Prédication sur Matth. 7:7-11

 

Pasteur Vincent BRU

 

Textes : Gn 34:25-33

             Jacques 4:2-3

 

Sujet : La prière de demande.

 

7  Demandez et l'on vous donnera, cherchez et vous trouverez, frappez et l'on vous ouvrira.

8  Car quiconque demande reçoit, celui qui cherche trouve, et l'on ouvrira à celui qui frappe.

9  Quel homme parmi vous donnera une pierre à son fils, s'il lui demande du pain?

10  Ou, s'il demande un poisson, lui donnera-t-il un serpent?

11  Si donc, vous qui êtes mauvais, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, à combien plus forte raison votre Père qui est dans les cieux en donnera-t-il de bonnes à ceux qui les lui demandent.

 

 

Chers frères et sœurs en Christ, nous avons vu dimanche dernier quelle devait être l’attitude du chrétien, du citoyen du Royaume à l’égard de ceux que le Christ nomme les « chiens » et les « porcs », c’est à dire ceux qui ne font aucun cas de la Parole de Dieu et qui manifestent une réelle hostilité vis-à-vis de l’Evangile.

6  Ne donnez pas ce qui est saint aux chiens et ne jetez pas vos perles devant les pourceaux, de peur qu'ils ne les foulent aux pieds et ne se retournent pour vous déchirer.

Dans les versets précédents, Jésus met de même en garde ses disciples contre la tentation de s’ériger en juges envers notamment les frères en la foi, et ce faisant, il les exhorte à faire leur propre auto-critique avant de s’évertuer à corriger les tords d’autrui.

Etre chrétien ne nous autorise pas à juger qui que ce soit, mais implique bien au contraire que nous fassions preuve de compassion et de miséricorde envers notre prochain, comme Dieu nous a pardonnés en Christ.

Donc, ces six premiers versets du chapitre 7 de l’Evangile selon Matthieu nous parlent de l’attitude que nous devons avoir à l’égard de notre prochain.

Il s’agit d’une implication du deuxième commandement, le commandement d’amour qui résume toute la Loi : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même » !

Ne pas juger de façon négative et sans autocritique nos frères en la foi, et ne pas témoigner indéfiniment de Jésus-Christ auprès de personnes hostiles à l’Evangile, constituent deux exemples concrets des implications de l’Evangile dans nos relations avec autrui.

Aimer son prochain implique de le prendre vraiment au sérieux, jusque dans son hostilité possible à l’Evangile, sans s’ériger soi-même en juge de celui-ci, mais en priant pour son salut, et sans tomber dans le fanatisme, sans chercher à lui imposer quoi que ce soit.

Dans les versets que nous avons lus, Jésus en vient maintenant à parler non plus de nos relations avec le prochain, mais de notre relation avec Dieu.

Le chrétien, qui est sel de la terre et lumière du monde, et dont la justice est bien supérieure à celle des scribes et des pharisiens, le chrétien qui est appelé à être parfait, comme notre bon Père céleste est parfait, et qui a fait des Béatitudes sa nourriture quotidienne, se caractérise non seulement par son rapport à autrui, au prochain, qu’il est appelé à aimer, y compris ses ennemis, mais bien d’abord par sa relation avec Dieu, et notamment dans la prière.

La façon dont nous nous approchons de Dieu dans la prière, et l’assiduité que nous mettons dans nos prières reflète l’image que nous avons de Dieu, et le type de relation que nous avons avec Lui.

Déjà au chapitre 6, Jésus, nous l’avons vu, donne à ses disciples un enseignement très précis au sujet de la prière.

Et voilà que notre Seigneur, à la fin du Sermon sur la montagne, revient sur ce sujet si important de la prière, et notamment de la prière de demande.

7  Demandez et l'on vous donnera, cherchez et vous trouverez, frappez et l'on vous ouvrira.

 

1. La promesse de Jésus.

Au chapitre 6 de l’Ev. selon Matth., Jésus donc, nous donne un modèle de prière, le “Notre Père”, afin que nous puissions nous en inspirer, et surtout, afin que nous sachions ce qu’il convient de demander à Dieu dans nos prières.

Dans notre texte, Jésus va plus loin en assurant ses disciples de la bénédiction de Dieu, liée à la prière persévérante.

