Prédication Matthieu 6.9-10
Pasteur Vincent
BRU
ERE de Paris,
dimanche 1er juillet 2001
Thème : La
prière au Père (2)
Lectures : Mt 6.9-10 ; Es 6.1-5 ;
Rm 8.15-16
Chers frères et sœurs en Christ, nous avons vu
dimanche dernier en quoi consiste la prière du chrétien, la prière selon Dieu,
selon la Parole de Dieu, et ce, en contraste avec la prière du païen, la prière
du non-chrétien, que Jésus dénonce au verset 7 :
7 En
priant, ne multipliez pas de vaines paroles, comme les païens, qui s'imaginent
qu'à force de paroles ils seront exaucés.
8 Ne leur
ressemblez pas ; car votre Père sait de quoi vous avez besoin, avant que vous
le lui demandiez.
La prière chrétienne ne saurait ressembler en quoi
que ce soit à ces moulins à prière que l’on trouve dans certaines religions de
l’Asie, tel le Bouddhisme, et qu’il suffit de faire tourner au gré du vent pour
obtenir les faveurs divines, les bénédictions d’en haut.
Ce n’est pas ainsi que les disciples du Christ
sont invités à s’adresser à Dieu dans la prière.
La prière véritable implique une relation vivante
et personnelle avec Dieu, et repose sur la connaissance du seul vrai Dieu qui
nous est communiquée dans sa Parole, la Bible.
La qualité de notre prière dépend de la
connaissance que nous avons de Dieu, et de sa façon d’intervenir dans notre
vie, et dans le monde.
La prière véritable, la prière authentique
implique une relation d’alliance avec Dieu, dans la reconnaissance de la
souveraineté et de la toute-puissance de Dieu, comme de son amour paternel
envers nous.
Telle est l’image que nous devons avoir de Dieu
lorsque nous nous approchons de Lui, et telle est aussi l’attitude de cœur que
nous devons avoir lorsque nous lui adressons notre prière.
Les païens ont une fausse conception de Dieu, et
c’est pourquoi, ils s'imaginent que c’est à force de paroles qu’ils seront
exaucés.
Leurs fausses divinités, leurs faux dieux exigent
d’eux ces « vaines paroles », ces paroles répétitives et vides de
sens, afin d’exhausser leurs prières.
Ou du moins, c’est là ce qu’ils s’imaginent.
Ils « s'imaginent qu'à force de
paroles ils seront exaucés » !
Mais en réalité, exaucés, ils ne le sont pas, car
seule une prière dite vraiment avec le cœur, et non pas seulement du bout des
lèvres, une prière qui recherche la gloire de Dieu avant tout, et qui entend
bien tout subordonner à sa volonté, peut s’attendre à être exaucée, d’une
manière ou d’une autre.
9 Voici donc comment vous devez prier :
Notre Père qui es aux cieux !
Que ton nom soit sanctifié ;
10 que ton
règne vienne ;
que ta volonté soit faite
sur la terre comme au ciel.
La prière du chrétien commence par une
invocation au Père : « Notre Père » !
Le Dieu auquel la prière chrétienne s’adresse,
n’est pas un vague concept, le Dieu des philosophes et des savants, silencieux
et lointain, mais il est celui à qui l’on s’adresse comme « notre
Père » !
Comment, en effet, mieux désigner le Dieu auquel
nous nous adressons ?
Rarement le titre de « Père » donné à
Dieu se rencontre dans l’Ancien Testament (Es 63.16 ; Ps 103.13), jamais
en tout cas dans la plénitude de sa signification chrétienne.
Jésus, en revanche, n’a de cesse, dans les
Evangiles, de désigner ainsi Dieu, qu’il est venu nous révéler dans sa
plénitude.
« Père, je te loue
de ce que tu as caché ces choses aux sages et aux intelligents, et de ce que tu
les as révélées aux petits enfants » ! (Mt 11.25)
« Père, je te rends grâces de ce que tu m’as
exaucé » ! (Jn 11.41)
« Père, glorifie ton nom » ! (Jn
12.28)
« Père, je remets mon esprit entre tes
mains » ! (Lc 23.46)
C’est dire l’extraordinaire nouveauté de
l’Evangile, qui magnifie la proximité de Dieu, sa présence bienveillante
au milieu de son peuple.
