Prédication troisième dimanche de l’Avent
ERE Paris, dimanche 16 décembre 2001
Pasteur Vincent BRU
Lectures : Es
35 , Jc 5.7-10 ; Mt 11.2-11
2 Or Jean, dans sa
prison, avait entendu parler des oeuvres du Christ. Et il envoya dire par ses
disciples :
3 Es-tu celui qui
doit venir ou devons-nous en attendre un autre ?
4 Jésus leur répondit : Allez annoncer à Jean
ce que vous entendez et voyez :
5 Les aveugles
recouvrent la vue, les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, les sourds
entendent, les morts ressuscitent et la bonne nouvelle est annoncée aux
pauvres.
6 Heureux celui
pour qui je ne serai pas une occasion de chute ! A leur départ, Jésus se mit à
dire aux foules,
7 à propos de Jean
: Qu'êtes-vous allés contempler au désert ? Un roseau agité par le vent ?
8 Mais qu'êtes-vous
allés voir ? Un homme vêtu somptueusement ? Mais ceux qui portent des vêtements
somptueux sont dans les maisons des rois.
9 Qu'êtes-vous donc
allés (faire) ? Voir un prophète ? Oui, vous dis-je, et plus qu'un prophète.
10 Car c'est celui
dont il est écrit : Voici, j'envoie mon messager devant ta face, pour préparer
ton chemin devant toi.
11 En vérité je
vous le dis, parmi ceux qui sont nés de femmes, il ne s'en est pas levé de plus
grand que Jean-Baptiste. Cependant le plus petit dans le royaume des cieux est
plus grand que lui.
Chers frères et sœurs en Christ, la question posée par
Jean-Baptiste à Jésus me semble d’une étonnante actualité, tandis que nous nous
apprêtons à célébrer Noël, au milieu de l’agitation de notre monde.
3 Es-tu celui qui
doit venir ou devons-nous en attendre un autre ?
Jean-Baptiste, l’homme de Dieu, le prophète du Désert, face
à l’adversité du monde, à l’incrédulité des foules, et à l’hostilité du pouvoir
romain qui l’avait conduit en prison, s’interroge sur un possible
malentendu : Jésus est-il bien le Messie qui devait venir ?
Es-tu celui qui doit venir ou devons-nous en attendre un
autre ?
Jean-Baptiste, le héros de la foi, le champion de Dieu, est
en proie au doute.
Ce qu’il voit, son expérience, la réalité qui l’entoure,
tout témoigne contre la venue du Salut de Dieu.
Es-tu celui qui doit venir ?
On peut s’étonner du questionnement du Baptiste.
Comment donc pouvait-il douter, lui, de la messianité de
Jésus, du fait que Jésus soit véritablement le Messie ?
Lui qui n’avait pourtant jamais eu de cesse d’annoncer à
ses contemporains sa venue imminente, et qui avait vu Jésus s’approcher de lui
pour être baptisé par lui dans le Jourdain, tandis qu’il lui révélait sa
véritable identité ?
Ce questionnement de Jean-Baptiste, donc, nous étonne.
Et pourtant, il faut bien reconnaître que nous lui
ressemblons, à ce Jean-Baptiste, car il y a toujours quelque chose d’inattendu
dans l’œuvre de Dieu, dans son dessein, un inattendu qui fait qu’il nous arrive
de douter, parfois, du plein accomplissement de ses promesses.
Aujourd’hui, le monde n’a pas changé.
Il est toujours ce qu’il est, et ce qu’il était, depuis le
temps de Jean-Baptiste, depuis le temps de Jésus, ce temps où Jésus marchait
sur les terres de la Palestine.
Les choses semblent bien, parfois, rester comme avant,
tandis que nous espérons, avec la venue de Dieu, la transfiguration de toutes
choses.
Lorsque Dieu vient dans la personne du Messie, il faut
forcément, pensons-nous, que les choses changent, et que plus rien ne soit
comme avant, et il faut que cela se voit, il faut que cela soit immédiat, et
évident aussi.
C’est comme cela que nous raisonnons, comme Jean-Baptiste.