Le chrétien peut être assuré de la bénédiction de Dieu lorsqu’il prie, car la prière est le moyen par excellence choisi par Dieu pour que nous puissions nous emparer de ses promesses et en vivre.

Trois impératifs servent à exprimer cette réalité dont Jésus parle, et qui à trait à l’attitude que nous devons avoir lorsque nous nous approchons de Dieu dans la prière : « Demander, on vous donnera ; cherchez, vous trouverez ; frapper, on vous ouvrira. »

Demandez, cherchez, frapper.

Notez qu’il y a une progression dans la volonté d’obtenir la bénédiction divine, et qui nous met en mouvement : demander, chercher et frapper.

La prière n’est pas une simple demande.

Celui qui prie Dieu doit croire fermement que ce n’est pas en vain qu’il s’adresse ainsi à Dieu, et que Dieu a le pouvoir de l’exhausser, si telle est sa volonté, et qu’il convient par conséquent de rechercher assidûment la face de Dieu, et de frapper à sa porte, jusqu’à ce qu’Il réponde à notre prière.

Prier, ce n’est pas simplement se contenter d’émettre un souhait vague, dont on ne sait pas si, en définitive, il sera exhaussé ou non, mais bien plutôt, prier c’est s’approcher de Dieu avec une réelle confiance, avec la certitude qu’il peut réellement nous accorder la bénédiction que nous attendons et dont nous dépendons absolument.

Pour illustrer son propos, Jésus a recours à une parabole tirée de la vie courante.

Je lis au verset 9 (9-10) :

9  Quel homme parmi vous donnera une pierre à son fils, s'il lui demande du pain ?

10  Ou, s'il demande un poisson, lui donnera-t-il un serpent ?

Ainsi, Jésus exprime dans ces paroles une vérité que nul ne saurait contester : comment donc l’enfant qui demande quelque chose à son père pourrait-il recevoir tout autre chose ? S’il demande quelque chose qui lui soit vraiment nécessaire, comme de la nourriture, du pain ou du poisson, quel père lui donnerait-il quelque chose d’inutile, voire de dangereux ?

Les parents bien que « mauvais », c’est-à-dire naturellement égoïstes, aiment néanmoins leurs enfants et leur donnent uniquement de bonnes choses.

Et bien ce qui est vrai pour un père terrestre l’est aussi, et même “à combien plus forte raison” dit le texte, pour Dieu, notre bon Père céleste.

Verset 10 : “Si donc, vous qui êtes mauvais savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus votre Père qui est aux cieux, donnera-t-il de bonnes choses à ceux qui le lui demandent.”

Notez bien l’expression : “vous qui êtes mauvais”, autrement dit, vous qui, mus par votre égoïsme naturel, êtes si facilement enclins à négliger votre devoir de père, de mère, et qui pourtant donnez de bonnes choses à vos enfants, lorsqu’ils vous les demandent, et bien sachez qu’il en est de même de la part de votre bon Père céleste, lui qui n’est que bonté, et miséricorde, et grâce.

Par “bonnes choses”, Jésus désigne ici incontestablement ces choses qui concernent le Royaume de Dieu, et dont il est question dans le Sermon sur la montagne dans lequel se trouve notre texte.

Une vie digne de la vocation de Dieu, la justice et la sainteté, la sagesse, l’amour des autres, y compris des ennemis, telles sont les bonnes choses que Dieu nous donne en Christ, lorsque nous les lui demandons avec confiance, et avec une vraie foi.

Dieu ne refusera jamais la foi à celui qui la lui demande avec sincérité, ni la sagesse, ni un cœur pur, ni la force de pardonner ; vous pouvez demander tout cela à Dieu avec la certitude que votre prière sera exhaussée.

 

2. Les objections humaines.

Seulement voilà, une telle conception de la prière soulève volontiers en nous des objections, qui nous font douter parfois de l’utilité et de l’efficacité de la prière.

Ces objections, on peut les ramener à trois principales, la première étant que la prière paraît, pour beaucoup de personnes, inconvenante, car, disent-ils, s’il est vrai que Dieu connaît parfaitement tout et notre pensée, et ce, avant même que nous ne la lui dévoilions, alors à quoi bon exprimer ainsi à Dieu nos besoins, puisqu’il n’a pas besoin d’en être informé, vu qu’il sait tout.

