sœurs en Christ, le texte de ma
prédication de ce matin se trouve juste avant l’enseignement de Jésus sur la
prière, et fait suite au chapitre 5 de l’évangile selon Matthieu, qui débute
cet ensemble de discours de Jésus que l’on a coutume d’appeler le « Sermon
sur la montagne ».
Dans ce long discours, Jésus enseigne ses
disciples sur la véritable nature du Royaume qu’il est venu inaugurer ici-bas.
Les Béatitudes, l’un des plus beaux textes de la
Bible, dépeignent à grands traits la personnalité du chrétien, devenu homme
nouveau en Christ.
Les images du sel et de la lumière soulignent
l’influence bénéfique que l’Eglise et les chrétiens sont appelés à exercer dans
le monde et dans la société, afin d’empêcher leur décomposition, et afin de
leur donner de la saveur qu’en eux-mêmes, ils n’ont pas, et afin de leur
communiquer la lumière de l’Evangile.
Mt
5.15 On n'allume pas une lampe pour la
mettre sous le boisseau, mais on la met sur le chandelier, et elle éclaire tous
ceux qui sont dans la maison.
16 Que votre lumière luise ainsi devant les
hommes, afin qu'ils voient vos bonnes oeuvres, et qu'ils glorifient votre Père
qui est dans les cieux.
Jésus poursuit son enseignement en montrant le
rapport du disciple avec la Loi, cette Loi qu’il est venu non pour abolir mais
pour accomplir, comme nous le lisons au verset 17.
17 Ne croyez pas que je sois venu pour abolir
la loi ou les prophètes; je suis venu non pour abolir, mais pour accomplir.
Et au verset 20 nous lisons ceci : « Car
je vous le dis : si votre justice ne surpasse pas celle des scribes et des
pharisiens, vous n’entrerez pas dans le royaume des cieux. »
Ce dernier verset introduit la série des six
antithèses qui opposent la vraie justice du chrétien, la justice tout
intérieure du chrétien, à la fois radicale et profonde, à la fausse justice des
scribes et des pharisiens, l’apparente justice des « anciens » dont
l’obéissance à la Loi n’était qu’extérieure, superficielle et hypocrite.
En contraste très net avec les pharisiens qui
avaient détourné le vrai sens de la Loi, Jésus montre que les commandements de
Dieu ne concernent pas seulement les actes, mais pénètrent plus profond,
jusqu’au cœur, à l’esprit, et aux motivations.
Ainsi en est-il du commandement sur le meurtre,
l’adultère, la répudiation, le serment, la vengeance et l’amour du prochain.
Pour chacun d’eux Jésus dit : « Vous
avez entendu qu’il a été dit aux anciens … mais moi je vous dis… ».
Jésus entend ainsi restituer le sens originel et
profond de la Loi, et définir la justice du Royaume, la justice du chrétien,
avec ses exigences absolues de sainteté et d’amour.
Dans le texte que nous avons lu, Jésus montre
maintenant les implications de cette justice dans le domaine de la pratique des
gestes religieux, dont il retient trois exemples : l’aumône (vv. 2 à 4),
la prière (vv. 5 et suivants) et le jeûne (vv. 16-18), trois pratiques traditionnelles
de la piété juive.
Je lis au verset 1 : « Gardez-vous de
pratiquer votre justice devant les hommes pour attirer leurs regards ;
sinon, pas de récompense pour vous auprès de votre Père qui est aux
cieux ».
On pourrait tout aussi bien traduire :
« Gardez-vous de pratiquer votre piété, ou votre religion devant les
hommes ».
La Bible en français courant traduit :
« Gardez-vous d’accomplir vos devoirs religieux en public, pour que le
monde vous remarque ».
Notez bien que Jésus n’entend nullement ici
remettre en question le fait que l’on doive pratiquer l’aumône, la prière ou le
jeûne, mais seulement il dénonce une certaine manière de vivre ces pratiques
religieuses qui est incompatible avec la véritable nature du Royaume qu’il est
venu inaugurer.