La venue de Dieu en Jésus doit forcément chasser
définitivement les ténèbres, et faire régner la paix, la justice et l’amour
dans ce monde.
La venue de Dieu doit forcément faire taire les méchants,
en écrasant tous ses ennemis sous les feux de son juste jugement.
La venue de Dieu doit nécessairement, à nos yeux, comme aux
yeux de Jean-Baptiste, mettre un terme au règne du mal, et instaurer une paix
éternelle.
Mais alors, me direz-vous non sans raison, pourquoi le 11
septembre ? Pourquoi l’Afghanistan, pourquoi le conflit toujours présent
en Israël-Palestine ?
Et pourquoi aussi tant d’échecs dans notre vie, tant de
déceptions, tant de désillusions aussi ?
Pourquoi donc l’erreur côtoie-t-elle ainsi si facilement la
vérité, et pourquoi les injustices, et pourquoi les guerres ?
Jésus est-il celui qui devait venir, ou bien devons-nous en
attendre un autre, un autre Messie, un autre Sauveur ?
Ne vous est-il jamais arrivés de vous poser cette question,
honnêtement ?
En fait, si Jean-Baptiste se l’est posée un jour, cette
question, il serait très étonnant que nous ne nous la soyons jamais posée, et
qu’un tel doute ne nous ait jamais traversé l’esprit.
Es-tu celui qui doit venir ?
Jésus a-t-il oui ou non apporté le Salut de Dieu au monde,
définitivement, une fois pour toutes ?
Est-il, oui ou non, le chemin, la vérité et la vie, ou bien
existe-t-il un autre chemin, une autre vérité, une autre vie ?
Ou bien devons-nous attendre un autre Sauveur, comme les
juifs aujourd’hui qui attendent encore la venue du Messie selon les promesses
faites aux Pères ?
Notre texte de ce matin apporte une réponse à cette
question, et c’est Jésus lui-même qui y répond.
Ecoutez donc :
4 Jésus leur répondit : Allez annoncer à Jean
ce que vous entendez et voyez :
5 Les aveugles
recouvrent la vue, les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, les sourds
entendent, les morts ressuscitent et la bonne nouvelle est annoncée aux
pauvres.
6 Heureux celui
pour qui je ne serai pas une occasion de chute !
Vous voyez, frères et sœurs, que face au questionnement de
Jean-Baptiste, et face à nos propres questionnements, Jésus répond par les
faits :
Allez
annoncer à Jean ce que vous entendez et voyez…
Jésus renvoie Jean-Baptiste à ses faits et gestes, à ce
qu’il est en train d’accomplir au milieu du peuple, et qui atteste que le Salut
de Dieu s’est bel et bien approché des hommes.
Alors quels sont donc ces faits dont Jésus parle et qui
attestent avec évidence qu’il est bien le Messie envoyé par Dieu ?
5 Les aveugles
recouvrent la vue, les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, les sourds
entendent, les morts ressuscitent et la bonne nouvelle est annoncée aux
pauvres.
Jésus fait allusion ici la prophétie d’Esaïe 35 que nous
avons lu, et aussi Es 61 concernant la manifestation du Messie, et ce faisant,
il montre qu’il est bien celui qui devait venir.
Le Salut de Dieu est en train de s’accomplir, même si cet
accomplissement dépasse en fait les espérances d’Israël, et s’il y a quelque
chose d’inattendu dans celui-ci.
Il y a en effet dans le mystère de l’Incarnation, le
mystère de Noël quelque chose d’inattendu, en même temps que de l’attendu.
Noël réalise en effet les promesses antiques faites aux
Pères, les prophéties messianiques de l’Ancien Testament, et dans ce sens il
était attendu.
Mais l’inattendu vient de la façon dont Dieu a réalisé,
contre toute attente, ses promesses.
Il y a un paradoxe là, une tension entre l’attente du
peuple d’Israël, notre attente, et l’inattendu de Dieu dont les pensées ne sont
pas nos pensées, et les voies ne sont pas nos voies !
Il y a toujours une part d’inattendu dans l’œuvre de Dieu,
dans l’Evangile, quelque chose qui nous surprend toujours, et qui bouscule nos
illusions, mais qui nourrit aussi notre espérance et notre adoration.