Comme l’a si bien dit Calvin : « Dieu se
nomme du nom le plus doux, celui de Père, afin que, bannissant toute crainte,
nous nous tournions familièrement vers lui. »
L’apôtre Paul dit de même :
Vous n'avez point reçu
un esprit de servitude, pour être encore dans la crainte ; mais vous avez reçu
un Esprit d'adoption, par lequel nous crions : Abba ! Père ! (Rm 8.15)
Ainsi donc, par ce titre de Père, le Seigneur nous
convie à placer vraiment notre confiance en Dieu, à nous abandonner à Lui, avec
l’assurance qu’Il nous écoute, et que sa sollicitude envers nous est toujours
en éveil, parce qu’Il est « notre Père » !
Rappelez-vous les paroles de Jésus :
Si donc, méchants comme
vous l'êtes, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, à combien plus
forte raison votre Père qui est dans les cieux donnera-t-il de bonnes choses à
ceux qui les lui demandent. (Mt 7.11)
Alors osons nous approcher de Dieu avec confiance
et avec foi, sachant qu’Il est devenu notre Père en Jésus-Christ, et que nous
sommes ses enfants d’adoption.
Notre Père qui es aux cieux !
Jésus nous invite maintenant, après nous avoir
rappeler la proximité de Dieu et sa sollicitude envers nous, Lui,
notre Père, Jésus nous invite à considérer non plus la proximité de Dieu, mais
sa transcendance, c’est à dire sa grandeur, sa magnificence, sa toute-puissance
et son incompréhensibilité.
Si le titre de « Père » magnifie la bonté
de Dieu envers nous, les mots qui suivent « qui es aux cieux »,
attirent, en revanche, notre attention sur la toute-puissance de Dieu.
Comme dit le psalmiste : « Notre Dieu
est au ciel, il fait tout ce qu’il veut » ! (Ps 115.3)
Le Notre Père nous
parle tant de la bonté de Dieu que de la toute-puissance de Dieu.
Bonté et toute-puissance, proximité et altérité : tels
sont les deux attributs principaux de Dieu signifiés par l’expression :
« Notre Père qui es aux cieux ».
Le fait de dire, en nous adressant à Dieu dans
notre prière : « Notre Père qui es aux cieux », nous rappelle
que nous ne nous adressons pas à n’importe qui, que nous ne nous adressons pas
à une quelconque divinité qui serait le produit de notre imagination, et qui
serait de ce fait un dieu limité et à notre service, mais bien plutôt que le
Dieu auquel nous nous adressons est véritablement celui qui est « aux
cieux », et non pas « sur la terre » !
Notre Père est celui qui est dans les cieux !
Cette réalité invisible qui échappe à la
perception de nos sens, et qui est au-dessus de nous.
Il s’ensuit donc que Dieu, qui est aux cieux, est au-dessus
de nous : il nous transcende infiniment.
Comme le dit Calvin : « Elevez vos cœurs
en haut ! N’imaginez pas Dieu comme un être charnel ou terrestre, ne le
mesurez pas d’après votre intelligence, ne cherchez pas à le contraindre à
votre volonté : car ce serait le méconnaître ! Apprenez plutôt à
adorer avec crainte et respect sa glorieuse Majesté. »
Le fait que Dieu soit notre Père en Jésus-Christ,
ne doit pas nous faire oublier combien Dieu est différent de nous, et
combien ses desseins nous sont incompréhensibles.
Voilà pourquoi le Notre Père nous invite, avant
même d’adresser à Dieu nos requêtes, à lever les yeux au ciel, pour adorer avec
humilité la glorieuse majesté de Dieu.
« La crainte de l’Eternel est le commencement
de la sagesse », dit le proverbe.
La crainte respectueuse de Dieu, jointe à
un amour filial de celui-ci, voilà ce qui caractérise la vraie religion
et la prière authentique, la prière chrétienne.
Notre Père qui es aux cieux !
Que ton nom soit sanctifié ;
Remarquez que la première demande du Notre Père,
le premier vœu a trait non pas d’abord à nous-mêmes et à nos besoins, mais à
Dieu et à la sanctification de son nom.
Voilà ce qui doit être l’objet de notre
préoccupation première et qui doit orienter notre prière tout entière.
Non pas la réalisation de nos désirs égoïstes et
personnels, mais bien plutôt la sanctification du nom de Dieu : « Que
ton nom soit sanctifié ».
Le nom de Dieu dans la Bible, c’est sa personne,
c’est son être.
Le nom de Dieu, c’est d’abord celui de « Père »
que Jésus est venu nous révéler.
Sanctifier le nom de Dieu, c’est donc reconnaître
Dieu comme le Père tout-puissant, et le Sauveur en Jésus-Christ, et souhaiter
qu’il soit reconnu comme tel par tous les hommes et toutes les nations de la
terre.