A quoi bon prier, puisque Dieu sait tout, et connaît tout.

On raconte qu’un grand philosophe dit un jour à sa femme qui le priait de se rendre à l’Eglise avec elle : « J’honore davantage Dieu en pensant qu’en priant » !

La prière, pour ce philosophe, ne pouvait être qu’inutile et superflue dans la mesure où Dieu, forcément, n’avait nullement besoin qu’on l’informe sur quoi que ce soit pour connaître nos intentions et notre pensée, qu’il connaît mieux que nous-mêmes.

Mais c’est ignorer qu’en réalité, la prière n’est pas utile à Dieu, mais à nous.

Si Dieu nous a donné la prière comme moyen de grâce, ce n’est pas afin de l’instruire Lui de nos besoins, qu’Il connaît mieux que quiconque, mais c’est afin que nous puissions, nous, mieux prendre conscience de notre dépendance vis-à-vis de lui, et afin que nous manifestions ainsi que nous désirons ardemment ce que nous lui demandons dans nos prières.

C’est ainsi que Dieu n’accorde sa bénédiction qu’à celui qui la lui demande avec foi, et qui reconnaît son état de dépendance vis-à-vis de Dieu.

Le fait de prier répond à notre désir de vivre en communion avec Dieu, une relation personnelle avec celui-ci, comme lorsque l’on passe du temps à parler au téléphone avec un ami ou un membre de sa famille.

Prier, c’est entrer en conversation avec Dieu, c’est passer du temps avec Dieu, dans un face à face avec celui-ci, et cela est d’une grande utilité pour notre vie de foi et pour notre piété.

La prière est utile à nous, non pas à Dieu !

 

La deuxième objection à la promesse de Jésus concernant la bénédiction de Dieu suite à la prière persévérante, c’est celle de l’utilité même de la prière.

La prière, entendons-nous dire parfois, est inutile, dans la mesure où Dieu accorde indifféremment à tous, les biens terrestres, le manger et le boire, la richesse ou la pauvreté, et ce indépendamment du fait de prier, ou de ne pas prier.

Un tel qui ne prie pas obtient les mêmes choses, et même parfois, il en obtient de plus grandes, que tel autre qui prie, de sorte que sur ce plan là il ne semble pas que la prière change quoi que ce soit aux choses et à la vie.

A cela je répondrai que s’il est vrai que Dieu accorde certaines bénédictions à tous, indifféremment de leurs oeuvres et de leur piété, les bénédictions dont Jésus parle dans notre texte sont avant tout d’ordre spirituel, et celles-ci, Dieu ne les accorde en effet qu’à ceux qui les lui demande avec foi.

Il convient de distinguer en effet les bénédictions divines qui relèvent de la bonté universelle de Dieu, envers tous les hommes, comme lorsqu’il est dit que Dieu “fait lever son soleil sur les bons et sur les méchants, sur les justes et sur les injustes” - et on pourrait ajouter : “sur ceux qui prient comme sur ceux qui ne prient pas” -,

il convient donc de distinguer les dons de Dieu comme Créateur et Souverain Gouverneur du Monde, de ses dons comme Père, et comme Sauveur en Jésus-Christ.

Car c’est bien de cela dont il s’agit ici.

Les bonnes choses qu’il convient de demander au Père et que Dieu nous donne effectivement comme réponse à notre prière, concerne bel et bien les réalités de la foi, les bénédictions spirituelles qui sont le lot de chaque chrétien.

Dieu donne le salut à celui qui le lui demande avec foi, comme il accorde sa bénédiction spirituelle pour la croissance de l’Eglise et de chaque chrétien, lorsque nous la lui demandons avec persévérance et avec sincérité de cœur.

C’est là d’ailleurs ce que nous demandons à Dieu dans le “Notre Père”, en plus du “pain quotidien” : “pardonne-nous nos offenses”, “ne nous soumet pas à la tentation, mais délivre-nous du mal”.

Voilà ce qui est le plus important, et voilà ce que Dieu s’attend à ce que nous lui demandions avant toute autre chose.

Voilà les bénédictions dont il veut nous combler, tous les jours de notre vie, si du moins nous les lui demandons avec une vraie foi, et avec un ardent désir d’être exhaussé.

