Prédication deuxième dimanche de l’Avent
Pasteur Vincent BRU
Lectures :
Mt 3.1-12 ; Es 11.1-10 ; Rm 15.4-9
1 En ce temps-là
parut Jean-Baptiste, il prêchait dans le désert de Judée.
2 Il disait :
Repentez-vous, car le royaume des cieux est proche.
3 C'est lui dont le prophète Ésaïe a dit :
C'est la voix de celui qui crie dans le désert : Préparez le chemin du Seigneur
Rendez droits ses sentiers.
4 Jean avait un
vêtement de poils de chameau et une ceinture de cuir autour des reins. Il se
nourrissait de sauterelles et de miel sauvage.
5 Les habitants
de Jérusalem, de toute la Judée et de toute la région du Jourdain, venaient à
lui,
6 et ils se
faisaient baptiser par lui dans le fleuve du Jourdain en confessant leurs
péchés.
7 Comme il voyait
venir au baptême beaucoup de Pharisiens et de Sadducéens, il leur dit : Races
de vipères, qui vous a appris à fuir la colère à venir ?
8 Produisez donc
du fruit digne de la repentance ;
9 et n'imaginez pas
pouvoir dire : Nous avons Abraham pour père ! Car je vous déclare que de ces
pierres-ci Dieu peut susciter des enfants à Abraham.
10 Déjà la cognée
est mise à la racine des arbres : tout arbre donc qui ne produit pas de bons
fruits est coupé et jeté au feu.
11 Moi, je vous
baptise dans l'eau, en vue de la repentance, mais celui qui vient après moi est
plus puissant que moi, et je ne mérite pas de porter ses sandales. Lui vous
baptisera d'Esprit Saint et de feu.
12 Il a son van à
la main, il nettoiera son aire, il amassera son blé dans le grenier, mais il
brûlera la paille dans un feu qui ne s'éteint pas.
Chers frères et sœurs en Christ, c’est aujourd’hui le
deuxième dimanche de l’Avent, et nous nous apprêtons à célébrer Noël.
Le texte qui nous est proposé pour aujourd’hui, dans
l’Evangile selon Matthieu, nous rappelle l’importance de bien vivre ce temps de
préparation, ce temps de l’Avent.
Le temps de l’Avent est un temps à part, qui nous permet
de nous préparer à vivre la joie de Noël.
C’est un temps où l’Eglise et les chrétiens sont plus
particulièrement invités à se mettre en règle avec Dieu, dans l’attente de sa
manifestation, de sa venue en Jésus, de son incarnation.
Il y a un sérieux de l’Avent qui doit nous préparer à la
joie de Noël.
La repentance et la foi précèdent la joie qui nous est
donnée en Christ, et que nous pouvons goûter plus particulièrement au moment de
Noël..
Jean-Baptiste se présente, en effet, au seuil de
l’Evangile, comme une sentinelle, qui se tient sur le pas de la porte, tout
inondé de la joie du Royaume dont la manifestation est désormais imminente.
Il récapitule dans sa personne, tout l’Ancien Testament,
le temps de la promesse et de l’attente, comme le souligne la citation du
prophète Esaïe :
3 … C'est la voix de celui qui crie dans le
désert : Préparez le chemin du Seigneur Rendez droits ses sentiers.
Alors, au moment où nous nous préparons à vivre la joie
de Noël, ce message de Jean-Baptiste nous interpelle.
Il nous rappelle en effet la juste attitude qu’il convient
d’avoir dans cette préparation et dans cette attente, en nous recentrant sur
l’essentiel.
Tant de choses encombrent notre existence, tant
d’obligations, de contraintes, de projets aussi, qui souvent nous emprisonnent,
et nous empêchent d’écouter Dieu et de nous réjouir en Lui.
Tant de choses nous séparent de sa communion, et nous
privent de sa présence.
Nous vivons trop souvent comme si toute notre vie se
réduisait à l’instant présent, au monde présent, au jour d’aujourd’hui, et nous
nous satisfaisons si facilement de cela.