Jean-Baptiste est là, au seuil de l’Evangile, pour nous
rappeler cette réalité de Dieu dont les desseins nous échappent et nous
dépassent infiniment.
Le doute de Jean-Baptiste et la réponse de Jésus nous
rappelle que nous devons bien nous garder de plaquer sur la réalité de Dieu et
de son salut nos conceptions erronées, notre vision étriquée des choses, pour
nous laisser plutôt surprendre par l’inattendu de Dieu, dont les pensées ne
sont pas nos pensées, et les voies ne sont pas nos voies.
Que Jésus soit véritablement le Messie de Dieu, celui qui
devait venir pour apporter aux hommes la Délivrance, cela, il l’a bien
suffisamment démontré par sa vie, par la vérité éclatante de son enseignement,
et par ses miracles.
Il suffit de lire les Evangiles pour voir, avec force et
évidence, le caractère intrinsèquement nouveau et unique de la vérité du
Christ, qui ne peut-être comparé à aucun autre.
Il y a
une évidence de vérité dans les Evangiles, dans les paroles de Jésus, dans ses
faits et gestes, qui nous fait dire, à l’instar de l’apôtre Pierre : à
qui d’autre irions-nous ? C’est toi qui as les paroles de la vie éternelle. (Jn
6.68)
A qui
d’autre irions-nous ?
Celui
qui a été touché par la grâce comprend bien ce que signifie cette parole de
l’apôtre Pierre, qui ailleurs dit ceci :
Actes
4:12 Le salut ne se trouve en aucun
autre ; car il n'y a sous le ciel aucun autre nom donné parmi les hommes, par
lequel nous devions être sauvés.
Il y a
là, donc, pour le regard de la foi, une évidence de vérité, qui fait que fondamentalement,
nous sommes invités véritablement à placer pleinement notre confiance en
Christ, en le reconnaissant vraiment comme le seul Sauveur, celui qui devait
venir, et par qui le salut de Dieu a été pleinement accompli.
Le salut de Dieu, en Jésus, s’est manifesté.
Seulement voilà, et c’est là la deuxième vérité de notre
texte, cette venue de Dieu, ce salut qu’il est venu apporter en Jésus, ne
correspond pas forcément toujours, dans sa réalisation, à nos attentes.
Comme Jean-Baptiste, nous sommes pressés de voir ce Salut
se réaliser dans le temps.
Nous voudrions que le temps s’accélère et que la seigneurie
de Jésus-Christ soit reconnue par tous, et que la paix règne parmi les nations,
et que cessent les guerres.
Nous osons espérer en un Salut total, à un monde où il n’y
aurait plus de pauvreté, ni d’injustice, où le mal n’existerait plus.
Et nous nous prenons à rêver à un Paradis perdu, et
retrouvé, à un nouveau monde, où tout serait à réinventer, comme lorsque Christophe
Colomb a découvert l’Amérique, et que l’on croyait alors pouvoir repartir à
zéro, sur ce nouveau continent !
Nous souhaiterions un monde sans péché, un monde où l’on ne
craindrait pas de sortir le soir, de peur de se faire agresser, et où les hommes
seraient capables de s’entendre sans avoir recourt aux armes, et sans le
sifflement des bombes.
Un monde où, comme le dit l’antique prophétie, le lion
dormirait avec l’agneau, et où les hommes ne se feraient plus la guerre entre
eux.
Es
2.4 De leurs épées ils forgeront des
socs Et de leurs lances des serpes : Une nation ne lèvera plus l'épée contre
une autre, Et l'on n'apprendra plus la guerre.
Seulement voilà, nous voyons bien que le monde dans lequel
nous vivons, est un monde dur, un monde qui nous fait peur parfois, un monde où
semblent bien aussi régner les ténèbres, et non pas seulement la lumière, un
monde où l’amour côtoie la violence et la haine, et ou la laideur rivalise avec
la beauté.
Alors quand est-il du Salut de Dieu, et quand est-il du Messie ?
Es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un
autre ?
La réponse de Jésus à Jean-Baptiste nous invite à ne pas
devancer le temps de Dieu, qui n’est pas forcément le nôtre.