 

La troisième et dernière objection à la promesse de Jésus, consiste à dire que la prière est inefficace, tout simplement parce qu’il nous semble constater que, souvent, nos prières ne sont tout simplement pas exhaussées.

A quoi bon prier, puisque prier, ou ne pas prier, semble avoir le même résultat, et puisque dans bien des cas, nos requêtes restent sans réponses apparentes ?

Mais c’est oublier que si Dieu répond toujours, il n’est dit nulle part qu’il réponde toujours par l’affirmative.

C’est oublier que les voies de Dieu ne sont pas nos voies, et ses projets ne sont pas nos projets…

Comme l’a dit quelqu’un : Dieu répond toujours, mais il peut répondre non !

Dieu peut aussi répondre : “attends” ! Car ce n’est pas encore le moment.

Bref, Dieu répond toujours à nos prières, soit « oui », soit « non », soit « attends », et il ne laisse en réalité aucune de nos prières insatisfaite.

Dieu répond toujours, mais encore faut-il exercer sa patience, et s’en remettre entièrement entre les mains de Dieu, qui nous connaît mieux que nous-mêmes, et qui connaît aussi mieux que nous le moment opportun pour exaucer nos prières.

Non, la prière est toujours efficace, mais encore faut-il demander à Dieu ce qui convient à sa volonté, d’autant que Dieu seul sait vraiment ce qui est bon pour nous.

Ayant dit cela, je terminerai en relevant deux leçons à tirer de notre texte.

 

3. Les leçons à apprendre.

Tout d’abord, la prière n’est pas un simple exercice respiratoire, un exercice de ventriloque, ou un moyen de se relaxer, mais bien plutôt, il s’agit d’un dialogue avec Dieu, dans lequel celui qui prie se reconnaît vraiment dans une relation d’étroite dépendance vis-à-vis de son Créateur et Sauveur.

Par la prière, nous exprimons notre désir de ranger notre volonté à celle de Dieu, et c’est pourquoi nous lui demandons avec confiance et persévérance tous les biens qui nous sont nécessaires pour l’entretien de cette vie, et pour notre vie de foi.

 

En second lieu, il convient de dire que la prière chrétienne n’est pas un automatisme : ce n’est pas nécessairement parce que l’on demande à Dieu quelque chose que l’on va automatiquement être exhaussé.

L’exhaussement de notre prière dépend en définitive de la qualité de notre demande, à savoir : est-ce que ce que je demande à Dieu est conforme à sa volonté révélée ? Est-ce que Dieu approuve ce que je lui demande présentement ? Et est-ce que je désire vraiment ce que je demande à Dieu ? Si tel est bien le cas, alors il m’est permis d’avoir la ferme assurance que je serai exhaussé en temps voulu.

 

Alors en conclusion, je dirais que la prière est le moyen privilégié pour obtenir ce dont nous avons vraiment besoin, ce dont Dieu veut nous combler si nous le lui demandons.

Alors frères et sœurs, priez ! Priez souvent !

Faites votre affaire de la prière, et faites-le avec sérieux.

Demandez, comme un mendiant demande l'aumône.

Demandez, comme un voyageur demande son chemin.

Cherchez, comme pour une chose de valeur que vous auriez perdue ; ou comme le marchand qui cherche des perles précieuses.

Frappez, comme celui qui désire entrer dans la maison frappe à la porte.

Le péché a fermé et verrouillé la porte devant nous ; par la prière nous frappons à cette porte.

Quelle que soit la chose que vous demandez par la prière, d'après la promesse elle vous sera donnée, si Dieu voit que cela vous convient parfaitement, et que diriez-vous d'avoir encore plus ?

Ceci s'applique à tous ceux qui prient selon la volonté de Dieu : celui qui demande reçoit, qu'il soit riche ou pauvre, haut-placé ou de condition humble, maître ou serviteur, savant ou illettré, tous sont de la même façon les bienvenus au trône de la grâce, s'ils y entrent avec foi.

Dieu sait ce dont nous avons besoin, ce que nous désirons, et ce qui nous convient parfaitement.

Alors croyez-le bien chers amis, et reposez-vous fermement sur cette promesse de Dieu : « Demandez et l'on vous donnera, cherchez et vous trouverez, frappez et l'on vous ouvrira. »

Amen !