Que ton nom soit sanctifié !
Que ta renommée soit établie sur toute la
terre, et que ta gloire soit reconnue par tous !
Tel est la première requête, le premier vœu de la
prière de chrétien.
10 que ton
règne vienne ;
Le règne de Dieu, c’est sa royauté, sa souveraineté
sur toutes choses.
Prier pour que le règne de Dieu vienne, c’est
prier pour que Dieu augmente de jour en jour le nombre des fidèles et qu’il
détruise les œuvres du diable et tout ce qui s’oppose à son règne, en nous et
dans le monde.
C’est demander à Dieu que la seigneurie de
Jésus-Christ soit proclamée et reconnue par tous, et que l’Evangile soit
annoncé à toutes les nations.
Que ton règne vienne exprime aussi notre espérance
liée au retour en gloire de notre Seigneur Jésus-Christ, comme il l’a
promis.
Alors, il fera toutes choses nouvelles, et il
mettra tous ses ennemis sous ses pieds, ce jour grand et redoutable
ou « tout genou fléchira, toute langue confessera, que Jésus-Christ
est Seigneur, à a gloire de Dieu le Père » (Ph 2.10).
Voilà, frères et sœurs, ce que nous voulons dire
par ces mots : « Que ton règne vienne ».
que ta volonté soit faite sur la terre comme au
ciel.
Après le nom et le règne de Dieu, la volonté de
Dieu.
La volonté de Dieu, c’est ce que Dieu veut, et ce
que Dieu veut, nous le connaissons par sa Loi, ses commandements,
tels qu’ils sont résumés dans les Dix paroles, et dans le sommaire
qu’en fait Jésus : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton être
et ton prochain comme toi-même ».
La volonté de Dieu, c’est aussi son dessein de
salut pour le monde, comme lorsque l ‘apôtre Paul dit :
1 Tm 2.4 Dieu veut que tous les hommes soient sauvés
et parviennent à la connaissance de la vérité.
« Que ta volonté
soit faite » !
Non pas ma volonté, mais ta volonté,
ta justice, ton règne.
Rien ne devrait compter davantage à nos yeux,
frères et sœurs, que la volonté de Dieu soit faite, et ce, dans tous les
domaines de la vie.
Nous vivons un temps aujourd’hui où les hommes ne
se soucient guère de la volonté de Dieu.
En vérité, ils vivent comme si Dieu n’existait
pas, et ils n’en font qu’à leur tête.
Il y a quelques jours, ce sont plusieurs milliers
d’homosexuels qui ont défilé dans les rues de la capitale, le Maire de Paris en
tête, pour revendiquer leur droit à la différence, pour faire valoir leur
volonté, en réclamant notamment leur « droit à l’enfant », leur droit
d’adopter un enfant, au même titre que les couples hétérosexuels.
Ils ont cherché à faire valoir leur volonté,
mais ce sont-ils seulement souciés, et se soucient-ils seulement de la
volonté de Dieu dans cette affaire, et du regard que le souverain Juge
porte sur de tels comportements, sur de telles revendications ?
Et ceux qui nous gouvernent ne feraient-ils pas mieux de se mettre à
l’écoute de la Parole de Dieu, plutôt que de cautionner ce que la Bible et
l’Eglise ont toujours considéré comme un vice, et quelque chose relevant non
pas de la volonté de Dieu, mais du péché bel et bien ?
Triste évolution –ou plutôt dégradation...– des mœurs et de la
conscience morale de nos politiques, qui ont perdu jusqu'au sens de la différence entre le bien et le mal, c'est-à-dire
entre ce qui est normal et anormal, entre ce qui est naturel et ce
qui est contre nature.
Aurions-nous oubliés que d'autres civilisations se sont écroulées
pour moins que ça...
Une nation qui ne se soucie plus de la Loi de Dieu, de la volonté de
Dieu, est une nation qui court à sa perte, et qui doit s’attendre tôt ou tard
au juste jugement de Dieu, à la rétribution de Dieu devant lequel nous
sommes tous responsables, comme dit l’Ecriture :
"
L'Eternel, l'Eternel, Dieu miséricordieux et compatissant, lent à la colère,
riche en bonté et en fidélité, qui conserve son amour jusqu'à mille
générations, qui pardonne l'iniquité, la rébellion et le péché, mais qui ne
tient point le coupable pour innocent, et qui punit l'iniquité des pères sur
les enfants et sur les enfants des enfants jusqu'à la troisième et à la
quatrième génération ! " (Exode 34.6s)
Alors, frères et sœurs, n’ayons jamais de cesse de prier et d’œuvrer
afin que la volonté de Dieu soit faite, et ce, non seulement dans l’Eglise,
mais aussi dans la société en général, et dans tous les domaines de l’existence.