A vues humaines, le temps de Dieu semble bien ne jamais
venir.
Le temps de Dieu nous semble parfois ne pas s’écouler, le
temps de Dieu qui n’est pas le nôtre.
Le temps de Dieu semble s’écouler à un autre rythme que le
nôtre.
Le temps de Dieu nous échappe toujours, comme il nous
surprend toujours aussi lorsqu’il vient, et qu’il dépasse alors toutes nos
attentes.
Aux
premiers chrétiens qui s’inquiétaient du « retard » de la Parousie,
du retour du Seigneur, l’apôtre Pierre disait : « Devant le
Seigneur, un jour est comme mille ans et mille ans sont comme un
jour » !
Et encore : « Considérez que la patience de
notre Seigneur est votre salut » ! (2 P 3.15 )
Tout
comme le peuple de l’Ancien Testament, qui attendait le Messie, nous sommes
aujourd’hui dans un autre temps de l’attente, le temps de la patience de Dieu,
qui est aussi le temps du salut.
« La
patience de notre Seigneur est votre salut », dit l’apôtre !
C’est
précisément parce que le temps de Dieu n’est pas le nôtre qu’il est notre
salut, qu’il rend possible le salut de l’humanité.
Ce
temps durant lequel il appelle à Lui des hommes et des femmes de toutes
conditions, et réalise son dessein de salut, patiemment, jours après jours,
années après années, jusqu’au retour de Jésus-Christ.
Ainsi,
ce temps de l’Avent et de Noël nous invite à entrer dans le temps de Dieu, à
mettre notre attente, celle aussi de la Parousie, et de la transfiguration de
toutes choses, de la résurrection, et de la pleine réalisation du Salut, au
diapason de celle de Dieu, du temps de Dieu, qui est notre salut.
En Ph 4.4, l’apôtre Paul exhorte les croyants à vivre ce
temps de l’attente dans la joie et la reconnaissance, comme s’il devait arriver
aujourd’hui :
4 Réjouissez-vous toujours dans le Seigneur ;
je le répète, réjouissez-vous.
5 Que votre douceur
soit connue de tous les hommes. Le Seigneur est proche.
Avec l’apôtre Paul, c’est notre joie de pouvoir dire
aujourd’hui encore, 2000 ans après lui : « Le Seigneur est
proche » !
Le temps de Dieu est toujours « proche » pour
celui qui croit fermement à la réalisation de ses promesses.
Le temps de Dieu ne tardera pas à venir !
C’est là aussi le message de Jean-Baptiste pour nous
aujourd’hui !
Aujourd’hui, il y a des guerres, et l’Eglise est dans ce
monde comme un chandelier au milieu de la nuit.
Le combat contre les forces du mal et de l’incrédulité est
rude, mais la victoire est certaine, et la lumière finira tôt ou tard par
l’emporter sur toutes les puissances de mal.
A l’approche de Noël, nous savons que la miséricorde de
Dieu, l’amour de Dieu l’emporte sur son jugement, ou plutôt que le jugement de
Dieu, dans l’enfant de Noël, se change en grâce pour nous.
L’enfant de la crèche est l’Agneau de Dieu, et c’est à ce
titre qu’il est véritablement le Sauveur du monde, notre Sauveur.
Il est le vrai Libérateur, celui qui nous rend libres vraiment,
en nous réconciliant avec Dieu, et en faisant de nous de nouvelles créatures.
Telle est la bonne nouvelle de l’Evangile à laquelle ce
temps de l’Avent veut nous préparer.
Ce temps de l’Avent nous prépare au temps de Dieu :
Noël, la réalisation de la promesse, qui ouvre la voix à l’espérance et à la
joie.
Noël, c’est le oui de Dieu à l’Histoire et à la
Vie !
C’est le triomphe de la vie et de l’amour sur toutes les
formes d’oppression et d’injustice, sur toutes les puissances de mort qui nous
assaillent de par le monde.
Sachons-donc nous réjouir vraiment ensemble et porter au
monde cette merveilleuse nouvelle de Noël dont il a tant besoin.
Amen !
______________________
Vincent BRU, Pasteur
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