Etre chrétien, être citoyen du Royaume implique
une certaine manière de vivre ces gestes, ces pratiques religieuses que sont
l’aumône, la prière ou le jeûne, de façon que Dieu soit véritablement honoré,
c’est-à-dire avec une vraie foi et une vraie piété, et non pas dans le seul but
de paraître juste aux yeux des hommes.
Verset 2 à 4 :
2 Lors donc que tu fais l'aumône, ne sonne pas de la trompette
devant toi, comme font les hypocrites dans les synagogues et dans les rues,
afin d'être glorifiés par les hommes. Je vous le dis en vérité, ils reçoivent
leur récompense.
3 Mais
quand tu fais l'aumône, que ta main gauche ne sache pas ce que fait ta droite…
Le mot clef ici, vous l’aurez compris, c’est
« hypocrite » : « Quand donc tu fais l’aumône, ne le fait
pas claironner devant toi, comme font les hypocrites dans les synagogues et
dans les rues, en vue de la gloire qui vient des hommes » (v. 2).
Le terme grec traduit par hypocrite signifie
littéralement « acteur ».
Est hypocrite celui qui joue la comédie.
Dans le domaine religieux, l’hypocrite, à
l’inverse de ce que le Christ attend de ses disciples, se contente de jouer un
rôle, comme dans une pièce de théâtre.
Il porte un masque, un déguisement, derrière
lequel il cache son vrai moi, ses véritables intentions et motivations
égoïstes.
Il vit sa foi devant les hommes pour en être vu,
et non pas de façon vraiment authentique, sincère et désintéressée.
Il ne vit pas ses pratiques religieuses devant
Dieu, mais devant les hommes.
Ce qui lui importe, c’est le regard des autres, la
façon dont les autres le perçoivent.
L’hypocrite religieux ne saurait d’ailleurs se
passer de spectateurs, car il a besoin de leur regard et de leur approbation
sans laquelle il ne se mettrait pas en peine de vivre ses pratiques
religieuses, auxquels il ne croit pas vraiment.
L’hypocrisie détourne ainsi la pratique de
l’aumône, de la prière ou du jeûne de leur véritable portée, en les vidant de
leur signification spirituelle et profonde.
Quelle que soit la pratique en question, la valeur
réelle de celle-ci se trouve minée par la motivation égoïste et intéressée de
l’hypocrisie.
Comme l’a dit quelqu’un : « Il est
possible de détourner un acte de miséricorde en un acte de vanité, au point que
la raison principale de l’aumône ne soit plus le bienfait procuré à la personne
qui la reçoit, mais la satisfaction éprouvée par celui qui donne ».
Vous comprendrez que Jésus attend bien autre chose
de ses disciples.
Verset 3 (3-4) :
3 Mais
quand tu fais l'aumône, que ta main gauche ne sache pas ce que fait ta droite,
4 afin que
ton aumône se fasse en secret; et ton Père, qui voit dans le secret, te le
rendra.
De même au verset 7 (7-8) :
7 En
priant, ne multipliez pas de vaines paroles, comme les païens, qui s'imaginent
qu'à force de paroles ils seront exaucés.
8 Ne leur
ressemblez pas; car votre Père sait de quoi vous avez besoin, avant que vous le
lui demandiez.
Et au verset 17 (17-18) :
17 Mais
quand tu jeûnes, parfume ta tête et lave ton visage,
18 afin de
ne pas montrer aux hommes que tu jeûnes, mais à ton Père qui est là dans le
lieu secret; et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra.
En contraste avec les motivations égoïstes et la
fausseté des hypocrites, Jésus appelle les citoyens du Royaume que nous sommes
à vivre leur foi, leur piété avec une vraie authenticité de cœur, et avec pour
unique préoccupation l’honneur et la gloire de Dieu.
Les actes de piété doivent être motivés par
l’amour de Dieu et du prochain, et non pas par notre satisfaction égoïste et
personnelle.
Aussi, cette piété selon Dieu doit-elle être
secrète, loin du regard des autres, ou du moins la vraie piété doit-elle
pouvoir s’exercer sans le regard des autres, dans l’authenticité de la relation
avec Dieu.