Notez en effet que Jésus dit bien « que ta volonté soit
faite sur la terre comme au ciel ».
Il s’agit en définitive de demander que soit réaliser sur la
terre – c’est à dire dans tous les domaines de notre vie d’homme – ce qui
existe déjà dans le ciel, où la volonté et le règne de Dieu sont déjà
pleinement manifestés et reconnus.
C’est de cela que dépend le salut de notre monde, et de notre nation
en particulier.
Ainsi donc, la première partie du Notre Père nous enseigne à rechercher
l’honneur et la gloire de Dieu avant tout, et à tout subordonner à sa volonté.
La prière authentique exige que nous commencions par renoncer à
nous-mêmes, à notre volonté, pour nous mettre véritablement à l’écoute de
la volonté de Dieu.
Alors, chers amis, qu’en est-il de vous-mêmes ?
Quelle place le nom, le règne et la volonté de Dieu occupent-ils
vraiment dans votre vie, dans votre vision de monde, et dans votre
prière ?
Réfléchissez un instant.
Etes-vous véritablement prêts, comme Jésus nous y invite dans cette
prière, à renoncer à votre manière de voir, à vos propres jugements, comme
aussi à vos projets, à vos aspirations peut-être aussi, à vos désirs s’il
s’avérait que ceux-ci n’étaient pas en accord avec la volonté de Dieu ?
Quelqu’un a dit : il n’est pas de vrai repos sans une
entière soumission à la volonté de Dieu.
Notre génération se caractérise par un refus de l’autorité, un rejet
de Dieu et de sa Loi sainte.
Notre siècle prétend pouvoir se passer de Dieu, et s’imagine que la
liberté s’acquière par l’affranchissement de toute forme de tutelle, de toute
forme d’autorité et de Loi.
Chacun veut faire sa propre loi, et l’homme d’aujourd’hui veut
prendre la place de Dieu en étant à lui-même sa propre loi, en se dictant sa
propre loi, au gré de ses convenances, de ses satisfactions personnelles.
Mais tout cela n’est qu’illusion.
Car qui peut véritablement prétendre pouvoir se passer de Dieu, lui
en qui nous avons la vie, le mouvement et l’être (Actes 17.28) ?
Lui qui est le Créateur de toute chose et le souverain Gouverneur du
monde, le Seigneur à qui tout pouvoir a été donné dans le ciel et sur la terre,
Jésus-Christ !
Le Notre Père constitue un puissant antidote à cette mentalité
humaniste, à ce mode de vie sans Dieu de bon nombre de nos contemporains
qui n’ont d’autre préoccupation et d’autre prière que leur prospérité
économique et matérielle, et qui ne se soucient guère de leur âme, pas plus que
du règne de Dieu ni de sa volonté.
Le Notre Père entend nous ramener à l’essentiel, à ce dont dépend en
définitive notre bonheur temporel et éternel, à savoir le nom, le règne et la
volonté de Dieu.
La volonté de Dieu est notre Salut !
La volonté de Dieu est notre paix !
La volonté de Dieu est notre raison d’être, car Dieu seul connaît ce
qui est bon pour nous et pour le monde qu’il a créé.
A quoi bon chercher à prendre la place du souverain Juge ?
Et que sert-il à nos contemporains de s’opposer ainsi outrageusement
à son règne ?
C’est là courir en réalité à leur propre perte.
La volonté de Dieu est le salut des Nations !
Il n’y a pas de salut ni d’espérance pour notre monde en dehors
d’une entière soumission à la volonté de Dieu, notre Père.
C’est là la société que nous voulons aussi pour nos enfants :
une société où le nom de Dieu, le règne de Dieu, la volonté de Dieu soient
véritablement honorés, et où la justice et l’amour ne soient pas de vains
mots !
Voilà, frères et sœurs, ce que nous devons avoir
constamment à l’esprit lorsque nous prions.
Alors priez, frères et sœurs, afin que le règne de
Dieu vienne, que son nom soit sanctifié vraiment au milieu de notre génération,
et que sa volonté soit faite, et que la seigneurie de Jésus-Christ soit
véritablement reconnue dans notre pays.
N’ayons jamais de cesse de mener ce bon combat,
dans la prière, pour la cause du Christ-Roi.
Il en va du salut de notre pays, et de l’avenir de
notre monde.
Amen !