Nous nous installons dans le quotidien, dans nos
habitudes, notre vie familiale et professionnelle, nos loisirs comme dans un
nid douillé, et nous ne prenons plus vraiment le temps de la réflexion, le
temps de l’écoute, le temps de la remise en question.
Et ce faisant, nous passons à côté de ce qui fait notre
vraie raison d’être, notre vocation en ce monde.
Nous négligeons l’essentiel, qui devrait être l’objet de
notre préoccupation première, et nous nous consacrons tout entier à l’éphémère,
l’illusoire, la vanité !
Nous recherchons la gloire qui vient des hommes, la
richesse, la célébrité, et nous oublions que l’essentiel de la vie, ce qui fait
sa valeur et son sens même, est ailleurs, dans le don de soi et dans la
rencontre avec Dieu, comme aussi dans celle de son prochain.
Le message de Jean-Baptiste nous bouscule dans nos
habitudes, il ébranle les colonnes de nos fausses sécurités, il nous empêche de
nous reposer sur le matelas trompeur de nos illusions.
Repentez-vous, car le royaume des cieux est proche.
Le message de Jean-Baptiste, pour mieux nous préparer à
la joie de Noël, entend éveiller notre conscience sur le nécessaire changement
de vie qu’appelle la venue de Dieu au sein de notre humanité.
L’annonce de l’Evangile et de l’amour de Dieu pour nous
ne va pas sans celle des exigences de sa justice et de sa Loi.
L’annonce de la grâce et du salut ne se fait pas sans
celle du jugement !
La grâce de Dieu passe aussi à travers son jugement.
C’est précisément dans cette prise de conscience de cette
double réalité de la grâce et du jugement de Dieu, de l’Evangile et de la Loi,
de ce que Dieu dans sa grâce à fait pour nous comme aussi de ce qu’il attend de
nous dans sa justice que la prédication de Jean-Baptiste nous interpelle.
La grâce de Dieu manifestée à Noël n’est pas une grâce au
rabais, une grâce à bon marché, qui n’attendrait absolument rien de nous, et
qui ne lui coûterait rien.
La grâce de Dieu a coûté à Dieu le prix inestimable de son
Fils, mort et ressuscité pour nous ; en réponse à cet amour, c’est à
l’obéissance de la foi et au don de nous-mêmes que cette grâce nous invite,
comme aussi à l’acceptation du jugement que Dieu porte sur le monde et sur
nous-mêmes.
La joie de Noël, qui de la crèche renvoie à la croix, se
conjugue au jugement de Dieu sur tout ce qui, en nous, et à l’extérieur de
nous, nous emprisonne, et nous sépare de Lui, et sur le nécessaire changement
de vie et de comportement qui en résulte.
L’entrée dans la joie de Noël passe par la conversion et
par un bouleversement total de notre pensée et de notre conduite.
Il y a quelques jour, j’ai eu une conversation avec un ami,
et celui-ci me disait combien sa vie avait changé depuis qu’il avait rencontré
le Christ, depuis qu’il avait cédé les rênes de sa vie à Jésus-Christ.
Il me disait combien le message de l’Evangile l’avait
conduit à reconnaître la vanité de son existence, et la nécessité de changer de
direction, de changer de voie, et de se tourner vers le Christ en revoyant de
fond en comble toute sa manière de penser et de vivre qui n’était pas
compatible avec l’Evangile.
Je me souviens moi-même avoir connu un tel bouleversement
salutaire, lorsque j’ai réalisé ô combien j’étais pécheur devant Dieu, et la
nécessité de mettre ma vie en règle avec Dieu, afin d’éviter son juste
jugement, et d’entrer dans la joie de son Royaume.
Jean-Baptiste nous rappelle que l’accès à la grâce passe
par la salutaire reconnaissance de notre aliénation, de nos enfermements, de
notre culpabilité et de notre misère.
Voilà bien ce qui est signifié dans mots :
Repentez-vous, car le royaume des cieux est proche.
Dans l’Evangile selon Luc, l’appel à la repentance de
Jean-Baptiste se double par une exhortation solennelle :
« Préparez le chemin du Seigneur, rendez droits ses
sentiers » !