Car Dieu nous connaît mieux que nous-mêmes, il
voit dans l’intimité du cœur nos intentions et nos motivations les plus
secrètes.
Voilà pourquoi les yeux de la foi n’ont d’autres
préoccupations que l’approbation de Dieu et n’ont besoin de nul autre récompense
que la certitude de la présence bienveillante de Dieu et de son regard
approbateur.
Alors est-ce bien là, frères et sœurs, votre
préoccupation première ?
Est-ce bien là ce à quoi vous aspirez chacun, et
ce pour quoi vous êtes ici ce matin dans ce temple ?
Posez-vous la question de savoir devant qui
cherchez-vous à accomplir vos actes de piété, vos gestes religieux ?
Est-ce devant Dieu, ou bien devant les
hommes ?
Face aux exigences absolues de l’Evangile, il
convient de s’interroger toujours à nouveau sur la qualité de notre relation
avec Dieu, et sur la place réelle que nous voulons bien lui laisser dans notre
vie.
Le Christ nous invite en effet dans notre texte à
vivre notre piété, notre vie de foi dans l’authenticité de notre relation avec
Dieu, sans calcul ni hypocrisie.
Voilà pourquoi, et je terminerai par-là, ce qui
compte aux yeux de Dieu, et qui devrait par-là même compter à nos propres yeux,
ce n’est pas tant l’abondance de nos actes religieux, le fait d’accomplir nos
« devoirs religieux » scrupuleusement.
Ce qui compte ce n’est pas tant la quantité de nos
pratiques religieuses que la qualité de notre marche avec Dieu et la sincérité
de notre cœur.
Ce qui compte c’est la façon dont nous rapportons,
ou non, la totalité de notre vie, de notre existence à Dieu et à sa gloire.
Ce qui compte au yeux de Dieu, c’est la relation
qui existe, ou n’existe pas, entre Lui et nous, c’est la communion de vie à
laquelle nous sommes appelés chacun, avec Dieu, avec le Père et le Fils, et
dans l’Esprit-Saint.
Ce qui compte, c’est que notre âme soit en
perpétuelle quête de la communion avec Dieu, sans jamais s’en lasser, et c’est
d’être bouillant pour Dieu et pour son Royaume.
Apocalypse
3:15 Je connais tes oeuvres. Je sais
que tu n'es ni froid ni bouillant. Puisses-tu être froid ou bouillant!
Apocalypse 3:16
Ainsi, parce que tu es tiède, et que tu n'es ni froid ni bouillant, je
te vomirai de ma bouche.
Rien ne déplait plus à l’Eternel Dieu que
l’hypocrisie, et qu’une fausse piété, une fausse religiosité qui se satisfait
de peu, et qui est incapable de nous élever au-dessus de la médiocrité et du
matérialisme ambiant dans laquelle la société en général se complet bien, et
dont elle voudrait bien pouvoir nous maintenir prisonniers.
Le temps est venu pour nous, pour vous de vous
réveiller de votre torpeur spirituelle, de votre engourdissement spirituel,
pour relever le défi de la foi en montrant l’exemple d’une vie digne, d’une vie
selon Dieu, qui glorifie Dieu et qui nous élève au-dessus de cette sombre
vallée dans laquelle le péché cherche à nous perdre, vers les monts glorieux de
la sanctification et de la marche avec Dieu.
Ce que Dieu veut, c’est notre sanctification,
c’est que nous puissions nous élever à la stature parfaite du Christ, par une
vie de consécration toujours renouvelée, et par un engagement de tous les
jours, à la suite du Christ qui nous appelle à le suivre jusqu’au bout.
Ne pensez-pas, frères et sœurs, que vous êtes déjà
parvenu à destination.
Il vous reste encore, il nous reste encore
beaucoup de chemin à faire, avant d’être des hommes et des femmes de Dieu, des
héros de Dieu, des soldats victorieux du Christ en marche pour la conquête du
monde pour le Christ.
Puisse donc le Seigneur nous donner de vivre
pleinement notre vocation chrétienne, en rapportant toute notre vie à la gloire
de notre divin Maître et Sauveur, en qui, par qui et pour qui nous sommes. Amen.