Préparez le chemin du Seigneur, c’est peut-être d’abord
accepter de s’arrêter un moment dans le tumulte de notre vie, pour prendre le
temps du questionnement.
Accepter de se laisser remettre en question, par cette
Parole qui vient de Dieu, cette Parole de Dieu, qui vient à notre rencontre,
pour nous révéler véritablement à nous-mêmes, pour nous permettre de nous mieux
connaître, et de mettre de l’ordre dans notre vie.
Refuser de nous engluer dans nos habitudes, dans ces
chemins balisés que la société ouvre devant nous, et qui ne sont bien souvent
en réalité que des cercles vicieux dans lesquels on s’enferme sans même s’en
rendre compte !
Refuser l’aliénation, l’asservissement de notre pensée,
de notre vie, de notre spiritualité même aux modes de pensée de ce monde,
marqué par le péché, l’incrédulité.
Rm
12.2 Ne vous conformez pas au monde
présent, mais soyez transformés par le renouvellement de l'intelligence, afin
que vous discerniez quelle est la volonté de Dieu: ce qui est bon, agréable et
parfait.
Préparer le chemin du Seigneur, se préparer à vivre le
temps de Noël, la venue de Dieu au sein même de notre humanité souffrante,
c’est peut-être d’abord se préparer soi-même à la rencontre du Seigneur, en
renonçant à nous-mêmes pour mieux nous attacher à Lui !
C’est accepter d’entrer dans son chemin à Lui, plutôt que
de suivre sa propre voie !
C’est renoncer aussi à l’illusion de l’autonomie
fugueuse, celle du fils prodigue !
C’est accepter de s’en remettre entièrement à Dieu et à
sa grâce, sans plus compter sur ses propres moyens, ses propres forces, sa
propre justice.
C’est refuser la tentation du compromis et de la parole
mensongère, de la demi-mesure, de la fausse religiosité, de l’hypocrisie
religieuse et de la tiédeur spirituelle.
Préparer le chemin du Seigneur, c’est tout simplement
préparer son cœur à la réception de la grâce qui vient d’en haut, et qui fait
de nous de nouvelles créatures.
C’est venir à Dieu les mains vides, pour recevoir
simplement la grâce du pardon, et entrer dans sa joie.
Noël, c’est le cadeau de Dieu aux hommes !
Comment donc pourrions-nous mieux nous préparer à
recevoir ce merveilleux cadeau, sinon en reconnaissant notre misère, et le
besoin que nous avons de cette grâce, en suivant l’appel solennel du prophète ?
Repentez-vous, car le royaume des cieux est proche.
Ce à quoi la prédication de Jean-Baptiste nous invite,
c’est bien à l’abaissement volontaire de notre moi, de notre l’orgueil.
Devant l’enfant de la Crèche, toutes les bassesses et
autres chemins tortueux de la vie, le refus de Dieu et de sa Loi, toute fausse
confiance et sécurité mensongère, tout désir de s’élever orgueilleusement
soi-même doivent être anéantis.
L’ouverture à la grâce passe par ce nécessaire
abaissement volontaire, libre et joyeux de soi-même.
Il est là, aussi, le sens de Noël.
Le Cantique de Marie l’exprime fort bien :
Lc 1.51 Il a
déployé la force de son bras ; Il a dispersé ceux qui avaient dans le cœur des
pensées orgueilleuses,
52 Il a fait
descendre les puissants de leurs trônes, Élevé les humbles,
53 Rassasié de
biens les affamés, Renvoyé à vide les riches.
Noël, c’est le renversement des valeurs opéré par Dieu,
c’est l’inattendu de l’Evangile qui vient bousculer nos petites habitudes, nos
conceptions erronées de la vie, notre fausse échelle de valeurs.
« Il a fait descendre les puissants de leurs trônes,
Élevé les humbles » !
A Noël, Dieu vient redresser ce qui est tordu dans sa
création, il vient remettre les choses à l’endroit, conformément à ce qui
n’aurait jamais dû cesser d’être, si seulement les hommes l’avaient
écouté !
A Noël, Dieu pointe du doigt les puissants de ce monde et
il les fait descendre de leur trône, tous ceux qui s’élèvent contre Lui et qui
n’ont d’autre ambition ici-bas que d’asseoir leur pouvoir, leur célébrité, leur
gloire, et ce, au-dépend des plus petits, des plus nécessiteux de ce monde.
Il abat l’orgueil des méchants, de ceux qui se croient
riches et bien portants, tandis qu’ils ne savent pas qu’ils sont, en réalité,
misérables, aveugles et nus, tous ceux qui s’élèvent orgueilleusement contre
Dieu et qui pensent pouvoir jouir en toute impunité de leurs pouvoirs et de
leurs privilèges aux dépens de ceux qu’ils tyrannisent !
Avec la grâce qu’il proclame aux humbles, Noël, ne
l’oublions pas, est aussi une parole terrifiante de jugement contre toutes les
forces de mal, les puissances obscures de ce monde, les injustices criantes de
ce monde.
Ainsi donc, le message de Jean-Baptiste nous appelle à
nous ouvrir à l’autre, au prochain !
Noël est ouverture à l’autre, à la générosité, au don
désintéressé de soi-même, à l’amour.
C’est là le chemin d’une authentique libération, qui à
l’instar du Christ, l’enfant de la crèche, passe par l’abaissement volontaire,
l’humilité.
C’est le chemin de la Croix, qui précède la résurrection,
la gloire qui vient d’en haut !
Tel est le chemin qui s’ouvre devant nous à Noël, et qui
n’est certes pas le plus large !
C’est un chemin étroit, qui ne s’offre pas au premier regard, mais qui nécessite toute
l’attention de la foi, et qui ne se donne à connaître que dans la foi.
C’est un chemin étroit, mais c’est le chemin de la Vie,
la vraie vie, la vie qui vient de Dieu, et qui nous sauve vraiment.
La vie authentique, qui consiste davantage à donner qu’à
recevoir, à aimer qu’à être aimé, à s’accueillir mutuellement dans l’amour, et
à saisir par la foi les promesses de grâce et de salut que Dieu fait à
quiconque croit.
C’est là porter des fruits dignes de la repentance, comme
nous y invite aussi l’apôtre Paul dans son Epître aux Romains que nous avons
lue :
5 Que le Dieu de
la patience et de la consolation vous donne d'avoir une même pensée les uns à
l'égard des autres selon le Christ-Jésus,
6 afin que d'un
commun accord, d'une seule voix, vous glorifiiez le Dieu et Père de notre
Seigneur Jésus-Christ.
7 Faites-vous
mutuellement bon accueil, comme Christ vous a accueillis, pour la gloire de
Dieu.
Voilà bien ce à quoi l’Evangile de Noël nous invite
d’abord !
L’Evangile de Noël nous invite à faire du Seigneur notre
grande préoccupation, notre préoccupation première, en faisant passer au second
plan tout le reste, et en portant du fruit à sa gloire.
Mais l’Evangile nous invite aussi, à vivre la réalité de
l’amour de Dieu manifesté à Noël, en nous faisant « mutuellement bon
accueil », en nous accueillant les uns les autres, dans l’amour et le
pardon.
Accueillir l’autre, le prochain, celui que Dieu place sur
mon chemin, comme Dieu lui-même nous a accueillis, alors que nous étions ses
ennemis, des pécheurs.
C’est cela, la joie de Noël, la joie du don gratuit et
désintéressé, la joie de l’amour vrai.
Alors je vous invite ce matin à vous interroger, au
moment où nous nous apprêtons à célébrer Noël, sur votre propre situation
devant Dieu et vis-à-vis du Christ, mais aussi de vos prochains, en cette
période de l’Avent.
Dans quelle mesure votre vie reflète-t-elle vraiment
l’idéal de justice, d’amour et de vérité qui nous est présenté ici, dans notre
texte, dans la prédication du prophète ?
Que ce temps de l’Avent soit pour vous l’occasion de
faire le point, et de vous préparer à la rencontre de Dieu, qui à Noël, est
venu jusqu’à nous afin de nous racheter et de nous ramener à la vie.
A lui la gloire, dans tous les siècles.
Amen !